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interviewBLAST (sur YouTube)· 14 avril 2022 12 min

MACRON ET LE PEN DRAGUENT LE MÉLENCHONISTE

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Emmanuel Macron et Marine le Pen Le Pen qui se découvrent une fibre sociale, le report des voix des électeurs de Jean-Luc Mélenchon, les limites des réformes institutionnelles promises par la candidate du Rassemblement National et la liberté de la presse selon les deux candidats. C’est le sommaire du numéro 26 de la Guerre du trône. “Plus social que moi, tu meurs !” Voilà l’étrange petit jeu auquel se livrent depuis lundi Emmanuel Macron et Marine Le Pen, avec l’intention non dissimulée de séduire les électeurs de Jean-Luc Mélenchon.

Car ces derniers peuvent faire pencher la balance dans un sens ou dans l’autre. Hier, le baromètre Opinionway donnait Marine Le Pen à 47% et Emmanuel Macron à 53%. La marge d’erreur étant de 2,8 points, cela veut dire que chacun des finalistes est en mesure de l’emporter.

Du coup, Macron et Le Pen se découvrent une fibre sociale. Nous avons investi, nous avons ré-attiré des talents, nous avons recréé des entreprises, réindustrialisé le pays pour la première fois depuis 30 ans, c’est ce qui nous permet d’avoir la politique que nous avons voulue pour l’école, de réinvestir sur l’hôpital et de relancer la politique sociale et nous continuerons de le faire. Quand j’entends certains dire qu’en France il n’y a pas de politique sociale, mais enfin, regardez ailleurs !

Où a-t-on autant aidé les artistes, les commerçants, les artisans, autant nos étudiants pendant la crise ? Le Président sortant va même jusqu’à mettre en accusation l’Europe. Mais le défi social, celui des inégalités, c’est aussi au niveau européen que nous devons le reconquérir, le gagner, ensemble.

Notre Europe est devenue bien trop souvent un espace dans lequel on a laissé s’installer les inégalités entre les salaires. Le rêve initial n’était pas qu’on ait les bas-salaires à l’est ou au sud, et les emplois les plus productifs au nord. C’était qu’on puisse avoir les meilleurs emplois partout en Europe.

Du côté de Marine Le Pen, c’est simple : Jean-Luc Mélenchon a trahi ses électeurs. Le comportement de Jean-Luc Mélenchon a été pour moi une source de grand étonnement. Après cinq ans de démonstration par Emmanuel Macron d’une politique violemment antisociale, eh bien il a été... plus proche d’Emmanuel Macron dimanche soir qu’il y a cinq ans.

Je pense que c’est une trahison. On sait à peu près comment vont se comporter, au second tour, les électeurs du candidat de l’Union populaire. Les différents instituts de sondage concordent sur la répartition des reports.

Un tiers votera Macron, un tiers votera Le Pen et le reste s’abstiendra. Mais ces tiers n’ont rien de mathématique. Ce ne sont que des ordres de grandeur.

Ils peuvent varier de quelques points et faire basculer le scrutin. Et dans cette course au social, Marine Le Pen est incontestablement mieux armée. Car la composition sociologique de son électorat est la plus proche de celle de Jean-Luc Mélenchon.

L’électorat de Macron, en revanche, est aux antipodes de l’Union populaire. C’est ce que montre la passionnante étude réalisée par Ipsos & Sopra Steria la veille du premier tour. Ainsi, les électeurs macronistes se recrutent en majorité parmi les cadres ou les retraités.

Alors que le gros des bataillons lepénistes est composé d’ouvriers et d’employés. 35% des macronistes gagnent plus de 3 000 euros net par foyer. En revanche, 31% des lepénistes ont un revenu net par foyer inférieur à 1 250 euros.

Enfin, 38 % des électeurs macronistes déclarent être satisfaits de leur vie. Alors que 35 % des lepénistes déclarent ne pas l’être. Bref, même s’il en coûte de le reconnaître, le vote lepéniste est aussi un vote de classe.

Et d’ailleurs, c’est bien ainsi que se présente la candidate du Rassemblement national : elle se veut la voix du peuple, un peuple à qui elle entend redonner la parole. C’est ce qu’elle a détaillé, mardi, lors d’une conférence de presse à Vernon dans l’Eure. Je propose ici une révolution référendaire.

La Constitution sera révisée, d’abord pour rendre plus facile l’organisation de référendums sur tous les sujets. Ensuite, et surtout, pour instaurer le référendum d’initiative citoyenne appelé aussi référendum d’initiative populaire. Plus prosaïquement, il s’agit pour la candidate du Rassemblement National de contourner le Parlement.

N’étant pas assurée d’obtenir une majorité lors des prochaines législatives, dans l’hypothèse où elle serait élue à la présidence de la République, Marine Le Pen se propose d’appliquer son programme par voie référendaire. Les Français seraient ainsi amenés à se prononcer sur le principe de la priorité nationale qui s’appliquerait non seulement à l’emploi, mais aussi à l’attribution des logements et à l’accès aux prestations sociales. Mais voilà, cette utilisation du référendum est inconstitutionnelle.

Car, en l’état, les Français ne peuvent se prononcer que sur “l’organisation des pouvoirs publics, les réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale de la nation et aux services publics qui y concourent”. C’est l’article 11 de la Constitution. Certes, une fois élue, la candidate du RN pourrait engager une procédure de révision de la Constitution.

L’article 89 le permet. Mais il y a un nouvel obstacle. Le texte soumis à référendum doit, au préalable, être adopté en termes identiques par les deux assemblées.

Et comme le Sénat est tenu par la droite républicaine, il est peu probable que la nouvelle présidente obtienne, dans cette hypothèse, le feu vert du Parlement. En 1984, François Mitterrand avait tenté, lui aussi, d’organiser un référendum. Un référendum dont l’objet était justement d’élargir les questions que l’on peut poser dans un référendum.

Empêtré dans la réforme de l’enseignement privé, le Président socialiste souhaitait que les Français tranchent. Il lui a fallu renoncer devant l’opposition du président du Sénat. Quant au référendum d’initiative citoyenne que Marine Le Pen veut instaurer, il reste solidement encadré. 500 000 électeurs pourront obtenir l’organisation d’un référendum sur une proposition de loi qui pourra, notamment, abroger ou modifier une loi existante ou proposer une réforme nouvelle.

Les textes soumis à référendum d’initiative populaire devront respecter, bien évidemment, la Constitution. Le recueil des signatures d’électeurs sera évidemment encadré et responsabilisé. L’achat de signatures sera interdit et le nombre de signatures données chaque année par un même électeur pourra être limité.

De même, une répartition géographique suffisante des signataires pourra être prévue sur le modèle, d’ailleurs, de celui qui existe pour les parrainages de maires. Autrement dit, les Français ne vont pas être appelés aux urnes tous les quatre matins. Les promesses sur l’instauration de la proportionnelle pour les élections législatives sont également en trompe-l’œil.

Je propose donc d’inscrire dans la Constitution le principe selon lequel les députés à l’Assemblée nationale seront élus selon un scrutin de type proportionnel pour au moins deux-tiers d’entre eux. Cette réserve du tiers restant permettrait, mais sans toutefois l’imposer, d’instaurer une prime majoritaire. Concrètement, la formation politique arrivée en tête se verrait attribuer 30% de sièges en plus.

Autrement dit, il y aurait, comme avec le scrutin actuel, une surreprésentation de la majorité présidentielle. Lors de cette conférence de presse, la candidate du Rassemblement National a encore livré son point de vue sur la liberté de la presse. Elle répondait à une question sur son refus d’accréditer les journalistes de l’émission Quotidien à ses réunions.

C’est moi qui ai décidé, il y a plusieurs années de cela, que Quotidien était une émission de divertissement et que, par conséquent, je ne me sentais pas obligée d’accréditer Quotidien, même si j’accrédite l’ensemble des autres, y compris, bien entendu, des médias qui sont extrêmement hostiles. Il n’y a pas que Quotidien à être blacklistée. Blast n’a pas obtenu les accréditations qui lui auraient permis d’accéder, dimanche, au quartier général de Marine Le Pen et à la soirée qui a suivi.

Malgré nos demandes répétées, nous ne sommes pas dans les boucles qui informent les journalistes des déplacements de la candidate. Attitude d’autant plus surprenante que nous avions été bien accueillis en début de campagne, notamment lors du meeting de Reims. Si Caroline Parmentier, la responsable de la communication de Marine Le Pen a une explication à nous donner, nous sommes preneurs… Emmanuel Macron n’a pas manqué, bien sûr, de s’emparer de l’affaire.

Quand l’extrême droite se met à dire : “Je choisis les journalistes qui viennent ou qui ne viennent pas.” Mais elle fait simplement une chose, la même chose qu’on fait aujourd’hui en Hongrie, c’est-à-dire méthodiquement, progressivement, réduire, dégrader les droits. Aujourd’hui, l’extrême droite française est l’alliée du parti qui est au pouvoir en Hongrie.

Et donc, ce qu’elle veut faire, c’est ce qu’on voit en Hongrie. Et donc, nous, on veut lutter contre. On rappellera juste au Président sortant que les services de l’Élysée ont refusé d’accréditer Blast pour sa conférence de presse du 17 mars.

Officiellement, il y avait trop de demandes. L’honnêteté commande toutefois de préciser que depuis cet accroc, nous sommes autorisés à accéder aux réunions du candidat Macron. “Pourvu que ça dure !” comme disait la mère de Napoléon Bonaparte… Hier soir, Marine Le Pen était sur BFM.

Bruce Toussaint lui a demandé si interdire Quotidien n’était pas une erreur de sa part. Réponse : Je ne l’accrédite pas dans mes conférences de presse, dans mon QG, pour une raison simple, c’est que je considère que ce ne sont pas des journalistes. Mais je ne suis pas la seule, je vais vous dire, puisque le Syndicat National des Journalistes, qui n’est pas particulièrement proche de moi, avait refusé leurs cartes de presse aux journalistes de Quotidien il y a dix ans, à l’époque c’était le Petit Journal.

Marine Le Pen maîtrise mal ce dossier. Le Syndicat National des Journalistes, majoritaire dans la profession, ne délivre aucune carte de presse. C’est la Commission de la Carte d'identité des journalistes professionnels, composée de 8 représentants des journalistes et de 8 représentants des employeurs qui attribue les cartes en question.

Et ceci, uniquement sur des critères économiques. Aucune appréciation n’est portée sur la qualité du travail des journalistes. À toutes fins utiles, je précise que tous les journalistes de Blast sont détenteurs de la carte de presse.

La preuve ! Moi, ça fait 33 ans. Cela étant, Emmanuel Macron et Marine Le Pen sont tombés d’accord pour écarter une journaliste, Anne-Sophie Lapix, du débat qui les opposera le 20 avril sur TF1 et France 2.

Le tort de la consœur est d’avoir le talent de poser les questions qui dérangent. La Société des Journalistes de France 2 a dénoncé “toutes les pressions exercées par les candidats portant atteinte à la liberté de la presse”. et d’ajouter : “Ce n’est pas aux politiques de choisir les journalistes qui les interrogent”.

Au premier tour, les Français ont été privés de débat. La faute à la pandémie, à la guerre en Ukraine et au refus du Président sortant de se confronter avec ses adversaires. Depuis dimanche, Emmanuel Macron et Marine Le Pen se rendent coup pour coup.

Tant mieux. Le choix des Français n’en sera que plus éclairé. Si vous avez aimé cette chronique, si vous voulez nous soutenir, n’hésitez pas à vous abonner à notre chaîne Youtube.

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