"L'Afrique change, et en face, la France ne change pas" : Françafrique, la rupture ?
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Questions et réponses
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- 1:39OuverteRéponse directe
Comment analyser le double événement du Sénégal et du Tchad demandant le départ des troupes françaises ?
- 3:05OuverteRéponse directe
Est-ce qu'avec le Tchad, on est vraiment dans un tournant historique ?
- 4:02OuverteRéponse directe
Elle en est où, la présence française aujourd'hui en Afrique ?
- 5:33OuverteRéponse directe
Est-ce qu'avec le Tchad, on est vraiment dans un tournant historique, comme le disent les autorités tchadiennes ?
- 6:17OuverteRéponse directe
Comment expliquer que le Tchad n'ait plus besoin de l'appui français ?
- 8:12OuverteRéponse directe
La France est-elle concurrencée sur le plan commercial par la Chine et sur le plan militaire par la Russie ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:46InvitéFait
« La France s'est un peu endormie en Afrique. La France n'a pas vu l'Afrique se mondialiser. »
- 2:10InvitéFait
« Elle a continué à se croire un peu chez elle en Afrique et elle avait un système intégré qu'on appelle, pour faire court, la France-Afrique. »
- 3:21InvitéFait
« L'Afrique change. Elle a beaucoup changé depuis deux décennies, par exemple. Et en face, la France, elle ne change pas. »
- 5:01InvitéFait
« L'armée française qui est en train de se faire virer est installée au Tchad depuis 1900. »
- 6:47InvitéFait
« C'est vrai que le Tchad est vraiment... Bon, c'est un symbole fort, le Tchad. »
- 8:22InvitéChiffre
« La Chine est le premier partenaire commercial des pays africains. 25% aujourd'hui de l'échange. »
- 10:51InvitéFait
« Ah ben, votre président va pour réparer la clim. »
- 13:03PrésentateurFait
« La restitution des œuvres spoliées. »
- 14:08InvitéFait
« Dans un huis clos de chefs d'État à Bamako, il a quand même osé dire, il y avait quatre chefs d'État qui étaient musulmans sur cinq, il a osé dire « Inch'Allah, ce n'est pas ma tasse de thé ». »
- 17:07PrésentateurFait
« L'Allemagne est un partenaire commercial plus important que la France aujourd'hui en Afrique. »
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Afrique à France ou France-Afrique, la rupture avec un point d'interrogation comme le disait Marion à l'instant. C'est le grand sujet que nous allons traiter dans le grand entretien d'Inter ce samedi matin avec deux invités, deux spécialistes des relations entre la France et l'Afrique. Antoine Glazer, journaliste qui est l'auteur et co-auteur de ce piège africain de Macron, livre publié aux éditions Fayard et Francis Patinguet qui est maître de conférences à Sciences Po Paris, ancien rédacteur en chef du magazine Jeune Afrique et du Monde Afrique. Bonjour messieurs.
Bonjour.
Bonjour. Et bienvenue, il y a beaucoup de sujets à aborder avec vous et on a besoin de votre éclairage et de travail de pédagogie. J'invite les auditeurs à nous appeler au 01 45 24 7000 ou sur l'application France Inter pour vous poser toutes les questions qu'ils peuvent se poser et que nous nous posons nous aussi sur cette relation. Alors je ne sais pas si on peut parler de relations amoureuses qui tournent au divorce. Il y avait ce livre d'Amosos dont le titre était Aidez-nous à divorcer. En tout cas, il y a sans doute un tournant dans les relations entre la France et les anciennes colonies françaises et les anciens États où s'était installée la France en Afrique.
Il y a eu le Sénégal qui, le même jour que le Tchad, a demandé le départ des troupes françaises de leur sol. C'est... comment l'analyser, très simplement, Antoine Glazer, ce double événement-là ?
Je pense qu'on était... si vous voulez, la France s'est un peu endormie en Afrique. La France n'a pas vu l'Afrique se mondialiser. Elle a vécu une période historique très particulière depuis l'indépendance de 1960 jusqu'à la chute du mur de Berlin en 89-90. Elle a continué à se croire un peu chez elle en Afrique et elle avait un système intégré qu'on appelle, pour faire court, la France-Afrique. Et donc, elle n'a pas vu l'Afrique se mondialiser. Elle est restée comme ça sur le continent.
Et c'est son armée, alors, avec un système intégré politique, militaire, financier, avec des chefs d'État qui avaient été souvent ministres, les jeunes ne le savent pas, qui avaient été ministres dans les gouvernements français avant les indépendances. Donc, c'est des gens, des dirigeants français, des militaires cooptés, comme le Bokassa, Yadéma, le président Fouet de Boigny ou Sangor. Ils avaient été ministres dans les gouvernements français. Et la France pensait qu'elle était désirée, que c'était éternelle. Et elle s'est trouvée dans un anachronisme historique quand elle a continué à se croire en Afrique chez elle, en particulier dans son précaré africain.
Et son armée s'est trouvée hors sol par rapport, finalement, il y avait des dizaines de milliers de coopérants. Elle a continué comme si de rien n'était.
Le jeudi 28 novembre 2024 fera date, Francis Patinguet, justement dans cette relation entre la France et ses anciennes colonies. Sénégal, Tchad, pour deux raisons différentes, on va l'aborder. L'ancienne puissance coloniale n'est plus désirée, on peut dire ça comme ça ?
On peut résumer ça ainsi. En fait, l'Afrique change. Elle a beaucoup changé depuis deux décennies, par exemple. Et en face, la France, elle ne change pas. Et elle renforce même une forme de conservatisme et tout. L'Afrique est très très jeune. La population est jeune. Et la population n'a aucune référence par rapport à la France, à l'ancienne puissance coloniale. Mais en France, d'abord, il n'y a plus d'espères, il n'y a plus de gens qui connaissent vraiment l'Afrique. Et surtout, il n'y a plus de gens qui ressentent l'Afrique. Vous voyez ? Qui ressentent. Qui ressentent l'Afrique. Donc du coup, bon, on fait des politiques de coup par coup.
Et la France a toujours un train de retard dans les événements en Afrique.
Alors Antoine Glazer, le communiqué de la diplomatie tchadienne, il parle d'un tournant historique. Mais c'est vrai qu'on a vu ces dernières années se multiplier. les départs, départ du Niger en septembre 2023, départ du Mali, des soldats français, départ de la Centrafrique, du Burkina Faso. Elle en est où, la présence française aujourd'hui en Afrique ? Elle a été beaucoup réduite en fait ces dernières années.
Oui, absolument. Alors quand on dit départ, on s'est fait franchement virer du Burkina, du Mali, du Niger. Mais l'endroit où la France pensait qu'elle était encore forte, en particulier l'armée française, qui a un rôle extrêmement important en Afrique, c'était vraiment le Tchad. Il y avait encore mille soldats français. Et c'est vrai que c'est un bastion. Parce qu'au moment de la colonisation, vous avez ce qu'on appelait les valeureux capitaines de l'Empire, en fait, qui ont découpé l'Afrique de l'Ouest en tranches napolitaines, malheureusement. C'est-à-dire Niger, Mali, Togo. Alors que les populations sont installées sur une base vraiment horizontale.
Ils sont arrivés jusqu'au bassin du lac Tchad en 1900. Ça veut dire l'armée française qui est en train de se faire virer est installée au Tchad depuis 1900. Et là, c'est un retour. C'est pour ça que je parle toujours de... Il faut voir ça sur une période historique. C'est un retour vers les comptes. C'est-à-dire les seules deux bases qui restent, parce que c'est vraiment le Gabon et la Côte d'Ivoire. Et puis, il y a... Le Djibouti, c'est quelque chose qui est à part. C'est un tournant vers l'Ado-Pacifique, vers le proche Moyen-Orient. Mais je veux dire, la France était la seule puissance extérieure au continent à avoir des bases permanentes.
Francis Patindé, la France virait, c'est ce que dit Antoine Glazer, virait de nombreux pays d'Afrique ces dernières années. Est-ce qu'avec le Tchad, on est vraiment dans un tournant historique, comme le disent les autorités tchadiennes ?
On prend un virage. Vous savez, il y a eu la période des indépendants, la période des tentatives de démocratisation. Et là, on est en train de prendre un virage où il faut exclure totalement du jeu l'ancienne puissance coloniale. Et le Tchad, en fait, est une colonie à part. Oui, c'est un cas particulier. Voilà, c'est des forts. Vous savez, l'ancien nom de la capitale, c'était Fort-Lamy. Du nom de capitale. Et il y avait Fort-Archambeau et tout. Donc, c'est un pays vraiment, et dans la stratégie militaire française, c'est un pays important.
C'est le pays qui a connu le plus grand nombre d'interventions militaires françaises sur son territoire. C'est impressionnant. Alors, comment expliquer, justement, qu'aujourd'hui, le Tchad n'ait plus besoin de l'appui français ?
Alors, le problème, c'est que ce n'est pas la fin. Il y aura d'autres pays qui vont vous surprendre, qui vont prendre la même...
Auxquels vous pensez ?
Je pense même au Gabon. Je pense parce que la population est anti-française. elle n'est pas contre les Français. Elle est contre un système, c'est-à-dire le système politique. C'est le subtil. Voilà, le système politique. Antoine Glazer. Oui, ça veut dire, c'est vrai que le Tchad est vraiment... Bon, c'est un symbole fort, le Tchad. Mais c'est certain que là, je parle toujours évidemment d'un anachronisme historique. Ça veut dire l'Afrique s'est mondialisée.
Et pour répondre à la question pourquoi la France, qui a vraiment sauvé je ne sais combien de présidents tchadiens depuis François Tombalbaï, le général, le père de Mahamad Déby qui vient de nous shooter, avait été installé par la DGSE quand même. Je veux dire, donc... Et les militaires tchadiens étaient utilisés par la France pour lutter dans le massif des Ifogas. Ils les utilisaient parce que c'était des anciens rebelles qui savent bien lutter dans les massifs. Donc c'est vrai que... Mais ce que la France, elle est tellement... On est toujours tellement arrogants qu'on ne se rend pas compte à quel point les chefs d'État ont le monde entier dans leur salle d'attente.
J'ai un Mahamad Déby, il y a même des sociétés privées américaines, on parle toujours des Russes, mais privées américaines qui vont former ces soldats. Vous avez les Émiratis, la France va les former des Émiratis, mais ils vont revenir au Tchad. Et en fait, l'Afrique se mondialise et les chefs d'État, ils ont souvent le pognon avec le pétrole, l'or, les matières premières. Et on parle toujours des Russes des Chinois. Mais la Turquie est extrêmement active. C'est eux qui vendent des drogues dans toute cette région.
Francisque Patindé, on vous voit acquiescer. C'est vrai que la France est, entre guillemets, concurrencée à la fois sur le plan commercial, effectivement, par la Chine, et sur le plan militaire, par quoi ? La Russie, effectivement ?
Oui, alors la France, elle n'est pas concurrencée au plan commercial par la Chine. Elle est battue. Elle ne compte pas. Parce que la Chine est le premier partenaire commercial des pays africains. 25% aujourd'hui de l'échange. Et la Russie, la Russie intérieure, la Russie a toujours été présente en Afrique. Elle revient en Afrique par le canal militaire. Wagner ? Oui, Wagner. Et pas seulement. Même la voie officielle, le voyage diplomatique et tout ça. Et la Russie, elle a envie de jeter la France parce que l'environnement s'y prête.
L'environnement est toxique vis-à-vis de la France. Mais c'était pas si longtemps, Antoine Glazer, puisque vous parlez de l'histoire, le moment où le président Hollande déclenchait l'opération Serval, intervenait au Sahel. Emmanuel Macron rappelait l'an dernier encore, je le cite, que si Serval puis Barkhane n'avaient pas été décidé, nous ne parlerions aujourd'hui ni de Mali, ni de Burkina Faso, ni de Niger. C'est une manière de dire que la France a sauvé ces états-là ?
Oui, mais je veux dire, la France, c'est terrible parce que l'armée française s'est trouvée en briquette à un moment donné. Quand vous parlez off à même des militaires français de cette période, ils vous disent, ok, qu'on soit intervenu à Serval pour sauver, mais personne ne pensait que les djihadistes allaient arriver dans la capitale à Bamako. Mais au bout d'un moment, eux-mêmes disent, on aurait dû, avec Barkhane, on aurait dû quitter déjà le pouvoir. Ils étaient vraiment, l'armée française s'est trouvée hors sol. Pourquoi ? Il n'y avait plus que l'armée, mais en dessous, les milliers de coopérants, même le renseignement.
On se fait virer à N'Djamena, on a l'impression que personne n'était au courant. Donc ça montre bien qu'avant ce qu'on appelait les grandes oreilles, on ne sait pas, on se demande ce qui se passe. Et à partir de ce moment-là, c'est là où la France est complètement en décalage.
Alors essayons de comprendre ce piège africain parce qu'il est fait aussi de symboles. et j'aimerais qu'on s'arrête sur quelques-uns des moments de rupture, des moments qui ont compté dans la psychologie des pays africains et de la France. Revenons donc à Ouagadougou, Burkina Faso. Emmanuel Macron commence son mandat. Il donne un discours devant des étudiants. Que se passe-t-il à ce moment-là ?
Mais il y a le président, donc Rochmar Christian Caboret, qui... Bon, c'est vrai que la salle était assez chaude. La clim ne marchait pas, la climatisation. Et il se lève à un moment, sans doute...
Le président Burkina Bé ?
Oui, le président, il faut aller aux commodités. Par exemple, ça arrive à des chefs d'État d'aller aux commodités. Et donc, Macron a cette blague, vraiment à quatre sous, de dire, ah ben, votre président va pour réparer la clim. Et ça, ça passe mal. Parce que pour un président qui incarne la nouveauté, qui incarne la jeunesse aussi, il faut le dire, qui est né après les indépendances africaines, ça tombe mal.
Ça tombe mal, beaucoup plus que ça. C'est quelque chose qui est comme un péché originel. La vidéo a fait le tour des pays africains et elle a été ressentie comme une humiliation bien au-delà du Burkina Faso.
Oui, parce qu'on ne comprend pas à Paris, on a toujours un peu comme ça en surplomb. C'est-à-dire, il avait l'impression qu'il suffisait de faire un discours sur la jeunesse, mais il était justement avec cette espèce de suffisance qu'on n'a pas supporté. Ça veut dire, même quand il fait des choses qui ne peuvent apparaître extraordinaires, comme s'adresser à la jeunesse africaine, de faire des sommets africains avec les sociétés civiles, avec les diasporas ici.
Mais pour un Africain, je veux dire, à partir de ce moment-là, où même si son chef d'État, il est vraiment, même s'il sait qu'il est corrompu, etc., mais le mépris que va avoir Emmanuel Macron qui fait vraiment sentir qu'il a une détestation de toute cette ancienne précarée, cette ancienne Afrique francophone, il ne jure que d'aller dans les pays anglophones, il veut aller faire son premier, il y aura un premier sommet au Kenya, à Nairobi. qui, je veux dire, au moment où on se fait virer du tchat, c'est à ce moment-là, où il accueille, on n'entend pas beaucoup parler, à cause sans doute de Notre-Dame, mais de la visite d'État, du président du Nigeria à Paris.
C'est la première visite d'État d'un président africain, mais anglophone, à Paris, depuis, il ne s'est pas arrivé depuis 2016. Donc, les autres pays africains, il dit, voilà, le président africain, il nous regarde, le petit lapis, c'est vrai, le droit des naisses et autres, en Afrique, on ne parle pas comme ça. Et c'est vrai, quand vous allez, par exemple, visiter le musée de l'Africa à Teter-Vurenne, en Belgique, quand vous traversez le premier couloir, il y a écrit, en gros, c'est un sociologue beige, tout passe, sauf le passé. Donc, c'est vrai qu'Emmanuel Macron, il a eu tous ces trucs, même le truc mémoriel, c'était très important, mais, je veux dire, pour... Expliquez,
expliquez, parce que ce n'est pas rien, en l'occurrence,
la restitution des œuvres spoliées, il y a les œuvres spoliées, il y a le Rwanda, il va y avoir le Cameroun avec l'historienne Karine Ramondi, c'est vrai.
Il y a la reconnaissance d'un massacre qui a été commis par les Français en 1944.
Il y a une historienne, Armel Mabon, qui dit, ce n'est pas 30, mais 300 tirailleurs sénégalais qui ont été combattus pour la France, qui ont été massacrés à Thiaroy. Et ça ne suffit pas ? Non, ça ne suffit pas, parce qu'encore une fois, c'est le mémoriel, tout passe sauf le passé, mais on n'est pas le passé, ok, mais le présent, quel type de rapport vis-à-vis de l'Afrique ?
Alors voilà, justement, Francis Patindé, on parle du travail mémoriel, il a fait des efforts mémoriels, Emmanuel Macron, on parlait de ce massacre qui a été reconnu quasiment le jour même où le Sénégal dit qu'il veut voir partir l'armée française. Alors, effectivement, ça ne suffit pas.
Ça ne suffit pas du tout, d'autant puisque Emmanuel Macron a quand même multiplié les bourdes. Je vais vous raconter une petite histoire très rapidement. Dans un huis clos de chefs d'État à Bamako, il a quand même osé dire, il y avait quatre chefs d'État qui étaient musulmans sur cinq, il a osé dire « Inch'Allah, ce n'est pas ma tasse de thé ». Il l'a dit. C'est des gaffes,
mais est-ce que ça pèse par rapport à quand même un grand travail mémoriel qu'on peut lui reconnaître ?
Le travail mémoriel est réel. Je viens d'un pays, le Bénin, qui a récupéré 26 œuvres qui ont été spoliées par un général français dans le royaume d'Abaumé. C'est symbolique, c'est fort, mais le Bénin a plus de 3000 œuvres qui sont éparpillées, et donc beaucoup, en France.
Et le Bénin qui fait un très grand travail mémoriel en ce moment, justement, pour renouer avec l'histoire de l'esclavage du royaume d'Abaumé. Voilà, jusqu'au 5 janvier. Bonjour Pascal et bienvenue sur Inter.
Oui, bonjour. Merci pour votre émission. Je me posais la question des enjeux actuels. Je voulais savoir si le Tchad ou le Sénégal allaient réellement bénéficier d'une plus grande autonomie avec le départ des Français. Autrement dit, qu'il n'y a pas déjà d'autres liens qui unissent le Tchad et ou le Sénégal avec des puissances extérieures.
Alors, merci pour votre question, Pascal. Énormément de questions sur l'application France Inter dans le même sens. Qui remplace la France avec de nombreuses interventions d'auditeurs qui s'interrogent sur la Chine, par exemple ? Qui veut répondre ?
On va répondre tous les deux et moi je vais dire brièvement que c'est vrai qu'il y a la Russie mais la Russie elle surfe sur la faiblesse de la France, la faiblesse de la présence française. Elle surfe sur le fait de cet anachronisme historique. Ce n'est pas elle qui est active, etc. Vous savez, même les types d'Africa Corps, les Russes, quand ils s'affronteront comme les Français à 5 millions de kilomètres carrés dans le Sahel, ce n'est pas eux qui vont changer la donne.
Et c'est pareil au Tchad mais encore une fois, au Tchad, on ne se rend pas compte mais il n'y a pas simplement les Russes, il y a les Chinois, il y a encore une fois le monde entier et je pense même qu'il y a les Américains et je termine là-dessus, les propres partenaires européens de la France qui ont dit très longtemps diplomatie d'influence, on le voit bien nous en tant que journaliste, vous êtes sollicités maintenant par des ambassades européennes sur la situation en Afrique alors qu'auparavant ils allaient uniquement au Cédor Cé ou à l'Élysée, ils ne vous demandaient rien du tout.
Donc vous voyez, la France est quand même isolée aussi et ce n'est pas simplement les Russes, c'est le monde entier encore une fois.
Francis Patindé, il y a la stratégie militaire qu'on essaye de réinventer que Emmanuel Macron et son gouvernement essayent de réinventer qu'ils ont du mal à réinventer apparemment et puis il y a la stratégie économique et notamment l'aide au développement qui est en forte baisse, quelles conséquences ça peut avoir ça ?
Ça va aggraver les choses, en tout cas l'image de la France officielle en Afrique. Antoine disait quelque chose d'important, l'Europe, l'Allemagne, la Hongrie par exemple concurrencent la France sur les terrains. francophones.
L'Allemagne est un partenaire commercial plus important que la France aujourd'hui en Afrique. En Afrique,
y compris francophones, parce que c'est ça et la France n'a plus les moyens aussi de son impérium. La France ne peut pas sortir le chéquier à tout bout de champ. On voit qu'actuellement on est en pleine crise économique, financière et politique en France. Donc ça contribue à affaibler la France. Et pour aussi ajouter dans le même sens que Francis, pendant que la France pendant longtemps faisait la sécurité, nos propres partenaires européens, ils faisaient le business. C'est ça l'histoire.
Et culturellement, comment est-ce que la France se situe aujourd'hui ? On parle de moins en moins français, de plus en plus anglais dans de nombreux pays qui pourtant avaient été colonisés par la France ou par la Belgique d'ailleurs, je pense Rwanda notamment. mais il y a quelque chose de frappant, c'est que la présence culturelle française est en train de diminuer. Un jeune Africain, s'il veut aller faire ses études en Europe, est-ce qu'il choisira forcément la France ? Pas obligatoirement,
sauf ceux qui sont bons parce que la France conserve un charme. Je parle du pays et tout. Mais pas obligatoirement. Les gens, la nouvelle jeunesse, si je puis dire, elles s'en foutent de la France. Elles s'en foutent. Elles s'en foutent de la France, d'autant puisque beaucoup de dignités français dans les sénacles internationaux parlent anglais.
Oui. Et de moins en moins de visas aussi, Antoine Glazer.
Oui, c'est un drame. À mon avis, si on voulait vraiment changer la donne... Un drame ? Bien sûr, c'est un drame. Ça veut dire, à partir du moment où on voyait que tous ceux qui pourraient changer la donne dans le rapport entre la France et l'Afrique, ça veut dire, des universitaires, ils vont tous dans les universités américaines et ici, il faudrait vraiment changer la donne en accueillant et en mettant à la tête d'un certain nombre d'universités et discuter aussi, avoir des univers, accueillir beaucoup plus universitaires africains pour changer la donne à long terme et s'intéresser à l'Afrique des Africains.
On a exporté dans tous ces pays pendant des années, 50 ans, notre culture, notre constitution, etc. Et on ne s'est pas intéressé à l'Afrique des Africains. Il faudrait s'intéresser à ce qui se passe en Afrique. L'Afrique des Africains, ça changerait déjà la donne. Et pour que ça change, il faut que le regard que portent les politiques français, les financiers français, les académiciens français, je parle du monde universitaire, le monde qui change forcément. Et ce n'est pas le cas. Il n'y a pas que les politiques qui sont en cause, mais il y a toute l'oligarchie intellectuelle française.
Merci infiniment à tous les deux, en tout cas, pour votre éclairage. C'était passionnant. Antoine Glazer, Francis Kpatilinde. Je rappelle donc Antoine Glazer, ce livre d'actualité brûlante, en l'occurrence, c'est Macron qui est pris au piège de l'Afrique. Le titre, en vérité, c'est le piège africain de Macron. C'est publié chez Fayard. Merci à tous les deux à suivre la revue de presse.