"85% de notre chiffre d'affaires est réalisé l'hiver et 15% l'été, et on ne pourra pas inverser", déclare le président de la Coopérative Sherpa
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« C'est une catastrophe, effectivement. »
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« Alors, oui, toute la base est la même, puisque nous avons un partenaire privilégié qui est Casino. »
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« Ok. Et on commande donc toute cette marchandise principale. Environ 60% de nos achats sont commandés chez Casino. »
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« Et pour le reste, c'est beaucoup de produits régionaux, beaucoup de fournisseurs directs avec lesquels on travaille, beaucoup de producteurs locaux. »
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« Entre Sherpas ? Terre de l'Alpe, créée en 2008, qui représente une petite partie de notre chiffre d'affaires, mais qui est une marque appréciée de nos clients. »
- 1:51PrésentateurPromesse
« On ne peut pas, évidemment, ne pas évoquer vos prix, qui sont fortement majorés. »
- 7:15Invité politiqueChiffre
« La proportion, c'est 85% de notre chiffre d'affaires est réalisé l'hiver. Et 15% l'été, donc. »
- 7:30Invité politiqueChiffre
« C'est 130 millions environ, voilà, sur une année. »
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Olivier Carrier, bonjour. Vous êtes président de la coopérative Sherpa, c'est-à-dire 120 supérettes de montagne. Alors, grand merci à vous d'avoir fait le déplacement jusqu'au studio de France Info, parce que vous gérez vous-même un supermarché à Val-Torins. Il n'y a pas plus haut, je crois. Et vous attendez demain une grosse livraison. Et ce n'est pas tous les jours, ce n'est pas comme en ville.
C'est trois fois par semaine en produits frais pour la plupart de nos magasins. Et puis, entre deux et trois fois en produits secs.
Et la fermeture, par exemple, de l'espace de quelques jours, bien sûr, de la Nationale 90 vers les stations de Tarentaise, ça, par exemple, c'est une catastrophe pour les professionnels comme vous ?
C'est une catastrophe, effectivement. Mais bon, ça a été très bien géré. Et la route a été réouverte en moins de sept jours, je crois. Ça a eu lieu le 1er février. Et pour le 1er samedi des vacances scolaires, donc une semaine après, on était réouverte.
Oui, qu'est-ce que vous allez recevoir demain, par exemple ? Des produits les mêmes que dans la vallée ou pas tout à fait ?
Alors, oui, toute la base est la même, puisque nous avons un partenaire privilégié qui est Casino.
Et qu'on évoquera, bien sûr.
Ok. Et on commande donc toute cette marchandise principale. Environ 60% de nos achats sont commandés chez Casino. Et pour le reste, c'est beaucoup de produits régionaux, beaucoup de fournisseurs directs avec lesquels on travaille, beaucoup de producteurs locaux. Mais en tout cas, demain, c'est essentiellement notre livraison principale de notre fournisseur principal.
Vous avez même une marque propre que vous avez créée ?
Oui. Entre Sherpas ? Terre de l'Alpe, créée en 2008, qui représente une petite partie de notre chiffre d'affaires, mais qui est une marque appréciée de nos clients.
Alors, vous évoquez votre chiffre d'affaires. On ne peut pas, évidemment, ne pas évoquer vos prix, qui sont fortement majorés. J'ai comparé les étiquettes de quelques-uns de vos produits alimentaires avec ceux d'une grande enseigne, de la grande distribution. On ne va pas la citer. Exemple, vos biscottes de berre, important pour le petit-déjeuner avant d'aller skier, coûtent 60% de plus. Vos pâtes Barilla, 75%, 126% pour la purée de tomate Tomaculi. Et ça va même jusqu'à 130% supplémentaire pour une boîte de maïs géant vert. Ça n'effraie pas vos clients qui sont captifs ?
Non, parce qu'il y a plusieurs explications à ça. Je ne vais pas vous justifier nos prix, mais en tout cas, d'une part, nos produits nous sont vendus par ce partenaire principal à un prix plus élevé, ce qu'on appelle nos prix de cession. Et d'autre part, il faudrait comparer nos prix au prix de la proximité des supérettes, par exemple, dans Paris, dans certains quartiers. C'est ce que j'ai fait, moi, à plusieurs reprises. Et c'est vrai que dans le 16e ou dans l'8e, il y a des grandes enseignes qui pratiquent des prix qui sont, en moyenne, les mêmes que les nôtres.
Ce sont des prix qui autorisent votre pérennité, mais sans plus ?
Oui, si. Depuis, en tout cas, 2009-2010, la concurrence s'est fortement accrue en montagne. Et depuis l'arrivée des grandes enseignes, des grands autres faiseurs sur le marché, on va dire, eh bien, effectivement, nos prix sont vraiment concurrentiels. Et les gens, la preuve en est, c'est que les gens montent avec beaucoup moins de courses dans leur coffre.
Oui, c'est ça, en fait. Quand les prix sont trop élevés, c'est le risque pour nous ?
C'est le risque, mais ça n'arrive plus tellement depuis 2009-2010. Alors ensuite, les prix de chaque magasin, pratiqués par chaque magasin, préconisés en tout cas par notre coopérative Sherpa, sont pratiqués en fonction de leur zone de chalandise, de leur concurrence, du pouvoir d'achat de leurs clients. Voilà. On n'aura pas les mêmes prix dans une station d'altitude qu'on appelle grand domaine, renommée. Voilà. Entre Val d'Isère et la Fécla, on n'a pas les mêmes prix.
Une supérette en altitude, évidemment, c'est petit, le mètre carré est précieux, mais ça doit servir à tout, ça doit rendre toutes sortes de services. C'est ce que vous faites ?
C'est ce qu'on essaye de faire, et en tout cas, ça a toujours été la vocation de Sherpa. Depuis le début, on s'est appuyé sur un grand nombre de services rendus à nos clients. Eh bien, exemple ? Voilà. Le prêt d'appareil à raclette, c'est une invention Sherpa. Voilà. Typiquement Sherpa, qui date de 88-90. Et même si maintenant, ce service est assez commun à la montagne, franchement, c'est un des services que l'on a innové à l'époque.
Oui, j'ai vu que vous avez aussi, de temps en temps, quelques pelles à neige de côté.
Pelles à neige, voilà. Il y en a deux. Reprise des inconsommés. Bon, ça s'est pratiqué par là.
Ça, c'est intéressant. Qu'est-ce que c'est exactement ?
La reprise des inconsommés, bon, pour éviter que nos clients, on va dire, passent trop de temps à choisir les produits dans nos magasins, en tout cas. On leur dit, achetez. Et puis, si vous ne consommez pas, ramenez-nous ce que vous n'avez pas consommé.
Du genre ?
En produits frais. Donc, les pâtes, les boîtes de conserve, etc.
Et là, vous les reprenez ?
Et on les reprend.
D'accord. Vous avez aussi de l'anti-gaspi à proposer ?
On a de l'anti-gaspi. On pratique ça aussi depuis relativement longtemps. On a des promotions à moins 30%, moins 50%. C'est quelque chose que l'on pratique, oui, quotidiennement dans tous nos magasins.
Alors, vous l'évoquiez, les Sherpas ont été approvisionnés à l'origine par Carrefour. Et puis, vous êtes passé par Casino. C'est toujours le cas. Et ce partenariat continue malgré les gros soucis de cette enseigne. Pourquoi ?
Parce que Casino a des atouts que les autres n'ont pas. C'est vrai qu'on travaille très bien depuis 2009 avec Casino, humainement déjà. Et puis, ils sont très réactifs. Ils savent dépanner. Quand on rate une commande dans un de nos magasins, il y a possibilité de rattraper cette commande avec Casino. Ce qui n'est pas forcément possible avec toutes les autres enseignes.
Et c'est livraisons spécifiques qu'ils savent faire ?
Et c'est livraisons spécifiques qu'ils savent très bien faire maintenant, en tout cas. Puisque le maillage de Casino est très bon en montagne.
Alors, dans vos magasins, il y a, j'imagine évidemment, des saisonniers en nombre, surtout en ce moment. Qu'est-ce que vous en faites ? En règle générale, est-ce qu'ils sont logés ? Est-ce que c'est un vrai problème à la montagne ?
Effectivement, c'est un vrai problème. On les loge en grande partie. Les logements sont de plus en plus chers en montagne. C'est quelque chose, dans nos comptes d'exploitation, qui pèse. Et on tient compte, dans la rémunération globale, de nos saisonniers, du prix du logement.
Et les saisonniers viennent, vous trouvez cette main-d'œuvre relativement facilement ou pas ?
Oui, on la trouve beaucoup mieux qu'après le Covid. Après la période Covid, effectivement, c'était très difficile. Et là, vraiment, il y a un regain de saisonniers, de jeunes saisonniers, motivés, dynamiques. Alors, bien sûr, ils ne viennent que s'ils sont logés, pour la plupart.
Et ils font du ski, un petit peu ?
Ils font beaucoup de ski. Ah, beaucoup de ski. Ils viennent beaucoup pour le ski.
D'accord, d'accord. Et puis aussi pour travailler. Et aussi pour travailler. Alors, l'hiver, évidemment, j'imagine, pèse lourd dans votre chiffre d'affaires annuel. Par rapport à l'été qui se développe, comment ça s'équilibre ?
La proportion, c'est 85% de notre chiffre d'affaires est réalisé l'hiver. Et 15% l'été, donc. Et nous avons, bon, voilà, une proportion de... Enfin, l'ensemble de nos magasins ouvre en moyenne 6 mois et demi par an. Qu'est-ce que ça représente, le chiffre d'affaires de ces Sherpas ? C'est 130 millions environ, voilà, sur une année.
Et donc, c'est rentable pour chacun des patrons, des propriétaires de ces magasins ? Vraiment, ils en vivent, y compris quand ils ouvrent 6 mois par an ou 8 mois par an ?
Oui, effectivement. Mais moi, je suis assez admiratif de mes collègues Sherpas. La plupart qui se lèvent très tôt, se couchent très tard, même si c'est une activité très intense pendant 4, 5, 6 mois l'hiver. En tout cas, c'est des horaires impressionnants par jour. Oui, ils se lèvent à 4h du matin, se couchent à 22h et ont des amplitudes horaires sur la journée impressionnants.
Alors, si on repart là-haut, tout en haut de la montagne et qu'on regarde au loin, la neige est là en ce moment. Vraiment, vous le dites, elle est magnifique, elle est tombée cette nuit. Tous les Parisiens qui arrivent seront ravis. Elle se fait rare tout de même. Est-ce que ça compromet votre avenir ? Est-ce qu'il y a des inquiétudes ? Est-ce que vous commencez à penser à la suite éventuelle ?
On y pense, effectivement. La neige, en fait, on s'aperçoit que la neige arrive un petit peu plus tard qu'auparavant. Ça, c'est un fait. Par contre, elle tombe toujours en abondance, mais de manière un petit peu plus exceptionnelle, un petit peu plus ponctuelle.
Oui, mais sans neige, qu'est-ce que vous pourriez faire ?
Sans neige, en fait, certains magasins qui sont installés dans les stations de basse altitude sont en train d'étendre un petit peu les activités autres que le ski. Et elles le peuvent, parce que leur altitude le permet. Voilà, elles proposent du vélo, elles proposent aussi du ski de fond, bien sûr. D'autres formes d'activités, d'autres types d'activités. Et puis, on sait que les stations de haute altitude seront touchées en dernier. Par contre, pour elles, ce sera un problème si, effectivement, la neige vient à manquer. En tout cas, pour l'instant aussi, ce qu'on appelle les enneigeurs artificiels pallient à ces manques de neige ponctuels, quelles que soient les stations.
Parce que s'il fallait travailler l'été et inverser vos proportions de chiffres d'affaires, il faudrait changer radicalement de pied ? Qu'est-ce qu'il faudrait faire ?
Alors, économiquement, c'est compliqué de trouver une activité qui remplace le ski. Donc, même pendant la période Covid, où on est arrivé jusqu'à 30% de notre chiffre globalement l'été, parce qu'on avait eu des hivers faibles et des étés beaucoup plus forts, on ne pourra pas inverser, en tout cas, non, les saisons, économiquement. Et ça, ça vous inquiète ? Oui, ça nous inquiète.
Évidemment, pour les Sherpas en général.
Pour les Sherpas en général, on a deux stations qui se projettent un petit peu dans l'avenir. Je crois que c'est Tignes et Albiemont, il me semble. Enfin, deux stations vraiment de typologie complètement différente qui se projettent dans l'avenir pour savoir que faire si un jour, il y a moins ou pas de neige.
Olivier Carrier, à la tête des supermarchés de montagne Sherpas, invité éco de France Info. Merci encore. Merci à vous, Sophie Ovinier.
Merci à vous, Sophie Ovinier.