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Podcast / conversationFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 28 décembre 2024 23 minComplaisantDivertissementSolidarités & familleÉducation & rechercheSanté

David Gourion : "L'adolescence, c'est l'âge de tous les possibles"

Source d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 95 %Attaque 3 %Défensif 2 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:24OuverteRéponse directe

    Vous signez cet ouvrage, Le secret des ados heureux chez Odile Jacob. Ça existe, des ados heureux ?

  • 1:24OuverteRéponse directe

    Le terme consacré, c'est la crise d'adolescence. Dans votre livre, vous ne parlez pas de crise.

  • 2:22OuverteRéponse directe

    Vous écrivez au début, à l'adresse des parents, « Mes pauvres, quelle chance ! »

  • 2:47OuverteRéponse directe

    Pour traverser ces quelques années, vous dites que tout est dans le style et vous vous prenez le style ferme et chaleureux. C'est quoi le style ferme et chaleureux ?

  • 4:58OuverteRéponse partielle

    Les 5 égoboosts dont vous parlez, c'est le premier des 5 secrets que vous dévoilez dans ce livre, justement pour des ados heureux.

  • 5:04OuverteRéponse directe

    Le deuxième secret, c'est le sens de l'effort.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:30Invité politiqueFait
    « Absolument, absolument et je voulais en parler parce que quand on nous invite les psys, on a beaucoup parlé de santé mentale et c'est une bonne chose et parfois sous un angle quand même dramatique parce que des ados, beaucoup d'ados vont mal. »
  • 0:53Invité politiqueFait
    « Et moi je voulais prendre un autre axe qui était aussi le fait que certains vont bien, voire très bien et ça m'intéressait beaucoup parce que j'avais quand même 25 ans maintenant, je me fais vieux, je vois beaucoup d'adolescents dans ma pratique clinique. »
  • 1:09Invité politiqueFait
    « Je crois que pour les ados et pour les parents qui nous écoutent, c'est très très important aussi de savoir qu'on n'est pas ancré dans une fatalité dont on ne se retirait pas. »
  • 2:59Invité politiqueFait
    « Vous savez, ça fait partie de la santé mentale, ces sujets où tout le monde a l'impression de savoir. »
  • 3:20Invité politiqueFait
    « Et qu'un parent, c'est une ligne de crête un peu étroite, il va falloir trouver, jongler et s'adapter, parce que c'est ça la grande difficulté d'un parent d'ado, c'est s'adapter à cet être en changement. »
  • 5:31Invité politiqueFait
    « Dire ce qu'on dit et ce qu'on fait. Mais brailler sur un ado, ça va défouler le parent sur l'instant, mais ça ne marche pas très bien pour les motiver, il faut bien le dire. »
  • 7:23Invité politiqueFait
    « C'est vrai, et c'est très ancré. On a une culture française très évaluative, très dans le jugement, très tôt, avec des notes, etc. »
  • 8:37Invité politiqueFait
    « Ils peuvent être exposés aux drogues, à l'alcool, aux violences sexuelles, au harcèlement, etc. »
  • 12:57Invité politiqueChiffre
    « On a des études qui le montrent. »
  • 15:52Invité politiqueFait
    « Ça veut dire que beaucoup d'adolescents ont tendance à se défaser, à s'endormir plus tard. »
  • 17:02Invité politiqueFait
    « Et en particulier en France, les parents, avec beaucoup d'injonctions paradoxales, fais ce qui te fera plaisir, tu choisiras ce qui te plaît, mais c'est quand même un job qui te permettra de pouvoir te payer un bon loyer, etc. »
  • 18:06Invité politiqueFait
    « Non, le peu mieux faire, je redis, la France est très axée autour du peu mieux faire, c'est-à-dire on part du principe que plutôt que de récompenser l'effort, moi je dis qu'un ado qui n'était pas très bon en maths qui a eu 12, ce n'est pas normal qu'il ait 12, alors que celui qui est très fort en maths, il a 18, alors qu'il n'a pas fait d'effort. »
  • 18:58Invité politiqueFait
    « Le harcèlement scolaire, c'est un sujet vraiment de société et un des facteurs de risque évitables qui peuvent permettre d'éviter des problèmes de santé mentale à beaucoup de nos enfants et de nos adolescents. »
  • 19:52Invité politiqueFait
    « Dire à un ado qui a fait une connerie ou qui est en crise « Va dans ta chambre et passe-y trois heures », sur le moment ça peut marcher. Sur les quelques jours, sur les quelques heures ça peut marcher. Mais en réalité sur la durée je pense qu'on ne va pas l'aider à construire quelque chose de son estime de soi. »
  • 21:34Invité politiqueFait
    « Oui, parce qu'on est des êtres de lien et que je redis, la fermeté c'est important, les règles c'est important, mais en même temps ça n'est pas suffisant. »

Temps de parole

  • Invité politique79 %
  • Présentateur19 %
  • Locuteur non identifié3 %

3,9 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Chers parents, on est au milieu du guet, déjà une semaine de vacances passées, il en reste une et parfois la cohabitation n'est pas simple. Par exemple, avec nos ados, vous savez ces grands machins qui sont certainement encore en train de dormir à cette heure-ci. Plus des bébés mais pas encore des adultes, avec toutes les questions que cela pose et que l'on va poser au docteur David Gourion. Bonjour, vous êtes psychiatre, vous exercez en libéral à Paris, docteur en psychiatrie et en neurosciences. Vous signez cet ouvrage, Le secret des ados heureux chez Odile Jacob. Ça existe, des ados heureux ?

0:30
Invité politique

Absolument, absolument et je voulais en parler parce que quand on nous invite les psys, on a beaucoup parlé de santé mentale et c'est une bonne chose et parfois sous un angle quand même dramatique parce que des ados, beaucoup d'ados vont mal. Et moi je voulais prendre un autre axe qui était aussi le fait que certains vont bien, voire très bien et ça m'intéressait beaucoup parce que j'avais quand même 25 ans maintenant, je me fais vieux, je vois beaucoup d'adolescents dans ma pratique clinique. Et je me suis intéressé à ça. Qu'est-ce qui fait qu'un adolescent va bien ? Un adolescent peut aller bien, ce n'est pas un oxymore, un ado qui va bien. C'est vrai ? Non.

Il peut aller bien et puis surtout, et je crois que c'est un des grands messages centraux de ce livre, il n'y a pas de fatalité. On peut aller très mal à 14 ans et puis si des choses sont mises en place, ça allait beaucoup mieux quelques mois après. Je crois que pour les ados et pour les parents qui nous écoutent, c'est très très important aussi de savoir qu'on n'est pas ancré dans une fatalité dont on ne se retirait pas. Parce que l'adolescence, c'est justement l'âge de tous les possibles.

1:24
Présentateur

Le terme consacré, c'est la crise d'adolescence. Dans votre livre, vous ne parlez pas de crise.

1:29
Invité politique

Je ne sais pas ce que c'est la crise d'adolescence parce que la problématique de mal nommer les choses, c'est qu'une sorte de fourre-tout dans lequel on voit arriver parfois, les parents nous parlent de crise d'ado et on voit arriver des ados qui sont dans des situations de crise psychotique aiguë, avec des hallucinations, etc. Et d'autres nous signifient des crises terribles alors que leur ado exprimait un mal-être très temporaire et passager. Donc moi, je ne sais pas bien ce que c'est que la crise d'ado. Je sais ce que c'est qu'un adolescent qui peut être en crise psychotique ou qui peut être en crise anxieuse ou qui peut être en crise existentielle.

Mais attention à ce terme réducteur qui risque parfois de banaliser des situations qui ne devraient pas l'être et à l'inverse de dramatiser. Et là aussi, c'était un peu l'objet de ce livre que de dire à partir de quand doit-on s'inquiéter, à partir de quand doit-on se rassurer, quand faut-il consulter aussi.

2:22
Présentateur

Vous écrivez au début, à l'adresse des parents, « Mes pauvres, quelle chance ! »

2:26
Invité politique

Oui. C'est vraiment une chance. C'est vraiment ça et je pense que... Mes pauvres quand même !

2:30
Présentateur

Oui, parce que... Mes parents entendront la première partie.

2:35
Invité politique

J'ai une autre casquette qui est que je suis moi-même parent et je pense qu'on se dit ça plusieurs fois dans une même journée avec un ado.

2:41
Présentateur

Pour traverser ces quelques années, vous dites que tout est dans le style et vous vous prenez le style ferme et chaleureux. C'est quoi le style ferme et chaleureux ?

2:49
Invité politique

Ça, c'est une vaste question qui est qu'est-ce que c'est qu'un style éducatif qui va permettre à un adolescent d'aller bien et d'être heureux. En fait, il y a eu beaucoup d'études scientifiques sur le sujet. Vous savez, ça fait partie de la santé mentale, ces sujets où tout le monde a l'impression de savoir. Si on vous interroge sur l'immunologie, vous écoutez les experts. Mais la santé mentale, un ado qui va mal, tout le monde a son avis sur le sujet, tout le monde sait.

Eh bien non, en fait, il y a aussi de la recherche scientifique sur le sujet, des équipes qui font beaucoup de travail depuis longtemps et qui se sont intéressées à la façon, à l'ambiance qui règne dans un foyer, qui ont montré que l'ambiance qui règne dans un foyer est un des facteurs déterminants du bien-être d'un ado. Et qu'un parent, c'est une ligne de crête un peu étroite, il va falloir trouver, jongler et s'adapter, parce que c'est ça la grande difficulté d'un parent d'ado, c'est s'adapter à cet être en changement. On ne peut pas avoir les mêmes conduites parentales qu'avec un enfant de 8 ans, de 10 ans, 11 ans.

Il faut s'adapter, il faut changer avec lui, en même temps que lui, il nous offre cette chance incroyable de progresser avec eux, de grandir avec eux, d'avoir cette ligne de crête qui est à la fois de la fermeté, des règles claires, logiques, qui tiennent bon, constantes, qui ne sont pas changeantes au gré de leur impulsivité, parce qu'eux ont besoin de ça et c'est très rassurant pour eux, ce cadre. Et de l'autre côté, quelque chose de très chaleureux et très bienveillant, il faut que le foyer reste ce havre de paix, ce qui est compliqué avec les ados.

4:06
Présentateur

Et pour rappeler, oui, l'affection, ça ne se limite pas aux bébés ou aux enfants. Il faut continuer à faire des câlins, des bisous, parfois ils n'en veulent pas quand même.

4:12
Invité politique

C'est ça qui est très compliqué avec les ados, c'est qu'ils ont ce côté parfois nonchalant. On était leur dieu il y a 2-3 ans et là on est devenus des vieux, on ne s'appuie à rien. Ils nous regardent avec un certain mépris et en même temps, ils ont toujours énormément besoin d'affection. On dit beaucoup, il faut 5 fruits et légumes, moi je dis, il faut aussi 5 égoboosts par jour. C'est-à-dire qu'ils ont besoin de petits mots gentils, de petits câlins. Mais il faut le faire avec la juste distance. Il faut respecter aussi leur espace, ils grandissent, ils ont accès à la puberté, etc. Donc ce ne sont plus tout à fait les mêmes règles dans la communication verbale, non-verbale, etc.

Là encore, c'est un vrai job pour les parents que de s'adapter.

4:47
Présentateur

Les 5 égoboosts dont vous parlez, c'est le premier des 5 secrets que vous dévoilez dans ce livre, justement pour des ados heureux. Donc on a dit le premier, les 5 égoboosts par jour, des compliments, de la chaleur. Le deuxième secret, c'est le sens de l'effort. On n'a plus le sens de l'effort, on ne s'est plus donné le sens de l'effort aux adolescents.

5:04
Invité politique

C'est un vrai sujet, le sens de l'effort, parce qu'à la fois c'est quelque chose qui est très valorisé, et en même temps on ne sait pas bien comment on fait. Et là, j'ai voulu essayer de donner des conseils très concrets sur la façon dont on motive un adolescent. Un adolescent motivé, là aussi, ça n'est pas un oxymore, ça existe. Et il y a des choses... Alors, déjà, ce qu'il ne faut pas faire. Je vais donner des conseils que je n'ai moi-même pas suivis, parce que je ne suis pas du tout... C'est rassurant. Je ne suis pas du tout... Dire ce qu'on dit et ce qu'on fait.

Mais brailler sur un ado, ça va défouler le parent sur l'instant, mais ça ne marche pas très bien pour les motiver, il faut bien le dire. Les engueuler, les menacer, les critiquer. Il y a des parents hyper critiques en permanence, etc. Ça ne marche pas très bien ou ça marche très temporairement, puis surtout, ça baisse leur estime d'eux-mêmes, ce qui n'est pas un bon paramètre pour la motivation à plus long terme. Ce qui marche beaucoup mieux, c'est premièrement d'être soi-même un modèle. Si vous avez envie que vos enfants aillent dans des expos, ne leur demandez pas est-ce que vous avez envie d'aller voir un expo, ils vont vous répondre non, on préfère jouer à la plaie.

Dites, c'est prévu comme ça, on va le faire et montrez l'enthousiasme et emmenez-les, accompagnez-les et montrez vous-même que vous avez de la curiosité intellectuelle. La curiosité, c'est un super moteur de la motivation.

6:11
Présentateur

C'est une des premières qualités des parents, vous dites.

6:13
Invité politique

Une des premières qualités des parents. Deuxièmement, je dis la critique, ça ne marche pas très bien. Il vaut mieux les encourager même sur des micro-choses, votre ado a réussi à se lever de son lit un peu plus tôt que d'habitude. Allez-y, faites-le à l'américaine, amazing, etc. Ça marche beaucoup mieux que tiens, une fois tu t'es enfin levé, ça ne marche pas du tout. Et puis, je crois aussi qu'il y a la question du sens. Et les adolescents, ils sont très sensibles. Proposez-leur des activités qui construisent, qui donnent du sens. On parle de deux types de plaisir en neurosciences.

Le plaisir eudémonique, qui est celui qui est lié un peu au développement personnel, à quelque chose qui est une construction interne. Et puis, le plaisir hédonique, c'est ce qui fait plaisir tout de suite maintenant. On en a besoin tous, les ados aussi. Mais on est dans un monde qui propose aujourd'hui beaucoup plus, avec les écrans, la société moderne, du plaisir tout fait. C'est un peu comme les croquettes pour chat, c'est du prêt-à-consommer. Il n'y a pas beaucoup d'efforts à produire. Et ça, pour le cerveau, ce n'est pas très très bon.

7:07
Présentateur

Sur le sens de l'effort, vous mettez en cause aussi le système scolaire. Vous dites que notre système scolaire, il ne valorise pas cet effort-là. On valorise la performance. Un élève qui a 20, on va lui dire, bravo, c'est super. Mais un élève qui a du mal et qui arrive à avoir 10, on ne va rien lui dire. On va dire, oui, c'est moyen.

7:22
Invité politique

C'est vrai, et c'est très ancré. On a une culture française très évaluative, très dans le jugement, très tôt, avec des notes, etc. On a essayé de bouger un peu, mais enfin, c'est difficile de stimuler le grand mammouth de l'éducation nationale. Mais on a des notes très tôt, avec ce truc très évaluatif. Alors, dans la culture, dans d'autres cultures, je pense, moi, j'ai travaillé au Canada, j'ai vécu là-bas. Votre enfant dessine une vague patate, on va dire amazing. En France, c'est peu mieux faire. Typiquement, ce qui revient le plus, c'est peu mieux faire. Il a des capacités, des qualités. Maintenant, tous les gamins sont HPI.

Mais peu mieux faire, c'est-à-dire, au fond, c'est un gros paresseux. Et c'est terrible, cette vision-là. Parce que ça n'est pas vrai. Chaque enfant est différent, chaque enfant s'adapte. Et c'est aussi le rôle des enseignants que d'apprendre à stimuler leur curiosité intellectuelle, qui est le moteur, le vrai moteur de l'effort.

8:08
Présentateur

Le troisième secret, ce sont les limites. Il faut poser des limites. Dans le style ferme et chaleureux, il y a ferme, il y a les limites quand même. Il faut savoir dire non.

8:17
Invité politique

Et je ne sais pas si vous avez des ados, mais peut-être vous en aurez un jour. Et vous verrez que c'est un vrai challenge. Parce que quand ils avaient 8-10 ans, ils continuent à nous obéir. Et puis, à un moment donné, on ne peut plus passer en force aussi de façon aussi tranchée. Et pour autant, ils ont besoin de règles et de limites claires. Parce qu'on va discuter avec eux de sujets qui sont des sujets compliqués à l'adolescence. Ils peuvent être exposés aux drogues, à l'alcool, aux violences sexuelles, au harcèlement, etc.

Et le cerveau de l'ado est quand même un cerveau très particulier qui peut être extrêmement, de par sa configuration, il y a un prodigieux bouleversement à l'adolescence dans les neurones, peut être à la fois très prudent et très réfléchi lorsqu'il discute avec nous, avec des adultes. Mais lorsqu'il est mis en bande avec ses pairs, PIRS, il peut développer une impulsivité, une excitation et avoir du mal à évaluer les conséquences de ses décisions. Et peut se mettre en danger de ce fait-là. Et donc pouvoir discuter avec eux de règles très claires et des conséquences si ces règles ne sont pas respectées, de façon calme, sans cri. Vraiment, en fait, on l'a tous fait, mais ça ne marche pas.

En fait, on perd juste du crédit. On est ridicule. Donc il faut le faire de façon calme et ce qu'on appelle la communication ouverte, qui est essentielle. Je reviens beaucoup dessus dans cet ouvrage.

9:34
Présentateur

Ça consiste en quoi, la communication ouverte ?

9:36
Invité politique

La communication ouverte, ça veut dire qu'on n'est pas dans le jugement. On peut vraiment discuter de tout avec son ado. Ça veut dire que le jour où votre ado a un vrai problème, il ne se dira pas, j'en parle pas à mes darons-darones, ils vont pousser des hurlements, etc. Ils savent qu'ils peuvent parler de tout avec nous, qu'on peut en discuter et qu'on va leur donner des conseils. Mais pas des conseils tout faits, tout simples. Parce que ça, ce n'est pas très bon avec les ados. D'abord, on les perd quand on leur fait la morale. Plus de deux minutes, c'est terminé. Soyez brefs et soyez courts dans vos messages.

Et surtout, proposez-leur, plutôt que de leur apporter des solutions toutes faites, vous savez ce qu'on dit, plutôt que de donner du poisson à un pauvre, apprends-lui à pêcher. Posez-leur les questions et demandez-leur d'évaluer leurs propres hypothèses pour sortir d'une situation un peu compliquée. C'est assez rigolo d'ailleurs. Ils sont tellement amusants. J'ai un chapitre sur... Ils sont quand même beaucoup plus intéressants que les séries Netflix. Ils vous sortent des trucs incroyables. Et amenez-les à élaborer leurs propres stratégies. Ils ont un cerveau incroyable, un cerveau d'explorateur, un cerveau stochastique, nous disent les recherches en neurosciences.

10:36
Présentateur

Stochastique, ça veut dire ?

10:37
Invité politique

Logique floue. Ça tombe au hasard, quoi. On ne sait pas le prédire. Vous savez, on utilise des grosses machines d'imagerie cérébrale fonctionnelle. On prédit beaucoup mieux le cerveau de l'adulte et le cerveau de l'enfant. Le cerveau de l'adolescent est très imprédictible. On pourrait se dire, c'est parce qu'il est immature, ils font n'importe quoi les ados. Moi, je pense que Proust avait raison quand il disait l'adolescence est le seul temps où l'on ait appris quelque chose. C'est-à-dire, le cerveau de l'adolescent est un cerveau imprédictible d'explorateur. Et donc, faites travailler ces capacités très étonnantes et surprenantes. Ils apporteront des solutions.

Vous les aiderez à trouver les bonnes ensuite.

11:12
Présentateur

Dans votre livre, vous dressez aussi le top 7 des principaux défis sur lesquels il est possible d'agir pour mieux protéger nos ados. Et il y en a un qui intéresse tout le monde, ce sont les écrans. On va aller au standard tout de suite puisque Anne nous a appelé. Bonjour, Anne. Oui, bonjour. Et justement, vous vouliez parler de votre ado de 17 ans, je crois. Oui, c'est ça.

11:33
Locuteur non identifié

C'est ça. Il y a une difficulté à la maison qui est effectivement le temps passé sur les écrans en rapport au temps passé à avoir un petit peu de travail personnel qui est important puisqu'il est en terminale. Voilà, donc c'est un vrai sujet chez nous. C'est un vrai plaisir pour lui d'être en jeu vidéo, connecté avec ses amis. Et c'est souvent source de conflits quand à un moment, il faut se mettre au travail et avoir des résultats. Voilà, donc j'ai des fois du mal à gérer ça. Ce n'est pas toujours facile de le gérer, comme vous dites, dans la communication ouverte. Et voilà, si vous avez des conseils ou je ne sais pas comment vous traitez la question.

12:09
Présentateur

Oui, vous n'êtes pas seule, je crois, Anne. Et justement, vous donnez plein de conseils et de cas pratiques. Et il y en a plein de ce style-là dans votre livre, David Gourion.

12:16
Invité politique

Merci, Anne, pour votre témoignage. Vous avez ouvert la boîte de Pandore. On s'arrache tous les cheveux parfois avec nos ados qui sont, je parle du signe de la moule, ils sont collés à leur smartphone. Alors la grande question, c'est faut-il légiférer ? Alors on a eu une commission gouvernementale sur le sujet, etc. Moi, j'essaie de revenir sur des choses de bon sens. Je pense que déjà, tous les ados ne sont pas égaux vis-à-vis des écrans. Certains se régulent finalement pas si mal que ça. Et d'autres sont vraiment des addicts. Addicts dans le sens où ça peut même donner une vulnérabilité pour d'autres addictions.

C'est-à-dire qu'ils ont besoin de se stimuler en permanence avec une très forte intolérance à l'ennui. Or l'ennui, c'est bon pour le cerveau. Ça permet l'apprentissage. On a des études qui le montrent. Alors parfois, il faut légiférer. Quand on a un ado qui a des difficultés, il va falloir fixer des règles claires. Et on parlait de communication ouverte, il va falloir en discuter avec lui, proposer une sorte de contrat avec des règles. À partir de quelle heure ? Combien de temps ? Est-ce que le week-end ? On essaie de définir quelque chose, une sorte de plan. Moi, je propose de l'écrire avec l'ado, puis de le signer. Et puis, il y a des conséquences.

Si le plan est respecté, qui peuvent être des récompenses. Et puis, à l'inverse, si le plan n'est pas respecté, il peut y avoir des conséquences. Comme dans n'importe quelle société ou au travail, si vous avez bien travaillé, vous avez un bonus. Si vous n'avez pas bien travaillé, vous ne l'avez pas. Eh bien, il peut y avoir aussi des conséquences. Mais je crois qu'il faut le faire avec eux, plutôt que des règles. Il n'y a pas une même règle qui irait pour tous les ados. Je crois qu'il faut le faire vraiment au cas par cas, et dans le cas d'une discussion. Et puis, le conflit, ça arrive aussi parfois. Il faut tenir des positions fermes, vraiment, je crois. Ils en ont besoin.

13:45
Présentateur

Ça vous dit que c'est difficile ? Ils boudent, ils essayent de négocier, ils font les yeux comme ça.

13:50
Invité politique

Moi, je vous donne un petit conseil, Anne. Essayez la technique du disque rayé. Le disque rayé, c'est redire, se paraphraser, en disant toujours la même chose, le nombre de fois qu'il faut, en étant de plus en plus gentil. Moi, je pense à ma fille qui me demandait parfois de sortir alors qu'elle avait des examens le lendemain. Non, ma chérie, demain, tu ne peux pas. Et puis, à la douzième fois, je répète toujours la même chose, mais ma petite princesse, j'adorais de faire plaisir, mais en fait, non, tu ne vas pas pouvoir sortir. Et en fait, le disque rayé, c'est un mur. L'ado voit qu'il sorte à quelque chose.

Et en plus, comme vous êtes de plus en plus gentil au fur et à mesure, il n'y a pas de problème, en réalité. Ça glisse, c'élisse. Enfin bon, je donne des techniques, chacun les siennes, mais il faut réussir à trouver des stratégies de négociation. Je redis, on ne peut plus passer en force.

14:32
Présentateur

Il ne peut pas confisquer les tablettes.

14:33
Invité politique

Non, puis c'est des ultra-filous, ils sont tellement plus geeks que nous.

14:36
Présentateur

Oui, vous racontez celui qui cache celui.

14:37
Invité politique

Ils cachent des écrans, ils ont un deuxième écran caché, etc. Donc, c'est pour ça que je pense que l'art de la négociation est à travailler pour nos autres parents à ces âges-là.

14:45
Présentateur

Il y a un rapport des autorités publiques qui donne des préconisations sur les écrans. Pas de téléphone portable avant 11 ans. Pas de téléphone portable avec Internet avant 13 ans. Pas d'accès aux réseaux sociaux avant 15 ans. Vous vous dites, ça semble complètement irréaliste avec nos ados aujourd'hui.

14:59
Invité politique

Je reviens sur un principe très simple qui est, nous sommes les premiers modèles pour nos enfants, pour nos ados. Le nombre de parents qui sont, parce que leur travail leur impose, ou parce qu'eux-mêmes ont une petite addiction aux écrans, qu'ils passent leur soirée, etc. Moi, je dis, c'est compliqué d'être à la fois celui qui passe son temps sur l'écran et dire à un ado de 15 ans, pas de téléphone et pas de réseau. J'essaie de revenir à des choses plus simples qui sont des conseils pour toute la famille.

15:22
Présentateur

Oui, vous prenez beaucoup à témoin les parents. Posez votre téléphone, étiez la télé.

15:26
Invité politique

Le nombre de parents, de familles qui me disent, on a le repas, on reçoit les SMS, etc. C'est quoi un repas ? C'est 20 minutes, 30 minutes ? Vous pouvez là mettre une boîte où tout le monde met le téléphone ? Essayez de le faire, c'est l'occasion. Ça va être la nouvelle année, on prend des bonnes résolutions.

15:39
Présentateur

Les écrans, ça fait partie des sept défis que vous pointez. Il y a aussi le sommeil. C'est un gros sujet, le sommeil, pour les ados. Et en fait, vous expliquez qu'ils sont dans un autre chronotype, un chronotype de soirée. Qu'est-ce que c'est ?

15:52
Invité politique

Ça veut dire que beaucoup d'adolescents ont tendance à se défaser, à s'endormir plus tard. Vous avez peut-être vu d'ailleurs, si vous regardez leur temps d'écran, je reviens au sujet d'avant, qu'ils ont peut-être regardé des séries.

16:00
Présentateur

C'est lié, tout ça. Ils regardent les écrans de plus en plus tard.

16:03
Invité politique

Exactement, mais même indépendamment des écrans, ce qu'on appelle un décalage de phase, une tendance à s'endormir un peu plus tard, parce que la mélatonine, cette hormone qui nous aide à nous synchroniser, à synchroniser notre horloge biologique, ce signal-là va se modifier au cours de l'adolescence. Et ça peut donner des vrais soucis des adolescents, et pas uniquement de la fatigue dans la journée, pas uniquement une baisse des résultats scolaires, mais parfois aussi des vrais troubles de santé mentale, des vrais problèmes d'anxiété, de dépression, d'idées noires. Donc préserver le sommeil, j'ai envie de dire, le sommeil chez l'adolescent c'est sacré.

Il peut y avoir évidemment, on ne va pas les transformer en moines et les coucher à 20 heures, ça ne marchera pas, mais essayer d'acquérir des bonnes habitudes, c'est plus facile à l'adolescence que plus tard.

16:46
Présentateur

Le premier défi que vous pointez dans votre livre, c'est le stress. Notre monde, notre société, est-ce qu'elle est anxiogène pour les ados ? On parle beaucoup d'éco-anxiété, mais il n'y a pas que ça, il y a les guerres.

16:56
Invité politique

Les guerres, l'éco-anxiété, l'évolution de la société en général, mais je crois que la première source de stress, et les études le montrent bien, c'est le stress académique. Et en particulier en France, les parents, avec beaucoup d'injonctions paradoxales, fais ce qui te fera plaisir, tu choisiras ce qui te plaît, mais c'est quand même un job qui te permettra de pouvoir te payer un bon loyer, etc.

C'est-à-dire, l'anxiété parentale, elle est toujours tapie derrière le discours, et elle se répercute avec le stress académique, c'est-à-dire qu'on met très tôt en France, comparativement à d'autres pays, je le disais tout à l'heure, des notes, mais aussi une pression parentale, une pression des professeurs sur la réussite académique. Non pas que je considère que la réussite académique ne fasse pas partie du bien-être de nos ados, ça en fait partie, c'est un critère, mais quand ça devient une sorte de primum movin, ça peut générer ce qu'on appelle de l'anxiété de performance, et ça devient contre-productif.

Beaucoup d'adolescents sont trop stressés par l'école, j'en vois certains qui travaillent 3, 4, 5, 5, 6 heures, leur devoir tous les soirs, qui font des sortes de burn-out de l'école, et en arrière-plan, on a les parents qui disent mon ado fera ce qu'il voudra.

18:00
Présentateur

On a beaucoup de messages là-dessus ce matin sur le système éducatif qui ne récompensent pas assez, qui ne félicitent pas assez.

18:06
Invité politique

Non, le peu mieux faire, je redis, la France est très axée autour du peu mieux faire, c'est-à-dire on part du principe que plutôt que de récompenser l'effort, moi je dis qu'un ado qui n'était pas très bon en maths qui a eu 12, ce n'est pas normal qu'il ait 12, alors que celui qui est très fort en maths, il a 18, alors qu'il n'a pas fait d'effort.

Il y a quelque chose, même d'un point de vue, et je pense les collègues qui font des neurosciences et qui savent ce que c'est que le système de récompense, la motivation et l'estime de soi ne me contrediront pas, il y a quelque chose qui est contre-productif à donner une mauvaise note à un ado qui a fait un gros effort versus donner une bonne note à un ado qui avait des facilités dans un domaine. Ce système-là ne fonctionne pas, il n'est même pas juste en réalité.

18:43
Présentateur

Vous parlez également parmi les défis du harcèlement scolaire, on en parle beaucoup aujourd'hui, ça fait partie des défis. Qu'est-ce qu'on fait quand notre enfant est confronté au harcèlement scolaire ?

18:57
Invité politique

Le harcèlement scolaire, c'est un sujet vraiment de société et un des facteurs de risque évitables qui peuvent permettre d'éviter des problèmes de santé mentale à beaucoup de nos enfants et de nos adolescents. On en a beaucoup parlé, j'ai envie de dire que c'est une très bonne chose mais ça n'est pas suffisant. Il y a eu cette grande campagne, il y a eu ce film sur le harcèlement du temps de Gabriel Attal, qui l'a vu ? Pas grand monde et qu'est-ce qui se passe derrière ? Je ne sais pas. Donc c'est très bien de parler de santé mentale mais ça n'est pas suffisant et on a besoin que des actions concrètes soient mises en place et là je me tourne vers nos décideurs.

Alors c'est vrai qu'il y a eu beaucoup de changements et d'instabilité ce qui ne favorise pas les choses mais on a besoin de choses très concrètes au-delà de la communication.

19:37
Présentateur

On l'entend dans votre discours, vous n'êtes pas du tout du côté du discours qui revient beaucoup aujourd'hui. Alors on pense à Caroline Goldman et son time-out. Vous, alors ça pour vous c'est toxique. Vous, vous prenez le time-in plutôt aujourd'hui.

19:52
Invité politique

Dire à un ado qui a fait une connerie ou qui est en crise « Va dans ta chambre et passe-y trois heures », sur le moment ça peut marcher. Sur les quelques jours, sur les quelques heures ça peut marcher. Mais en réalité sur la durée je pense qu'on ne va pas l'aider à construire quelque chose de son estime de soi. Surtout s'il va mal parce qu'il est peut-être enfermé dans sa chambre à faire des automutilations et à fomenter des idées de suicide ou à consommer du cannabis. Je pense à d'autres approches qui sont des approches qui nous viennent des pays d'Europe du Nord qui proposent le timing qui est l'adolescent qui est en souffrance, qui est en crise.

On va plutôt l'accompagner, on va plutôt l'entourer. On va plutôt essayer d'être là et d'essayer de comprendre et de l'accompagner. C'est comme une tempête en fait à une crise émotionnelle. L'adolescent ne sait pas toujours pourquoi il est en crise.

20:34
Présentateur

Alors mon ado qui crie, qui pète les plombs d'un coup, il faut rester à côté de lui ?

20:38
Invité politique

Moi je préconise ça et ça peut donner d'excellents résultats. Ce n'est pas facile, c'est beaucoup plus facile pour un parent

20:43
Présentateur

de lui dire dans sa chambre

20:45
Invité politique

et puis tu reviendras quand tu seras calmé. Mais l'accompagner, essayer de comprendre ce qui se passe et mettre des mots ou juste être là simplement de façon calme en disant je vois bien que tu es en colère, qu'est-ce qui se passe ? Explique-moi. C'est parfois l'aider de façon beaucoup plus puissante. Vous savez, on a l'impression quand on s'occupe d'ado que c'est une sorte de long tunnel interminable. En réalité, c'est juste quelques années, ça va passer extrêmement vite et ils se souviendront pour toute leur vie de ce qu'on leur a dit, de ce qu'on a fait dans ces moments-là de grandes tensions émotionnelles.

Et donc, il est très important d'essayer de transmettre quelque chose qui vous ressemble vraiment, c'est-à-dire vous, vos valeurs, votre affectivité, on sait que vous les aimez vos ados, dites-leur ! Ils ont besoin de l'entendre

21:26
Présentateur

même quand ils sont infects.

21:30
Invité politique

Dites-leur à quel point vous les aimez.

21:31
Présentateur

Vous misez davantage sur la connexion que sur la correction.

21:34
Invité politique

Oui, parce qu'on est des êtres de lien et que je redis, la fermeté c'est important, les règles c'est important, mais en même temps ça n'est pas suffisant. Le mode éducatif autoritaire, ça fait des adolescents obéissants, hyper anxieux, qui iront beaucoup et longtemps chez le psychiatre quand ils seront adultes.

21:51
Présentateur

Il y a cette question de Lucille sur l'appli France Inter, elle dit que vos conseils sont très intéressants et qu'elle envoie même l'utilité avec ses enfants qui ont moins de 10 ans. Ces conseils pour les ados, effectivement, c'est que pour les ados ou on peut appliquer ça très très tôt ?

22:04
Invité politique

Je pense qu'il y a une continuité dans ces conseils, évidemment, et la connexion, on le sait tous, c'est dès le début, c'est dès le début de la vie, même dans l'utérus, que les premières connexions s'établissent. Mais je redis, on est des êtres de lien et un enfant et un adolescent sont des êtres fascinés par l'amour qu'on leur porte, par l'affection qu'on leur porte. sauf que les adolescents ont plus de difficultés à exprimer en retour. On dit souvent qu'ils sont ingrats, ce n'est pas qu'ils sont ingrats, c'est qu'ils ont des modalités de communication qui sont très différentes et qui ne sont plus celles que nous attendions d'eux lorsqu'ils étaient enfants.

Et là aussi, ça implique pour les parents de les laisser grandir. Je pense à la chanson « Mes chers parents, je pars, je vole ». C'est difficile pour les parents aussi de les voir grandir et d'accepter ça.

22:47
Présentateur

C'est un apprentissage pour tout le monde. Merci beaucoup, docteur David Gourion. Je recommande votre ouvrage « Le secret des ados heureux » paru chez Odile Jacob. C'est très pratique. Tous les parents s'y reconnaîtront. Merci à vous. Bonne journée.

23:00
Invité politique

Merci à vous.