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InterviewFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 17 mai 2026 23 minMixteNumériqueInstitutions & électionsDéfenseImmigration & asile

"Palantir, entreprise totémique du 21e siècle" : plongée au cœur de la puissance technologique américaine

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 15 %Attaque 65 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:43OuverteRéponse directe

    Palantir, d'où vient ce nom ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:41InvitéFait
    « les plus sensibles partout dans le monde, la CIA, la DGSI en France parmi d'autres. »
  • 7:42PrésentateurFait
    « puisque J.D. Vence, vice-président des États-Unis, »
  • 17:58InvitéChiffre
    « ce manifeste en 22 points »

Temps de parole

  • Présentateur44 %
  • Invité26 %
  • Invité 223 %
  • Invité 37 %

1,3 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle claude-sonnet-5 · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Invité

Il y a un grand entretien ce matin pour une plongée au cœur d'une entreprise, l'une des plus puissantes et les plus secrètes de la planète. Un vrai système politique, un monstre économique. Cette entreprise a un véritable projet idéologique, on pourrait même dire un projet de civilisation formellement effrayant. Elle vient de publier un manifeste récemment sur lequel nous allons revenir. Le nom de cette entreprise, Palantir, spécialisée dans l'analyse de données. Une entreprise américaine qui a passé des contrats avec les agences gouvernementales les plus sensibles partout dans le monde, la CIA, la DGSI en France parmi d'autres.

Questions réactions, amis auditeurs, au 01 45 24 7000 ou sur l'application Radio France. Et deux invités pour y voir plus clair dans cette entreprise, Palantir. Olivier Tesquet, bonjour. Bonjour. Bonjour. Et bienvenue, vous êtes journaliste à la cellule enquête de Télérama, co-auteur de Apocalypse Nerds aux éditions Divergence. Vous connaissez par cœur ce système Palantir, parce que c'est un système. Et avec nous en duplex depuis les Etats-Unis et New York, Asma Mala, bonjour. Bonjour. Merci d'être avec nous Asma, vous êtes politiste, chercheuse associée à l'Université de New York et autrice de Cyberpunk aux éditions du Seuil. Vous connaissez très bien les questions de géopolitique de l'IA.

Merci à tous les deux d'être avec nous. Avant d'en venir à ce manifeste absolument flippant et je pèse mes mots publiés par Palantir. Première question, Olivier Tesquet. Palantir, d'où vient ce nom ?

1:46
Présentateur

Oui, parce que le nom ne doit pas grand-chose au hasard. Palantir, ça vient du Seigneur des Anneaux. Alors, c'est une obsession assez récurrente, à la fois dans l'extrême droite et chez les patrons de la tech. Alors, chez les patrons de la tech d'extrême droite encore plus, l'obsession pour l'univers de Tolkien. Et dans le Seigneur des Anneaux, dans le folklore, le Palantir ou les Palantiris, parce qu'il y en a plusieurs, il y en a sept, c'est des pierres de vision qui permettent de voir à distance et qui donc sont à la fois très dangereuses, puisqu'elles sont très addictives, elles proposent un pouvoir considérable et surtout elles ne montrent pas tout.

Les pierres de vision du Seigneur des Anneaux montrent ce qu'on veut bien voir, ce qu'on a envie de montrer, ce qui, en vérité, correspond assez bien à la promesse marketing de Palantir.

2:27
Invité

Ce sont des boules de cristal. Palantir, ça signifie qu'il voit de loin et qu'il voit tout. C'est l'œil de Sauron qui est l'incarnation du mal et ça n'est donc pas du tout un hasard. Premier élément à prendre en compte. Deuxième élément pour comprendre d'où vient la légende et la réputation et la puissance de Palantir, la traque de Ben Laden. Expliquez-nous pourquoi.

2:54
Présentateur

Alors, c'est un peu le mythe fondateur de l'entreprise, c'est-à-dire, est-ce qu'ils ont ou n'ont pas participé à la traque et l'élimination d'Oussama Ben Laden ? Et en fait, ça entre en résonance directement avec l'histoire de l'entreprise, c'est-à-dire que Palantir est peut-être l'entreprise totémique du 21e siècle, c'est-à-dire c'est une entreprise du 11 septembre.

Le constat de Peter Thiel et Alex Karp, à l'époque, les deux cofondateurs de l'entreprise sur lesquels on aura l'occasion de revenir, c'est que les services de renseignement ont failli à leur mission, n'ont pas été capables de protéger les Etats-Unis et que donc, eux, avec leur entreprise, avec ces pierres de vision informatique, vont être capables de prévenir et d'identifier les menaces. Et évidemment, quel meilleur mythe fondateur dans ces conditions-là que la traque de l'ennemi numéro 1 des Etats-Unis après les attentats du 11 septembre ?

3:37
Invité

Après les attentats du 11 septembre, il faut rappeler que Palantir, ce sont des logiciels, ce sont des traitements de big data. Et il y a un logiciel en particulier qui, là aussi, fait référence à la pop culture, c'est Gotham. Gotham, comme Gotham City, la ville de Batman. Et c'est donc ce logiciel qui aurait permis de traiter un nombre incalculable de data à travers le monde pour mettre la main sur Ben Laden. Reste le mystère. Mais Asma, vous êtes en duplex avec nous depuis New York. que Palantir, pour vous, qu'est-ce que ça représente comme entreprise ? Je disais qu'elle était secrète. Elle est à la fois publique, puisqu'elle est cotée en bourse. Oui, oui, absolument.

Alors, si vous me permettez, Ali, la présentation était parfaite, sauf que vous tombez tous dans le panneau. C'est-à-dire précisément ça, le marketing de la peur. Et à force de présenter Palantir comme quelque chose de secret, de dangereux, qui mènerait une guerre civilisationnelle, c'est exactement, exactement l'objectif précisément du manifeste de Carpe, qui n'est pas d'ailleurs aussi extraordinaire que ça, et on pourrait le détricoter ligne à ligne. On va le faire.

Oui, je crois ce qu'il faut avoir en tête, en gros, si on dézoome un tout petit peu, et c'est assez intéressant d'être d'ailleurs aux Etats-Unis actuellement, parce que le manifeste, à part la presse progressiste type New York Times, en gros, les think tanks ici, les milieux n'en ont pas tellement parlé, ne l'ont pas commenté. Pourquoi je dis ça ? Parce que le sujet essentiel, c'est la question de l'infrastructure, pas tellement de l'incarnation. Si ce n'est pas Palantir, ce sera magrandmère.ia ou une autre entreprise.

Et d'ailleurs, c'est très intéressant, parce que dans la séquence, il y a eu, je ne sais pas si vous vous souvenez, mais en février dernier, toute la dispute entre une autre boîte d'IA, qui s'appelle Anthropik, et le Pentagone précisément. Et qu'est-ce que ça vous raconte ? Très vite, qui a récupéré les contrats ? Ça va être Open AI, Sam Altman, qui ont lancé Tchad-GPT, mais aussi Elon Musk avec Grock. Et donc, en fait, ce sont des hydres à plusieurs têtes. Et donc, si ce n'est pas l'un, c'est l'autre.

Et ce qu'il faut absolument avoir en tête, quand je parle d'infrastructure, c'est ce que ça raconte, comme la transformation de l'État dans cette fusion civile-militaire, dans les implications stratégiques, sécurité-technologie. Et quand on a mis le cadre, à ce moment-là, vous comprenez que Palantir est un acteur parmi d'autres, son manifeste, le manifeste de Carpe, est sorti en 2026. N'allez pas trop vite, pas plus vite que la musique, Asma Mala. Non, mais c'est important. Non, mais Asma, Asma Mala, j'aimerais vraiment être tombé dans le panneau, parce que ce serait une très, très bonne nouvelle. Parce qu'il faut continuer à présenter cette entreprise.

Il y a donc deux fondateurs, deux hommes de premier plan, qui ont donc fondé l'entreprise et publié ce manifeste. Olivier Tesquet, présentez-les nous. Alors, il y a Alex Carpe.

6:37
Présentateur

Il y a Alex Carpe et puis il y a Peter Thiel. Alors, je ne sais pas par lequel des deux...

6:40
Invité

Commençons par Peter Thiel. Commençons par Peter Thiel,

6:43
Présentateur

parce que c'est le plus connu. En fait, c'est celui aussi dans cet hydre à plusieurs têtes. Je suis d'accord avec Asma sur le fait que Palantir n'est pas la seule des entreprises de la Silicon Valley qui aujourd'hui soit alignée avec l'administration Trump. Il y en a un certain nombre. Par contre, c'est peut-être de toutes celles-ci, celles qui assument, revendiquent, et personne n'est dupe de la promesse marketing, mais elles méritent d'être auscultées, qui assument une dimension de projet politique. Encore une fois, Palantir, c'est une théorie de l'État.

7:08
Invité

C'est une théorie de capture de l'État. C'est la tête droite.

7:11
Présentateur

Peter Thiel, c'est la tête droite. Présenté comme ça. Parce que souvent, on se dit, en tout cas, la perception, c'est Peter Thiel, c'est le milliardaire libertarien qui, depuis 20 ans, nous décline sur tous les tons que la démocratie et la liberté ne sont plus compatibles.

7:25
Invité

Il a fait des conférences sur l'antéchrist. Il parle régulièrement de l'apocalypse. C'est le créateur de PayPal. C'est le créateur également, l'un des premiers investisseurs de Facebook.

7:34
Présentateur

Et en fait, ce qu'il faut voir avec Peter Thiel, c'est que... Très proche de Musk. Très proche de... Et puis, alors, très proche aussi de l'administration de Trump, puisque J.D. Vence, vice-président des États-Unis, est un produit manufacturé, si j'ose dire, de Peter Thiel, puisqu'il a travaillé pour l'un de ses fonds d'investissement. Ce qu'il faut voir avec Thiel, c'est que tous ces investissements dans le champ entrepreneurial sont le prolongement de sa théorie politique, c'est-à-dire que... Ou de concepts philosophiques. Le premier investissement extérieur dans Facebook, c'est la théorie mythique du désir de René Girard dans le champ de l'entreprise.

On peut trouver ça délirant, mais quand on regarde...

8:09
Invité

Alors, il a suivi les cours de René Girard à Stanford, en Californie.

8:11
Présentateur

Alors, il n'a pas suivi les cours de René Girard, mais il a organisé un colloque en 2004 où a participé René Girard, et quelques semaines après ce colloque, se passent deux événements fondateurs, qui sont, un, l'investissement dans Facebook, et deux, la sortie de la phase prototypage, on va dire, de Palantir, où il emmène Alex Carp, qui est censé être le good cop, c'est-à-dire que Peter Thiel serait le bad cop libertarien, nostalgique de l'Afrique du Sud, de l'Apartheid, et puis de l'autre côté, on aurait Alex Carp, qui lui défend la démocratie, qui se revendiquait, même lorsqu'il était étudiant, se revendiquait marxiste, qui revendique d'avoir fait une thèse, alors il a longtemps dit, avec Jürgen Habermas, c'était plutôt dans l'orbite de Jürgen Habermas, et qui, en fait, au fil du temps, se révèle comme, alors ils se sont rencontrés tous les deux à Stanford, et se révèle comme, finalement, parfaitement raccord avec le bad cop qu'est Peter Thiel.

Et on voit, depuis que Trump est revenu au pouvoir, que Carp embrasse de plus en plus la rhétorique trumpiste, et aujourd'hui se manifeste, pour moi, c'est jamais que le prolongement de tout ce que dit et écrit l'administration Trump depuis des mois.

9:20
Invité

En tout cas, cette double tête, c'est aussi un bon argument de vente au départ, un bon argument marketing pour vendre à tout le monde, mais Olivier Tesquet, si on regarde le côté technique, le fonctionnement, il y a, par exemple, l'exemple de ICE, la police anti-immigration de Trump, alors qu'il a été fondé bien avant, qui a été fondé par Barack Obama, et de son fonctionnement, et de son contrat avec Palantir, parce que ça permet, Palantir, d'aider ICE à devenir un Amazon Prime des êtres humains. Le vocabulaire est celui-là, quand même.

9:47
Présentateur

Ça, c'est l'expression utilisée par Todd Lyons, patron de ICE, il y a déjà plusieurs mois. Il s'appuie sur Palantir pour ça ? Il s'appuie beaucoup sur les outils de Palantir, il ne s'appuie pas que sur les outils de Palantir, mais en fait, ce qu'il faut voir, et l'exemple de ICE me semble être particulièrement révélateur de justement cette théorie de l'État, c'est que dans les outils qui sont développés, il y a des contrats qui existaient déjà, avec des outils qui existaient déjà, qui existaient sous Bush, qui existaient sous Obama, etc. Et puis, il y a des outils qui sont développés là maintenant spécifiquement.

Et je pense notamment à l'un d'entre eux qui s'appelle Immigration OS, et rien que le nom, en fait, traduit l'ambition. C'est-à-dire, qu'est-ce que c'est un OS ? C'est un système d'exploitation. Donc, Immigration OS, c'est-à-dire

10:26
Invité

qu'il va y avoir un système d'exploitation propriétaire

10:30
Présentateur

qui va permettre d'expulser les corps indésirables des États-Unis, puisque c'est ça, en fait.

10:34
Invité

Et de cibler exactement qui sont-ils, où sont-ils.

10:36
Présentateur

Et donc, en fait, de faire des catégories d'indésirables. Et d'ailleurs, à cet égard, on peut considérer que le manifeste de Palantir et de Carpe, et d'ailleurs, on pourrait peut-être débattre de la terminologie manifeste, parce que ça lui donne une dimension programmatique, il ne fait que décrire ce que fait déjà Palantir dans un cadre opérationnel de privatisation d'un État punitif. C'est-à-dire que Palantir crée déjà des catégories qui permettent de désigner ceux qui doivent rester sur le territoire et puis ceux qui sont considérés comme les fameuses cultures régressives dont parle Carpe.

11:08
Invité

Il agrège les données issues de données d'arrestations d'historiques judiciaires, de données biométriques. Et c'est vrai que ça peut permettre de construire un portrait complet d'une personne et de localiser même cette personne. C'est une entreprise qui a été fondée par et avec la CIA à ce moment-là. Et de nombreux pays dans le monde ont passé des contrats avec Palantir, l'Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis, le Japon, la Corée du Sud, l'Australie, le Brésil, la France. Comment expliquer qu'il y a donc une entreprise qui est sollicitée par des États pour déléguer la maîtrise ou la surveillance ou le contrôle des populations ?

En fait, ce qui est en train de se passer de façon historique et structurelle, si on laisse de côté un tout petit peu l'incarnation et Palantir en est, disons, l'exemple, disons, c'est que vous avez aujourd'hui une privatisation des briques régaliennes de ce qu'on appelle l'État-nation ou l'État moderne. Et ça, c'est une tendance qui est absolument structurelle et qui a commencé il y a très longtemps en réalité.

Donc, à partir du moment où vous vous dites vous avez aujourd'hui une innovation de l'État qui est externalisée vers des structures qui sont beaucoup plus innovantes, beaucoup plus agiles, parce que justement, elles vont chercher de l'argent sur le marché, etc., dans le cas occidental ou dans le cas américain en tout cas, eh bien, c'est très facile, si vous voulez, de trouver des solutions sur étagère que vous payez et qui sont très efficaces. Et ce qui est encore plus intéressant, c'est le paradoxe dans lequel, en tout cas du côté des démocraties libérales, on tombe parce que, une fois de plus, si demain ce n'est plus Palantir, ce n'en sera une autre.

Et d'ailleurs, c'est intéressant de voir l'inflation du nombre de start-up en France qui sont toutes les start-up françaises, les Palantir français, les Palantir allemands, les Palantir britanniques. Exactement. Comme si tout ça, c'était absolument banalisé et sans qu'on ne voit plus où est exactement le problème qui est un problème de confiscation du régalien et donc de privatisation. Justement, Olivier Tesquet, l'illustration, c'est l'introduction en bourse de Palantir qui date de 2020, juste après le Covid, juste au moment du Covid.

Les actionnaires, ce qu'ils achètent quand ils achètent Palantir, la cote a monté de 15 milliards au moment de l'introduction à 15 milliards, de 15 milliards à 400 aujourd'hui. Donc, explosion. Ils n'achètent pas que les parts d'une entreprise. Ce qu'ils achètent, c'est un projet de société. C'est l'idée que Palantir, c'est le squelette, le système nerveux de l'ordre mondial à venir.

13:32
Présentateur

Oui, tout à fait. En fait, ils achètent une espèce de promesse eschatologique qui est la promesse...

13:35
Invité

Alors, expliquez-nous ça parce que c'est une expression que vous avez utilisée.

13:38
Présentateur

C'est l'obsession de Thiel, notamment, avec cette obsession de la fin des temps, l'antéchrist, etc. Alors, évidemment, il ne faut pas prendre... L'apocalypse. L'apocalypse. Il ne faut pas prendre tout ça pour argent comptant. Il faut entendre l'apocalypse au sens de l'apocalypse telle que la mobiliserait quelqu'un qui fait du capital risque, ce qui est le métier...

13:53
Invité

Et c'est le projet

13:54
Présentateur

de société du manifeste. Voilà. Et je vais y venir. C'est-à-dire que l'apocalypse, selon un capital risqueur, c'est juste... L'apocalypse, techniquement, c'est le temps qu'il reste entre maintenant et sa fin. Donc, c'est une fenêtre d'opportunité. C'est un moment où... C'est un délai. C'est un délai. Mais donc, c'est un délai qu'on peut faire fructifier. Et donc, c'est exactement ce qu'il fait avec Palantir. Et là où je rejoins Asma, c'est qu'aujourd'hui, on voit bien que c'est une recomposition de l'État-nation, un dépassement de l'État-nation, conceptualisé, encore une fois, par un Peter Thiel depuis très longtemps.

14:23
Invité

Et d'ailleurs, Alex Carp avait fait un livre La République technologique. Oui, La République technologique. On ne dit pas les républiques des citoyens, c'est la République technique.

14:32
Présentateur

Tout à fait. Et où la délibération est éliminée. C'est-à-dire que le propos d'Alex Carp, qui n'avait rien de très révolutionnaire, c'était de dire que les entreprises de la Silicon Valley avaient, je cite, d'une dette morale vis-à-vis des États-Unis, parce qu'elles étaient nées notamment de la cuisse du secteur et du complexe militaire ou industriel après la Deuxième Guerre mondiale, et qu'il fallait en finir avec ce qu'il appelle les caprices de la culture capitaliste tardive, les applications pour se faire livrer à manger, etc., et se reconcentrer sur le régalien, l'important, etc.

Mais ce qu'il dit quand il dit ça, c'est aussi mettre en scène sa dépendance vis-à-vis de la commande publique. Parce que s'il n'y a pas la commande publique pour ces joyeux libertariens qui veulent dépasser l'État-nation, il n'y a peut-être pas 400 milliards de capitalisation boursière. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, Palantir a besoin de ces contrats avec des États.

15:17
Invité

Juste avant d'y venir, Olivier Tesquet, malgré tout, Alex Carp l'avait développé, il l'a dit très clairement, la vocation des géants de la tech, ça n'est pas de créer l'iPhone. D'ailleurs, il dénonce ce qu'il appelle la tyrannie des applications, puisque les mots sont dévoyés de leur sens, qui ont orienté l'innovation vers des usages de confort, les nôtres, ceux qu'on utilise avec notre pouce sur notre écran, mais de servir l'État. Et par quoi est-ce que ça passe, justement ? Parce que les ingénieurs de la Silicon Valley auraient développé une allergie au pouvoir d'État, à la chose militaire. Ils étaient incapables de mettre leur génie au service de la survie de l'Occident.

Je vous cite, c'est ce que dit formule Alex Carp. Oui, tout à fait. Et c'est pour ça

16:01
Présentateur

qu'il y a un projet idéologique. Le manifeste, en fait, ne vient que reformuler dans une autre langue ce que Carp avait déjà écrit dans ce livre, dont la publication était passée relativement inaperçue, mais qui traduit, comme dans le cas de Thiel, une ambition d'être perçue comme des intellectuels. C'est pour ça, alors, est-ce qu'on leur rend service quand on débat en ces termes intellectuels de ces entreprises ? Moi, je pense qu'il faut faire les deux. Il faut à la fois ausculter la théorie politique et puis ausculter les bilans comptables. Quand je parle en tire, c'est ce que je fais. J'ai Carl Schmitt d'un côté et puis j'ai le bilan comptable du dernier trimestre de l'autre.

Je pense qu'on a besoin des deux pour comprendre ce qui se passe. Moi, si je peux faire un parallèle historique qui peut peut-être nous éclairer. Vous savez à quoi me fait penser Palantir ? Ça me rappelle un peu les compagnies d'État du 18e siècle. C'est-à-dire que quand vous aviez les compagnies des Indes...

16:45
Invité

Les Indes, les grandes compagnies de l'expansion coloniale capitalistique.

16:50
Présentateur

Qu'elles soient néerlandaises, britanniques, françaises, etc. Et en fait, je pense pour plusieurs aspects, c'est qu'on avait des compagnies d'État qui, par charte royale, se voyaient octroyer un pouvoir. Donc elles avaient la possibilité... Voir un monopole. Voir un monopole. Elles pouvaient lancer des guerres, elles pouvaient battre monnaie, elles avaient un pouvoir de conversation. Contreler des populations,

17:08
Invité

réduire d'autres en esclavage.

17:10
Présentateur

Et la différence, il y a deux aspects à ça. Le premier, c'est qu'il y avait là-dedans des gens qui se sont enrichis conscienceusement, les nababs, comme on les appliquait ensuite, dont on craignait qu'ils monnayent leur position au Parlement britannique, ce qui est toute ressemblance avec Stardust, et Divert, ça serait purement fortuite. Et par contre, la vraie différence, ou ce qui peut sembler comme différence, c'est que ces compagnies d'État opéraient sur des territoires lointains, qui étaient des colonies pour représenter l'Empire aux confins du monde. Là, ce qui se passe, c'est que les colonies lointaines, maintenant, c'est l'Union européenne. Et c'est là où ça fait un peu bizarre.

Mais par contre, ça nous renseigne sur la perception américaine de l'Europe qui ressemble quand même beaucoup à une sorte de dominion britannique.

17:53
Invité

Asma Malak, quand les cofondateurs de Palantir publient ce manifeste mi-avril, ce manifeste en 22 points qui ne vous a pas surpris, vous le dites, parce qu'en fait, ça formalise simplement l'idéologie qui était défendue jusqu'ici, cette idée de dissuasion fondée sur l'IA et pas sur le nucléaire, cette idée de participation des entreprises de la tech à la défense, est-ce qu'au fond, ils ont vocation à remplacer l'État ? Je pense à ça parce que Peter Thiel, à un moment, avait fait une blague en disant finalement Palantir, que ce n'est pas la façade de la CIA, c'est la CIA qui est la façade de Palantir.

Oui, et en réalité, il n'a pas tort et ce qui est intéressant dans les premiers points disons du manifeste, là où ils sont très concrets, c'est qu'en effet, on a une fusion aujourd'hui de l'État avec des entreprises méga corporatives, on va dire ça comme ça. La question que vous me posez, c'est une question de prospective, est-ce qu'à la fin, il y a une des deux têtes qui va manger l'autre ? Est-ce que c'est l'objectif ?

Exactement, j'avais appelé ça Big State dans TechnoPoïtique, qui était mon premier essai sur la question, sur la nouvelle théorie d'État et ça, je ne saurais pas vous dire parce qu'en même temps, ce qui s'est passé, l'administration américaine aujourd'hui n'est plus du tout dupe, c'est-à-dire dans les milieux aujourd'hui de sécurité, vraiment quand vous parlez très concrètement de Palantir, personne ne vous dit que ce sont des afro-fachos. La vraie question aujourd'hui stratégique dans l'appareil d'État américain, Pentagone et toutes les agences aujourd'hui régaliennes, c'est plutôt de dire quel est notre backup.

Si demain, on a un problème de clause contractuelle pour x, y raisons et ça, c'est l'enseignement d'Entropique, quelles sont les autres entreprises et ils sont en train de développer aussi des stacks, c'est-à-dire des briques technologiques au sein en propre de l'armée et donc, c'est un bras de fer qui est assez mutagène, chaotique mais qui est aussi parti pour durer parce que les entreprises extérieures sont du reste beaucoup plus agiles et innovantes ce qui explique que des GSI qu'on a en France par exemple un grand discours sur la souveraineté qui confine au souverainisme d'ailleurs.

Et beaucoup de questions d'auditeurs d'ailleurs sur la raison pour laquelle l'État français peut contener ses renseignements secraires à une entreprise privée américaine. J'aimerais juste si vous permettez juste faire une remarque, on vient de juste terminer là, vous savez, la visite officielle de Donald Trump en Chine, il rentre tout juste là et vous remarquerez qu'il n'y était pas dans tous les grands Peter Thiel et Alex Carp. Et pourquoi ? Et ce n'est absolument pas un hasard. Alors que les plus grands patrons américains de la tech vont accompagner. Absolument. Pourquoi ?

Parce que précisément le positionnement de Palantir contrairement aux autres n'était pas d'aller faire de la négo commerciale. L'enjeu de Palantir aujourd'hui c'est que c'est une entreprise régalienne, privée, qui joue et dont le fond de commerce est la rivalité géostratégique avec la Chine. Et ce qui est très vrai aussi depuis les Etats-Unis c'est que l'Europe est un mot, le mot Europe qui n'est pratiquement pratiquement jamais prononcé sauf quand c'est un peu folklorique ou quand c'est un marché à conquérir. Et vous venez de répondre à Rémi l'auditeur qui posait justement la question de l'Europe et de savoir où était l'Europe là-dedans.

20:52
Présentateur

Olivier Tesquer ? Je rebondis sur la question de la Chine. Alors effectivement ils n'y étaient pas mais ils n'y étaient pas pour une très bonne raison c'est que Palantir depuis le début explique qu'ils vendent leurs solutions mais ils ne les vendent pas aux ennemis des Etats-Unis ou aux rivaux systémiques des Etats-Unis. Il y a déjà j'ajouterais que dans toutes les représentations toutes les mises en scène de servilité de la tech américaine depuis que Trump est revenu au pouvoir Thiel et Carpe ne sont jamais apparus. C'est-à-dire que les fameux dîners à la Maison-Blanche avec les promesses d'investissement mirifiques dans l'IA etc.

21:19
Invité

Ou on voit Tim Cook ou on voit Mark Zuckerberg ils ne sont jamais là.

21:23
Présentateur

Ils n'étaient pas là mais parce qu'ils étaient là en 2016 qui était le premier milliardaire rallié à Trump en 2016 c'était Peter Thiel quand il fait il est dans l'équipe de transition de Trump en 2016 donc il a encore une fois si on voit ça avec un logiciel de capital risqueur il est entré sur le marché bien avant les autres.

21:37
Invité

Juste sur la question de la France est-ce qu'on a intérêt à essayer de s'en débarrasser de ce contrat même si c'est très intégré même si c'est très difficile même s'il y a une forme de dépendance ?

21:44
Présentateur

Juste un tout petit truc que je voulais dire avant c'est que où était Alex Carpe quelques jours avant justement cette visite de Trump en Chine il était en Ukraine il était en Ukraine avec Zelensky alors en plus quand on voit la position américaine vis-à-vis de l'Ukraine aujourd'hui mais j'en reviens à ma comparaison avec les compagnies d'Etat les compagnies d'Etat avaient une certaine autonomie vis-à-vis des Etats ce qui créait des tensions

22:05
Invité

Et il a fourni ses plateformes aux forces armées ukrainiennes pour le renseignement la planification opérationnelle le ciblage d'artillerie

22:11
Présentateur

Il peut y avoir à un moment un point de tension avec l'administration américaine avec un désaccord stratégique sur le soutien ou pas qu'il faudrait accorder à l'Ukraine sur la France alors je reviens juste rapidement sur les conditions dans lesquelles ça a été fait c'est-à-dire qu'en 2015 au moment des attentats parce que Palantir une entreprise qui capitalise sur les crises on avait besoin le patron de la DGSI Patrick Calvard à l'époque d'une solution pour traiter des données qu'on ne pouvait pas traiter donc on a choisi cette solution temporaire aujourd'hui le contrat a été renouvelé pour la troisième fois à la fin de l'année dernière donc on voit qu'il y a une dépendance qui s'est installée est-ce qu'un Palantir français résoudra le problème j'en suis pas complètement certain parce que tout ce qu'on vient de dire c'est pas juste une question d'entreprise si on met un logo Made in France dessus c'est un pansement sur notre jambe de bois

22:53
Invité

Merci Asma Amala Merci Olivier Tesquet d'avoir été avec nous et c'est vrai qu'on aurait pu parler du rôle de Palantir dans l'opération qui a conduit à l'enlèvement de Nicolas Maduro à Caracas en 2026 et sur lequel avait enquêté le Wall Street Journal sur le totalitarisme technologique en tout cas c'était passionnant de parler de cette entreprise Palantir avec vous deux Merci et bonne journée Merci

"Palantir, entreprise totémique du 21e siècle" : plongée au cœur de la puissance technologique américaine · Pourquijevote