Conférence de presse du Président Emmanuel Macron et du Président du Bénin Patrice Talon
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 85 %Attaque 5 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 11:00OuverteRéponse directe
Monsieur le Président, vous vous êtes engagé à pousser l'adoption de la loi cadre pour offrir l'opportunité d'une restitution plus ample des biens culturels. Est-ce qu'on pourrait avoir un agenda de la restitution des autres œuvres qui sont toujours en France ?
- 12:00OuverteRéponse directe
Vous avez fait part d'une volonté politique d'ouverture de la part de Monsieur Talon. Qu'est-ce que cela veut dire concrètement ? Est-ce que vous envisagez la libération des leaders d'opposition ou le retour au Bénin de ceux qui sont en exil ?
- 17:00RelanceRéponse directe
Qu'est-ce qui bloque en réalité pour l'achat de matériel militaire par le Bénin ?
- 21:00OuverteRéponse directe
Où en est la réallocation des 100 milliards de dollars de droits de tirage spéciaux du FMI ?
- 24:00OuverteRéponse directe
Est-ce que des forces françaises pourraient arriver au Bénin ? Concernant la sécurité énergétique, est-ce que l'accord signé à Bruxelles est un bon accord ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:00Patrice TalonChiffre
« Sur le plan économique, les appuis financiers publics directs de la France au Bénin avoisinent un demi milliard d'euros et ont couvert la plupart des domaines d'intérêt prioritaire, et ce sur la période 2017-2022 donc en cinq années environ. »
- 1:30Patrice TalonChiffre
« Sur cette même période, les banques privées françaises sont intervenues dans le financement des investissements publics du Bénin, à hauteur d'environ 800 millions d'euros, avec la garantie des pays pour la plupart. »
- 2:00Patrice TalonChiffre
« Les entreprises françaises intervenant au Bénin ont été adjudicataires de marchés publics pour plus d'un milliard d'euros. »
- 2:30Patrice TalonFait
« Les relations économiques entre la France et le Bénin ont atteint, ces cinq dernières années, un niveau inespéré, jamais approché, soit plus de dix fois leur volume sur la moyenne quinquennale de ces 30 dernières années. »
- 3:30Patrice TalonPromesse
« Nous allons bientôt signer, la France et le Bénin, un accord de partenariat stratégique sur la période 2022-2026. »
- 4:30Patrice TalonPromesse
« Sur dix jeunes qui sortiraient du système éducatif, quel que soit le niveau, sept au minimum soient formés aux métiers. »
- 7:30Patrice TalonFait
« Nous n'avons pas encore obtenu gain de cause auprès des autorités militaires françaises pour une certaine donnée de la coopération, notamment la fourniture d'équipements et de matériels militaires. »
- 8:30Emmanuel MacronPromesse
« Nous allons accompagner l'École du patrimoine africain, la construction du futur musée de l'épopée des Amazones et la restauration des palais royaux d'Abomey. »
- 11:30Emmanuel MacronFait
« Un prérapport qui a été rédigé par Jean-Luc Martinez a été remis il y a quelques semaines et je souhaite que nous puissions avancer pour maintenant poursuivre ce qui a été commencé ici, poursuivi au Sénégal et que nous devons faire cheminer plus avant et avec encore plus d'ambition. »
- 13:30Emmanuel MacronChiffre
« Nous avons réalloué 20 % de nos droits de tirage spéciaux, ce qui est notre quote-part. »
- 16:30Emmanuel MacronPromesse
« Les pick up, les équipements de déminage, les gilets pare-balles et les équipements de vision nocturne demandés seront livrés incessamment. »
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Monsieur le Président, permettez qu'à nouveau je vous exprime notre gratitude pour votre visite qui nous honore. Aussi, je ne peux m'empêcher d'exprimer ma satisfaction au sujet de la qualité des relations entre la France et le Bénin. En effet, sans tambour, la coopération entre nos deux pays a connu ces cinq dernières années un développement sans pareil.
Sur le plan économique, les appuis financiers publics directs de la France au Bénin avoisinent un demi milliard d'euros et ont couvert la plupart des domaines d'intérêt prioritaire, et ce sur la période 2017-2022 donc en cinq années environ. Sur cette même période, les banques privées françaises sont intervenues dans le financement des investissements publics du Bénin, à hauteur d'environ 800 millions d'euros, avec la garantie des pays pour la plupart. Ce qui veut dire que, même quand le secteur privé est intervenu, l'État français a été un soutien, et tout cela est hors marché financier obligataire.
En somme, la mobilisation de ressources d'appui auprès de la France, aussi bien publiques que privées, a permis au Bénin de financer des investissements à un niveau qui a atteint 1 milliard et demi d'euros. Dans la même période, les entreprises françaises intervenant au Bénin ont été adjudicataires de marchés publics pour plus d'un milliard d'euros. C'est dire que les relations économiques entre la France et le Bénin ont atteint, ces cinq dernières années, un niveau inespéré, jamais approché, soit plus de dix fois leur volume sur la moyenne quinquennale de ces 30 dernières années.
Cela démontre bien combien les relations entre la France et le Bénin sont bonnes. Il en est de même sur le plan politique. Si je dois qualifier nos relations sur ces derniers temps, je dirais qu'elles sont décomplexées et débarrassées des pesanteurs du passé.
La meilleure preuve, ce sont les 26 œuvres que nous venons de visiter ensemble et qui ont été restituées par la France dans une atmosphère de coopération conviviale inespérée. Cela, Monsieur le Président, c'est votre mérite, cher ami, bravo ! Je veux signaler que, dans cette même dynamique de bonne coopération, de développement de la coopération, cette dynamique, nous allons bientôt signer, la France et le Bénin, un accord de partenariat stratégique sur la période 2022-2026.
Cela va montrer encore un autre palier du développement de nos relations, et je l'attends avec intérêt. Dans ce même élan, vous avez accepté que la France accompagne le Bénin de manière spécifique dans trois domaines particuliers. Nous venons de signer, tout à l'heure, un accord concernant deux de ces domaines : il s'agit principalement de notre système éducatif.
Le Bénin a décidé de mettre l'accent sur la formation technique professionnelle et nous attendons de l'Union européenne et de la France un appui important. C'est déjà un peu acquis avec la Banque mondiale, l'AFD qui nous accompagne déjà, mais nous avons décidé d'aller beaucoup plus loin de sorte que, sur dix jeunes qui sortiraient du système éducatif, quel que soit le niveau, sept au minimum soient formés aux métiers. Cela demande un investissement important pour les écoles, les lycées et les centres de formation à tous les niveaux.
Le dernier sommet Union européenne/Afrique a vu l'Union européenne inscrire dans son programme à venir ce projet du Bénin, élargi à la sous-région mais implanté au Bénin, pour un renforcement de la formation technique professionnelle des jeunes Béninois et de la sous-région. Notre souhait est que la France nous appuie auprès de l'Union européenne pour que cela se concrétise assez vite et que nous puissions également bénéficier de votre appui direct, notamment en termes de déploiement de formateurs in situ, ici au Bénin. Vous avez donné votre accord pour cela, et je vous en remercie.
Nous avons évoqué également et convenu, avec vous et vos équipes, que la France nous appuierait davantage dans notre effort de lutte contre le terrorisme, parce qu'aujourd'hui c'est l'un des principaux défis. Malheureusement, permettez que je le répète, nous n'avons pas encore obtenu gain de cause auprès des autorités militaires françaises pour une certaine donnée de la coopération, notamment la fourniture d'équipements et de matériels militaires. Mais je salue l'engagement de la France à nos côtés en ce qui concerne les renseignements, et il y a une bonne coopération entre nos deux pays dans ce domaine ainsi qu'en ce qui concerne le renforcement des capacités.
Nos hommes ont beau être bien formés, on a beau avoir les renseignements, on a beau être braves et disposés à être au front, on a besoin d'armement, on a besoin d'équipements et de matériel militaire. En cela, nous attendons un effort de votre part. Nous avons les moyens financiers d'acquérir ces équipements-là mais aujourd'hui, avec les tensions qu'il y a dans le monde, acquérir ces équipements devient un peu problématique.
Mais nous savons que vous avez les moyens de les fournir. On l'a exprimé, et vous avez pris l'engagement de faire ce qu'il faut pour que nous ayons ces équipements-là. Je veux dire que, dans ce domaine également, la coopération est bonne.
Elle n'est pas encore aussi bonne que je le souhaitais mais des engagements ont été pris. En ce qui concerne le troisième ou le deuxième domaine dans lequel nous venons de signer un accord, c'est le domaine culturel. Tout le monde sait très bien que le domaine culturel et artistique est créateur d'emplois, de richesses et de développement.
Notre ambition est de faire de Cotonou la scène culturelle et artistique de la sous-région. Nous sommes en train d'investir actuellement près de 2 milliards d'euros pour créer l'environnement culturel, touristique, artisanal et artistique. Cela conviendrait parfaitement à une nouvelle expression du rayonnement français de la sous-région, notamment au Bénin, par une coopération entre nos deux pays, pour créer le quartier créatif culturel.
Il comprend l'Institut français d'une nouvelle envergure, mieux que ce qui existait jusque là parce que l'Institut français du Bénin manquait d'ambition. Il faut un institut d'une nouvelle envergure, plus ambitieux et comportant également une villa, genre Médicis, et une résidence pour les artistes ainsi que notre projet de musée d'art contemporain. Tout cela pour faire de Cotonou une scène sur laquelle le rayonnement de notre culture commune s'exprimerait davantage pour créer un autre pôle de développement.
Vous avez donné votre accord pour que la France adhère et accompagne ce projet-là. Je vous en remercie et j'espère que les engagements seront tenus dans le temps de l'espérance. Sinon, si nous attendons trop longtemps, les énergies vont s'émousser.
Monsieur le Président, pendant nos entretiens en tête-à- tête et lors de la séance de travail entre nos deux délégations, nous avons évoqué les principaux défis auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui dans le monde : la guerre en Ukraine, la situation au Mali et au Burkina, l'insécurité dans la sous-région, les problèmes de cherté de la vie occasionnés successivement par le Covid puis la guerre en Ukraine ; ce qui concerne l'alimentation, les denrées alimentaires, ce qui concerne le carburant et plein d'autres choses. Nous avons une convergence de points de vue sans commentaires, et je veux dire par là que, si nos esprits convergent à ce point, il faudrait que nous en donnions la preuve dans le domaine de l'investissement privé français au Bénin. Je vais vous dire que, là où il y a encore des insuffisances, j'attends que nos deux gouvernements, vous et moi, nous fassions ce qu'il faut pour corriger cette insuffisance en ce qui concerne les investissements privés français au Bénin.
Ils sont encore très faibles. Je disais tout à l'heure que c'est environ plus d'un milliard d'euros de marchés publics que les entreprises françaises ont eu dans la période au Bénin, mais ça ce sont des marchés de prestation. L'idéal est qu'il y ait de l'investissement direct français au Bénin.
Avec ce qui se passe au Bénin, toute la dynamique qu'il y a, les réformes qui sont en cours, le sérieux qui s'observe, aussi bien dans l'administration que dans le secteur privé, là où il faut être désormais, c'est ici, au Bénin, à Cotonou. C'est ici qu'il faut être et qu'il faut investir. Le temps donnera bien la mesure de la certitude de ce que je dis mais les premiers venus seront les mieux servis, et c'est pour ça que je m'adresse également à ceux qui vous ont accompagné.
Je voudrais que l'investissement privé direct français soit encouragé pour mieux accompagner au Bénin parce que l'environnement s'y prête désormais. Je voudrais, pour finir, avant que vous ne donniez peut- être un peu plus de détails sur nos échanges en ce qui concerne les défis auxquels nous sommes confrontés globalement dans le monde, quand même saluer la France, dire au peuple français, aux autorités politiques françaises et à vous-même, cher ami, combien nous sommes satisfaits de la qualité des relations entre la France et le Bénin, combien nous sommes reconnaissants de l'appui de la France au Bénin dans presque tous les domaines, et combien nous espérons que cela va s'intensifier, toujours dans un environnement et dans un cadre de coopération décomplexés, et à la satisfaction des uns et des autres. Le séjour est très court, vous allez partir dès ce soir, après avoir passé une nuit à Cotonou, mais j'aurais bien voulu vous garder plus longtemps parce que nous avons abordé tellement de sujets, mais parfois un peu trop vite.
Ce serait bien que ce genre de rencontre se répète parce qu'à vos côtés, il y avait la plupart de vos collaborateurs ainsi que les miens, et je crois qu'une telle dynamique en équipe est de nature à donner du succès aux actions, aux intentions et aux engagements. Il faut que ça se remake, que ça se répète très vite, soit ici, soit à Paris, et que nos équipes se voient et travaillent ensemble pour mettre en œuvre ce qui a été dit et ouvrir d'autres chantiers. Merci.
Merci, Monsieur le Président, cher Patrice, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Mesdames et Messieurs, je vais vous dire combien je suis heureux d'être avec la délégation qui m'accompagne ici à vos côtés à Cotonou, dans le cadre de ce premier déplacement en Afrique depuis ma réélection. Je voulais vous remercier, Monsieur le Président, pour l'accueil chaleureux que vous nous avez réservé. Cette délégation qui m'accompagne est à l'image de ce qui nous unit et compte le plus.
Elle regroupe beaucoup de talents, souvent binationaux, qui sont la fierté de nos deux pays et, je dois le dire, nos meilleurs ambassadeurs, ambassadeurs du lien à la fois intime et renouvelé que nous voulons construire entre nos deux pays. Je veux commencer mon propos en poursuivant ce sur quoi vous avez terminé, et vous dire combien j'étais à nouveau ému à vos côtés, de pouvoir admirer dans leur pays les 26 œuvres des trésors royaux d'Abomey que la France vous a restituées il y a quelques mois. Depuis, ce sont plus de 200 000 personnes qui sont venues les admirer et les retrouver dans des scènes, vous me les rappeliez à l'instant, émouvantes de fierté, de gravité, d'effervescence et de dignité.
Face à un tel engouement, vous avez fait le choix de prolonger cette exposition, ce qui en dit beaucoup sur la longue attente qui avait précédé leur retour. C'est le fruit aussi d'un engagement de la France, que j'avais pris dès 2017 à Ouagadougou, puis de discussions que nous avions eues ensemble. Cela prouve que, je le dis ici pour ce sur quoi nous nous engageons aujourd'hui, lorsque nous actons des choses, nous le faisons.
En effet, grâce à la coopération exemplaire entre nos deux pays autour de cette démarche, je crois que nous avons démontré ce qui était jugé impossible ou prématuré et qui était en fait une forme d'évidence. Je veux remercier tous celles et ceux qui y ont œuvré et contribué, qui en écrivant des rapports et en nous donnant une doctrine, qui en préparant les lois ou en les défendant à notre Parlement pour permettre de restituer ces œuvres. Nous avons démontré, ce faisant, et nous venons de le vivre ensemble, qu'un acte de restitution n'est ni une perte ni une contrition.
C'est une continuation de l'histoire, c'est la possibilité d'une nouvelle page. C'est une réinvention de ces trésors, de ces œuvres. Je crois profondément que c'est un geste qui a une part de mystère, de spiritualité, mais qui regarde résolument vers l'avenir.
Nous venons de le voir également ensuite, grâce à l'exposition d'artistes contemporains béninois que vous avez organisée. Je suis extrêmement heureux d'avoir pu vivre à vos côtés cette forme de généalogie de la création béninoise. Nous sommes fiers de nous engager aujourd'hui avec le Bénin, dans un partenariat culturel d'exception au cœur de cette région qui, de Lagos à Abidjan, a tout pour devenir en effet un des coeurs vibrants de la culture du continent africain et du monde.
À cet égard, je serai extrêmement fier, Monsieur le Président, si cela est possible et qu'on arrive à l'aménager, s'il n'y a pas de réserves de votre côté, de pouvoir accueillir à Paris l'exposition que nous venons de voir aujourd'hui à Cotonou, des artistes contemporains, qui serait une bonne manière de poursuivre le chemin et de montrer ce dialogue et cet échange qui se poursuit, comme j'avais eu l'immense privilège, à Montpellier, de voir plusieurs de ces artistes contemporains, pas simplement béninois mais africains, il y a quelques mois. C'est d'ailleurs dans cet esprit que nous allons continuer d'oeuvrer ensemble et nous allons accompagner l'École du patrimoine africain, la construction du futur musée de l'épopée des Amazones et la restauration des palais royaux d'Abomey. C'est aussi dans cet esprit que nous porterons ensemble ce nouveau projet.
Nous avons acté ce matin, avec le président, un nouveau projet culturel. Nous voulons en effet, et nous sommes très fiers de notre réseau et du travail que fait l'Institut, bâtir, et c'est ce que les équipes ont préparé et qui est le fruit aussi de ce travail que depuis Ouagadougou nous avons fait cheminer à Montpellier grâce aux échanges entre nos jeunesses, nos sociétés civiles et nos diasporas. Nous avons pu faire avancer celui d'une transformation progressive de notre Institut français, en le rendant encore plus partenarial.
Nous avons la volonté ici d'être à l'avant-poste avec vous de ce que nous voulons faire et, dès les prochains mois, de pouvoir bâtir à la fois ce nouvel institut franco béninois qui permettra d'être encore plus en intimité avec la scène culturelle, la création, les innovations et les projets qui sont au cœur des créateurs de votre pays, mais aussi de la formation, et de pouvoir y adjoindre un projet de villa que nous voulons penser en lien très étroit avec ce qu'est la Villa Médicis, d'une part, et je dis cela en clin d'œil puisque j'en ai confié la présidence il y a quelques mois à un jeune talent franco béninois, mais également de pouvoir avancer en liant cette villa que nous allons inventer collectivement, avec ce que nous voulons faire à Villers-Cotterêts pour les francophonies et ce projet que nous avons de développer des résidences d'artistes et de faire voir la francophonie sous tous ses aspects, en particulier l'importance que revêt le continent africain ; de pouvoir faire de cette villa aussi, en lien très étroit avec ce que nous allons mettre en œuvre et que nous avons annoncé hier, cette innovation culturelle Création Africa que nous allons lancer et développer chaque année, et que nous puissions aussi tresser les liens entre cette villa et la Maison des mondes africains et des diasporas que nous allons développer à Paris. Au fond, ce que nous voulons faire c'est une espèce de confédération des bonnes volontés et des créativités de part et d'autre. Je crois que c'est un projet très important et, donc, je vous remercie d'avoir en quelque sorte scellé ce matin ce pacte.
On le voit bien, dans les 18 mois qui viennent, nous avons à faire cette petite révolution au travers de ces sites, mais en synergie, en symbiose et en syntonie avec de nombreuses autres initiatives que nous sommes en train de poursuivre. S'agissant des nouveaux actes de restitution, comme je m'y étais engagé à l'occasion de votre visite à Paris le 9 novembre dernier, je souhaite que nous puissions poursuivre le travail, aller au bout et porter cette loi cadre qui sera présentée dans les meilleurs délais. Un prérapport qui a été rédigé par Jean-Luc Martinez a été remis il y a quelques semaines et je souhaite que nous puissions avancer pour maintenant poursuivre ce qui a été commencé ici, poursuivi au Sénégal et que nous devons faire cheminer plus avant et avec encore plus d'ambition.
De manière générale, je me réjouis que le partenariat entre le Bénin et la France soit à l'avant-garde du renouvellement de la relation entre le continent africain et la France, telle que je l'avais appelée de mes vœux, je l'évoquais à l'instant, à Ouagadougou en novembre 2017. À cet égard, au-delà de la culture, de la création et des restitutions, les thématiques au cœur de notre coopération et de cette visite au Bénin, culture, patrimoine, formation professionnelle, enseignement et sport sont les nouveaux axes prioritaires de notre politique africaine et sont des priorités partagées par vous-même, Monsieur le Président. C'est pourquoi la France continuera à s'engager aux côtés du Bénin dans ses efforts de réforme et de promotion de son attractivité.
Vous m'avez lancé une invitation. J'ai une délégation ici nourrie de plusieurs entrepreneurs et investisseurs. Ils étaient ce matin aux côtés de notre ministre du Commerce extérieur pour visiter l'impressionnant projet de Glo-Djigbé, qui met le Bénin sur la voie d'une économie de l'industrie et de la transformation.
Vous pouvez donc compter sur nous pour investir, être à vos côtés et avancer sur ce sujet. C'est ce modèle économique, celui d'une valeur ajoutée produite en Afrique, profitant aux Africains, permettant aussi de sortir une partie de l'économie de l'informel pour aller vers le formel que nous soutenons très fortement. Nous sommes prêts à aller de l'avant.
Nous avons déjà travaillé ensemble, il y a un peu plus d'un an, à Paris quand il s'agissait du financement des économies africaines et de ce que nous avons porté avec beaucoup d'ambition. Nous serons là aussi pour les projets concrets et pour permettre de développer ces nouvelles initiatives. C'était, vous l'avez rappelé, au cœur aussi de ce que la présidence française de l'Union européenne avait mis dans le cadre du sommet entre l'Union européenne et l'Union africaine.
Mais je voulais ici dire aussi combien je partage la stratégie qui est la vôtre de pouvoir former davantage la jeunesse béninoise, en allant vers les métiers et les secteurs qui ont besoin de talents. Je pense que c'est la bonne stratégie. C'est celle d'ailleurs qui a présidé aussi à ce que nous avons voulu faire avec beaucoup de pays de la région, développer des filières universitaires et de formation bien davantage et sortir d'une logique qui était historiquement la nôtre, qui consistait à expliquer aux jeunesses africaines si vous voulez réussir et faire des formations, nous avons une bonne nouvelle pour vous, vous pouvez aller le faire en Europe.
Il est important qu'on vous aide à développer ces formations sur le sol africain, dans vos pays, parce que je pense que c'est d'abord au cœur d'une relation respectueuse, réciproque et d'un vrai partenariat équilibré et gagnant-gagnant. C'est exactement ce que vous portez, c'est pourquoi je me rendrai cet après-midi à l'université de Sèmè City avec des représentants d'établissements supérieurs français. Nous allons poursuivre les signatures de partenariats avec plusieurs écoles et instituts de formation français sur plusieurs métiers qui sont clés, de la création à la gastronomie, en passant par l'artisanat et les travaux publics.
Nous allons continuer d'investir et, je vous ai entendus, nous allons aussi ensemble démontrer que c'est un projet à vocation régionale qui justifie l'investissement de nos partenaires européens. La formation agricole est aussi au cœur de notre partenariat avec la création de dix lycées agricoles qui bénéficieront de l'appui direct de l'Agence française de développement et le soutien à l'entrepreneuriat et à l'investissement privé. Vous le voyez, c'est un ensemble de projets que nous allons poursuivre, en plus des deux campus que nous avons d'ores et déjà lancés, et sur lequel nous avons là aussi des financements français qui sont engagés et sur lequel nous souhaitons avancer.
La formation de la jeunesse, la formation professionnelle et la préparation à ces nouveaux métiers, ce sont des sujets très concrets sur lesquels nous allons continuer d'agir ensemble et d'avancer. Mais la culture, la formation, le développement de l'activité entrepreneuriale et l'accompagnement de vos réformes ne sont possibles que si la sécurité est maintenue sur le sol national et dans la région. Vous savez l'engagement historique de la France pour lutter contre le terrorisme aux côtés des Africains.
C'est pourquoi, nous avons échangé avec le président sur la situation sécuritaire. Je veux ici rendre hommage aux membres des forces armées, des forces de sécurité intérieure ainsi qu'aux civils tués dans les attaques qui ont frappé le nord du pays, à la frontière avec le Burkina Faso depuis la fin de l'année 2021. De la même manière que je n'oublie pas l'engagement des forces françaises qui ont eu à intervenir au Burkina Faso, et il y a quelques années dans le nord de votre pays, pour libérer des otages.
Je n'oublie pas nos soldats qui ont ici perdu la vie dans le cadre de ces opérations. Je pense, en étant à vos côtés aujourd'hui, à leurs familles et à leurs frères d'armes. La France sera toujours aux côtés des autorités béninoises pour faire face à cette menace.
Elle le sera en répondant à vos demandes, et nous l'avons toujours fait. Notre appui sera d'abord civil et s'inscrira en appui aux stratégies de développement des zones les plus vulnérables et les plus exposées aux tentatives d'implantation des groupes terroristes. Sur le plan sécuritaire, conformément à la réorganisation que nous avons adoptée à l'échelle de l'ensemble de la région, nous serons au rendez-vous pour répondre à vos demandes en termes de formation et d'équipement.
Là-dessus, nous avons commencé ces derniers mois à répondre à ces demandes par de la coopération en matière de renseignements et par des interventions très concrètes que nous avons pu déployer, je veux ici le redire, et nous avons accéléré cette coopération encore ces dernières semaines pour détacher, former et planifier des opérations. Nous serons aussi au rendez-vous de ces demandes en répondant à vos besoins en termes d'équipement. C'est pourquoi les pick up, les équipements de déminage, les gilets pare-balles et les équipements de vision nocturne demandés seront livrés incessamment.
Mais, au-delà de ça, le président m'a demandé des équipements plus sophistiqués, de drones de surveillance et autres, sur lesquels nous allons là aussi, dans les prochaines semaines, avancer pour répondre à la demande qui est légitime, mais aussi aider le Bénin à structurer cette partie de votre défense qui est nécessaire si nous voulons collectivement répondre plus efficacement à vos besoins. Nous l'avons évoqué et c'est bien légitime. Plus largement, ce que nous voulons faire, c'est bâtir ensemble, de manière très concrète, la rénovation de la présence française et de ce partenariat en appui et en soutien, formation, équipement, accompagnement, formation des forces spéciales et opérations planifiées, et c'est pourquoi nous avons acté ensemble que je me rendrai pour ma part disponible pour assister, à l'invitation des pays qui la composent, à une réunion de l'initiative d'Accra, et permettre de structurer pour tous les pays qui ont lancé cette initiative clé en matière sécuritaire dans toute la région, cet accompagnement.
C'est la philosophie que nous voulons déployer, qui repose sur deux principes clés : nous intervenons en soutien, à la demande précise, sur toutes les fonctions militaires des pays pour lutter contre le terrorisme, mais nous le faisons en n'oubliant jamais que la réponse sécuritaire doit s'accompagner d'une réponse politique et de développement si nous voulons qu'elle soit pérenne. Je crois que ce que nous avons vécu ces dernières années au Mali montre combien, quand il n'y a qu'une opération militaire, je le dis parce que ce que je disais là, je l'ai dit à Bamako en juillet 2017 sans que ce soit jamais suivi d'effet, quand il n'y a pas de réponse sur le terrain par les autorités locales, sur le plan politique et sur le plan du développement, le sécuritaire n'y suffit pas. Nous avons également, avec le président, évoqué le cœur de la stratégie qui est la vôtre, celle de faire de votre pays un pays exemplaire en matière de développement économique, de clarté du cadre de concurrence loyale d'un pays exemplaire en termes de formation, en matière de développement culturel, touristique et sportif.
Sur tous ces volets, la France sera là. C'est pourquoi aussi nous avons eu une discussion en tête-à-tête sur des sujets plus politiques, et je veux saluer ce que le président m'a dit, une volonté aussi d'ouverture qui, je crois, est la clé sur le plan politique pour accompagner une telle stratégie. Je sais que vous en êtes conscient et que c'est votre volonté, Président.
Vous le voyez, notre présence aujourd'hui à vos côtés n'est pas le fruit du hasard. C'est déjà une étape dans le travail accompli en commun. Nous avons bâti un partenariat inédit et nous voulons aller plus loin parce que nous avons là un président, un gouvernement et un pays qui veulent avancer et sont prêts à relever les défis d'aujourd'hui et de demain avec beaucoup d'ambition et de courage.
Parce que nous avons su relever quelques uns des défis du passé, parce que nous sommes habités de ces forces de l'esprit qui sont à quelques mètres de nous, nous saurons relever ensemble les défis de l'avenir. Je dis tout cela avec beaucoup de confiance. Merci beaucoup.
Merci à vous. On va se prêter aux questions de la Presse. On a cinq minutes.
Est-ce que cela vous convient ? On va démarrer. Merci, Messieurs les Présidents.
Je suis Ricardo Loïc Kpekou, je suis journaliste à la télévision nationale du Bénin, l'Ortb. Ma question s'adresse au président Emmanuel Macron. Monsieur le Président, vous vous êtes engagé, à l'instant même, à pousser l'adoption de la loi cadre pour offrir l'opportunité d'une restitution plus ample des biens culturels.
Est-ce qu'on pourrait avoir un agenda de la restitution des autres œuvres qui sont toujours en France ? Merci, Monsieur le Président. Merci à vous.
D'abord, il y a un travail qui a été fait depuis 2017, au mois de novembre où j'ai dit cette volonté. Ensuite, il y a eu un travail académique très fouillé et extrêmement sérieux, mené par madame Savoy qui est présente ici avec nous dans la délégation et Monsieur Sarr qui aurait souhaité être présent avec nous et, je crois, l'est en pensée, qui ont d'abord fait un énorme travail de recensement et de doctrine. Ensuite, nous avons commencé à mettre en application ce travail avec des restitutions ici au Bénin, puis une restitution au Sénégal.
Nous poursuivons ce travail. À chaque fois, nous avons dû voter une loi compte tenu des règles françaises qui protègent les œuvres d'art et qui ont historiquement été faites pour éviter que tel ou tel puisse sortir les œuvres d'art du territoire national. Ce que nous souhaitons faire maintenant, c'est pouvoir rendre plus simple le cadre de ces restitutions.
Sur la base de cette doctrine, un travail a été demandé à monsieur Martinez, l'ancien président du Louvre. Il a été rendu et il explicite une série de critères. Nous sommes techniquement, si je puis dire, et scientifiquement prêts.
Maintenant, la ministre va me soumettre une proposition de texte et il va ensuite cheminer au Parlement français pour pouvoir me donner ce cadre. En parallèle de cela, je souhaite que nos scientifiques et nos conservateurs puissent continuer le travail, parce que c'est un travail qui doit se poursuivre et c'est un travail qui ne relève pas d'un arbitraire. Je le dis ici, et c'est très important pour moi, ce n'est ni un cadeau ni un geste politique.
Ce sont des critères très scientifiquement établis sur les conditions de sortie des oeuvres, mais aussi sur les conditions de réception et de conservation de ces œuvres. Tout cela suppose un travail préparatoire qui, lui, n'a pas à attendre la loi. Je crois maintenant pouvoir dire qu'il y a une intimité et une amitié entre les équipes béninoises et françaises qui ont préparé tout ce travail.
Elles continuent à travailler ensemble et elles vont pouvoir identifier les autres œuvres qui peuvent relever de cette logique, de cette philosophie et de ce cadre. Il va y avoir, en parallèle, ce travail et ce dialogue avec tous celles et ceux qui le souhaiteront. Cette loi cheminera avec le temps du Parlement, mais je pense que les prochains semestres nous permettront de la finaliser et donc nous pourrons continuer d'avancer ensemble.
Voilà. Bonjour, vous m'entendez ? Oui, très bien.
Philippe Rikart, pour le journal Le Monde. Vous avez fait part, Monsieur Macron, d'une volonté politique d'ouverture de la part de Monsieur Talon. Qu'est-ce que cela veut dire concrètement, Monsieur Talon ?
Est-ce que vous envisagez la libération des leaders d'opposition, je crois qu'ils sont emprisonnés dans votre pays, ou le retour au Bénin de ceux qui sont en exil ? Merci. C'est le président Macron qui a parlé d'ouverture.
Évidemment, c'est vrai, nous en avons parlé. Vous savez, la donne politique est une donne essentielle dans tous les pays du monde, y compris les pays en voie de développement ou les pays développés. Sur cette question, la préoccupation des uns et des autres, c'est que le politique ne pollue pas l'économie.
Donc il faut pouvoir aménager la donne politique de façon à ce que ça donne une bonne image, favorable au développement économique. Aujourd'hui, votre question ne me surprend pas parce qu'il semble que notre image soit un peu écorchée par la situation politique que le Bénin a connue ces derniers temps. Moi, je n'en rougis pas du tout.
Pourquoi ? Parce que, vous savez, quand on vient de loin il faut être disposé à affronter tous les défis, y compris nos propres travers, pour nous développer. La situation politique dans laquelle le Bénin était nécessitait une certaine réforme qui a été engagée.
Vous savez, une réforme qui fait plaisir à tout le monde n'est pas une réforme. Une réforme qui marche, qui apporte du nouveau et du positif, forcément enlève des privilèges peut-être indus, mais un privilège quand même. Ce qui fait qu'en cette matière politique, tout ce qui enlève des privilèges ou tente de corriger des acquis fait toujours l'objet de beaucoup d'histoires et d'heures de bagarre.
Le Bénin l'a connu, malheureusement. Mais une chose est de défendre son opinion, son intérêt politique et sa cause, une autre est d'utiliser ou non des moyens conventionnels ou non répréhensibles pour les défendre. Parce que les djihadistes qui défendent une cause religieuse, selon eux leur cause est juste, plus que juste même.
Servir la cause de Dieu, pour celui qui est croyant, c'est au-dessus de tout. Mais est-ce que, pour autant, si sa cause lui paraît absolument incontestable et véridique, tous les moyens sont permis pour défendre cette cause-là ? Non, c'est pareil en politique.
Votre cause peut être juste. Vous pouvez avoir l'impression que votre cause est juste mais vous n'avez pas le droit d'utiliser des moyens répréhensibles ou des moyens délictuels et criminels pour la défendre. Or, c'est ce qui s'est passé au Bénin.
Je conviens avec vous que ce sont des gens qui ont agi dans le champ politique, mais les actes qui ont accompagné leurs revendications, si ce sont des actes délictuels et criminels, ils doivent être punis. C'est ce qui s'est passé. Mais malheureusement, chaque fois que la presse a l'occasion, mais pas seulement la presse, la classe politique internationale, parfois ça nous revient dessus : mais quand est-ce que vous allez les libérer ?
Comme si les actes n'avaient jamais été commis. Parce que malheureusement, souvent, on peut confondre un acte réellement commis par un acteur politique et une accusation politique. Ce qui s'est passé au Bénin, ce ne sont pas des accusations politiques, ce sont des faits réels.
J'accorde à chacun de croire ce qu'il veut. Libérer des gens qui ont commis des crimes ne relève pas pour moi de l'ouverture. Ça, je peux vous le dire.
Mais c'est bien que même les réformes qui sont en cours tiennent compte d'un environnement favorable plus apaisé, pour que les uns et les autres ne se sentent pas exclus à cause des réformes. C'est cela que moi j'appelle l'ouverture, et je crois que c'est de cela dont parle le président Macron. Il n'en demeure pas moins que les personnes qui sont condamnées et qui sont en détention pour les faits qu'elles ont commis, les gens qui sont en exil parce qu'ils ne veulent pas rentrer et répondre de leurs actes, constituent également des sujets de conversation et d'intérêts.
C'est vrai, nous l'avons évoqué, J'évoquais avec le Président Macron, cette ambiance globale qui pollue un peu l'environnement et nos efforts économiques. Je lui ai dit ce que je pensais de la chose et je vais vous le dire ici. Pour moi, il n'y a pas de revendications qui tiennent la route, qui vaillent et qui concernent des gens qui ont commis des délits et des crimes.
La manière dont cette question se pose, moi me pose un problème. Les gilets jaunes en France, la revendication est d'ordre politique parce qu'ils ne sont pas d'accord avec le choix politique et économique du gouvernement en place. Ils contestent les choix qui sont opérés.
Les choix d'une politique fiscale relèvent de la politique. Donc des gens qui le contestent, libre à eux de contester et de trouver que ce qui est proposé n'est pas conforme à l'intérêt de tout le monde mais, pour autant, est-ce qu'ils ont le droit de brûler, de casser, de tuer et de blesser des policiers et consorts pour défendre leur cause ? Pour toutes les fois que les moyens qui sont utilisés pour défendre la cause politique ne sont pas bons, il faut que les gens répondent de ce qu'ils ont fait.
Ceux qui ont envahi le Capitole, aux États-Unis, c'est une cause politique parce qu'ils estiment que les résultats des élections ne sont pas conformes à leurs aspirations, à ce qu'ils pensent être vrai. Mais est-ce que, pour autant, ils ont le droit de prendre d'assaut le Capitole et de remettre en cause ce que la loi a établi ? Mais non.
J'aimerais bien vous voir poser cette question au président Biden et lui demander quand est-ce qu'il va arrêter les procès contre ceux qui sont poursuivis pour avoir envahi le Capitole ? Je voudrais bien voir si la réponse qu'il donnerait vous satisferait. Je vous donne la même réponse que lui : il faut répondre de ses actes.
Et ça, ceux qui sont en exil, que moi je n'ai pas bannis, je n'ai pris aucun décret pour bannir quelqu'un, ils ont choisi de ne pas répondre de leurs actes. Ils ont fui le pays. Moi, je voudrais bien qu'ils rentrent, qu'ils se défendent et que la justice les blanchisse.
Non, il n'y a pas de décret qui a été signé et qui a envoyé quelqu'un en exil. Par contre, ceux qui sont en prison, il peut arriver qu'un acte soit fait pour gracier des gens, c'est possible, pour amnistier, parce que certains délits parfois font l'objet de grâce et d'amnistie, autant que les délits politiques et les délits qui sont commis dans le champ politique. Mais, au Bénin, il n'y a pas de détenus politiques.
Personne n'est détenu au Bénin pour son opinion politique, mais les gens sont détenus pour avoir agi, pour avoir commis des délits et des crimes dans le champ politique, c'est vrai. Donc il se pourrait que, dans les temps à venir, en mon temps ou après moi, des actes de grâce ou d'amnistie soient pris à l'encontre de ces gens. Cela, c'est possible.
Mais, sur le principe de la question même, je suis droit dans mes bottes et je voudrais que la dynamique en cours au Bénin continue pour rendre crédible notre pays parce que, ce qui nous importe, c'est que ce pays soit un pays de droits, de démocratie, de libertés et de bonne gouvernance. Cela, c'est important. Nous ne lésinerons sur rien du tout pour que tout cela demeure des valeurs qui vont nous distinguer et qui permettront aux entreprises françaises, Monsieur le Président, de venir investir au Bénin, créer des emplois et de la richesse.
Merci. Fiacre Vidjannagni, de Jeune Afrique. Monsieur le président Macron, on vous entend dire que vous souhaitez assister à une réunion sur l'initiative d'Accra pour mieux structurer les choses.
Mais tout à l'heure aussi, au cours de l'intervention du président béninois, on a entendu dire qu'ils étaient prêts, qu'ils avaient les moyens pour acheter du matériel mais qu'ils étaient plutôt bloqués. Qu'est-ce qui bloque en réalité ? Deux choses.
La première, j'ai donné ma disponibilité puisque c'est le président Talon qui m'a dit que ce serait souhaitable que nous participions à une telle réunion. Disponible, et je pense que c'est important parce que c'est d'abord une initiative, l'initiative d'Accra, conduite par plusieurs pays de la région, mais qui est une initiative africaine. Nous sommes tout à fait disposés à être en soutien sur tous les champs que j'ai évoqués.
La deuxième chose, nous allons régler ce qui bloque. Ce qui bloque c'est que, de manière très simple, le Bénin veut acheter des équipements. Nous avons mis en contact, ce n'est pas l'armée française qui vend ses équipements et il n'y a pas une tradition de fonction d'achat d'équipements militaires dans les armées béninoises.
Donc nos militaires se parlent. Ils ont pu définir un cahier des charges et, après, il y a une volonté que je salue qui est de ne pas passer par des intermédiaires. Cela prend du temps parce que c'est un dialogue qui se fait du coup avec un État qui n'est pas structuré pour acheter, qui n'a pas la fonction que nous nous avons structurée, par exemple, en France avec une délégation générale à l'armement.
Vous avez des équipes qui préparent des programmes et qui structurent la relation avec les industriels. C'est pourquoi nous avons acté, pour vous répondre très précisément, deux choses. La première, c'est qu'à court terme nous allons livrer ces matériels et qu'en quelque sorte on va, si je puis m'exprimer ainsi, le faire comme si on achetait pour nous.
On va regarder en fonction des besoins et cela va se faire d'armée à armée pour répondre aux besoins de très court terme, et nous avons acté d'une coopération technique pour aider le Bénin à structurer l'équivalent d'une délégation générale à l'armement, qui permet d'acheter voire de penser ou de coproduire des programmes d'armement, en lien avec les industriels et en structurant ce dialogue. Je crois pouvoir dire que notre discussion a levé les obstacles qu'on voyait. Maintenant, il faut aller vite.
C'est pourquoi, pour aller vite, il faut que ce soient nos armées qui prennent à très court terme. Monsieur le Président, sur l'appui attendu de la France et de l'Union européenne au profit de l'initiative d'Accra, c'est-à-dire les six pays que sont la Côte d'Ivoire, le Ghana, le Togo, le Bénin, le Niger et le Burkina, pour avoir une action commune de lutte contre le terrorisme, c'est moi qui ai rappelé au président français qu'au titre de cette initiative, nous avons, les six pays, sollicité l'appui de l'Union européenne et des pays de l'Union européenne, dont la France, pour nous accompagner parce que vous savez, il n'y a pas à se cacher ou à en avoir honte, que la lutte contre le terrorisme aujourd'hui requiert une coopération internationale, aussi bien pour le renseignement, pour les équipements que pour l'échange des stratégies, des expériences et consorts. Il est difficile aujourd'hui de dire qu'on peut le régler à nous seuls.
Ce n'est pas possible. L'initiative d'Accra a souhaité que l'Union européenne ainsi que la France puissent nous accompagner. Mais, depuis, nous n'avons pas observé une réponse honnête et claire de la part de l'Union européenne.
J'ai rappelé au président français que cette initiative était le cadre idéal pour la lutte contre le terrorisme, notamment au sud du Burkina, et que les six pays concernés attendaient toujours une réponse franche, claire et rapide de l'Union européenne, et notamment de la France, pour que nous puissions nous déployer. C'est vrai, nous n'attendons pas cela parce que nous prenons nos arrêtés nous-mêmes, mais ces appuis-là, d'une manière ou d'une autre, sont nécessaires pour l'efficacité de tout ce qui est programmé dans la zone. Le président français a donné son accord et je pense que, dans les prochains jours, il notifiera aux uns et aux autres, notamment aux pays concernés et il fera la démarche qu'il faut auprès de l'Union européenne pour que nous ayons un accord un peu formel pour accompagner les pays concernés dans cette stratégie.
C'est bien cela ? Oui. Vous savez, la France a des relations bilatérales de défense avec à peu près tous ces pays, ici de formation d'équipements et qu'on va renforcer.
Nous avons aussi, avec plusieurs de ces pays, dits de l'initiative d'Accra, parfois des écoles de formation des cadres et d'équipement. Nous avons, je le rappelle, l'opération Barkhane que nous avons transformée en Takuba et que nous reparamétrons maintenant, mais qui fait que nous avons des forces très importantes qui sont encore déployées et des moyens dans la zone sahélienne à la demande des États, je pense en particulier le Niger. Nous avons, avec d'autres États concernés par le terrorisme, qui ne sont pas directement dans l'initiative d'Accra, impliqué des coopérations très fortes : Tchad, Mauritanie et Sénégal.
Il y a plusieurs forums de discussions et d'échanges. La France n'a pas attendu l'initiative d'Accra ni n'a structuré son offre en fonction de celle-ci, mais c'est une bonne chose que les pays de la région qui sont organisés ainsi puissent échanger avec l'Union européenne, dont la France, pour créer plus de synergies en fonction de leurs besoins. Je redis ici que la lutte contre le terrorisme en Afrique, la France sait ce que c'est et, quand il y a des pays qui sont sincèrement engagés sur les trois volets sécuritaire, développement et politique, nous sommes à leurs côtés, à chaque fois. [ INAUDIBLE ] pour E-Télé.
Une dernière question qui s'adresse au président Macron. Monsieur le Président, le Bénin, comme beaucoup d'autres pays africains, attend toujours la réallocation des 100 milliards de dollars de droits de tirage spéciaux sur les 650 émis par le FMI il y a à peu près un an. Vous-même, aviez adossé cette promesse afin de mobiliser le G20 à cet effet.
Pratiquement une année et une crise plus tard, où est-ce qu'on en est très exactement ? Merci. Merci beaucoup de rappeler d'abord que c'est le FMI et la France qui ont lancé cette initiative, de mémoire en novembre 2020 au Forum de Paris sur la paix.
Elle a prospéré. Nous l'avons consacrée au sommet sur le financement des économies africaines, au printemps qui suivait à Paris, en particulier en prenant la tête de cette initiative visant à ce que les pays membres du FMI, les pays les plus riches, acceptent de redistribuer une partie de leur quote-part pour qu'il y ait 100 milliards vers l'Afrique. Je le rappelle pour chacune et chacun ici, les émissions qui avaient été décidées et qui consistent en une augmentation de capital du FMI, mécaniquement ne donnaient que 33 milliards au continent africain, ce qui était très peu.
Pour qu'il y ait 100 milliards, cela supposait que les pays les plus riches réallouent une partie de leurs droits de tirage spéciaux vers les pays africains. Nous avons pris une initiative en mai. Elle a été ensuite portée et endossée en G20 à Rome et, au moment où je vous parle, nous sommes aux 100 milliards, nous y sommes.
Pour ce qui est de la France, nous avons réalloué 20 % de nos droits de tirage spéciaux, ce qui est notre quote-part. Plusieurs pays l'ont fait, d'autres ont trouvé l'équivalent budgétaire, nous sommes aux 100 milliards. Maintenant, c'est une question d'utilisation.
Maintenant, la question est vers les pays récipiendaires avec le FMI, pour savoir comment on mobilise ces 100 milliards le plus efficacement possible, en particulier pour utiliser un effet de levier. La chose qui aurait le moins de sens, c'est que ces 100 milliards aillent directement gouvernement par gouvernement. Ce que le FMI cherche à faire maintenant avec les banques régionales, en particulier africaines, c'est de trouver un canal pour que cet argent, ces droits de tirage spéciaux puissent permettre de bâtir des mécanismes en particulier de réduction des risques pour qu'il y ait un effet démultiplicateur.
La part à laquelle moi je m'étais engagé, elle est faite, elle est actée, elle a été décidée et elle est officialisée. Nous avons obtenu les équivalents budgétaires de celles et ceux qui ne voulaient pas le faire. Maintenant, ce que nous voulons faire et nous l'avons acté, j'ai pris l'engagement à l'égard du FMI, c'est que compte tenu de la nouvelle crise on voit bien qu'on doit aller plus loin.
Nous devons viser deux choses à court terme : la première, c'est de finaliser ces travaux techniques pour que les différents pays puissent avoir un impact budgétaire et financier très rapide de ce qui a déjà été réalloué avec les bons mécanismes. La deuxième, c'est que nous devons aller plus loin. On doit viser l'objectif de 30 % de réallocation et ça, c'est l'objectif qu'on se fixe pour le G20 à Bali.
Je reprendrai mon bâton de pèlerin aux côtés de la directrice générale du Fonds monétaire international pour mettre la pression sur les collègues. D'ores et déjà, je prends l'engagement de le faire au titre de la France. Une dernière ?
Peut-être une dernière question, bonjour. Une dernière, oui. Une femme.
Monsieur le Président, bonjour. Marie Chantrait pour TF1-LCI. Monsieur le Président Macron, deux questions qui s'adressent à vous concernant notamment le redéploiement stratégique que vous avez évoqué des forces françaises.
Est-ce qu'elles pourraient concerner le Bénin ? Est-ce que des forces françaises pourraient arriver dans le pays ? On sait que la situation est instable.
Par ailleurs, au lendemain de cet accord signé à Bruxelles, il a beaucoup été question de sécurité alimentaire depuis 48 heures. Concernant la sécurité énergétique, est-ce que l'accord signé hier avec les 27 est un bon accord ? Est-ce que vous redoutez finalement une coupure totale du gaz russe de manière imminente ?
Merci infiniment. Merci. Pour votre deuxième question, je pense que c'est un bon accord qui est le fruit de discussions auxquelles nous avons été force de médiation entre les différences de situations qu'il pouvait y avoir, en particulier entre le nord et le sud du continent.
Je pense que c'est un bon accord qui nous permet de nous préparer au mieux. Je ne fais jamais de pronostic mais je suis stoïcien en la matière. J'agis sur ce qui dépend de moi et je préfère limiter la part qui n'en dépend pas.
C'est comme ça qu'il nous faut préparer l'avenir. La Russie, je le dis ici très clairement, pour nous Européens mais pour le continent africain, la Russie a commencé, au fond, un nouveau type de guerre mondiale hybride. C'est ça, la réalité.
Elle a décidé que l'information, l'énergie et l'alimentation étaient des instruments militaires mis au service d'une guerre impérialiste continentale contre l'Ukraine. Voilà comment je vais qualifier, dans les termes les plus crus, ce qui se passe aujourd'hui. La Russie a lancé une offensive contre l'Ukraine.
C'est une guerre territoriale qu'on pensait disparue du sol européen. C'est une guerre du début du 20e, voire du 19e siècle. Je parle dans un continent qui a subi les impérialismes coloniaux.
La Russie est l'une des dernières puissances impériales coloniales. Elle décide d'envahir un pays voisin pour y défendre ses intérêts. C'est ça, la réalité.
Quand vous les voyez poindre leurs têtes chez vous, n'y voyez pas autre chose, même s'ils vous tiennent le discours inverse. Voyant les déséquilibres qu'ils créent, malgré toutes les tournées diplomatiques et la désinformation qu'ils font, je constate que la Russie à travers le monde est l'un des pays qui utilise des instruments de propagande avec le plus de force, usant d'ailleurs de nos règles démocratiques en faisant croire que ce sont des confrères à vous : développement des chaînes de télévision, mais Russia Today et Spoutnik ne sont pas des chaînes de télévision avec des journalistes libres qui parlent d'une information libre et ouverte. Ce sont des gens qui divulguent une propagande au service d'un régime qui les paye.
Ils utilisent cela pour mener leurs guerres, diviser les opinions publiques et pousser leur avantage. La deuxième chose, ils font chantage sur l'alimentation. Ils font chantage parce que ce sont eux qui ont bloqué les céréales en Ukraine et ce sont eux qui régulent leurs céréales.
Il n'y a eu aucune sanction sur l'alimentation décidée par qui que ce soit, ni les Américains, ni les Européens. Ce sont eux qui décident de comment réguler le robinet, faire monter les prix, les baisser et laisser venir la nourriture ou pas. Ils font une tournée partout en expliquant aux gens que c'est de leur faute.
C'est ça, la réalité. Sur l'énergie, ils font pareil, avec les Européens cette fois-ci. C'est plus compliqué, néanmoins, parce que les revenus de la Russie dépendent en grande partie quand même de leur capacité à vendre ce gaz aux Européens, et on ne déplace pas un gazoduc en six mois.
Donc je ne sais pas dire ce qu'ils feront. Je sais dire qu'ils en useront et je pense qu'il est sage, de la part des Européens, de ne pas s'exposer à ces stratégies parce que c'est un des éléments de cette guerre hybride. Quand on dit les choses avec franchise et qu'on essaie de les qualifier, je pense qu'on réduit une partie de la misère du monde, pour paraphraser Camus.
Je pense aussi qu'on se donne les moyens de trouver un chemin. Je pense qu'il faut maintenant au plus vite que cette guerre cesse et que chacun retrouve le chemin de la raison et de la coopération. J'en appelle aussi au sens de la responsabilité de la Russie qui doit retrouver ce chemin mais, enfin, ce n'est pas celui qu'elle a suivi ces derniers mois.
Pour ce qui est de votre première question, nous avons redéployé notre dispositif. D'abord, nous poursuivons ce travail et je salue la mobilisation de nos forces armées qui le font avec un grand professionnalisme et une mobilisation, en quittant le sol malien car le cadre politique qui présidait à notre présence n'est plus là. Nous étions là sur demande d'un État souverain et de la région.
Après deux coups d'État, ce n'est plus le cas. Ensuite, le cadre politique n'est plus là parce que la junte au pouvoir au Mali n'a plus comme priorité la lutte contre le terrorisme. Elle a comme priorité sa préservation, avec la complicité de la milice Wagner.
D'ailleurs, malheureusement pour la population malienne, elle est en train de souffrir de cette situation, et parce que la sécurité même de nos forces armées n'était plus assurée, puisqu'il n'y avait plus de coopération et, je le rappelle, ce sont nos autorités maliennes qui, unilatéralement, ont décidé de mettre fin aux accords qui présidaient à cette relation et qui seuls pouvaient nous permettre de nous déployer en sécurité. Nous nous déployons donc dans plusieurs pays, à leur demande, pour lutter contre le terrorisme, et pour cela seul, le Niger au premier chef. Puis nous avons des coopérations avec plusieurs pays, certains en développant des académies ou des formations de leurs forces spéciales ou de lutte contre le terrorisme, qu'il s'agisse du Sénégal ou de la Côte d'Ivoire, avec d'ailleurs des vocations régionales de ces écoles, avec des déploiements qui datent de plusieurs années comme en Côte d'Ivoire, ou des coopérations nouvelles comme celle que nous avons bâtie avec le président Talon, de formation, d'accompagnement et de renseignements, que nous allons compléter par des livraisons d'équipements.
Moi, je n'exclus rien puisque la philosophie que nous allons suivre maintenant et qui sera parachevée par le travail que j'ai demandé au ministre des Armées, le chef d'État major des armées, pour la fin de l'été, doit être d'être au service des États africains, pour strictement lutter contre le terrorisme et venir en appui sur le plan de la formation, de l'équipement, de l'accompagnement, mais en aucun cas de nous substituer ni d'avoir une présence qui soit par trop visible ou un dispositif, si je puis m'exprimer ainsi, posé, avec des unités françaises qui ne seraient pas en quelque sorte en soutien ou en intimité avec des unités africaines. C'est comme ça qu'il faut travailler et donc c'est comme ça que nous allons le paramétrer. Si le besoin se faisait sentir et que la demande était formulée par le Président du Bénin, elle sera à chaque fois considérée et nous y répondrons dans les meilleurs délais.
Je le ferai à chaque fois parce que la sécurité et l'appui d'un gouvernement ami face au terrorisme est pour nous une priorité. Merci aux uns et aux autres. Je pense que nous avons répondu sans ambages à toutes les questions et qu'il n'y a plus de sujet qui préoccupe quelqu'un parmi vous et qui nécessiterait vraiment qu'on reste d'avantage pour ça.
Tous les secteurs ont été balayés, et je suis là-dessus le plus sensible. Je veux donc vous remercier, en mon nom personnel et au nom du Président Macron, et vous dire à très bientôt. Merci beaucoup, merci.
Emmanuel Macron