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Interviewfranceinfo — L'invité éco (sur Site radio)· 14 novembre 2024 7 minContradictoireActualité / polémiqueAgriculture & alimentation

Mercosur : "Il n'y a pas d'aménagements possibles pour cet accord de libre-échange, globalement basé sur des questions agricoles", dénonce la Confédération paysanne

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Chapitres

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Propositif 60 %Attaque 20 %Défensif 20 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:17PrésentateurFait
    « Pourquoi une telle contestation aujourd'hui des politiques français ? »
  • 4:59PrésentateurChiffre
    « C'est que ça ne change pas grand-chose. »

Temps de parole

  • Invité politique66 %
  • Présentateur34 %

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0:01
Présentateur

France Info. Bonsoir à toutes et à tous et bonsoir à vous Laurence Marandola. Bonsoir. Vous êtes paysanne, vous tenez à ce terme paysanne en Ariège, porte-parole nationale de la Confédération Paysanne. La FNSEA et les jeunes agriculteurs appellent à se mobiliser, à se rassembler contre l'accord de libre-échange entre l'Union Européenne et le Mercosur. Ce sera à partir de lundi, date du début du G20 au Brésil. Est-ce que vous aussi à la Confédération Paysanne, vous appelez les agriculteurs à sortir des champs et des fermes pour manifester votre colère ?

0:34
Invité politique

Alors nous, on est en mobilisation contre le Mercosur, j'allais dire historiquement. Il va falloir se rappeler que la Confédération Paysanne, le démontage du McDo à Millau en 1999, c'était déjà pour pointer du doigt les effets absolument toxiques, extrêmement douloureux pour l'agriculture, des accords de libre-échange.

0:54
Présentateur

Donc ce que vous dites, c'est que la Confédération Paysanne, elle a toujours été contre le Mercosur, ce qui n'était pas le cas des autres syndicats agricoles. C'est un peu ça.

1:02
Invité politique

Et on est mobilisés toute cette semaine, depuis mardi jusqu'à demain, très fortement, en amont du G20. On était hier à Paris, j'étais devant le ministère de l'Économie et des Finances à Bercy. Nous étions à Bruxelles avec des collègues syndicalistes de l'ensemble des pays européens pour montrer que c'est également les paysans européens qui sont contre cet accord globalement. Et on est sur le terrain pour pointer avec des actions très symboliques. Limousine contre vache-limousine, bagnole contre bétail. Bagnole contre bétail ? Parce qu'en fait, c'est absurde. C'est pour montrer l'absurdité de cet accord de libre-échange.

En fait, l'Europe veut vendre des voitures, des rafales, des services et imposer, du coup, l'importation de produits agricoles, de viande bovine, de volaille, de sucre, d'éthanol, à des prix défiant toute concurrence parce que les conditions de production ne sont pas les mêmes, qui arrivent sur nos marchés directement en concurrence avec nos produits. Et nos prix ne sont pas ceux-là. Du coup, ça va assez directement détruire un grand nombre de fermes, de paysannes, de paysans sur nos territoires.

2:01
Présentateur

Alors, vous avez remarqué que l'ensemble des politiques françaises sont aujourd'hui contre cet accord du Mercosur. Le président de la République, Emmanuel Macron, s'est exprimé sur le sujet. 600 parlementaires ont écrit à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, pour marquer leur opposition au traité. Pourquoi une telle contestation aujourd'hui des politiques français ? Est-ce que c'est parce que les agriculteurs, justement, sont contre ?

2:24
Invité politique

Probablement. Mais c'est une position assez ambiguë du président Macron ou de Michel Barnier. Expliquez-nous. La France, le gouvernement dit qu'on est contre cet accord en l'État. Ce n'est pas contre cet accord, point.

2:38
Présentateur

La nuance est importante.

2:39
Invité politique

La nuance est extrêmement importante. C'est-à-dire qu'avec des aménagements, ça pourrait passer. Mais il n'y a pas d'aménagement possible sur cet accord de libre-échange. Il est globalement basé sur des questions agricoles.

2:50
Présentateur

Et donc, il est mauvais pour l'ensemble de l'agriculture française. C'est ça qui n'est pas toujours très simple à comprendre.

2:57
Invité politique

Il est mauvais pour certaines filières, clairement. Parce que cet accord va permettre d'exporter à des tarifs préférentiels, en particulier des spiritueux, des produits laitiers, de l'huile de l'olive. Donc, pour ces filières, on pourrait penser que c'est bon. Je voudrais redire que les accords de libre-échange, ça existe depuis longtemps. Sur le lait, on a le CETA avec le Canada, qui n'est pas ratifié, mais qui est opérationnel. L'Europe, la France exporte des produits laitiers. Il y a des entreprises, des multinationales, Lactalis pour la cité, qui font des affaires. Mais ces affaires, il n'y a pas un seul centime qu'à ruisseler sur un meilleur prix payé aux éleveurs laitiers.

3:32
Présentateur

Alors, Laurence Marandela, expliquez-nous. Parce que, justement, il y a des filières qui auraient plutôt intérêt à ce que cet accord de libre-échange, il soit effectif. Vous avez parlé des vins et spiritueux. On sait, dans le même temps, que Donald Trump a prévu de taxer lourdement les vins en provenance de l'extérieur. Et notamment, les vins français. C'est un très gros marché pour les vins français. Qu'est-ce que vous dites aujourd'hui aux viticulteurs français qui sont en grande difficulté ?

3:54
Invité politique

Ce qu'on dit aujourd'hui, c'est que des grands pays, comme les Etats-Unis, comme la Chine, comme le Brésil, appliquent des mesures de protection. Pourquoi l'Europe, la France, ne se doteraient pas d'outils de régulation, de protection, du coup, pour les importations, ce qui va nous arriver. Ce que j'expliquais, la viande bovine. Et ça, du coup, on laisse rentrer ça à droite de douane zéro. On doit, aujourd'hui, pour protéger l'agriculture, on parle d'agriculture, on parle de notre alimentation. C'est absolument indispensable d'échanger, de faire du commerce, mais avec des règles justes, qui protègent les agriculteurs et nos productions.

Une fois qu'on aura détruit ces filières d'élevage, dans un an, dans dix ans ou plus tard...

4:33
Présentateur

Et donc, tant pis pour les viticulteurs français qui en pourraient les porter ?

4:36
Invité politique

J'ai dit aujourd'hui, il faut qu'on protège en priorité ceux qui allons souffrir de ces accords de libre-échange. On est d'accord pour du commerce, mais avec des règles dans les deux sens.

4:45
Présentateur

Alors, la Commission européenne, elle dit que pour la viande bovine, justement, cet accord, il octroie 99 000 tonnes de viande bovine. C'est 1,6% de la production européenne. Ce sont les chiffres que délivre la Commission pour montrer que ce n'est pas grand-chose. C'est que ça ne change pas grand-chose.

5:00
Invité politique

C'est que 99 000 tonnes à droit de douane zéro. Ça s'ajoute à 200 000 tonnes avec des droits de douane très rabaissés. Donc, ce n'est pas juste 99 000 tonnes. En plus. Et donc, qu'est-ce qu'il faut faire ? Sur la viande bovine, aujourd'hui, avec l'ensemble des accords de libre-échange actuels et ceux qui viennent, on va arriver à de la viande importée avec des conditions extrêmement préférentielles d'à peu près 7%. 7%, ça suffit largement pour déstabiliser un marché européen, pour déstabiliser le cours de la viande bovine.

5:30
Présentateur

Et donc, finalement, qu'est-ce que vous dites ? Vous dites, comme le gouvernement Barnier, il ne faut pas signer cet accord de libre-échange en l'état ?

5:39
Invité politique

Non. On a exigé, c'est ce qu'on a dit hier, c'est ce qu'on a dit à Michel Barnier, on exige de la France un refus net et ferme de l'accord, point. Des aménagements, il n'y en a pas de possible. Les aménagements, c'est ce qu'on appelle des clauses miroirs. On va essayer de réguler un peu les choses. On en a déjà construit et pas appliqué. La question de la déforestation importée, parce que la viande bovine, dans les pays d'Amérique du Sud, elle se fait sur des anciennes forêts qui ont été exploitées, rasées, brûlées, sur lesquelles on va mettre du soja et on va mettre des animaux. L'Europe s'est dotée d'un mécanisme de dire qu'on ne veut pas de déforestation importée.

Mais on vient d'accepter de le reculer encore ce règlement d'un an. Donc ça ne marche pas. Les autres clauses miroirs, parce que l'élevage en Amérique du Sud est traité avec des hormones et des antibiotiques interdits en Europe. On vient d'avoir un rapport qui montre qu'on importe massivement de la volaille avec des antibiotiques et des beaux traités aux hormones. Aujourd'hui, déjà, du Mercosur, on est incapable de tracer et de contrôler ces mécanismes-là.

6:34
Présentateur

Dernière question pour être juste sûre d'avoir bien compris, Laurence Marandola. Vous, vous ne voulez pas d'accord du tout. Et ça vous différencie des jeunes agriculteurs et de la FNSE1, de la coordination rurale également, qui disent, elles, que ce n'est pas en l'état. Et c'est ce que vous demandez aujourd'hui au gouvernement Barnier.

6:52
Invité politique

Nous, ce n'est pas d'accord de libre-échange du tout. On demande au gouvernement Barnier une expression très claire là-dessus et de mettre en place tous les mécanismes possibles pour empêcher la signature de cet accord. Quand je dis ça, je dis aussi qu'on est favorable à des échanges commerciaux, mais sur d'autres règles plus justes qui protègent les agriculteurs ici, à l'autre bout du monde et toutes les filières.

7:11
Présentateur

Merci beaucoup. Laurence Marandola, porte-parole nationale de la Confédération paysanne, invitée éco de France Info ce soir.