"Nous voulons une Europe 100% renouvelable en 2040", affirme l'écologiste Marie Toussaint
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Questions et réponses
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Marie Toussaint, pour les écologistes, c'est une bonne ou une mauvaise nouvelle ?
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Si cette relance, pour les écolos, il faut la continuer.
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Ça, ça veut dire couvrir la France d'éoliennes et de panneaux solaires pour avoir le 100% renouvelable ?
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Vous réorienter Total pour qu'il ne produise plus de pétrole, plus de gaz, ça fait moins de pétrole et de gaz sur le marché, ça veut dire que les prix deviennent plus chers ?
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Dans votre programme, vous voulez aussi sortir des produits toxiques, les polluants éternels, les perturbateurs endocriniens, les pesticides dangereux ?
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Est-ce que ce n'est pas une erreur de stratégie de ne pas mettre l'immigration au centre de votre programme ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« il faudrait atteindre la neutralité carbone en 2040. »
- 1:51PrésentateurPromesse
« nous voulons une Europe 100% renouvelable en 2040. »
- 3:20Invité politiqueChiffre
« ça coûte 80 milliards à peu près de prendre 51% du capital »
- 3:33PrésentateurChiffre
« l'Union Européenne donne des centaines de milliards chaque année aux énergies fossiles »
- 5:02PrésentateurChiffre
« on a compté jusqu'à 19 clusters de cancers pédiatriques »
- 5:48Invité politiqueChiffre
« la liste de Jordan Bardella au-dessus des 30% »
- 5:51Invité politiqueChiffre
« vous êtes dans une fourchette de 5,5 à 8% »
- 8:51PrésentateurChiffre
« 13,4%, c'était le score de Yannick Jadot en 2019. »
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France Inter, le 7-10.
Alexandra Ben Saïd, votre invitée ce matin est la tête de liste, les écologistes aux élections européennes. Bonjour Marie Toussaint. Bonjour et merci de m'accueillir pour cette journée de l'Europe. Absolument, 9 mai, on est à un mois du scrutin. Alors hier c'était le 8 mai, 8 mai 2024, 14h, EDF a commencé le chargement en combustible de l'EPR de Flamanville. Après 12 ans de retard, ça c'est le symbole de la relance du nucléaire en France. Marie Toussaint, pour les écologistes, c'est une bonne ou une mauvaise nouvelle ?
Écoutez, en tout cas c'est fait, c'est relancé. Moi je suis inquiète d'abord de ce fiasco industriel quand même. 12 ans de retard, des coûts qui ont explosé, qui ont été multipliés par 4 pendant la durée de ce travail. Et puis aujourd'hui, un couvercle qui est défectueux, qu'on devrait remplacer. Mais l'urgence pour le Président de la République, c'était d'envoyer un signal sur cette relance du nucléaire plutôt que de garantir son bon fonctionnement. Maintenant j'ai envie de vous dire, on fait face au dérèglement climatique qui est terrible. On voit tous les jours les inondations, les feux de forêt, la montée du trait de côte qui vient engloutir des maisons.
Et donc on doit absolument agir et on doit mener une bataille sans trêve contre les énergies fossiles.
Mais justement, le nucléaire, ce n'est pas une énergie fossile, ça n'émet pas de gaz à effet de serre. Et c'est pour ça que je vous demande si c'est une bonne ou une mauvaise nouvelle. Si cette relance, pour les écolos, il faut la continuer. Emmanuel Macron, lui, il veut construire 6, voire 14 nouveaux EPR.
Vous savez, c'est simple. Les scientifiques nous disent que si nous voulons tenir les objectifs de l'accord de Paris, il faudrait atteindre la neutralité carbone en 2040. Pour atteindre la neutralité carbone dans des délais aussi courts, il n'y a qu'une solution. Ce sont les énergies renouvelables. Et aujourd'hui, on a besoin d'investir massivement dans les énergies renouvelables. C'est le parent pauvre de la politique française. La France est le seul pays de l'Union Européenne qui ne tient pas les objectifs qui ont été fixés. Emmanuel Macron ne cesse de reporter toutes les législations sur la transition énergétique.
Donc nous, nous le disons, nous voulons une Europe 100% renouvelable en 2040.
Ça, ça veut dire couvrir la France, par exemple, d'éoliennes et de panneaux solaires pour avoir le 100% renouvelable. Vous connaissez bien les recours des riverains. Les renouvelables, on est pour. Mais alors, ce n'est pas dans son jardin, pas derrière la maison, pas devant la maison, pas à côté de la maison. Si on fait du 100% renouvelable, ça veut dire qu'il faut forcer les Français ? Il ne faut pas leur laisser le choix ?
Ah non, nous ne croyons pas cela. Et je suis convaincue, au contraire, que quand il y a une adhésion de la population, eh bien, ça marche mieux et qu'on a moins de recours contre ces éoliennes. Mais j'aimerais dire une autre chose. C'est qu'aujourd'hui, on a des entreprises européennes, du pétrole et du gaz, qui continuent à investir pour ouvrir de nouveaux puits de pétrole, de gaz ou de charbon. C'est le cas de Total, c'est le cas de Repsol, des nids de ces entreprises européennes, sur lesquelles il faut reprendre le contrôle, parce qu'il faut cesser tout investissement dans les énergies fossiles et réorienter l'ensemble de ces investissements.
Elles font des profits colossaux dans les énergies renouvelables. Ça, c'est possible avec un fonds de souveraineté écologique européen, qui permettrait à l'Union européenne, aux États membres, de devenir actionnaires majoritaires de ces entreprises, pour les contraindre justement à sortir l'argent de là où il fait mal, les énergies fossiles, et les mettre là où il fait du bien, les énergies renouvelables. C'est bon pour le climat, ça permettrait de créer de l'emploi sur le territoire européen et par ailleurs de nous libérer de notre dépendance toxique à des régimes comme celui de Vladimir Poutine ou d'Ila Maliev en Azerbaïdjan.
Marie Toussaint, alors ce faisant, si je comprends bien, vous réorienter Total, bon ça coûte 80 milliards à peu près de prendre 51% du capital, mais bon, vous réorienter Total pour qu'il ne produise plus de pétrole, plus de gaz, ça, ça fait moins de pétrole et de gaz sur le marché, ça veut dire que les prix deviennent plus chers et c'est ce qu'on a vécu avec la Russie.
Alors vous savez, aujourd'hui l'Union Européenne, je vous réponds d'abord sur l'argent, l'Union Européenne donne des centaines de milliards chaque année aux énergies fossiles, aux entreprises qui développent les énergies fossiles. Donc ce que je propose, c'est effectivement de prendre cet argent là où il fait mal pour le mettre là où il fait du bien. Ça ne coûtera pas plus cher à la population ou à l'Union Européenne. Maintenant, les entreprises des énergies fossiles ont financé et ont fait un lobbying immense pour nous rendre dépendants des énergies fossiles. Je vous prends l'exemple de la route et du rail.
La France comme l'Europe ont investi deux fois plus pendant ces dernières années dans la roule, dans la route que dans le rail. Et bien ce que nous proposons, c'est un plan massif d'investissement dans le ferroviaire. C'est aussi ce à quoi appeler M. Farandou qui s'est fait taper sur les doigts par un gouvernement qui ne cesse de dépendre des énergies fossiles.
Dans votre programme, vous voulez aussi sortir des produits toxiques, les polluants éternelles, les perturbateurs endocriniens, les pesticides dangereux. Vous avez vu quand même ce qui est arrivé au pacte vert, ce qui arrive au pacte vert. Réorienter, reprendre en main, taxer, interdire. Ça crée des colères puissantes partout en Europe. Vous avez vu la colère des agriculteurs. Ça nourrit l'extrême droite qui dit qu'elle va protéger le mode de vie actuel. Promettre plus de fermeté. Certains vont vous dire ça y est, c'est encore l'économie punitive.
C'est le contraire que nous proposons. Je veux dire à celles et ceux qui nous écoutent que la situation de dérèglement climatique, de dévastation de la nature avec ses atteintes nombreuses sur la santé, ce n'est pas de leur faute. C'est justement de la faute des lobbies, des dirigeantes et des dirigeants qui les soutiennent, du modèle qu'on a construit et dans lequel nous sommes enfermés. Il faut interdire ces produits toxiques. Je vais vous dire, on a compté jusqu'à 19 clusters de cancers pédiatriques, des cancers des enfants. Et les autorités françaises refusent finalement de regarder d'où ça vient. Les parents en sont convaincus.
Ça vient des pesticides, ça vient du plomb, du cadmium qu'on a répandu dans les sols partout pendant si longtemps. Donc maintenant, il faut que ça cesse. Il faut interdire ces produits à commencer par les plus dangereux. Et puis vous savez, ça peut nous permettre de faire la prochaine révolution industrielle qui sera celle de la réparation et de la dépollution du monde. Ce sont des emplois qui ont du sens. Quoi de plus beau, de plus enthousiasmant que de se lever le matin en se disant qu'on va contribuer à la dépollution du monde et à préserver la santé des citoyennes et des citoyens.
Et cependant, dans la campagne actuelle, l'écologie n'est pas au centre des préoccupations. Et la liste qui domine dans les sondages, alors les sondages sont ce qu'ils sont, mais quand même c'est la liste de Jordan Bardella au-dessus des 30%. Vous, vous êtes dans une fourchette de 5,5 à 8%. Le mot immigration, qui est la matrice du vote d'extrême droite, n'apparaît pas dans votre programme. Est-ce que ce n'est pas une erreur de stratégie ?
Alors, il apparaît dans le programme long que nous avons sorti et peut-être pas dans le programme court. Mais vous savez, vous l'avez dit vous-même, aujourd'hui on a l'extrême droite qui prend deux boucs émissaires. L'étranger, qui serait la cause de tous nos problèmes, dont d'ailleurs le dérèglement climatique. On se demande bien comment ils font. Et puis l'environnement et les protections, les législations de protection de l'environnement. Et donc, on entend l'extrême droite qui influe sur le reste des droites, nous expliquer que si on cessait de protéger l'environnement, eh bien le monde irait mieux. Eh bien moi je veux dire, c'est le contraire. C'est le contraire.
Et l'enjeu du 9 juin prochain, l'enjeu de cette élection européenne, il est majeur. Parce que ce sera soit le pacte brun, un mélange de climato-scepticisme et d'extrême droite, soit au contraire le renforcement, l'accélération de la transformation écologique et sociale. Et ça, ce sera le pacte vert. Pacte 20 contre pacte vert, c'est l'enjeu du 9 juin.
Alors qui est le pacte vert ? A gauche, on observe la remontada des socialistes avec Place Publique et Raphaël Glucksmann qui talonne la liste macroniste. En meeting à Bordeaux, c'était samedi, vous avez dit « Glucksmann, c'est le produit sympa qu'on met en vitrine. Les socialistes sur l'écologie, c'est du Canada Dry ». Bref, vous qui vouliez une campagne axée sur la douceur, là vous commencez à sortir, je ne sais pas moi, le point. Qu'est-ce qui se passe ? Vous avez peur du vote utile à gauche le 9 juin ?
Non mais écoutez, je pourchasse et je poursuivrai toujours cet horizon de douceur parce que je refuse et je récuse la brutalisation de la vie politique.
Mais vous avez changé de ton.
Mais j'ai toujours dit aussi qu'il fallait débattre sans combattre. Et je demande effectivement de la clarté à M. Glucksmann parce qu'il appartient à une famille politique, ou en tout cas il fait campagne avec une famille politique, les socialistes, qui à Bruxelles votent pour l'austérité, votent pour le détricotage environnemental de la PAC ou encore pour les mégacamions. Et sur le terrain, en Occitanie en particulier, défendent la 69, qui est une autoroute décriée non pas par des centaines mais par des milliers de scientifiques pour son caractère climaticine, destructeur de biodiversité et par ailleurs injuste. Et je trouve qu'on entend très peu M. Glucksmann sur la question.
Je lui ai demandé plusieurs fois de clarifier sa position. Il ne l'a pas encore fait, je crois, pour préserver ses soutiens dans celui de Mme Delga.
Et vous avez peur du vote utile à gauche le 9 juin ? C'est ça ma question ? Est-ce que ce n'est pas ce qui est en train de se passer ? Quand on voit à quel point les intentions de vote montent pour lui et stagnent pour vous ?
Je vous l'ai dit, en ville des règlements climatiques, il y a des produits toxiques répandus partout qui rendent malades les gens, de plus en plus jeunes, qui sont emportés par exemple par des cancers ou qui sont frappés par des maladies chroniques. Le seul vote utile le 9 juin, c'est celui qui permet de préserver le climat, la biodiversité, la santé et la justice sociale. Et ce vote-là, c'est le vote écologiste.
Pas de liste commune avec la NUPES, c'était le choix du parti. Vous n'avez pas de regrets quand vous regardez, ne serait-ce que cette liste place publique PS ?
Écoutez, ce n'est plus le temps de se poser la question. On a déposé les listes cette semaine. Aujourd'hui, on fait campagne. On va convaincre les Françaises et les Français chaque jour sur le terrain. Je serai déjà tout à l'heure à la Rochelle.
13,4%, c'était le score de Yannick Jadot en 2019. C'est possible en 2024 pour les écologistes ?
Bien sûr. Et j'appelle les Françaises et les Français, je l'ai dit, à venir voter pour notre liste.
Marie Toussaint, députée européenne et tête de liste écologiste aux Européennes. Merci d'avoir accepté l'invitation de la matinale.
Et merci Alexandre Abed Saïd.
Marie Toussaint