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InterviewFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 17 août 2025 21 minContradictoireFond programmatiqueSantéSolidarités & familleÉconomie & entreprisesEnvironnement & énergie

La piscine, service public à bout de souffle ?

Source d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 70 %Attaque 10 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:16OuverteRéponse directe

    Pourquoi avoir choisi ce titre pour votre série ?

  • 2:10OuverteRéponse directe

    Pourquoi à bout de souffle ?

  • 2:27OuverteRéponse directe

    Historiquement, les piscines sont un service public. Pouvez-vous nous expliquer ?

  • 3:56OuverteRéponse directe

    Vous évoquez les piscines tournesol. Alain Bernard, vous avez commencé dans ce type de piscine. Pouvez-vous nous en parler ?

  • 6:08OuverteRéponse directe

    Vous appelez à un plan piscine pour renouveler les infrastructures. Pouvez-vous préciser ?

  • 7:59OuverteRéponse directe

    Dans le Tarn, vous avez écrit un article sur les difficultés des collectivités. Que disent les élus locaux ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:24PrésentateurFait
    « La noyade reste la première cause de mortalité par accident de la vie courante pour les moins de 25 ans. »
  • 20:14InvitéChiffre
    « Quand vous investissez un euro dans les activités physiques, vous en économisez six à la fin en termes de dépenses publiques. »

Temps de parole

  • Invité36 %
  • Invité 227 %
  • Présentateur19 %
  • Invité 318 %

1,4 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

France Inter, Kevin Dufraîche, le 6-9.

0:07
Invité

Elles sont un refuge pour ceux qui n'ont pas la mer en cette période de canicule. Des lieux d'apprentissage essentiels, de souvenirs aussi pour bon nombre de Français. Les piscines municipales font partie de notre quotidien, oui, mais de moins en moins. Car on enferme chaque année, trop coûteuse, trop difficile à gérer, disent certaines collectivités. Et pour en parler ce matin sur Inter dans le Grand Entretien, trois invités. D'abord Adèle Caïto, bonjour. Bonjour. Vous êtes journaliste, membre du collectif YouPress et vous êtes l'autrice cet été d'une série d'articles pour Mediapart sur les piscines. En ligne avec nous, Emmanuel Ouvray, bonjour. Bonjour, merci pour votre invitation.

Chercheur à l'université de Caen en histoire du sport dans le département Histoire, Territoire, Mémoire. Et puis Alain Bernard, bonjour. Bonjour. Ancien nageur, champion olympique du 100 mètres nage libre, c'était en 2008 à Pékin. Merci à tous les trois en tout cas d'avoir accepté l'invitation de France Inter ce matin pour parler des piscines. Adèle Caïto, d'abord, votre série sur Mediapart s'appelle La piscine, un service public à bout de souffle. Pourquoi avoir choisi ce titre ?

1:18
Présentateur

D'abord parce que la piscine est un service public. C'est un lieu où on apprend à nager, ce qui est très important. La noyade reste la première cause de mortalité par accident de la vie courante pour les moins de 25 ans. Donc c'est un lieu d'apprentissage de la nage, mais c'est aussi un lieu refuge, en particulier l'été. C'est un lieu où jeunesse se fait. J'ai été étonnée de voir à quel point les souvenirs de piscines, de jeunesse, des personnes qui ont 50, 60 ans aujourd'hui sont encore très forts. Et de voir aussi, aujourd'hui, les jeunes dans les piscines, à quel point c'est un endroit important. Par exemple, dans le Tarn où je suis allée.

Et puis, dernière chose, sur la piscine comme service public, c'est aussi un lieu dans lequel on apprend à être ensemble, à être dans la même eau. Ce qui n'est pas évident, on a rarement l'occasion d'être aussi proche dans un environnement comme celui-là. Donc c'est un apprentissage très important à faire.

2:10
Invité

Et pourquoi à bout de souffle ? Donc c'est ça le titre de votre série.

2:13
Présentateur

À bout de souffle, parce que la piscine, comme beaucoup d'autres services publics, va mal. Et la piscine en particulier, parce que c'est un équipement qui coûte extrêmement cher, en particulier, et qui ne semble pas être la priorité politique actuelle.

2:27
Invité

On va parler des coûts, bien sûr, mais puisque vous évoquiez la notion de service public, Emmanuel Ouvray, historiquement, en effet, les piscines en France, c'est un service public. On parle tous de piscines municipales.

Oui, disons que par rapport à l'histoire des équipements sportifs et des piscines en particulier, il faut remonter au début de la 5e République pour avoir une politique régalienne qui va viser à équiper le pays de piscines en monde, des piscines peu coûteuses, à en fabriquer, à en retenir, à une époque où, effectivement, on va chercher à développer à la fois le sport de haut niveau, la natation de masse et puis la natation scolaire qui, au début des années 60, va se sportiviser avec des épreuves chronométrées.

Donc, pour vous donner un ordre de grandeur et pour montrer un peu le retard qu'a pris la France en 1958, la France ne dispose, enfin, 52% des départements, 52% ne disposent pas de piscines couvères. Donc, par rapport à la natation scolaire, bien évidemment, c'est quasiment impossible de pouvoir l'enseigner à l'année.

Donc, le ministère des Sports, dirigé par Herzog, va lancer cette politique d'équipement avec des piscines qu'on va appeler industrielles, les fameuses piscines tournesol, Iris, Canton, qui, aujourd'hui, représentent encore presque 50% du parc de piscines, qui sont, bien évidemment, vieillissantes, coûteuses et pas toujours très en phase avec les nouvelles offres des piscines que j'appelle 4 en 1, dans lesquelles il faut à la fois offrir du sportif, du ludique, du scolaire et du bien-être. On va en parler, bien sûr, mais justement, vous évoquez les piscines tournesol.

Alain Bernard, vous, vous avez commencé dans une piscine tournesol, il y en a même une à votre nom, celle où tout a commencé pour vous dans le quartier du Charest, à Aubagne. C'est la piscine municipale qui vous a permis, à vous, Alain Bernard, comme à d'autres, de devenir un champion, de démarrer cette carrière. Exactement, et c'est vrai que ça a été très bien présenté en amont dans cette introduction, dans le sujet que je vous remercie de traiter, qui est un sujet ô combien important. Moi, j'ai eu la chance d'apprendre à nager dans une piscine tout proche de chez moi.

Si la piscine avait été à l'autre bout de la ville ou quelques minutes de voiture ou de transport plus loin, je n'aurais pas forcément eu la même vie. Et ce qui est extraordinaire dans mon histoire, comme dans beaucoup d'athlètes de haut niveau français et des nageurs français, c'est qu'on a appris à nager pour être en sécurité dans l'eau. Donc, nos parents nous ont poussés dans l'eau à travers un club de natation. Il faut vraiment insister sur le maillage territorial qu'occupent aussi les clubs affiliés à la Fédération Française de Natation, ou autres fédérations ou autres associations qui vont permettre d'apprendre à nager à moindre coût.

Parce que l'enjeu sociétal, c'est finalement de pouvoir offrir à la population un outil qui permet d'apprendre à nager sans avoir à payer de mettre nageur dans sa piscine privée. Certes, il y a des personnes qui peuvent se le permettre et c'est très bien, mais voilà, moi j'ai envie de penser à la majorité des classes sociales, qui est des moyens ou pas, pour que tout le monde puisse apprendre à nager. Et donc, comme l'a expliqué Emmanuel en introduction, ce plan des mille piscines, il date en effet des années 60. Il a été réfléchi dans les années 60, à partir des années 70.

On faisait des équipements sans trop réfléchir à l'isolation, sans trop réfléchir à la consommation d'eau, à la consommation électrique et énergie fossile. Aujourd'hui, il existe des modèles, et c'est là-dessus qu'on veut alerter à travers notre tribune que l'on a lancée avec Florent Manodou, parce qu'il existe différents modèles qui puissent permettre d'industrialiser ça, et que l'État puisse participer à nouveau à cet effort de guerre, j'ai envie de dire, excusez-moi le terme, à cet effort-là, parce que depuis la décentralisation, ça repose vraiment, le poids des investissements et des entretiens reposent sur les collectivités qui sont à bout de souffle.

Puisque vous l'évoquez d'ores et déjà, effectivement, Alain Bernard, cette tribune que vous avez publiée avec Florent Manodou il y a 15 jours, vous appelez un plan piscine, donc, pour renouveler les infrastructures et pour que l'État vienne en aide aux collectivités, puisque ce qu'il faut bien dire et repréciser, c'est que ce sont les collectivités qui s'occupent des piscines municipales. Oui, c'est une coordination, vous voyez, qui n'est pas très claire aujourd'hui.

On se perd un peu dans ce marasme administratif, où les prérequis de l'éducation nationale obligent, finalement, apprendre à nager dans les cycles 1 et 2, les enfants, mais ils s'appuient sur des infrastructures qui sont gérées par des collectivités. Et donc, ici et là, on a vu assister sur le territoire, avec la fermeture des piscines, sur un bassin de population donné, il y a 50 ans, on avait deux ou trois petites piscines de 25 mètres.

Aujourd'hui, sur ce même bassin de population, on a un seul grand équipement, c'est-à-dire avec du sportif, du ludique, du bien-être, des grands équipements qui sont très coûteux, très énergivores, mais qui vont non seulement augmenter les temps de trajet des scolaires pour apprendre à nager, et qui ne vont pas permettre d'absorber, finalement, à surface d'eau équivalente, ce qui existait quelques années auparavant. Vous savez, avec les intercommunalités, les communautés de communes, les agglomérations, etc. Eh bien, c'est un peu tout dilué.

Et grâce, finalement, au chiffre qu'a publié Paris 2024, qui a annoncé un bénéfice de 75 millions d'euros, eh bien, on s'est dit avec Florent que c'était l'occasion d'alerter un petit peu les pouvoirs publics avec, à la fois, des gens qui se noyaient début août dans les mers, piscines privées, etc. Et de l'autre côté, une équipe de France hyper performante. Donc, il y a un vrai paradoxe. Adèle Caïto, vous avez illustré les difficultés des collectivités locales dans la gestion des piscines. En allant, vous l'évoquiez un petit peu tout à l'heure, dans le Tarn, vous y consacrez un article spécifique sur les cinq que vous avez écrits pour Mediapart.

Il y a une dizaine de bassins qui ont fermé dans ce département. Que disent, en fait, les élus locaux dans le Tarn ?

8:12
Présentateur

Ça coûte trop cher, en fait. Ce n'est pas plus compliqué que ça.

8:15
Invité

Alors, c'est quoi ? C'est l'énergie ?

8:16
Présentateur

Le personnel. L'énergie et le personnel, parce que la piscine a la particularité, donc, à la fois d'être à un endroit très énergivore, puisqu'il faut faire chauffer l'eau, mais aussi de nécessiter une surveillance permanente, donc de devoir rémunérer du personnel en permanence, qui coûte très cher. Et par exemple, le maire de Saint-Sulpice-la-Pointe, qui est une commune de 10 000 habitants dans le Tarn, expliquait en janvier qu'il allait fermer la piscine municipale parce qu'elle coûtait trop cher. Alors, finalement, il est revenu en partie sur cette décision après la mobilisation d'une partie de la commune. Et finalement, la piscine va changer. Au lieu d'être...

Elle a été gérée jusque-là par la municipalité. Elle va passer à l'intercommunalité. Donc, il y a aussi ce genre de solutions qui peuvent être trouvées. Et dans une commune voisine à Groyer, 13 000 habitants, là, la piscine a fermé définitivement en 2023. Et les raisons, c'est les mêmes, en fait. C'est que ça coûte trop cher et que la piscine était vétuste, puisqu'elle avait déjà plus de 50 ans. Mais il y a aussi une question un peu politique. C'est aussi... Enfin, toutes ces questions-là... Alors, en effet, les piscines coûtent très cher, mais il y a aussi une question de volonté politique.

Par exemple, à Saint-Sulpice-la-Pointe, la gestion de la piscine représentait 2% du budget de la commune. Donc, c'est un choix. C'est aussi le choix de ne pas augmenter les impôts, par exemple. Et à Groyer, en fait, donc là, il y a en plus à Groyer, il y a la particularité d'avoir une difficulté avec l'intercommunalité qui s'ajoute concernant la gestion de la piscine. Et donc, l'idée, ce serait, à terme, de reconstruire une nouvelle piscine. Mais en fait, on ne sait pas quand. Les années à venir, il n'y aura sans doute pas plus d'argent à disposition. Donc, ça reste incertain.

9:53
Invité

Et le contexte global, politique et budgétaire, on le connaît, avec le gouvernement et François Bayrou, qui veut faire plus de 40 milliards d'euros d'économie l'année prochaine. Les collectivités locales qui voient leur budget de fonctionnement baisser. Emmanuel Ouvray, c'est vrai, en fait, les piscines services publics se retrouvent, en fait, au cœur de choix politiques, désormais, des collectivités. Non seulement, oui, au cœur de choix par rapport aux restrictions budgétaires. Puis aussi, il y a un autre élément, une question aussi d'attractivité.

C'est-à-dire qu'il y a des territoires qui laissent se fermer quelques piscines et préfèrent construire des piscines beaucoup plus attractives pour les touristes, dans lesquelles, effectivement, comme l'a souligné Alain Bernard, le sportif et le scolaire ne sont pas forcément les éléments qui vont faire venir les touristes.

Donc, quand vous compilez ces deux éléments-là, des restrictions budgétaires, et une volonté aussi d'avoir des piscines beaucoup plus attractives qu'une piscine tournesol, qui est une piscine finalement à plat, qui ne va pas forcément intéresser les gens qui viennent en vacances pour faire de l'apprentissage, eh bien, vous vous retrouvez dans des territoires, le Lot, le Tarne, où on a fermé de nombreuses piscines et on se retrouve avec l'intercommunalité, des piscines qui font le choix, des fois on peut le comprendre parce qu'elles n'ont pas les épaules financières suffisamment solides, et construisent des piscines à 20-25 millions d'euros, dans lesquelles on retrouve ces logiques-là, mais qui, effectivement, ne permettent pas de couvrir les territoires.

On parle là de ce qu'on peut appeler des centres aquatiques, qui se diversifient, donc effectivement, Alain Bernard, vous parliez des espaces de bien-être, les spas, des grands toboggans, même parfois des salles de sport intégrées aux piscines, tout ça, ce sont des opérateurs privés. Est-ce que, du coup, ça éloigne, ça nous éloigne du côté très populaire de la piscine, puisque le coût d'entrée dans une piscine, il y a encore quelques années, c'était même parfois moins de 2 euros. Alain Bernard, c'est aussi une des choses qui vous inquiètent, en fait, qu'on éloigne certaines populations, peut-être bientôt, de la piscine ?

Oui, alors les opérateurs privés, enfin, ce sont des personnes qui vont gérer ce qu'une collectivité décide de ne pas gérer, donc qui va forcément générer un surcoût. Une piscine qui va coûter une collectivité, je dis n'importe quoi, 250 000 ou 300 000 euros par an, va faire appel à un gestionnaire privé, où il y en a 4-5 gros qui se partagent le marché, et donc qui vont construire leur modèle économique là-dessus, et qui vont marger pour payer leurs salariés, leurs employés, la maintenance de la piscine. Donc, historiquement, juste pour rappeler quelques chiffres, le coût d'entrée d'une piscine, c'est entre 3 et 5 euros en moyenne, ce que l'on observe sur le territoire national.

Avant la crise et l'invasion d'Ukraine, et la hausse du prix de l'énergie, en fait, on était entre 13 et 15 euros pour être à l'équilibre. Aujourd'hui, on est plus entre 15 et 17 euros. Donc, c'est-à-dire entre les 5 et les 15 euros, je vais prendre la fourchette haute pour le prix de la personne qui vient d'entrée, et la fourchette basse pour ce que ça coûte à la collectivité. Ces 10 euros, ça s'appelle le déficit d'exploitation qui est amorti par la collectivité.

Est-ce qu'aujourd'hui, on ne peut pas réfléchir à des nouveaux modèles où peut-être on peut se baser comme au quotient familial, quand on inscrit nos enfants à l'école, à la crèche, dans un centre de loisirs, pour définir un plan tarifaire ? Est-ce qu'on ne peut pas, au-delà de tout ça, finalement, encore une fois, revenir à des modèles qui soient plus préconisés par l'État, avec une gestion de l'énergie moindre ? Tout à l'heure, ça a été très bien aussi présenté par Adèle, c'est vrai qu'une piscine, c'est très énergivore, c'est le deuxième bâtiment public le plus énergivore derrière un hôpital. Néanmoins, c'est un endroit où 100% de la pyramide des âges se retrouve.

C'est un endroit où on apprend à être en sécurité. Et donc, est-ce qu'on ne pourrait pas réfléchir à ces modèles-là qui soient moins coûteux en énergie ? Nous, on a réfléchi justement avec un groupement d'associés sur le fait que la halle de bassin soit ventilée naturellement et on va pouvoir enfin remporter un premier appel d'offres à Pléneuf-Vallandry en Bretagne, qui va nous servir, on espère, un peu de laboratoire, mais de showroom presque, si je me permets l'expression. Parce que recycler l'air 4 à 5 fois par heure, comme l'impose l'Agence régionale de la santé, ça aussi, ça a des coûts énergétiques.

Donc voilà, là, on va rentrer dans un calendrier électoral municipal qui va, comme le disait Emmanuel aussi, aider des maires à mettre des piscines dans leurs projets électoraux, etc. Parce qu'aujourd'hui, ce sont des vrais sujets, localement parlant. Et donc, on espère, encore une fois, que les planètes puissent s'aligner, que tout le monde puisse s'accorder. Et puisqu'on en parlait, Emmanuel Ouvray, pour parler d'éventuelles solutions, on a parlé plusieurs fois, depuis le début de ce grand entretien, des piscines tournesols, qui étaient des modèles préfabriqués, en fait, et qui, donc, coûtaient moins cher.

Est-ce qu'aujourd'hui, on pourrait imaginer un nouveau plan comme celui-là, des piscines en kit, finalement ? Est-ce que ça existe, peut-être même déjà, Emmanuel Ouvray ? Oui, bien sûr, la solution existe déjà. Alors, des piscines qui seraient beaucoup plus, on va dire, basiques, c'est-à-dire uniquement réservées à l'apprentissage et à la natation sous ses différentes formes, que ce soit sportif, loisir, entretien de soie.

Mais, bien évidemment, il y a des formules qui existent et qui sont nettement moins chères que des piscines, qui intègrent des espaces ludiques, des toboggans, des rivières sauvages, des espaces ludiques, et puis, parfois aussi, d'autres éléments pour nos activités physiques. Bien évidemment, la solution est possible, à moindre frais. Adèle Caïto, il y a aussi une notion, et vous l'évoquiez un petit peu tout à l'heure, c'est que les gens, les habitants des territoires, souvent se mobilisent pour leur piscine. On voit là l'attachement, en fait, quand on sait qu'elle va fermer, que ce soit temporairement ou définitivement, il y a des manifestations, quoi, finalement.

15:37
Présentateur

À Saint-Sulpice-la-Pointe, c'est exactement ce qui s'est passé. Une pétition qui a recueilli quasiment 1000 signatures sur 10 000 habitants, donc presque 10% de la population. Ou bien, je pense aussi à la commune de Lachaise, en Bretagne, où là, les habitants de ce village de 500 habitants ont mis la main à la pâte pour participer à l'amélioration de la piscine pour qu'elle puisse tenir une saison de plus.

15:59
Invité

Alain Bernard, vous vouliez réagir à ce que disait Emmanuel Ouvray sur les piscines standardisées, peut-être ? Oui, en fait, au-delà des piscines standardisées, enfin, moi, bien sûr, je prêche pour ma paroisse par rapport à un modèle en lequel je crois, mais je ne suis pas convaincu que ce soit la réponse à tout à 100%. C'est-à-dire qu'il faut vraiment créer un écosystème, il faut créer des actions d'apprentissage massées, comme il existe depuis 2020. Il existe ce qu'on appelle l'aisance aquatique, ce qui permet à des enfants de 4 ans à 6 ans de se sortir de situations dangereuses.

Ça ne veut pas dire qu'on leur apprend à nager, mais on les met dans l'eau deux fois par jour pendant une semaine. Vous imaginez bien que des progrès sont extrêmement conséquents. Et donc, dans ces apprentissages-là, vous voyez, ça permet d'occuper finalement un espace aquatique beaucoup de temps sur une coût de période, mais qui est beaucoup plus efficace que si on essaie d'apprendre à nager une heure par jour et se passer d'une semaine sur six semaines. Je prends souvent cet exemple en se disant quand on veut apprendre à skier, on ne va pas skier 20 minutes ou une heure et on revient la semaine d'après. C'est un sujet que je voulais qu'on aborde.

Également, il nous reste assez peu de temps, mais le nombre de noyades, Bernard, a beaucoup augmenté sur cet été, l'été précédent. D'année en année, ça augmente. Et là aussi, en fait, il y a urgence finalement à apprendre à nager. Alors, il y a aussi des liens de cause à effet. On le voit souvent, on l'observe avec la chaleur et les périodes de canicule. Donc, c'est proportionnel finalement à la fréquentation. Mais peu importe, il y a des campagnes de sensibilisation qui sont faites à laquelle j'essaie de participer aussi chaque année avec certains collègues parce qu'on est toutes et tous des citoyens.

Donc, ce n'est pas parce qu'on va se baigner à la plage qu'il ne faut pas se soucier de la personne que l'on ne connaît pas à notre droite et à notre gauche. Donc, voilà, encore une fois, apprendre à nager, c'est le meilleur moyen de ne pas se noyer. Mais il y a la vigilance, il y a se renseigner sur les conditions climatiques. Il y a le fait que quand on a un certain âge ou si on n'est pas en forme à ce moment-là, si on va aller toucher la bouée des 300 mètres, il faut penser qu'au retour à la plage, il y a 300 mètres à faire de l'autre côté. Donc, voilà, c'est plein de choses et je vous en remercie encore une fois d'en être l'un des nombreux relais sur cette thématique.

Quand on fait une petite recherche à Delcaïto, on trouve beaucoup d'articles de presse quotidienne régionale ces derniers jours, ces dernières semaines pour dire que des piscines sont fermées faute de MNS, les maîtres nageurs-sauveteurs. Ça aussi, ça fait partie du problème. Il y a une vraie pénurie. À quoi c'est dû ?

18:27
Présentateur

Il y a plusieurs facteurs. C'est un... En fait, le statut des maîtres nageurs a commencé à changer avec la délégation des piscines déléguées à des gestions privées. Auparavant, les MNS étaient des employés territoriaux. Maintenant, il y en a de plus en plus qui travaillent sous le statut de la micro-entreprise. Et donc, il y a... En fait, tout ça, ça génère... Ça contribue à générer une perte de sens au travail. Et les chercheurs, par exemple, Fabien Camporelli, qui a beaucoup travaillé sur les maîtres nageurs-sauveteurs, constatent qu'il y a beaucoup de maîtres nageurs-sauveteurs qui ne font pas leur recyclage au bout de 5 ans.

C'est une profession dans laquelle, tous les 5 ans, on doit passer à un recyclage. Et en fait, là, parmi les jeunes, il y en a beaucoup qui, après 5 ans, se sont arrêtés. Et sans doute, parce qu'il y a en grande partie une perte de sens...

19:18
Invité

Le recyclage, c'est un genre d'actualisation, du diplôme ?

19:21
Présentateur

Oui, oui, tout à fait, pour vérifier que les maîtres nageurs ont encore tout à fait les compétences et puis pour réactualiser leurs connaissances.

19:26
Invité

Pour terminer, Emmanuel Ouvray, avec vous, vous dites, je crois que, puisqu'on a parlé beaucoup de finances publiques, vous dites que c'est de l'investissement pour la santé publique, en fait, aussi, les piscines. Ça permet d'éviter des dépenses futures, comme le sport, de manière générale. De manière générale, le sport et la natation, au sens large du terme, effectivement, les piscines ont un coût, mais n'ont pas de prix, puisque, tout simplement, elles évitent la noyade si c'est adossé à aussi une campagne de prévention qui, parfois, fait un peu défaut.

Ça donne la santé, mais, évidemment, on sait que les gens qui pratiquent également une activité aquatique sont des gens qui se portent mieux, qui sont moins isolés, qui vont moins chez le médecin, qui prennent moins de psychotropes. Donc, on sait aujourd'hui que, de manière générale, quand vous investissez un euro dans les activités physiques, vous en économisez six à la fin en termes de dépenses publiques.

Donc, quand on m'en dit, des fois, parfois, que les piscines sont déficitaires, on pourrait aussi imaginer des systèmes, comme l'a souligné un peu Alain Bernard, où il y aurait un basse-communicant financier, où quand quelqu'un va nager, on reverse un euro à la piscine, puisqu'elle a aussi apporté de la santé. Emmanuel Ouvray, Alain Bernard, merci beaucoup à tous les deux et merci Adèle Caïto. Je rappelle votre série d'articles Les Piscines, un service public à bout de souffle. C'est à lire sur Mediapart, c'est en cinq épisodes. Merci beaucoup à tous les trois d'avoir été les invités de France Inter ce matin. Merci à vous.