Olivier Dubois nous fait danser sur le "Podium" au Festival Paris l’été
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Est-ce que c'est bien cette question que pose votre spectacle, celle de la frontière mince entre le sport et l'art ?
- 1:33OuverteRéponse directe
Quelles sont les valeurs de l'olympisme qui vous tiennent à cœur ?
- 2:17OuverteRéponse directe
Quel est votre problème avec l'olympisme ?
- 2:31FerméeRéponse directe
Vous pensez que l'important, c'est de gagner ?
- 4:25OuverteRéponse directe
Comment amenez-vous des amateurs à se dépasser eux-mêmes ?
- 4:52FerméeRéponse directe
Le désir suffit toujours, en particulier lorsqu'il s'agit de danser ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:57Invité politiqueFait
« les jeux modernes ont créé une sorte de différentiel entre des équipes, entre des pays, entre des personnes, alors que rien ne prédisposait à cette différence-là au départ. »
- 2:17Invité politiqueFait
« Mon problème, et je pense que cette phrase a créé énormément, je pense, de dégâts, mais à beaucoup d'endroits, c'est le fameux « l'important, c'est de participer ». »
- 2:32Invité politiqueFait
« Oui, parce que je crois que quand vous êtes un grand sportif ou même un artiste, l'idée, c'est pas... Gagner ne sous-entend pas écraser, ne sous-entend pas marcher sur l'autre. »
- 4:33Invité politiqueFait
« Je ne procède à aucune sélection, aucune audition. »
- 4:41Invité politiqueFait
« Avec le désir, on fait des miracles. Le désir d'en être est largement suffisant pour réussir ce pari de créer une pièce ensemble. »
- 7:19Invité politiqueFait
« C'est-à-dire qu'à un moment, ce corps complètement se métamorphose dans une bête étrange. »
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C'est un podium rêvé, fantasmé, inespéré, celui d'un chorégraphe et danseur qui a choisi de se réapproprier les valeurs de l'olympisme, de la rencontre de la frontière mince qui sépare le sport et les mouvements du corps, l'art et la compétition, qui a choisi de prolonger loin l'audace d'une chorégraphie participative, travail collectif autour de l'engagement et de la relation à l'autre. Du 3 au 16 juillet, la capitale accueille donc le festival Paris l'été et c'est dans ce cadre que ce rendez-vous majeur est celui du spectacle d'Olivier Dubois et dans lequel il s'inscrit. Bonjour Olivier Dubois. Bonjour Quentin, bonjour.
Est-ce que c'est bien cette question que pose votre spectacle, celle de la frontière mince dans le fond entre le sport et l'art ?
Oui parce que c'est une question que je pense que tout danseur à un moment est posée entre dire l'artiste devenir artiste avec une pratique qui est une discipline extrêmement exigeante, qui demande peut-être quelque chose d'inné, des capacités naturelles on va dire et puis une discipline de faire et où constamment vous allez être confronté avec vos limites, les limites du corps. Donc on parle évidemment avec ces mots-là déjà de quelque chose qui se rapprocherait du sport et à quel moment ça devient un art quand l'émotion prend le pas.
Alors je sais que c'est un spectacle qui s'inscrit sur les valeurs de l'olympisme, les valeurs de l'olympisme dont je sais qu'elles vous tiennent à cœur. Quelles sont-elles ? Quel est cet olympisme qui vous tient à cœur Olivier Dubois ?
Ah ben là, c'est un peu plus compliqué. C'est-à-dire que par exemple Podium, la création que je propose avec ce groupe d'amateurs et amatrices, c'est partie de cette chose qu'en fait les jeux modernes ont créé une sorte de différentiel entre des équipes, entre des pays, entre des personnes, alors que rien ne prédisposait à cette différence-là au départ. Et Podium, c'est une tentative de peut-être de créer, de mettre en avant la célébration, d'être ensemble, du faire ensemble et peut-être de laisser au Dieu la question du vainqueur. Après, sur l'olympisme, j'ai un petit problème. Quel est-il ?
Mon problème, et je pense que cette phrase a créé énormément, je pense, de dégâts, mais à beaucoup d'endroits, c'est le fameux « l'important, c'est de participer ». Et je suis absolument contre cette idée parce que...
Vous pensez que l'important, c'est de gagner ?
Oui, parce que je crois que quand vous êtes un grand sportif ou même un artiste, l'idée, c'est pas... Gagner ne sous-entend pas écraser, ne sous-entend pas marcher sur l'autre. C'est de se dépasser. C'est de tenter un ailleurs presque au départ impossible avec ce que le corps nous permettait. Et je crois que c'est cette prise, cette mise en péril de soi-même et d'aller, de tenter l'impossible, la victoire. Mais la victoire, elle est avec soi-même, elle est avec... Et elle est, je dirais, de manière très intime avec soi-même et de manière plus macro, elle est pour l'humanité.
Et c'est ce qu'on voit, c'est là que ça nous résonne quand on voit ces grands champions se dépasser parce qu'en fait, on se dépasse en les regardant.
Et c'est ça aussi l'enjeu quand on est chorégraphe, quand on est danseur, c'est non pas de gagner parce qu'on n'a pas en face à soi de compétiteur, mais c'est sans doute de se dépasser soi-même, d'aller au-delà de ce dont on est capable.
C'est ça, gagner. C'est découvrir ce dont on ne pensait pas possible. C'est-à-dire, il n'est pas, vous voyez, je ne sais pas, on va prendre le son auteur, ça semble impossible. Et pourtant, il y en a une qui va y arriver. Et là, on pousse encore les limites. Et c'est là ce que l'on fait aussi à Esproche de l'art. C'est quelque chose de perpétuelle recherche parce que l'art, c'est aussi un artiste. On est en fouille de nous-mêmes et on va essayer d'en produire la chose la plus humaine. Mais en se dépassant, je crois qu'il y a quelque chose en se dépassant dans la profondeur. Et là, il y a quelque chose dans l'Olympisme qui résonne.
Et voilà, juste pour terminer sur cette histoire de l'Olympisme, l'important c'est de participer. Je ne suis pas d'accord, vraiment pas d'accord.
Et pourtant, il y en a qui participent à vos propres spectacles. Et c'est particulier parce que ce sont des amateurs, cette fois-ci, dans Podium. Alors, comment est-ce que vous amenez des amateurs, des danseurs amateurs à se dépasser eux-mêmes ?
Je travaille sur le désir. Par exemple, je ne procède à aucune sélection, aucune audition. Ce que je fais, évidemment, pour des danseurs professionnels.
Qui veut participer, peut participer.
Oui, parce qu'avec le désir, on fait des miracles. Le désir d'en être est largement suffisant pour réussir ce pari de créer une pièce ensemble.
Et le désir suffit toujours, en particulier lorsqu'il s'agit de danser ?
Oui, parce qu'on fait, parce qu'il y a, aussi, c'est peut-être, c'est un peu plus fort que, je dirais, dans l'approche plus professionnelle. Même si elle existe absolument, c'est de faire avec ce dont les gens sont faits. Qu'est-ce qu'ils sont, comment eux, leur, leur... Et on n'est pas dans un... Vous savez, vous pouvez être... On a deux personnes qui ont des capacités, je dirais, naturelles très, très différentes. Pour apprendre. Mais tant les deux sont au maximum de leur possible, ça résonne de la même manière. Là, c'est là où ça s'éloigne de la question sportive. C'est-à-dire, l'émotion qui va être, cet état de grâce-là, parce que cet état de grâce, c'est celui qui vous terrasse.
C'est celui qui nous fait pleurer. Et il va être ressenti, et on va le percevoir de la même manière. Et donc, c'est d'amener tous ces amateurs à aller presque, encore une fois, à ce dépassement. Mais le dépassement qui n'est pas dans une... De dire, regardez physiquement ce dont vous êtes capable. Non, regardez la... Je dirais, la puissance que vous pouvez projeter, mais c'est de vous-même. Comment vous pouvez, en fait, réussir à gravir cette montagne qui vous semblait absolument infranchissable.
Dans Podium, vous mettez, à l'honneur, trois sports olympiques, trois sports théâtraux, même, j'allais dire. La boxe, ou l'art de l'esquive. La gymnastique rythmique, ou l'art de la contorsion. Et le roller, l'art de la glisse. Pourquoi ces trois sports-ci ?
Eh bien, il n'y a pas de roller, jeune homme. Non, c'est l'aérobic. C'est l'aérobic, et bien voilà. Parce que l'aérobic, je voulais un art urbain. Je voulais une danse, une pratique urbaine. Je trouvais qu'il y avait un lien, en fait, la boxe, parce qu'il y a, je trouve, dans le sport de combat, il y a les règles de l'art, on dit ça, dans le combat. Et c'est quelque chose qui, évidemment, au regard de la discipline et des, je dirais, du cadre extrêmement rigide qu'une discipline vous impose. Donc, j'ai dit, l'aérobic, c'est une sorte de urbain, de cet art urbain, cette pratique urbaine. C'est-à-dire qu'on crée son propre, je veux dire, ses propres jeux.
Il y a ce propre, c'est pas que, parce qu'on ne fait pas que de l'aérobic pour sculpter ce qu'on a encore. On est aussi pour se dépasser. On est aussi pour faire ensemble. Donc, il y a quelque chose de collectif, souvent dans l'aérobic, qui est peu différent que, par exemple, la boxe fait vraiment à deux. Et l'AGR, il y a cette histoire de la contorsion. C'est-à-dire qu'à un moment, ce corps complètement se métamorphose dans une bête étrange. Et ce qu'on trouve aussi dans la danse, quand on regarde souvent les danseurs, on a dit, mais en fait, comment c'est possible physiquement ? Et je trouvais ça assez intéressant d'avoir ces trois axes, ces trois disciplines associées.
Alors, on l'a dit, ce spectacle podium, c'est trois singularités. D'abord, des danseurs amateurs. Ensuite, trois sports olympiques mis à l'honneur. Il faut aussi parler du lieu. Le tout se passe dans le cadre d'une cour de récréation, d'un lycée parisien. Qu'est-ce que cela change de créer dans ce cadre-là ?
Alors, c'est dans le cadre du Festival Paris l'été, et qui est vraiment, qui en fait, c'est le cœur battant du festival, où la majorité des propositions artistiques se font ici. Mais par exemple, là, ce qui est super sympa, c'est que dans les amateurs, il y en a qui sont des lycéens. Donc, c'est cool. Et puis, alors, c'est un lycée, c'est incroyable, dans le neuvième. Et on a l'impression de rentrer dans, comment ça va être, Poudlard, quoi. Donc, il est vraiment à l'évise du lycée. Donc, il y a ce truc avec lui.
Poudlard, c'est le lycée d'Harry Potter.
Ouais, voilà, Harry Potter. Donc, il est très, très beau. Il y a, disons, deux gymnases. Enfin, ils sont vraiment bien dotés. Moi, je n'ai jamais eu ça quand j'étais petit. Donc, voilà, c'est quelque chose qui est assez conforme, mais c'est totalement destiné aujourd'hui au Festival.
Podium, donc, c'est le nom de ce spectacle qu'on peut voir du 3 au 13 juillet au Festival Paris l'été. Merci beaucoup, Olivier Dubois, d'être revenu ce matin au micro de France Culture. Merci à vous. Il est 8h59.