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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 16 février 2021 8 minContradictoireActualité / polémiqueDéfenseSécuritéEurope & international

Opération Barkhane : "On est pris dans une équation infernale" juge le général Bruno Clément-Bollée

Source d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 40 %Attaque 10 %Défensif 50 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 89 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:00OuverteRéponse directe

    Quel avenir pour l'opération Barkhane ?

  • 0:31OuverteRéponse directe

    Qu'il va falloir envisager un terme à cette mission ?

  • 2:11FerméeÉludée

    On ne dialogue pas avec des terroristes ?

  • 3:02OuverteRéponse directe

    Pourquoi la France gagne-t-elle des batailles mais pas la guerre ?

  • 3:44OuverteRéponse directe

    Toutes ces autres forces sont opérationnelles ou c'est la France qui porte le gros ?

  • 4:42OuverteRéponse directe

    La solution ne pourra pas être exclusivement militaire ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:06PrésentateurChiffre
    « Plus de 5000 hommes sont sur place pour lutter contre la menace djihadiste. »
  • 0:27PrésentateurFait
    « Emmanuel Macron doit prendre la parole aujourd'hui pour évoquer à minima un réajustement des effectifs. »
  • 1:16Invité politiqueChiffre
    « 51% maintenant de l'opinion publique française semble défavorable à l'engagement. »
  • 4:18Invité politiqueChiffre
    « la dernière opération, c'est l'opération Eclipse, en novembre, on a noté qu'il n'y avait plus seulement que 45% de Français dans l'ensemble de la coalition. »
  • 5:26Invité politiqueFait
    « au Mali, les djihadistes sont plus présents que les forces locales. »

Temps de parole

  • Invité politique75 %
  • Présentateur25 %

4 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Il est 6h20, quel avenir pour l'opération Barkhane ? Cela fait déjà 8 ans que l'armée française est déployée au Sahel. Plus de 5000 hommes sont sur place pour lutter contre la menace djihadiste. La France et les pays de la région participent à un sommet depuis hier, un G5 Sahel en visio en raison de la pandémie de Covid. Bonjour Bruno Clément-Bollet.

0:18
Invité politique

Bonjour.

0:18
Présentateur

Vous êtes général de corps d'armée en deuxième section. Le Sahel est une région que vous connaissez parfaitement. Vous y allez régulièrement depuis 40 ans. Emmanuel Macron doit prendre la parole aujourd'hui pour évoquer à minima un réajustement des effectifs. Cela veut dire quoi exactement ? Qu'il va falloir envisager un terme à cette mission ? L'armée française ne peut pas rester éternellement au Sahel ?

0:38
Invité politique

Je crois que la France, notre président, est face à une question extrêmement délicate qu'on peut peut-être résumer comme une sorte de triple défi. D'abord, on est pris dans une infernale équation. On ne peut pas partir comme ça alors que la mission de la lutte contre le terrorisme semble inachevée. Au moins, c'est ce que montre le terrain. Et qu'ensuite, nous faisons partie d'une coalition pour laquelle nous avons à rendre des comptes. Et puis, d'un autre côté, autre terme de l'équation, on ne peut pas rester indéfiniment. Cela n'aurait pas de sens.

La deuxième question à se poser, c'est comment rester, dans quelle posture rester, quand aujourd'hui, 51% maintenant de l'opinion publique française semble défavorable à l'engagement. En tout cas, c'est ce qu'a donné récemment, il a été donné par sondage. Et puis, bien évidemment, avec ça, on imagine que le débat va s'inviter dans le champ politique. On pense tout de suite à la présidentielle de l'année prochaine où, probablement, le maintien de l'engagement français au Sahel pèsera.

Et enfin, troisième question, comment rester quand on décide, nous-mêmes, de cibler comme ennemi prioritaire ACMI, présent notamment au Mali, mais pas que, alors que localement, les locaux, et non des moindres, ce sont les autorités, notamment du Mali et pour une moindre mesure, Burkina Faso, aujourd'hui, sont enclines à dialoguer, pour retrouver, à dialoguer avec les islamistes, avec ceux qu'on a ciblés comme prioritaires, pour retrouver la paix, une paix globale.

2:11
Présentateur

Et vous, vous pensez que ça ne se fait pas ? On ne dialogue pas avec des terroristes ?

2:16
Invité politique

Moi, je pense que ce n'est pas à moi de penser. Je pense que cette affaire, c'est une affaire sahélienne et que, bien, localement, si on estime devoir, pour pouvoir régler les choses et retrouver une paix globale, discuter avec ceux qu'ils considèrent, puisque c'est comme ça qu'ils les considèrent, comme maliens, je pense à ACMI, je pense à Yad Akgali et son mouvement du GSIM, qui sont en fait des Touaregs, des Touaregs maliens, pour l'essentiel. Et puis, je pense au Front de Libération du Massina, d'Amadou Koufa, qui fait régner le désordre au centre du Mali et qui est constitué de maliens d'origine peule, essentiellement.

2:53
Présentateur

Vous l'avez signalé, l'armée française engrange des succès, mais dans le même temps, il n'y a pas un jour, sans une attaque ou sans des exécutions ou des raids sur des villages, pourquoi la France gagne-t-elle des batailles, mais pas la guerre ? On a l'impression qu'il pourrait y avoir 3 000, 5 000 hommes, 10 000 hommes de plus, ça ne changerait pas grand-chose.

3:09
Invité politique

D'abord, il faut tenir compte de l'espace dans lequel évolue l'engagement français. D'ailleurs, quand on parle d'engagement français, c'est un peu faussé, le débat, parce que c'est une grande coalition, en fait. Barkhane, c'est les 5 100 hommes de Barkhane. Elles sont au milieu d'une coalition représentée par Barkhane, les autres, Takouba, la force européenne, ce qu'on appelle EUTM, les missions de formation des forces locales par les européens, les MINUSMA, la grande mission des Nations Unies, il y a la coalition du G5 Sahel, ces 5 pays qui sont regroupés pour former une force particulière.

3:44
Présentateur

Mais toutes ces autres forces,

3:45
Invité politique

les armées locales,

3:46
Présentateur

toutes les autres forces, les armées locales, la force européenne, toutes ça, elles sont opérationnelles, il y a une vraie relève, ou c'est quand même la France qui porte le gros sur ses épaules ?

3:54
Invité politique

La France porte un poids assez considérable dans cet engagement, mais il y a quand même une vraie relève qui est en train de se passer, on le souligne assez peu, mais en début d'année 2020, par exemple, quand des opérations de coalition étaient menées, 75% de l'effectif de ces opérations était fourni par la France, la dernière opération, c'est l'opération Eclipse, en novembre, on a noté qu'il n'y avait plus seulement que 45% de Français dans l'ensemble de la coalition.

Donc vous voyez que progressivement, le pourcentage évolue et je sais que l'objectif de l'armée française, enfin de l'engagement de Barkhane, c'est très rapidement d'arriver à 25% de participation française pour 75% de participation locale. Donc tout ça va dans le bon sens, mais ça prend du temps, or on est dans un monde qui est extrêmement pressé et qui veut tout tout de suite.

4:42
Présentateur

Et on sait qu'il n'y a pas que l'aspect militaire, la solution ne pourra pas être exclusivement militaire, il faut aussi des États qui fonctionnent. Il y a plein de zones qui n'ont pas de médecin, pas d'instituteur, ça aussi, ça joue en faveur des djihadistes.

4:54
Invité politique

Alors là, vous mettez le doigt sur une des grandes causes de cette grande déstabilisation sahélienne, c'est le vide, l'absence totale d'État. Quand l'État ne remplit plus ses devoirs régaliens en termes d'éducation, en termes de santé, en termes de développement, eh bien, les gens locaux qui ont à continuer à vivre composent avec celui, vous savez, la nature à avoir du vide, elle compose avec celui qui est présent. Et aujourd'hui, il est à noter que dans beaucoup de régions, notamment au Mali, les djihadistes sont plus présents que les forces locales.

5:30
Présentateur

Je rappelle que vous connaissez très bien la région. Expliquez-nous comment les djihadistes font pour rallier justement ces populations dans certains territoires. Comment ils s'y prennent ?

5:40
Invité politique

Alors, ils ne rallient pas toujours. Ils imposent plus souvent. Je ferai référence au excellent film qu'il y avait d'il y a quelques années qui s'appelait Timbuktu et qui montrait bien que cette paix djihadiste, elle était imposée à la population locale. Je savais que les jeunes, quand on les empêche de jouer au football, quand on empêche les jeunes de chanter, ce n'est pas très très apprécié. Ça ne l'est pas du tout chez nous et ça ne l'est pas du tout non plus au Mali. Il n'y a pas de raison. Donc, il faut mesurer les termes et ne pas penser que les Maliens, que les Burkinabés, Tchadiens et autres sahéliens souhaitent la paix djihadiste.

6:23
Présentateur

Est-ce qu'il y a une rivalité entre les différents groupes armés de cette région ?

6:27
Invité politique

Oui, il y a une rivalité entre ceux qui se disent d'obédience à Kmi, donc ceux dont on vient de parler et qui sont essentiellement des locaux maliens. Et puis, l'autre grand paquet, c'est Daesh, bien sûr, avec un mouvement qui s'appelle l'EIGS, l'État islamique au Grand Sahara et qui est sous la houlette d'un certain Al-Sahraoui qui, lui, n'est pas un local. Il vient du Maroc. Comme son nom l'indique, il vient de l'ancien Sahara espagnol. Et voilà, il y a une grande rivalité entre ces deux groupes. Et en 2020, on a pu noter beaucoup d'affrontements locaux entre Daesh et Akhmi, chaque groupe n'ayant pas la même conception de ce qu'on appelle le pouvoir islamique représenté sur place.

7:18
Présentateur

Comment entre-ouvrir une porte de sortie ? On va attendre la déclaration d'Emmanuel Macron aujourd'hui. Merci Bruno Clément-Bollet. Je rappelle que vous êtes général de corps d'armée en deuxième section et vous étiez l'invité du 5-7. France Inter

Opération Barkhane : "On est pris dans une équation infernale" juge le général Bruno Clément-Bollée · Pourquijevote