Benoît Biteau, député Écologiste de Charente-Maritime | Politiques, à table !
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 65 %Attaque 20 %Défensif 15 %
Questions et réponses
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- 1:00OuverteRéponse directe
Bonjour Benoît Biteau, député écologiste de Charente-Maritime, bienvenue dans l'émission.
- 2:00OuverteRéponse directe
Pourquoi ce choix des pâtes à la carbonara plutôt qu'une spécialité rétaise ?
- 5:00OuverteRéponse partielle
Trivialement, vous êtes carbo en ajoutant de la crème et des lardons à la place du guanciale ?
- 8:00OuverteRéponse directe
Pourquoi les truffes dans la carbonara ?
- 12:00OuverteRéponse directe
Vous êtes éleveur, mais un écologiste qui mange de la viande ?
- 16:00OuverteRéponse directe
Pourquoi ce choix de cognac pour accompagner le plat ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 16:00Benoît BiteauChiffre
« Le cognac, aujourd'hui, trouve son débouché dans l'exportation. 98 % du cognac produit va à l'exportation. »
- 30:00Benoît BiteauFait
« On a besoin de l'irrigation ! C'est juste que sur un fluide aussi précieux que l'eau qui, avec le réchauffement climatique, va devenir très rare, qui, dans la loi, est un commun, article 1 de la directive européenne sur l'eau. »
- 35:00Benoît BiteauChiffre
« Sur le territoire de l'ex Poitou-Charentes, Vendée, Deux-Sèvres, Charente, Charente-Maritime, on a dans les cartons 200 projets de méga-bassines, qui représentent un volume d'argent public, donc de subventions, de 400 millions d'euros. »
- 55:00Benoît BiteauChiffre
« En 13 ans, j'ai subi 14 contrôles PAC, alors que le taux moyen chez un agriculteur, c'est 1 tous les 10 ans. »
- 1:05:00Benoît BiteauFait
« Les molécules utilisées aujourd'hui se dégradent. On appelle ça des métabolismes de décomposition qui sont parfois plus dangereux que la molécule ! »
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Générique ... -Bonjour et bienvenue dans "Politiques à table", l'émission qui traite de l'une de nos préoccupations majeurs : l'alimentation.
Et pour ce tout nouveau numéro de la rentrée, nous accueillons Benoît Biteau. Bonjour. -Bonjour. -A vos côtés, vous le reconnaissez, le saignant Jean-Pierre Montanay. -Bonjour, Valérie. -Vous êtes député écologiste de la 2e circonscription de Charente-Maritime, votre 1er mandat à l'Assemblée, mais la graine de la politique grandit en vous depuis 2019.
Vous avez été élu député européen, et c'est à Bruxelles que vous avez porté la voix de l'agriculture biologique, du malaise de celles et ceux qui luttent contre les méga-bassines. Des boutures que vous comptez faire pousser ici, dans l'hémicycle. Fin du modèle productiviste, stop aux pesticides, soigner la détresse du monde agricole, voilà ce que vous espérez.
Vous avez quitté votre poste d'ingénieur vers l'âge de 40 ans pour reprendre l'exploitation familiale. Votre papa était agriculteur, il cultivait le maïs, mais lui, il avait développé un modèle intensif. Quand vous montez dans son tracteur, c'est pour tout changer et montrer qu'on peut y arriver.
Le maïs bio, ça existe. Il paraît que ça se déguste en dessert, on y viendra. La transition écologique est pour vous le meilleur engrais, il fait germer les idées et les bonnes pratiques.
On passe au menu, Jean-Pierre. -Eh oui ! Des tagliatelles carbonara à la française avec des truffes et un dessert de chez vous, un gâteau au maïs. -On parlera des méga-bassines, bonne ou mauvaise solution face à l'épuisement de l'or bleu ? -Et alerte au norovirus sur les coquillages.
Notre santé est-elle en danger ? Enquête à suivre. -Voilà le menu.
On passe à table, et vous allez nous ouvrir l'appétit avec Cuisine et confidences. -Benoît Biteau, vous êtes le premier invité de la saison, et chapeau, quel démarrage ! Au lieu de commander une mouclade bien de chez vous, histoire de valoriser l'île de Ré, d'emblée, vous mettez le feu sur ce plateau en rouvrant la guerre avec les Italiens sur un sujet hyper sensible de l'autre côté des Alpes, les pâtes à la carbonara.
Trivialement, je dirais que c'est vous qui êtes carbo. Quelle idée de toucher à ce totem de la Botte en rajoutant de la crème et du vulgaire lardon à la place du guanciale ? Cette sublime viande séchée épicée faite à partir de joue de porc.
Pour faire passer la pilule, vous ajoutez des truffes. Hérétique ! J'entends d'ici Massimo Mori, dépositaire de l'authentique cuisine italienne : "Et encore l'arrogance française avec les truffes !" Benoît Biteau, en tant qu'agriculteur, vous ne pouvez pas piétiner le patrimoine culinaire pour vous faire plaisir.
Après ce réquisitoire teinté de mauvaise foi, je vous laisse la parole. La parole à la défense, et bon courage pour vous rabibocher avec les Italiens. -D'abord, j'aime beaucoup les Italiens. -Ca commence bien. -Et dans mon parcours, j'ai été l'un des acteurs du relais du mouvement Slow Food.
Slow Food qui est né en Italie avec Carlo Petrini, un très bon ami à moi. -Années 80, Slow Food ? -En France, c'est plutôt fin des années 90.
Et Carlo Petrini avait très envie que le mouvement Slow Food dépasse l'Italie. En France, il s'est appuyé, pour développer Slow Food, sur les conservatoires de races locales et anciennes. Je venais de créer un conservatoire de variétés locales et anciennes sur le marais poitevin.
C'est comme ça que Carlo Petrini s'est rapproché de moi, des conservatoires de races locales et anciennes, pour être le socle de l'émergence de Slow Food en France. J'ai beaucoup d'amitié pour les Italiens. Quand je vais en Italie, c'est toujours un régal. -Pourquoi ce choix ?
Pourquoi les pâtes à la carbonara ? -Alors, pourquoi ce choix...
C'est une facette de mon parcours, de ma personnalité qui m'a amené à faire ce choix. Quand j'étais adolescent, jeune adulte, j'étais sportif de très haut niveau. -Vous avez fait du cyclisme. -On en reparlera. -J'étais cycliste, avec un profil de grimpeur même si je suis né sur un territoire qui est plat comme une carte postale.
Mon physique faisait que, 1,80 mètre, 68 kilos... -Pourtant, les grimpeurs sont petits. -Il y a des grands grimpeurs.
Charly Gaul était très grand. Et donc...
Donc j'étais plutôt un profil grimpeur, ce qui m'a amené à m'exporter sur un territoire que j'adore, qui est la Drôme. Mon terrain de jeu, c'était l'Ardèche, le Vercors, les Alpes. -Ca monte un peu plus. -Mais quand on est cycliste et qu'on fait des épreuves les unes après les autres, on a besoin d'un ingrédient, le sucre lent.
J'étais un gros consommateur de pâtes, et...
Certains sont dégoûtés, on en mange beaucoup, et moi, j'ai vraiment...
Pour moi, manger des pâtes, c'est un festin. Et donc, à la française, parce que j'ai eu le loisir de faire du vélo en Italie mais quand même, en France, on aime la pâte aux lardons, la crème fraîche. Et voilà, c'est comme ça. -Goûtez-les. -Comment on fait ?
On met le jaune d'oeuf dessus, hein ? Il faut le casser dans les pâtes. -Le restaurant Le Bourbon nous a préparé ça.
Ils ont fait la distinction de mettre le jaune d'oeuf à côté, qu'on va mélanger. -Bien sûr. -Ca m'arrive d'en manger chez eux. -Alors, pourquoi rajouter des truffes ? -Les truffes, parce que...
Je trouve que ça apporte un parfum, ouais. Ca apporte un parfum. Les Italiens en mettent parfois.
Quand j'étais député européen, j'allais à La Cantinetta, tenu par des Italiens. -Ils mettent pas des truffes sur la carbonara ? -Si. -Des truffes blanches ? -Ou noires, ou noires.
Je viens d'une région où on trouve des truffes...
Dans mes champs, j'ai planté des arbres dans un modèle d'agroforesterie, je cultive entre les arbres. Quand on a fait l'inventaire des arbres qu'on pouvait installer dans ma ferme, sur les champs, on a fait d'abord l'inventaire des arbres autochtones, des arbres implantés localement. On a trouvé des chênes truffiers, des noisetiers truffiers.
Il y a quelques arbres dans mes alignements, dans mes champs, qui portent des truffes. C'est aussi une spécialité locale. -C'est un clin d'oeil pour votre champ et les truffes qui y poussent. -Tout à fait.
Planter des arbres n'est pas anodin. Ca change le paysage, les logiques agronomiques. Si on peut y associer d'autres intérêts, si on peut élargir le cercle vertueux et si on peut manger des trucs...
Je fais pas le commerce de truffes mais on en mange pour notre plaisir, c'est notre auto-consommation et c'est satisfaisant. -Mais vous comprenez que les Italiens, quand ils voient ça, ils disent que c'est pas une carbonara. Vous êtes gentil mais voilà ! -Les Italiens mettent pas de crème fraîche. -L'émulsion est montée avec les oeufs et ça donne ce côté crémeux. -Exactement, exactement, mais après...
Voilà, moi, je consomme aussi beaucoup de produits laitiers. Trop, quand je vois mon estomac. -Mais c'est bon ! -C'est délicieux. -Je suis pas fâché avec la crème fraîche. -C'est les pâtes à la Biteau.
Vous avez rajouté aussi des lardons, Jean-Pierre en parlait. Un écologiste, je croyais que ça mangeait pas de viande ? -Pas du tout.
Pardon. Pas du tout. Il y a un débat qui traverse les écologistes autour de la consommation de viande.
Je suis éleveur, je fais partie de ceux qui disent qu'il faut réduire significativement, drastiquement notre consommation de produits carnés et laitiers, parce que, effectivement, il y a des pratiques d'élevage où on enferme des herbivores dans des étables 365 jours par an, qu'on nourrit avec du maïs et du soja, et qui émettent, par éructation, un gaz qui est un puissant gaz à effet de serre, le méthane. Donc il faut sortir de cet élevage que j'appelle, à dessein, concentrationnaire. Il coche toutes les cases de ce qu'on ne doit plus faire avec le changement climatique.
En revanche, quand on est écologiste, et moi, je reprends une ferme qui ne portait que du végétal et plus d'élevage. Depuis longtemps, mon père avait arrêté. Quand on a des zones humides qui sont des puits de carbone absolument phénoménaux...
Une zone humide est aussi efficace qu'une forêt pour séquestrer les gaz à effet de serre. Ces zones sont le siège d'une biodiversité patrimoniale absolument remarquable. La seule solution pour préserver les fonctionnalités de ces zones, y compris la fonction hydraulique... -On en parlera après. -...de l'épuration d'eau aux portes du bassin d'Oléron, le seul moyen de préserver toutes ces fonctionnalités pour l'élevage...
Pour des zones humides, c'est l'élevage. Sans élevage, quelle est l'alternative ? Le retour de marécages qui ne portent plus de biodiversité, qui n'ont plus la fonction hydraulique, qui ne participent plus à la lutte contre le dérèglement climatique, ou le retournement vers de grandes cultures pour mettre du maïs dans l'auge d'animaux qui mangent de l'herbe.
C'est la seule solution. Si on veut être écologiste, on doit préserver des activités d'élevage sur ces zones humides, ces zones de montagne, pour garder cette fonction écologique. Un débat traverse l'écologie, et il est...
Il est parfaitement pertinent, il faut pas l'occulter, je veux pas l'occulter. C'est, effectivement, en fin de vie pour certains animaux, l'abattage, par exemple, qui consiste à la mise à mort d'animaux, qui est effectivement un moment difficile pour l'éleveur, qui n'est pas bien vécu dans le monde écologiste. C'est un débat plus philosophique qu'écologique, d'ailleurs, qu'il faut pas occulter. -Vous aimez la viande.
Il faut qu'on reste sur ce plat. Il est bon ? -Très bon.
C'est comme ça que je les aime. -Ils savent faire les pâtes à la Biteau. -Vous les faites pareilles ? -En vérité, j'en ai mangé samedi dernier et elles ressemblaient à celles-ci. -Très bien. -Une question sur les lardons vous avez vu ce que ça donne. -J'ai noté.
J'ai bien noté. On va passer... -Et les lardons... -Stop, passons ! -OK. -On va passer aux trois choses à savoir, Jean-Pierre. -L'historique de la recette.
On a parlé de ce qu'il y a dedans. D'où vient le mot "carbonara" ? Pour certains, il fait référence aux charbonniers italiens, les carbonari, qui étaient noirs, ou encore aux membres d'une société politique secrète, les carbonerias, mais personne ne sait vraiment faire le lien.
D'autres évoquent une référence au marché noir. Cette hypothèse repose sur le fait que cette recette serait le fruit de trocs pendant la guerre entre soldats. Les GI auraient fourni du bacon et des oeufs desséchés, des oeufs en poudre, aux Italiens, qui les auraient mis dans des pâtes.
Voilà. Ce qui donne du crédit à cette thèse, c'est que la première apparition des pâtes à la carbonara dans un restaurant, c'est à Chicago, et non pas à Rome, en 1952, après la guerre, alors que des recettes de pâtes aux oeufs, au fromage et du porc existaient en Italie depuis près de 70 ans, sans le mot "carbonara". -Mh...
Est-ce que...
Pourquoi vous avez pas préféré choisir une spécialité rétaise ? -L'île de Ré, c'est pas ma circo, c'est la circo voisine. La seule petite île sur ma circo, c'est l'île d'Aix, et je salue les habitants de l'île.
D'ailleurs, ils m'ont très bien élu, c'est un bureau de vote auquel je suis très attaché. Parce que j'aurai pu choisir, effectivement, des coquillages. J'ai préféré qu'on en parle dans un sujet.
Pour moi, parler des pâtes, parce que vous me demandiez ce qui, culinairement, me plaît beaucoup. Parler des pâtes, c'est l'occasion de ce clin d'oeil sur mon passé sportif. Voilà, c'était ce choix-là.
Après, on fait des pâtes localement. J'ai un copain qui fait de l'agroforesterie qui plante des arbres sur la circo voisine, une commune limitrophe, qui fait des pâtes locales, avec de la farine locale, et c'est très en vogue. On a de plus en plus de paysans qui cherchent des démarcations commerciales et qui transforment des produits qu'ils produisent, qui vendent des pâtes C'est pas forcément...
Même si c'est un produit qu'on trouve partout, il y a des pâtes locales. -Et donc, vous avez choisi une boisson, pour ce plat, un peu spéciale. Vous pouvez nous expliquer ? -Je viens d'une zone où on produit un breuvage merveilleux, le cognac, qui est vraiment... -C'est local, ça vient pas d'Italie. -Là, on peut pas se tromper.
On ne fait du cognac que dans le périmètre d'appellation du cognac. -AOP ? -C'est une AOC, c'est une AOP aussi, maintenant.
Donc voilà, c'est un produit qui a bercé mon enfance. Ma grand-mère en mettait dans beaucoup de plats. -Dans votre gourde de cycliste ? -Non, non, pas de trucs comme ça.
Et c'est parce que, aussi, dans la vie de paysan de mon grand-père, qui était producteur de lait, il allait s'occuper de ses animaux tôt le matin et il y avait un moment magique, le moment, en début de matinée, vers 8h, 8h30, il se posait pour faire le repas majeur de la journée. C'était presque un festin. On mangeait des huîtres qui étaient réchauffées dans la braise... -J'ai bien entendu, 8h du mat' ? -Ouais, 8h, 8h30.
On pouvait manger de la morue qui était séchée dans un petit réduit où on stockait le bois. Donc un moment vraiment important dans la journée, et il concluait la prise du café par un verre de cognac. Donc moi, j'ai toujours vécu avec le cognac.
J'ai voulu parler du cognac parce qu'il est en crise, aujourd'hui, en lien avec les Chinois qui menacent d'une taxation dans un débat autour des véhicules électriques importés dans Chine. -C'est au niveau européen. -Oui, à l'échelon européen.
Mais le cognac, aujourd'hui, trouve son débouché dans l'exportation. 98 % du cognac produit va à l'exportation. C'est une filière en crise et je trouvais que c'était sympa de faire un focus sur cette filière.
On a des produits absolument merveilleux qui sont reconnus dans le monde entier et qui méritent qu'on les soutienne, même si, et ça, c'est toujours...
Même si je pense que les producteurs de cognac doivent prendre un virage écologique. On a aussi, sur le même périmètre, un fleuve, la Charente, qui est victime de graves pollutions. Une partie des pollutions qu'on trouve dans la Charente viennent des pesticides qu'on utilise sur le vignoble cognaçais.
Donc un fort soutien aux viticulteurs, mais je les invite à se pencher sur la...
La réinvention de leur pratique. -C'est une affaire d'Etat avec la Chine. C'est remonté jusqu'à l'Elysée.
Ils sont en colère. Les Chinois veulent surtaxer ces produits. C'est pas encore fait. -Ca ne saurait tarder. -Effectivement, ça peut pénaliser le cognac.
On a connu une crise du cognac dans les années 90. On a remplacé des pieds de cognac par du vin blanc. Est-ce qu'on peut retrouver une crise similaire à celle-ci ? -Les crises du cognac, le marché du cognac, c'est très fluctuant.
L'interprofession a mis en place un outil de régulation, des quotas pour éviter les fluctuations. Quand la période est faste, on évite de trop produire pour effondrer le marché. Il faut revenir là-dessus.
Là, comme c'était florissant, ils ont déplafonné les quotas et on se retrouve avec une surproduction. Mon frère est viticulteur en cognac, il a 50 hectares, il est concerné par la crise. Si j'ai choisi ce cognac-là, c'est parce qu'il est bio. -Vous pouvez nous expliquer si ça change le goût ?
Et en quoi le fait de produire du cognac bio...
Qu'est-ce que ça induit sur la production de raisin, sur le fait d'enlever les pesticides ? Vous portez un coquelicot sur votre veste, signe des anti-pesticides. Expliquez-nous. -Le producteur de ce cognac est un personnage merveilleux.
Jacques Brard Blanchard, très jeune, a manifesté des intolérances, des allergies sévères aux pesticides. Il voulait pas quitter le métier de viticulteur, c'était sa vie, et il a dit qu'il fallait réfléchir à se réinventer, à faire ce métier sans avoir les désagréments liés à l'utilisation des pesticides. Il s'est converti en bio il y a 52 ans.
Il y a 52 ans. Pour réussir cette conversion bio, il a attrapé la question très en amont, très, très tôt, pour ne pas se contenter d'arrêter les pesticides, mais pour trouver comment réussir sans les pesticides. Il s'est tourné, on revient sur cette logique de races locales, il s'est tourné vers des cépages locaux, des cépages adaptés au terroir.
Celui que je préfère citer, c'est la folle-blanche, un cépage utilisé en armagnac, et qui fonctionne bien sur notre territoire. Il a la particularité d'apporter un nez, un goût particulier à ce cognac. -Ca change aussi le goût ? -Ca change le goût, et sachez que Le Monde a fait un classement des 20 meilleurs cognacs.
Et ce cognac réussi par Jacques Brard Blanchard, et maintenant sa fille, Sophie, est le 10e de ce classement, devant des grandes maisons, justement parce que, au-delà du fait qu'il n'utilise plus de pesticides de synthèse, il a apporté, par les choix de cépages dans l'assemblage de ce cognac, une réponse gustative différente. Et donc voilà, ça embarque tout, cette agriculture biologique. -Il est bon. -Et c'est aussi une solution pour réduire, voire faire disparaître des pollutions majeures. -En un mot, c'est un cognac XO, vous pouvez nous dire ce que ça veut dire ? -C'est le niveau de vieillissement le plus important.
C'est un cognac qui a plus de 30 ans. C'est un vieillissement en fût de chêne qui entraîne la part des anges, ce qui fait que les toits des bâtiments de cognac sont tout noirs. Un champignon se nourrit de l'évaporation de l'alcool pendant l'élevage du cognac en fût de chêne. -On passe au Quiz ! -Alors, député, on l'a vu, paysan, et vous avez une troisième casquette que vous nous avez révélée, celle de cycliste grimpeur.
Donc sauriez-vous nous dire quelle est la recette miracle du vainqueur du Tour de France, Tadej Pogacar, pour expliquer ses incroyables performances ? La recette préférée pour augmenter, pas pour se faire plaisir, pour dire qu'il gagne le Tour de France grâce à ça ? -J'en sais rien, je...
On peut faire appel à un ami ? Ou le 50-50 ? -C'est pas sur la même chaîne, ça !
Ils rient. -C'est une plaisanterie. Intuitivement, je dirais le porridge. -Bravo.
J'ai lu ça dans une interview. "Pogacar, à quoi tu carbures ?" Il nous dit : "Au porridge".
Avant, on mangeait des pâtes pour les sucres lents. Ca, c'était l'époque Biteau. Aujourd'hui, on mange du porridge. -On passe à la suite.
L'île de Ré n'est pas dans votre circonscription, c'est à côté, mais je voulais vous poser une question sur la recette de la seiche. Est-ce que vous sauriez nous dire quels ingrédients font partie de cette recette ? Si je vous dis les carottes ? -Je pense que oui. -Eh bien c'est faux.
Voilà, pas de carottes. Le vin blanc ? -Sûrement. -Oui !
La pomme de terre ? -Bien sûr ! -Et le clou de girofle ? -Oui. -Pas du tout.
Vous avez la recette, vous pourrez reproduire ça chez vous. -C'est peut-être pas mauvais, votre seiche. -Une réinvention, comme la carbonara.
C'est parfois entre la poire et le fromage que les langues se délient. C'est l'heure de la Brève de comptoir. Est-ce que vous avez un souvenir politique, une bonne anecdote autour d'un repas ? -Alors, oui.
C'est un peu...
C'est un peu...
Un peu original, c'est en lien avec ma vie de paysan. Je deviens agriculteur en 2007, je défraye un peu les...
Je suis très médiatisé, je pratique une autre agriculture et je suis médiatisé parce qu'en 2009, je reçois le trophée national de l'agriculture durable, des mains de Michel Barnier, qui était à l'époque ministre de l'Agriculture. Donc je reçois ce trophée, on met en lumière les réussites de ce que j'essaye de faire sur cette ferme, et d'où je pars. Vous l'avez dit, structure productiviste intensive, je pars de là et j'apporte des réponses sur le pilier social, sur le pilier écologique et sur le pilier économique, qui démontre qu'une autre voie est possible.
Je dérange dans le monde agricole et je subis des représailles, des agissements qui visent à me faire taire, à me faire disparaître. C'est la stratégie de l'épuisement, de l'assèchement financier. Dans cette période de début de vie professionnelle, en 13 ans, j'ai subi 14 contrôles PAC, alors que le taux moyen chez un agriculteur, c'est 1 tous les 10 ans.
Donc ça montre...
Après le 10e, on s'est dit que ça allait peut-être s'arrêter. En début d'année...
L'année, je m'en rappelle plus, je dirais 2020 ou 2019, je reçois encore la notification d'un contrôle. Et là, plutôt que d'être désespéré et de dire : "Ca suffit", avec mon épouse, que je salue parce qu'il faut être accompagné par la personne qui partage sa vie, on fait un petit-déjeuner d'accueil du contrôleur. On le connaissait bien, c'était la 11e fois. -Il venait souvent. -Il avait presque son rond de serviette.
On se dit qu'on le connaît bien, il est plutôt sympathique, donc on va faire un petit-déjeuner pour accueillir le contrôleur. Il y a plein de citoyens qui viennent, on était 70. Des gens arrivent avec un plateau de fromages... -C'est participatif. -Oui, un petit-déjeuner partagé.
Quelques médias. Voilà, on a essayé de tourner ce petit-déjeuner. L'anecdote a fait que, parce que le syndicat majoritaire a tendance à recevoir les contrôleurs avec d'autres méthodes que les nôtres, il a décidé de décliner l'invitation.
On s'est donné rendez-vous à quelques kilomètres pour faire le contrôle. Mais j'ai trouvé ce moment vraiment croustillant, on prend le contre-pied d'une mauvaise nouvelle. -Il est pas venu mais il a regretté de pas venir ? -Alors...
Malheureusement, il y a eu le 12e, après, le 12e contrôle, donc ce contrôleur est revenu pour la 12e fois, la 13e fois, et la 14e fois, le dernier contrôle sur ma ferme avant sa retraite, il m'a dit : "Je peux vous le dire, je serai plus dans les services, "vous avez été victime de contrôles orientés. "On a des pressions qui exigent de venir vous contrôler "pour vérifier que vos pratiques sont bien conformes "à ce que vous dites sur les médias." -Alors, on l'a dit en introduction, parmi vos nombreux combats, celui de l'eau, de l'or bleu vous occupe particulièrement.
On va parler des méga-bassines tout de suite. Cet été, les manifestations contre les méga-bassines se sont multipliées pas très loin de chez vous, Benoît Biteau. Nous avons rencontré celles et ceux qui opposent ou défendent ces gigantesques retenues d'eau.
On fait le point avec Hélène Bonduelle. -Sous haute surveillance, cet été encore, les manifestations contre les méga-bassines se sont multipliées. -Continuez d'avancer, il y a encore des trous là-bas.
Faut encercler la bassine. -Comme ici, dans les Deux-Sèvres, ou encore dans la Vienne. Des militants écologistes protestent contre ces retenues d'eau destinées à irriguer les cultures. -L'eau est un bien commun.
C'est à tout le monde. C'est pas réservé à 15 paysans qui font une coopérative de l'eau et qui se l'accapare pour faire du maïs auquel il faudra ajouter du soja OGM venant du Brésil pour des poulets qu'on va envoyer en Arabie saoudite. -Ces réserves de substitution doivent permettre de stocker les surplus d'eau l'hiver et les redistribuer aux agriculteurs en période plus sèche.
Dans la Vienne, cinq bassines existent déjà. 25 sont en projet. Et la crue du Clain cet hiver a relancé le débat sur la récupération d'eau de pluie. -Il est en crue depuis un mois.
Dans ce mois-ci, on aurait pu remplir les réserves pour subvenir aux besoins de l'irrigation dans la Vienne. -Un argument pas valable aux yeux des anti-bassines. -Les précipitations hivernales, c'est quelque chose qu'on a plus de mal à prédire.
On peut pas dire que, parce qu'on a un automne exceptionnellement humide, ça va continuer dans les mois à venir, ou que ça va être comme ça dans le futur. -De fait, à l'hiver 2022, cet affluent du Clain était totalement à sec. -La Pallu traverse la zone la plus influencée par les prélèvements agricoles.
C'est là qu'on va rencontrer le plus d'irrigation en plein été. -Parce que dans ce secteur, c'est des grandes cultures ? -Des grandes cultures, des grandes propriétés céréalières. -On a plus d'eau envoyée sur les cultures que d'eau qui coule dans la rivière, pour vous montrer l'ampleur du déséquilibre. -A quelques kilomètres... -La réserve de substitution sera sur cette parcelle. -A priori, les plans qu'on a conçus sont sur cette parcelle-là, qui fait 7 hectares. -Cet agriculteur irriguant milite ardemment pour que cette retenue d'eau voit le jour.
Des méga-bassines contre lesquelles se bat cette députée écologiste de la Vienne. -C'est un accaparement de l'eau pour quelques-uns. Je reproche que la logique soit faite à partir des besoins et pas de l'eau disponible.
J'ai peur qu'il y ait pas assez d'eau et vous serez les premiers à en pâtir. -De toute façon, si on n'a pas d'eau, on sera plus là. -Selon le gouvernement, il y aurait une centaine de projets de méga-bassines sur tout le territoire. -On le fait pourtant depuis des siècles en montagne, on retient l'eau.
Pourquoi là, ça fonctionne pas ? -Parce que dans les montagnes, on retient l'eau sur les retenues collinaires et dans des proportions qui n'ont rien à voir avec ce qu'on a vu dans votre sujet. Regardez ce qui s'est passé en Espagne, sur le parc de Donana.
On a fait des barrages sur des grosses...
Des grosses entités, et en plus en cascade. Donana, qui était un parc naturel avec une zone humide en aval, c'est devenu un désert, tout ça pour servir la mer de plastique d'Almeria. Voilà.
On voit bien que c'est l'excès qui va pas. -Vous citez l'Espagne car c'est le pays d'Europe qui a le plus de méga-bassines, 1226, ils reviennent en arrière. -Absolument.
Toutes les expériences montrent qu'où on a utilisé cette solution-là, ça ne fonctionne pas, car on est dans l'excès. Si j'ai choisi de parler de ça, c'est parce que je souhaite qu'on sorte de cette posture manichéenne où il y aurait de chaque côté deux camps irréconciliables, les pro-bassines et les anti-bassines, pro-irrigation, anti-irrigation...
Je ne suis pas anti-irrigation ! On a besoin de l'irrigation ! C'est juste que sur un fluide aussi précieux que l'eau qui, avec le réchauffement climatique, va devenir très rare, qui, dans la loi, est un commun, article 1 de la directive européenne sur l'eau. -Oui. -Article 1 de la loi sur l'eau et les milieux aquatiques, c'est un commun.
On doit d'abord privilégier l'accès à l'eau potable suffisamment pour tous, la protection des milieux aquatiques car c'est le seul endroit où on va permettre de stocker de l'eau, la ralentir pour s'infiltrer dans les nappes souterraines, satisfaire l'usage d'eau potable et l'eau économique. -Pardon. Vous parliez du dérèglement climatique.
Quand on voit les crues, on en subit là sur le territoire. Que fait-on de toute cette eau qui déborde ? Ce serait pas une solution temporaire de la mettre quelque part, pour la réutiliser après ? -Je vais faire de la sémantique.
Les crues, c'est une bonne nouvelle. Ce qui ne va pas, c'est les inondations. Quand l'eau monte dans des zones où il y a des habitations, des équipements, des vies, et que ça détruit tout... -De plus en plus fréquent. -Laissez-moi vous expliquer ! -Non mais bien sûr ! -Les inondations et les sécheresses sont les 2 faces de la même pièce.
C'est la conséquence de décennies d'acharnement à déménager le territoire. Je parle plus d'aménagement mais de déménagement du territoire. On a rasé les méandres qui ralentissaient l'eau.
On a arraché les haies, les arbres, retourné les prairies humides, les zones humides qui peuvent stocker, ralentir, et faire en sorte que l'eau ralentisse quand elle est en excès. Les inondations, c'est qu'on ne sait plus accueillir des crues ! On a créé des autoroutes de l'eau, qui font qu'on veut évacuer toujours plus vite l'eau vers la mer, et à un moment, ça déborde.
Je peux faire une démonstration. Sur le bassin versant qui est le mien, près de la Seudre, on a des temps de concentration, le moment où une pluie arrive, vers la mer, de 7 heures. Il y a 50 ans, c'était 7 jours.
Quand on a la porte à la mer et qu'on a une marée haute toutes les 12 heures, si on a une forte pluviométrie, en 7 heures, ça arrive à la porte à la mer et on peut pas l'ouvrir à cause de la marée. Si on peut pas l'ouvrir, ça inonde. Ce qui évite ça, ce qui fait qu'on avait des temps de concentration de 7 jours, c'est qu'on avait des arbres, des méandres... -Qui retiennent l'eau. -Qui ralentissaient et permettaient de gérer l'eau.
Et qui permettaient de recharger les nappes souterraines. Le vrai stockage de l'eau, c'est le stockage souterrain. -On a compris le diagnostic.
Il faut renforcer le cycle de l'eau en réaménageant le territoire. C'est des travaux titanesques ! En attendant, on ne garde pas ces méga-bassines ? -C'est pas des travaux titanesques.
Au contraire. -Il faut planter des haies, vous l'avez dit. Remettre des arbres, enlever les autoroutes... -J'ai pas parlé des autoroutes. -Les autoroutes de l'eau. -Euh, il y a un angle mort... -Les méandres. -Y a un angle mort dans le raisonnement : l'argent public.
Derrière ces méga-bassines, il y a beaucoup d'argent public. Sur le territoire de l'ex Poitou-Charentes, Vendée, Deux-Sèvres, Charente, Charente-Maritime, on a dans les cartons 200 projets de méga-bassines, qui représentent un volume d'argent public, donc de subventions, de 400 millions d'euros. Mesurez-vous, si on mettait cette somme sur le réaménagement du territoire, pour qu'il soit en capacité de faire fonctionner durablement le grand cycle de l'eau, ce qu'on pourrait faire ?
Et l'avantage de ce que je propose : tout le monde serait bénéficiaire. Les 400 millions d'euros dont je vous parle ne s'adressent qu'à 6 % des agriculteurs. C'est un angle mort, aussi ! -C'est ce qu'il faut expliquer.
Comment le réorienter ? -Ceux qui ont accès à l'eau, aujourd'hui, bassines ou pas, d'ailleurs, sont les irrigants qui ont une référence historique, tous ceux qui, comme les chercheurs d'or, ont planté le bâton. Ils ont déclaré le forage, et le volume qui en sort leur appartient.
On appelle ça l'accaparement, dont parlait Lisa. Et donc c'est devenu une référence, qui leur donne un volume. Aujourd'hui, 6 % des agriculteurs ont accès à l'eau.
Quand j'entends dans la bouche d'un président, d'un Premier ministre, ou d'un ministre de l'Ecologie, des propos qui consistent à dire qu'il n'y a pas d'agriculture sans irrigation, mesurez-vous à quel point ce propos est méprisant pour les 94 % d'agriculteurs qui, eux, n'ont pas accès à l'eau ? Quand on essaye de décliner les usages de l'eau...
Moi, je ne suis pas contre l'irrigation, mais quand on regarde... -Elle est nécessaire ! -Dans certaines productions, comme les fruits et légumes...
On en a besoin ! Pas question de remettre ça en cause, sauf que quand on regarde comment sont utilisés ces volumes dédiés à l'irrigation, 60 % du volume est dédié à l'irrigation du maïs. Maïs dont on a besoin pour nourrir des animaux, qui sont censés être des herbivores, qui ne mangent pas d'herbe, ce qui entraîne l'importation massive de soja, déployés sur des zones où on pourrait ralentir l'eau des prairies humides où hier, on faisait précisément pâturer ces herbivores.
La machine qu'on a lancée est parfaitement infernale. Continuer sur cette voie...
Les méga-bassines, c'est l'étape suivante de la fuite en avant ! Plus d'eau, donc, on la met dans des méga-bassines, où elle va s'évaporer...
Mettre de l'eau souterraine en surface, c'est une hérésie. On voit bien que ça ne va pas. Et on parlait du littoral, aussi, tout à l'heure, cette relation à l'eau met en difficulté d'autres activités économiques.
Le cycle de l'eau est complètement détraqué, donc on a des arrivées d'eau colossales à certaines périodes de l'année, qui ne sont pas compatibles avec l'écosystème littoral, marin ou même océanique. Et dans d'autres périodes, des débits presque inexistants car on a tant tiré sur la ressource qu'il n'y a plus d'eau à l'estuaire. On voit bien qu'on a une seule voie : restaurer le grand cycle de l'eau.
Si on veut utiliser de l'irrigation, faisons-en sur des productions nécessaires. Si on enlève 60 % des volumes dédiés au maïs de l'équation, ça va être plus simple. On a une alternative à ce maïs irrigué, qui est le maïs population !
C'est-à-dire ce maïs que le paysan sélectionne sur son terrain, qui devient un écotype. La graine qu'il a sélectionnée est adaptée sur le milieu où il évolue, est adaptée au climat, est adaptée au sol, et donc, on a des plantes parfaitement adaptées ! Je flingue même pas la filière maïs en disant ça. -Faut faire différemment.
On peut faire différemment. -Le maïs fait partie de notre culture mais on n'est pas obligé d'utiliser le maïs de Limagrain dont on sait qu'on aura besoin de pesticides, qui polluent, beaucoup d'engrais, qui polluent l'eau avec des nitrates, et beaucoup d'irrigation. -Bon, on a compris.
En colère ! -Non, passionné. Rires -On met ensemble les pieds dans le plat ou dans les coquilles, car on va parler de la chute de consommation d'huîtres. -Il suffit d'aller chez le poissonnier, pour voir que les consommateurs boudent huîtres et moules en raison des contaminations au norovirus qui vous met dans un sale état pendant quelques jours.
Faut-il s'inquiéter ? Y a-t-il une psychose qui est pas véridique ? Toutes les huîtres sont-elles concernées ?
Comment rassurer les amateurs ? Enquête. -Les huîtres de Marennes Oléron, emblème des Charentes-Maritimes, fierté d'un département...
Depuis l'épidémie de gastro-entérite, lors des fêtes de fin d'année, les clients ne se pressent plus sur les étals. Les ostréiculteurs sont tous concernés. Les ventes ont été divisées par deux. -J'ai eu des gens qui voulaient que je mange une huître devant eux avant d'acheter. -On a perdu pas mal de clients qui s'inquiétaient de la qualité des huîtres sur l'ensemble du bassin.
On n'est pas concernés par les problèmes qu'il y a eu à Arcachon. -Contrairement aux voisins d'Arcachon, les huîtres de Marennes Oléron n'ont pas été interdites à la vente. La raison ?
Ces marais salants, appelés claires ostréicoles. Spécifiques à la région, elles permettent de confiner et d'affiner les huîtres. Et surtout de les décontaminer. -On a mis des huîtres contaminées dans une claire et on a analysé tous les 2 jours la décontamination progressive.
Au bout de 15 jours, les huîtres sont décontaminées. -Malgré ces garanties, la crise nationale n'épargne pas les ostréiculteurs charentais. Depuis le début de l'année, leur chiffre d'affaires a chuté de 30 %. -Là, on a, aujourd'hui, pour la commande d'un client export, 545 colis à conditionner, et d'habitude, la commande se situe plutôt autour de 900 colis. -Pour relancer la consommation et protéger les huîtres, les professionnels dénoncent la pollution et un assainissement inadapté.
En cas de contamination, le taux de mortalité de la production peut dépasser les 80 %. -Alors, Noël va vite arriver. C'est une période cruciale, voire vitale, pour les ostréiculteurs, sur lesquels plane le norovirus.
Y a-t-il des raisons d'être inquiet pour les ostréiculteurs à quelques mois des fêtes ? -Y a toujours des raisons d'être inquiet. C'est pas nouveau.
Je suis un épicurien. J'aime bien ce qui va bien sur la table et je suis un gros amateur d'huîtres. Ce coquillage est une merveille.
C'est merveilleux. C'est authentique, emblématique, identitaire du territoire. Il faut tout mettre en oeuvre pour préserver cette activité économique.
Il y a 1000 entreprises sur le bassin, créatrices d'emplois, et qui sont victimes d'une activité qui est l'agriculture, principalement, qui met en péril, on a parlé du cycle de l'eau, le fonctionnement hydrologique sur les bassins versants, et qui perturbe l'écosystème estuarien, littoral et océanique. On a, au-delà des norovirus, qui peuvent rendre malade, des fortes mortalités ! Je suis plus inquiet avec la mortalité.
Quand on a 80 % de mortalité sur des coquillages à taille marchande, c'est une perte, une perte économique absolument pharaonique ! Pour les mêmes raisons que pour les méga-bassines, et pour aller plus loin dans le raisonnement et préserver une activité aussi emblématique que l'huître de la région...
C'est partout sur la Charente-Maritime qu'on fait ce constat. Il faut vraiment qu'on travaille sur une meilleure gestion du grand cycle de l'eau ! -Ils disent que l'omerta autour de ces contaminations est en train de tomber.
On a préféré cacher la pollution au consommateur plutôt que de pas fragiliser la profession ? C'était l'autruche ? -Ouais, enfin... -J'ai retenu ce mot, "omerta". -L'omerta n'est pas...
C'est pas sur les consommateurs qu'il y a une omerta. -Sur la qualité des eaux ! -Sur la recherche...
Les causes de ce qui fait que ça dysfonctionne, aujourd'hui. Le lobby agricole est très puissant et il veut pas, ou difficilement, se remettre en cause, et donc...
Il y a une forme d'omerta, je le revendique, qui fait qu'aujourd'hui, les producteurs de coquillages, d'huîtres ou de moules, peuvent être en grave difficulté. Si on veut retrouver des réponses pertinentes, il faut qu'on respecte cette ressource en eau de la source à l'estuaire ! Pomper de l'eau dans les nappes pour les méga-bassines, ça met les ostréiculteurs en difficulté ! -Que fait-on ?
On les protège ces bassins, ou c'est tomber dans un piège que de les protéger ? -Il faut les protéger mais pas par des solutions technicistes. Le solutionnisme, dont on parle beaucoup, qui consiste à faire des bassins de décantation... -Exactement ! -...même si c'est une typicité de la production.
Le coquillage le plus merveilleux qu'on trouve, c'est la pousse en claire. Celle qui naît dans l'océan. Celle qui naît dans l'océan, ce n'est pas une huître qui sort des closeries, donc une huître naturelle, qui grandit en claires.
Donc dans des bassins un peu déconnectés. Ils sont remplis par de l'eau de mer mais un peu déconnectés de la mer quand même. Faire de la pousse en claire ne veut pas dire qu'on doit utiliser les claires pour pallier ces conséquences-là.
On risque, un jour, de voir des contaminations aussi dans les claires... -Que leur propose-t-on ? -Il faut travailler sur la qualité de l'eau et il y a de très beaux exemples.
Je fais un petit coucou amical à mon ami François Patsouris, qui a été président du comité national de conchyliculture, et qui, à la Tremblade, avec des aides de l'agence de l'eau, a su, par exemple, séparer le réseau des eaux grises qui sort des toilettes, des éviers, des douches, de l'eau de pluie. Ca fait que l'eau de pluie n'est pas dirigée vers des stations d'épuration qui débordent quand il pleut beaucoup et qu'on a des pollutions...
Où tout se mélange dans le bassin, et c'est là qu'on a des norovirus. En collectant l'eau de pluie séparément, on a trouvé comment protéger le bassin ostréicole. -Ca passe aussi par la judiciarisation ?
Le tribunal d'Arcachon a décidé d'entamer des travaux d'assainissement...
Est-ce que c'est comme ça que ça va bouger ? -Peut-être que c'est comme ça. Je préfère de loin la carotte au bâton.
On a un principe fondamental, inscrit dans la directive européenne sur l'eau et dans la loi sur l'eau et des milieux aquatiques, qui siège des sept agences de l'eau sur le territoire national, c'est le principe pollueur payeur ! Pour le faire appliquer, il va falloir passer par la judiciarisation. Objectiver le débat : qui est à l'origine des pollutions ?
Si vous êtes à l'origine des pollutions, est-ce à l'enveloppe publique de réparer les dégâts ou vous prenez vos responsabilités et on applique le principe pollueur payeur ? Avec la judiciarisation, on fait supporter à ceux qui polluent les conséquences de leurs techniques. Il y a un autre principe auquel je suis attaché, c'est que quand on sait qu'on peut produire autrement...
Je suis la preuve qu'on peut faire de l'agriculture qui nourrit, qui ne remet pas en cause la souveraineté alimentaire. Quand on sait qu'on peut le faire sans pesticides, sans engrais de synthèse, on doit convoquer le principe de précaution. Pour les producteurs de coquillages et pour la santé des enfants !
Je suis sur une zone où on a des cancers pédiatriques au-delà des normes, c'est pour ça que je porte le ruban jaune... -Le coquelicot, le ruban jaune. -...qui rappelle qu'on a des enfants en difficulté avec leur santé, probablement, à cause, je dis "probablement", de la surutilisation des pesticides sur des secteurs.
Quand on sait qu'on peut produire autrement, on convoque le principe de précaution. Stop, on sait faire autrement, on arrête avec ces solutions, ces usages qui mettent en danger des activités économiques, la santé, et la biodiversité ! Ce qui menace, aujourd'hui, les activités agricoles et la souveraineté alimentaire, pour les productions, terrestres ou en mer, coquillages, poissons, c'est le dérèglement climatique, l'effondrement de la biodiversité.
Attaquons-nous à ça ! -J'allais y venir. C'était la suite de ma question : en quoi le réchauffement climatique peut nuire au domaine ostréicole ? -Pour plein de raisons.
Ca réchauffe l'eau. On acidifie les océans. Les coquillages qui font des coquilles en calcaire quand on acidifie l'océan...
On...
On observe, déjà, des malformations de coquillages. -Moins résistants. -Le coquillage se forme mal parce que l'acide impacte le calcaire.
Le calcaire se dissout dans l'acide. On a, bien sûr, aussi, sur fond de réchauffement, parce que la température est un sujet, la modification de l'écosystème dans sa globalité. La nourriture, les coquillages sont des organes filtreurs, qu'on trouve dans l'océan...
Sur fond de réchauffement de l'eau, d'acidification de l'eau, de substances polluantes comme les pesticides et les nitrates, ça modifie la nourriture des coquillages filtreurs, modifie la nature du plancton et fait apparaître des norovirus qui mettent en difficulté tout ça. Si on préserve pas l'écosystème, on est en grave difficulté. -Vous dites qu'à terme, les huîtres pourraient disparaître ?
Les coquillages ? -Bien sûr que ça peut être une hypothèse. Je fais une analogie, très souvent.
Les coquillages, pour que les gens comprennent tous, sont les abeilles de la mer. On utilise souvent les abeilles pour dire que des choses marchent pas et qu'il faut regarder la mortalité chez les abeilles. C'est l'indicateur, le bioindicateur de dérèglement grave.
En milieu marin, les coquillages sont les indicateurs d'un écosystème qui dysfonctionne. Quand tous les coquillages auront disparu, des activités économiques aussi florissantes, identitaires et merveilleuses que l'huître, ou la moule de bouchot de Charron...
Si elles disparaissent, y compris pour un pays qui a mis la gastronomie dans le patrimoine immatériel de l'Unesco, c'est une perte incroyable ! C'est valable chez nous, à Arcachon, à l'étang de Thau, en Bretagne, en Normandie...
Partout on fait ce constat ! -Vous m'apportez la transition. Une étude rapporte que crustacés et mollusques sont vulnérables aux néonicotinoïdes comme les abeilles.
Est-ce que ces pesticides, qui fragilisent les huîtres et les crevettes, sont un fléau plus dangereux que ces virus qui apparaissent souvent ? -J'arrive pas à hiérarchiser si c'est plus dangereux. En tout cas, ce cocktail-là... -Ce cocktail ? -Oui, c'est un cocktail explosif pour les écosystèmes, la biodiversité et notre santé.
C'est peut-être une faille importante des réglementations en France et en Europe. Ces effets cocktails ne sont jamais évalués. On évalue jamais les molécules dans l'effet cocktail tel qu'il est proposé !
Les spécialités commerciales de pesticides, c'est sept, huit, 10 molécules mélangées. Ce cocktail n'est jamais évalué. On a un autre sujet extrêmement sensible.
Les molécules utilisées aujourd'hui se dégradent. On appelle ça des métabolismes de décomposition qui sont parfois plus dangereux que la molécule ! C'est le cas du glyphosate.
Le glyphosate n'est pas une molécule dangereuse, mais ses métabolismes de décomposition le sont ! Jamais on évalue les métabolismes de décomposition ! Cela vient amplifier l'effet cocktail, car on les retrouve avec les molécules, et donc, ce...
Cette faille juridique met en danger la biodiversité, la santé... -Le consommateur ! -Mais bien sûr ! -On avait raison de s'inquiéter sur la disparition... -Des huîtres ! -On doit vraiment avancer ! -Justement, je vous propose d'avancer vers la fin du repas... -Le dessert ! -On peut pas se quitter sans une note sucrée... -Avec un millas charentais, un gâteau qui date de l'Antiquité. "Millas", ça signifie "mil", "millet".
En arrivant en Europe, la farine de maïs a remplacé le millet. C'est un gâteau très simple, paysan, sans aucune connotation péjorative, on en a parlé ensemble. On le consomme sucré ou même salé.
Sucré, il donne une touche de fleur d'oranger, M. Biteau préfère le cognac mais bon. Rires On peut aussi le manger salé, avec du cochon, comme un pain.
Alors, c'est moi qui l'ai fait, celui-là. -C'est ce que j'allais souligner ! -Sous les conseils de Benoît Biteau, et sa recette. -Sa recette ! -On va goûter, c'est la première fois ! -J'ai pas goûté encore mais j'ai aucun doute sur le fait que ça puisse être très bon. -Délicieux.
Pourquoi ce choix de dessert ? -Ce choix de dessert, c'est parce que c'est vraiment...
Une pâtisserie qui a disparu, avec plein d'autres aspects de la paysannerie. J'ai découvert le millas avec ma grand-mère, la mère de mon père. C'était le millas qu'elle faisait avec le maïs dont mon grand-père récoltait les grains et les ressemait.
Avant de le savoir, du maïs population, des écotypes. Donc c'était du maïs de notre région. Je remets pas en cause l'intérêt du maïs.
Je suis attaché à la dimension culturelle du maïs sur notre région... -Que pour le millas ! -Pas que le millas.
Mes grands-parents élevaient des volailles, des cochons, on avait besoin du maïs. Ils mangent du maïs. Mais lui, il connaissait pas Limagrain, par exemple.
Je vais pas me focaliser que sur ce semencier, mais quand même. Surtout, c'est cette époque où les paysans étaient solidaires entre eux. Quand il y avait les vendanges chez un agriculteur, les familles locales venaient vendanger un jour chez l'un, le lendemain, chez l'autre, le temps que le pressoir se vide.
Quand il y avait les battages, les moissons, on venait faire le battage tous ensemble. On avait besoin...
Cette force de travail était mise à rude épreuve, grosses journées, un travail qui tapait dans les ressources. Ils allaient pas en salle de sport le soir. Ils avaient donc besoin de cette nourriture qui tient au corps... -C'est ce que j'allais dire ! -Ca tient au corps et au-delà de ça, moi, je trouvais cette pâtisserie...
J'ai peut-être des goûts particuliers mais quand ma grand-mère mangeait du millas, j'en mangeais des quantités...
J'adore ça. Je trouve ça bon. -C'est délicieux ! -Je raconte une anecdote. -Pardon.
Il est réussi ? -Oui, il est réussi. Je le dis.
On a eu une petite expérience. Je raconte une anecdote. On a fait du millas à Bruxelles et on l'a foiré.
Celui-là est réussi. Il y a une petite... -Merci. -Merci à vous !
Il y a une petite...
Je disais tout à l'heure qu'en changeant les pratiques agricoles, on embarque tout. Ma grand-mère faisait du millas avec le maïs de mon grand-père. Mon grand-père a arrêté le maïs, il était âgé.
Et on a continué à faire du millas, avec le maïs industriel que faisait mon père. Et le goût n'était absolument pas le même ! Et j'ai retrouvé vraiment le goût du millas de ma grand-mère quand on a repris avec mon maïs population, la production de farine, pour le millas.
Ca change vraiment, radicalement les choses. Le rapport au goût, c'est peut-être aussi...
Je parlais tout à l'heure de la gastronomie au patrimoine immatériel de l'Unesco. Préserver le goût, c'est peut-être aussi un levier qui va nous permettre de pousser à la réinvention des pratiques agricoles. -J'avais lu que vous aimiez sentir le goût du maïs dans le millas de votre grand-mère mais c'est vraiment ça, le millas.
Je trouve ça bon, grâce au goût du maïs. J'ai été cherché de la farine bio pour vous ! -Bah, évidemment. -Et parce qu'elle est bio, il est possible que ce soit du maïs population.
Le mouvement des agriculteurs bio utilise de plus en plus ces écotypes et ces ressources locales. La réglementation, depuis le 1er janvier 2022, permet aux agriculteurs bio d'utiliser des ressources génétiques non-inscrites au catalogue, ce qui était pas le cas. Pendant 15 ans, en toute illégalité, j'ai utilisé des ressources que j'avais pas le droit d'utiliser. -Pour accompagner ce fabuleux dessert, vous avez choisi une chanson de Daran, "Pas peur". -Je n'ai pas peur Des hommes Musique folk douce Tu m'as dit Dans un homme ...
Il y a toujours L'humain ...
Et puis Derrière l'humain -Alors, c'est Daran, anciennement, Daran et les chaises. Je m'en souviens, en 1991. Pourquoi...
Pourquoi ce choix ? -Je suis un grand fan de Daran. J'aime beaucoup Daran. -Depuis l'époque 90, déjà ? -Bien sûr. -Ah ouais, super. -J'aime beaucoup cet artiste.
J'ai choisi ce texte parce que je suis victime de représailles, de...
D'agissements qui tendent à attaquer mon intégrité...
Dans ces moments de représailles, ma famille est mise à rude épreuve. Ma femme, mes enfants, qui vivent avec moi, subissent de la même manière des gens qui viennent me tirer dessus à un déjeuner, des gens qui jettent des bidons de liquide allume-feu à la ferme avec un message clair : "Une ferme, ça brûle." Des gens qui polluent des récoltes avec des substances qui, si j'avais fait de la farine de sarrasin, auraient tué des gens qui auraient consommé cette farine.
J'ai choisi ce texte car je veux dire à ces gens que j'ai pas peur d'eux. J'ai pas peur. Et c'est aussi l'occasion de rendre hommage à mes proches, à ma femme, mes enfants...
J'ai de l'émotion. -C'est normal. On comprend. -Parce que moi, j'ai pas peur mais je les embarque dans une aventure qui est quand même difficile, et ces gens-là prennent soin de moi.
C'est ce que dit Daran dans ce texte. J'ai pas peur des autres mais j'ai besoin, je l'assume, de ces gens qui me protègent au quotidien. -Dans votre combat. -Exactement.
Un petit clin d'oeil à mon épouse et à mes enfants. -Ils apprécieront. -L'émotion.
On a déjeuné avec un Vert très ému. On est aussi émus. Si vous voulez aussi déjeuner avec les Verts, cet ouvrage est pour vous.
Avec Benoît Biteau, et votre collaboratrice Sarah Wiener, qui ont écrit... -C'était une collègue députée européenne. -Voilà.
Bon appétit. -Merci beaucoup, d'avoir partagé... -Merci. -...ce repas.
On vous remercie infiniment. On remercie aussi Jean-Pierre Montanay, pour ce fabuleux dessert ! -Et le Bourbon ! -Bien sûr ! -Les tagliatelles à la carbonara. -Ils nous ont cuisiné ces merveilleuses pâtes à la carbonara.
On se retrouve évidemment la semaine prochaine pour un nouveau numéro de "Politiques, à table !" -Merci à vous. -Merci.
SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA -Je suis tellement moi ...
Tant que tu restes là ...
Si j'ai peur d'une chose Mon amour
Benoît Biteau