"Chez nous, les choses vont lentement" : Amin Maalouf, nouveau secrétaire perpétuel de l'Académie française
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Questions et réponses
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- 0:30OuverteRéponse directe
Qu'avez-vous ressenti hier à l'annonce de votre élection au premier tour ?
- 1:23OuverteRéponse directe
Est-ce que vous vous rendez compte du poids de l'histoire de l'Académie française qui pèse sur vos épaules ?
- 1:40OuverteRéponse partielle
Avez-vous déjà réfléchi à quel secrétaire perpétuel vous allez être ?
- 2:28OuverteRéponse directe
Est-ce que l'Académie reflète aujourd'hui la diversité du pays et du monde ?
- 3:13OuverteRéponse directe
La diversité des pays est-elle suffisamment représentée à l'Académie ?
- 5:35OuverteRéponse directe
Comment avez-vous vécu la candidature surprise de Jean-Christophe Ruffin ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:36PrésentateurFait
« Vous avez été élu au premier tour ? C'est le rêve de n'importe quel président de la République. »
- 2:44Invité politiqueChiffre
« Six femmes sur 44 ? »
- 3:39InvitéFait
« Chez nous, à l'Académie, les choses se passent lentement. »
- 4:38InvitéFait
« Nous sommes tout à fait à la fin. Nous avons déjà pratiquement terminé la lettre Z. »
- 7:29PrésentateurFait
« Vous aviez critiqué ce mot même de francophonie. Vous disiez que francophone, en France, aurait dû signifier « nous », mais qu'il avait fini ce mot par signifier « eux ». »
- 11:11PrésentateurFait
« « Je serais l'homme le plus heureux du monde si ma patrie adoptive, l'Europe, se décidait enfin, comme l'ont souhaité Victor Hugo, Stefan Zweig, à bâtir ses propres États-Unis fédérés sur le modèle de l'Amérique. » »
- 13:34InvitéFait
« Nous sommes dans un monde qui entre dans une nouvelle guerre froide, alors que nous venons à peine de sortir de la précédente. »
- 23:20Invité politiqueFait
« Le Brexit a eu lieu. »
- 23:25InvitéFait
« Je crois que l'Occident est en crise, son modèle est en crise. »
Temps de parole
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Avec Marion Lourdes, notre invité ce matin, ses livres ont marqué des générations de lecteurs. Il est romancier, essayiste, historien franco-libanais et il était élu hier secrétaire perpétuel de l'Académie française. Il publie le Labyrinthe des égarés chez Grasset. Intervenez, chers auditeurs, au 01 45 24 7000 ou sur l'application France Inter. Bonjour et bienvenue Amine Malouf. Bonjour. Et surtout, félicitations. Félicitations, vous avez un grand sourire sur le visage et nous allons parler de ce livre que vous publiez. Mais qu'est-ce que vous avez ressenti hier à l'annonce de ces résultats, j'allais dire quasiment de ce plébiscite, puisque vous avez été élu au premier tour ?
C'est le rêve de n'importe quel président de la République.
Beaucoup d'émotion, évidemment, et aussi un peu d'angoisse, parce que c'est une grande responsabilité. Durant les dernières années, j'ai pu observer la manière dont Mme Caller d'Ankos dirigeait l'Académie, son énergie, sa bienveillance. Son autorité aussi. Son autorité aussi. Et je me disais, il faut que je m'inspire de son exemple. Je ne pourrais certainement pas faire aussi bien, mais il faudrait vraiment que je me dépense et que je donne tout ce que j'ai pour réussir dans cette mission.
C'est une élection exceptionnelle, Amine Malouf. Depuis 1635, depuis le cardinal Richelieu, il n'y a eu que 32 académiciens qui ont occupé ce poste-là. Est-ce que vous vous rendez compte du poids de l'histoire, de cette histoire de l'Académie française qui pèse aujourd'hui sur vos épaules ? Et est-ce que vous avez déjà réfléchi à quel secrétaire perpétuel vous allez être ?
Pour être honnête, je n'ai pas beaucoup réfléchi. Les choses se sont passées très vite. Simplement, déconner dans cette maison, on sent le poids de l'histoire. Et donc, c'est omniprésent. En même temps, on sent aussi que cette institution a besoin d'être dans son temps. Et cet équilibre entre la continuité et la nécessaire transformation est une préoccupation constante. Elle va être constamment dans mon esprit tout au long de mon mandat.
Et à propos d'être dans son temps, Amine Malouf, dans vos tout premiers mots hier, vous estimiez que c'était important qu'une institution reflète la diversité du pays, même la diversité du monde. C'est le cas de l'Académie aujourd'hui, d'après vous ?
De plus en plus. Imparfaitement, mais de plus en plus.
Six femmes sur 44 ?
De ce point de vue, moi j'aimerais qu'on accélère beaucoup. Surtout que la présence de Mme Carrère-Dancos donnait une sorte de féminisation solennelle à l'Académie, puisque le visage de l'Académie était une femme. Je pense que maintenant qu'elle n'est plus là, il faudra qu'il y ait une plus grande présence féminine pour compenser son absence.
Peu de personnes qui viennent de l'étranger aussi, c'est votre cas, c'est le cas de François Scheng qui est originaire de Chine, de Michael Edwards qui est britannique, mais la diversité des pays est assez peu représentée également.
Cela aussi, à mon avis, il faudrait qu'il y en ait un peu plus, mais ces dernières années, il y en a eu. Il faudrait qu'il y ait des représentants de tous les univers francophones à travers le monde, mais chez nous, à l'Académie, les choses se passent lentement. Il ne faut pas bousculer, il ne faut pas arriver en révolutionnant les choses. Il faut avoir une vision et la poursuivre sur le long terme, tous ensemble. Il ne s'agit pas d'arriver et de décréter des choses. Ça ne fonctionne pas comme ça, à l'Académie.
L'Académie française est placée sous la protection du président de la République. C'est la tradition. Est-ce que vous avez eu un message d'Emmanuel Macron, Amine Malouf ?
Oui, très vite. Il m'a envoyé un message chaleureux, amical, qui m'a fait grand plaisir et je lui ai répondu tout de suite.
L'Académie française, c'est une institution qui a pour vocation de produire un dictionnaire. C'est assez étonnant, mais c'est quelque chose sur lequel travaillent les académiciens. Et ça met du temps, là aussi. C'est un temps long, extrêmement long. Et on est maintenant à la fin de la préparation de la neuvième édition du dictionnaire. Vous en êtes à quelle lettre ?
Nous sommes tout à fait à la fin. Nous avons déjà pratiquement terminé la lettre Z. D'accord. Donc c'est vraiment la fin. Nous sommes en train de relire les derniers cahiers du dictionnaire. Ce sont les derniers mois et nous réfléchissons à ce qui va venir parce qu'il y a eu énormément de changements.
Le dernier date de 1936, donc c'est vrai qu'il y a eu énormément de changements.
Oui, et puis le monde a changé, la communication a changé, la manière dont les gens consultent les dictionnaires a changé. Et donc nous allons, pendant quelques temps, réfléchir sur ce que sera la dixième édition. Et c'est une des premières choses dont je devrais m'occuper dans ces fonctions.
Vous avez été élu hier, revenons peut-être sur cette élection un tout petit moment, face à un de vos amis, Jean-Christophe Ruffin, qui était un peu le candidat surprise, le candidat de dernière minute qu'on n'attendait pas. Comment vous avez vécu cette candidature ?
Déjà, à l'Académie, on est toujours élu, quand il y a une élection, contre un ami, puisque ce sont tous des amis avec qui on est là depuis des années, et avec qui on sera là jusqu'à la fin de nos vies. Donc c'est ça le principe même de l'Académie. Avec Jean-Christophe, il est un ami proche depuis pratiquement 40 ans, puisque nous avons commencé à publier nos livres dans la même maison, chez la Thèse, il y a beaucoup d'années déjà. Nous sommes amis aujourd'hui, nous étions amis même hier pendant le vote, et nous serons amis, je pense, de la même manière tout au long de notre vie. Ça ne change rien, c'est une parenthèse.
Il voulait vous laisser la place, et puis finalement non ?
Il a hésité, parce qu'il s'est dit que ce n'est pas une bonne chose qu'il y ait un seul candidat, que ça pouvait donner l'impression d'une candidature officielle, ce qui est une vision tout à fait légitime. Et donc, sa présence, à mon avis, a apporté quelque chose. On a eu une élection.
Il n'y a pas eu de candidat unique, ni de parti unique.
Oui, mais les choses se sont très bien passées. Que vous analysez. Donc, voilà, c'est un épisode qui, en tout cas, ne laissera sûrement pas de traces dans nos relations. Ça, j'en suis persuadé.
Un mot quand même, puisque la ministre de la Culture était là hier, juste après votre élection, Rima Abdulmalak, qui a vu en votre élection un magnifique symbole pour tous les francophones du monde. Il y a quelques années, vous aviez critiqué ce mot même de francophonie. Vous disiez que francophone, en France, aurait dû signifier « nous », mais qu'il avait fini ce mot par signifier « eux ».
Effectivement, mais pas le mot de francophonie ou de francophone. C'est le mot d'écrivain. Écrivain francophone. Je pense qu'il faut dire écrivain de langue française, littérature de langue française, littérature au pluriel de préférence. Je pense que le mot francophone est ambigu. Vous ne direz jamais... Expliquez-le pourquoi. Vous ne direz jamais que Flaubert, c'est un écrivain francophone. Non. Pourquoi ? Parce que l'idée que l'on a de ce mot, c'est un écrivain en langue française, mais qui n'est pas français. Donc, ça installe une séparation qui, à mon avis, n'a pas lieu d'être entre les écrivains de nationalité française et les autres. Et donc, si on utilise le mot...
Et vous, vous êtes le symbole de cette symbiose, justement, puisque votre terre natale, c'est le Liban, et que votre pays d'adoption, c'est la France.
Donc, quand on dit « la francophonie » en parlant du monde francophone, j'utilise ce terme. Quand on dit « les francophones » dans le monde, j'utilise ce terme. Mais quand on parle d'écrivain francophone, moi, je préfère qu'on dise « écrivain de langue française ».
Emmanuel Macron, sur le réseau X, anciennement Twitter, dit que vous allez faire rayonner la langue. Est-ce que quand on n'a pas pour langue maternelle le français, finalement, on arrive encore mieux à le faire rayonner ?
Je pense que ça fait partie des fonctions de l'Académie française, non seulement de la défense et illustration de la langue française, comme on dit, mais également le rayonnement de la langue française dans le monde, qui est aussi, qui veut dire, le rayonnement de la France dans le monde. Je pense que la France est l'un des pays au monde dont le rayonnement est le plus lié à sa langue. Et donc, cela fait partie certainement des objectifs de l'Académie française, et moi, je m'y appliquerai à chaque instant.
Vous êtes Libanais, Français, Amine Malouf. Dans votre dernier livre, Le labyrinthe des égarés, vous allez nous dire dans un instant qu'ils sont ces égarés, mais vous décrivez ce rôle malsain de ce lien entre l'identité et la religion qui caractérise notre époque. Vous parlez de la tragédie de votre pays natal, le Liban, qui vous rend particulièrement sensible à cet aspect des choses. Mais au fond, Amine Malouf, il aurait pu être nigérien, il aurait pu être indien, il aurait pu être bosniaque, ou tout simplement français. Expliquez-nous ce que cela veut dire, justement, de cette crispation identitaire qui fait de nous ces égarés.
Vous savez, la langue est un des éléments de l'identité, et il a l'avantage, par exemple, sur la religion, qui est un autre facteur d'identité, que la langue, d'abord, on peut en avoir plusieurs, ce qui n'est pas le cas de la religion, et que la langue est à la fois un élément d'identité et un élément de communication. Et donc la langue est, à mes yeux, du point de vue de l'identité, beaucoup plus précieuse, parce qu'elle permet de créer des liens sans créer de tensions, d'hostilité. Parce que vous voyez que notre époque, justement,
elle est marquée par cette crispation identitaire, par l'attachement au sol, à la terre, alors que la langue, par définition, elle est ouverte, elle évolue, elle bouge. Et d'ailleurs, dans ce livre, vous avez une idée qui est assez utopique, par les temps qui courent, Amine Malouf. Je vous cite, « Je serais l'homme le plus heureux du monde si ma patrie adoptive, l'Europe, se décidait enfin, comme l'ont souhaité Victor Hugo, Stefan Zweig, à bâtir ses propres États-Unis fédérés sur le modèle de l'Amérique. » Plus personne ne parle comme ça en européen. Qu'est-ce qui fait que vous, vous tenez malgré tout à cette démarche-là, à ce rêve-là ?
Quand j'observe le monde, tel qu'il est devenu aujourd'hui, je me rends compte que l'Europe aurait dû être, aujourd'hui, une force de rassemblement. Elle aurait dû édicter les nouvelles règles de fonctionnement du monde d'aujourd'hui, qui en a de moins en moins. L'Europe, à cause de son expérience dans le reste du monde, à l'époque coloniale, et de toutes les tragédies, à cause de cette propre tragédie interne, a acquis une sagesse qui lui permet, théoriquement, de jouer un rôle dans l'élaboration de ce que doit être l'avenir. Et malheureusement, elle aurait dû la voir. Et malheureusement, elle ne s'est pas donné les moyens de jouer ce rôle.
Parce que vous écoutiez tout à l'heure avec une immense attention et une grande gravité, Amine Malouf, vous écoutiez avec attention la chronique de Pierre Aski, qui revenait évidemment sur la tragédie des Arméniens du Haut-Karabakh. Vous, l'exil, la guerre, les déchirures de l'histoire, c'est quelque chose que vous avez connu au Liban. Le Liban connaît cette histoire-là et notamment depuis 1975, le moment où vous avez dû partir, quitter votre pays. Qu'est-ce que ça vous inspire de voir se répéter l'histoire ?
Vous savez, ce qui m'a frappé dans ce que disait Pierre Aski à propos de l'Arménie, c'est que c'est une tragédie que l'on prévoyait. Vous avez demandé à n'importe qui il y a quelques mois, on savait que quelque chose allait arriver là et que ce serait tragique. Mais il n'y a aucun dispositif dans le monde aujourd'hui qui permette de prévenir une tragédie, même quand on sait qu'elle va arriver. C'est ça qui est grave. Et dans mon livre, je parle un peu de ça. Je parle de cette idée que nous sommes dans un monde égaré.
Nous sommes dans un monde qui entre dans une nouvelle guerre froide, alors que nous venons à peine de sortir de la précédente et que nous aurions pu ne pas retomber dans une nouvelle guerre froide. Et ma démarche a été la suivante. Je me suis dit, il faut comprendre comment on en est arrivé là. On savait pour la première guerre mondiale, pour la première guerre froide, parce que nous avons l'habitude de ce conflit entre communisme et capitalisme. Nous le connaissons, nous l'avons pratiqué. Mais ce qui arrive aujourd'hui, nous ne savons pas tellement. Et je me suis plongé pour cela dans l'histoire de quatre pays. Trois pays qui ont défié la suprématie des puissances européennes.
Le Japon, la Russie, la Chine. Le Japon, la Russie, la Chine. Et un pays de plus qui sont les États-Unis qui se sont opposés à ces trois défis japonais, russes, puis chinois. Et ce n'est pas un livre d'analyse historique, c'est un livre qui raconte les parcours de ces quatre pays. Et il me semble qu'en racontant le parcours de ces quatre pays, on sent pourquoi notre monde est dans cet État et pourquoi nous sommes déségarés.
Et ces pays, ils incarnaient à l'époque, à une certaine époque, la révolution. Et ce que vous dites dans votre livre, c'est qu'aujourd'hui, ces mêmes pays qui s'opposent à l'Occident, ils incarnent l'ordre et le conservatisme politique. Vous pensez à quel...
Pendant très longtemps, ce conflit entre le camp occidental et le camp soviétique, c'était un conflit entre le camp de l'ordre et le camp de la révolution. Et les adversaires de l'Occident aujourd'hui, ce n'est pas le camp de la révolution. C'est la Chine, la Russie ne prennent pas la révolution et même, ils ont peur des révolutions. Quand il y a eu, par exemple, les printemps arabes, ils étaient affolés et les Russes et les Chinois. Poutine a envoyé des troupes en Syrie pour éviter la chute d'Assad et donc, cette guerre froide ne ressemble pas à l'autre et il faut essayer de savoir en quoi
elle est différente. question Amine Malouf, question d'André qui nous appelle. Bonjour André, bienvenue sur France Inter.
Bonjour monsieur, bonjour tout le monde. Bonjour. Oui, j'aimerais poser une question à monsieur le nouveau secrétaire perpétuel et le féliciter, bien sûr. Merci. et surtout qu'il est issu de ce qu'on appelle en France l'habitude de la diversité et tout à l'heure je viens de nous parler de diversité. Alors j'aimerais avoir votre opinion monsieur le secrétaire perpétuel sur votre attitude, votre opinion et l'attitude de l'Académie française vis-à-vis des langues historiques de France qu'on appelle aussi langues régionales.
Je les appelle historiques parce que l'Occitan par exemple la langue des troubadours que vous devez connaître les troubadours je ne vous ferai pas cette injure est une langue aussi vieille que le français. Alors j'aimerais avoir votre opinion sur l'attitude que devrait avoir l'Académie française d'une part mais après tout vous pouvez faire un petit peu de politique l'attitude que la France a vis-à-vis de ces langues historiques comme le breton le basque et l'occitan qui est parlé l'ère linguistique c'est 32 départements français.
Alors justement André laissez Amine Malouf vous répondre vous qui êtes le gardien aujourd'hui de la langue française quel est le rapport de l'Académie avec donc ces langues régionales on va dire rapidement Amine Malouf.
Je pense que les défis auxquels fait face de la langue française ne viennent pas de ces langues ces langues sont les langues sœurs de la langue française ce sont les langues les plus proches je pense que elles doivent faire partie des langues que nous appelons les nôtres les défis auxquels nous faisons face ce sont les défis d'autres langues qui ont acquis dans le monde une importance très grande et qui et face auxquels la langue française a besoin de se consolider et a besoin de rester non pas simplement la langue d'un pays mais aussi la langue de la science la langue du droit la langue de la diplomatie comme elle a été et donc les langues régionales et aussi le créole qui est très cher à mon cœur oui bien sûr sont les langues les plus proches et moi je les inclue dans ma réflexion sur la langue française aujourd'hui on dit souvent la langue française et les langues de France et je pense que c'est une appellation tout à fait justifiée et par ailleurs les troubadours moi je leur ai consacré un livret un livret d'opéra de Geoffrey Rudel qui est une figure merveilleuse et j'ai inclus dans mon livret des textes en provençal ou en occitan
Amine Malouf sur la langue justement question de Philippe sur l'application France Inter l'académie va-t-elle enfin dit-il jouer un rôle dans la simplification de l'orthographe dont la complexité est un frein social
c'est une question qui se pose nous avons beaucoup de méfiance à l'égard de l'écriture inclusive on en a un peu on en a discuté un peu moi il y a une chose qui me dérange dans cette écriture inclusive c'est qu'à l'oral elle ne veut plus rien dire on ne peut pas lire un texte écrit en écriture inclusive
mais on peut s'écrire on peut avoir des échanges épistolaires des mails des messages
oui mais je crois que l'écriture inclusive pose une question c'est-à-dire elle met le doigt sur des difficultés notamment liées à à à la féminisation notamment liées à à tous l'héritage latin qui fait qu'il y a des mots qui sont masculins et des mots qui sont féminins sans qu'il y ait de logique dans dans dans la chose je pense que il faut réfléchir à ce problème je ne pense pas que l'écriture inclusive soit la la bonne réponse mais il faut chercher des réponses
il y a une phrase mystérieuse sous le signe de laquelle est placé votre livre le passé ne meurt jamais il ne faut même pas le croire passé qu'est-ce que ça veut dire pour vous Amin Malouf
le passé on a trop tendance à considérer qu'il qu'il faut l'évacuer et qu'il faut regarder uniquement le présent je crois que si on n'a pas conscience de la manière dont nous sommes arrivés là où nous sommes nous ne comprenons rien à la réalité d'aujourd'hui chaque élément de la réalité d'aujourd'hui doit être mis dans son contexte historique pour qu'on puisse le comprendre pour qu'on puisse le comprendre en tout cas moi personnellement c'est ainsi que je comprends les événements j'ai besoin de la généalogie de l'événement y compris d'ailleurs pour une découverte scientifique si je ne comprends pas comment on est arrivé à cette découverte à travers quelles erreurs à travers quels débats on est arrivé à cette découverte je ne comprends pas le sens de la découverte et sa place dans la réflexion scientifique
et avec quel regard quel point de vue à partir de quel point de vue est-ce qu'on regarde un événement je citais tout à l'heure les croisades vues par les arabes c'est l'un de vos essais c'était un livre très important regarder un événement en suspendant son jugement et en se mettant à la place de l'autre
c'est une attitude que j'ai souvent et qu'il me vient naturellement dans ce livre effectivement je me plaçais du côté de ceux qui ont vu arriver les croisés et dans ce livre le labyrinthe déségaré je me place du point de vue non seulement des pays occidentaux mais également des pays qui ont voulu défier la suprématie de l'occident qui ont souffert souvent de cette suprématie de l'occident il faut juste se souvenir des guerres de l'opium et de toutes les guerres coloniales donc on a besoin de se mettre dans divers lieux du monde d'abord au sens strict des points de vue différents pour comprendre les réalités du monde d'aujourd'hui
mais quand on lit votre livre on a l'impression effectivement qu'il y a ces pays qui essayent de défier l'occident et puis il y a un occident qui est un peu en perte de vitesse qui est un peu en déshérence et vous l'aviez dit déjà alors vous n'aviez pas encore sorti ce livre mais en 2019 vous parliez du Brexit sur France Inter avec Fabienne Sintès et vous aviez dit le Brexit n'aura pas lieu après l'Europe et l'Occident vont remonter la pente bon c'est ce qui s'est passé le Brexit a eu lieu est-ce que vous trouvez que depuis l'Occident continue à chuter parce que c'est ça l'impression qu'il donne votre livre
je crois que l'Occident est en crise son modèle est en crise mais il n'y a aucun autre modèle en face les adversaires de l'Occident sont également en crise les adversaires de l'Occident ne proposent rien qui permettent de remplacer le modèle de l'Occident nous sommes dans un monde où il n'y a plus de modèle évident et on a besoin de chercher un modèle pour la société à venir et vous le regrettez ?
je regrette le Brexit par exemple certainement je regrette je regrette que l'Europe ne soit pas le modèle n'est pas joué le rôle qui aurait dû être le sien je regrette que le monde soit en train de devenir une sorte de jungle où il n'y a plus aucune légalité où chacun fait à peu près n'importe quoi je regrette par exemple que la démocratie la plus puissante de notre planète qui sont les Etats-Unis se retrouve avec une élection présidentielle l'année prochaine entre M. Trump et M.
Biden qui à mes yeux ne sont pas des personnages significatifs et représentatifs de ce que doit être la démocratie aujourd'hui et je modère mes mots parce que et pourtant et pourtant nous avons besoin qu'il y ait un monde qui fonctionne parce que nous avons tellement de défis nous avons le défi climatique et beaucoup d'autres
et beaucoup d'autres et vous regrettez l'époque où l'on pouvait être camusien sartrien nietchéen en disant qu'aujourd'hui on se réduit à des identités figées des identités dramatiquement liées aux religions et qui nous empêchent de vivre autre chose que des temps tragiques merci infiniment Amin Malouf d'avoir été l'invité de France Inter le labyrinthe des égarés l'Occident et ses adversaires s'est publié chez Grasset et félicitations encore monsieur le secrétaire perpétuel de l'Académie française merci à vous
merci à vous merci à vous merci à vous