À bord des croisières, "il vaut mieux prévenir" et confiner "que guérir", estime Paul Tourret, directeur de l'ISEMAR
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« C'est assez courant. »
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« La gastro, il y en a souvent, mais ce n'est pas pour autant qu'on confine tout un bateau. »
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« Il vaut mieux prévenir que guérir. »
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France Inter, Mathilde Munoz, le 5-7. Il est 6h21, loin des côtes, mais pas loin des maladies. Les bateaux de croisière sont de véritables nids à virus. Heureusement, c'est rarement aussi grave que pour le MV Hondius avec l'antavirus des Andes. Souvent, c'est la gastro, comme sur ce navire en escale à Bordeaux, placé momentanément en quarantaine, 1700 personnes à bord. Bonjour, Paul Touré.
Bonjour.
Vous êtes le directeur de l'ISEMAR, l'Institut supérieur d'économie maritime. C'est courant qu'on confine tout un bateau pour une gastro-entérite ou c'est le contexte lié à l'antavirus qui fait que cette mesure a été prise ?
C'est sans doute lié au contexte avec une sorte de tempête médiatique autour de ce bateau et de cette maladie parce que c'est assez courant. Et plutôt du côté américain, ce qui fait qu'en Europe, on est peu au courant de ces épisodes d'épidémie à bord des navires.
La gastro, il y en a souvent, mais ce n'est pas pour autant qu'on confine tout un bateau, c'est ça ?
En fait, on lit souvent dans la presse américaine de croisière ces épisodes-là, d'autant plus qu'il y a une obligation des compagnies d'informer les autorités américaines. C'est pour ça qu'on est plus au courant du côté américain que du côté européen. Et du côté européen, on a mis en place des contrôles des os sales à bord parce qu'il vaut mieux prévenir que guérir. En gros, il vaut mieux détecter les épisodes avant que les malades se présentent dans les infirmeries du bord.
Mais tous les croisiéristes ne sont pas tenus de rendre publique l'information ?
Apparemment, c'est plutôt un moment, je pense, les gens qui commencent à se plaindre de troubles et qui emmènent sans doute des épisodes à bord des navires. Mais il n'y a pas de déclaration ou de choses comme ça.
Quand une maladie est détectée, quels sont les protocoles sanitaires ?
En fait, le bord doit confiner les gens parce qu'il faut être honnête, ce ne sont que des gastro-entérites, même s'il peut y avoir des épisodes aigus. Donc, on n'est pas comme dans le cas du Covid avec des maladies pulmonaires. Donc, c'est plutôt à chacun d'être dans sa cabine confinée sous traitement et pas effectivement quelque chose de, on va dire, plus catastrophique.
Et comment ça se passe pour le nettoyage ? Est-ce que chaque bateau est entièrement nettoyé de fond en comble après chaque croisière ou pas ?
Alors, c'est une vraie question. Est-ce que les protocoles d'hygiène qui ont été mis en place après le Covid se sont un peu atténués ? Parce que c'est un vrai défi, en fait, pour ces bateaux. Pour les plus grands, on parle de 5 000 passagers, 3 000 personnes d'équipage. Donc, ça fait 8 000 personnes à bord, avec beaucoup d'espaces confinés. Les ascenseurs, forcément, les casinos, les restaurants, plus les rambards dans les escaliers, les couloirs. Ça fait des milliers d'endroits, voire des millions d'endroits à nettoyer.
Donc, c'est vrai que les technologies maritimes vont devoir sans doute revoir peut-être leur protocole, puisqu'en fait, c'est aussi l'image de la croisière qui peut être un peu dégradée par des épisodes successifs d'épisodes comme on connaît aujourd'hui.
Est-ce qu'il y a toujours du personnel médical à bord ? Est-ce que c'est obligatoire sur tous les bateaux ?
Alors, effectivement, il y a toujours une infirmerie. Et quand on visite les chantiers des bateaux dans les chantiers de l'Atlantique, à un moment, on peut aller voir cette infirmerie qui doit tenir compte d'urgence. On peut oublier. Alors, il y a certains bateaux qui sont très, très loin. Il y en a d'autres qui sont à quelques heures. Mais il faut que le bord soit capable de traiter un certain nombre de choses, peut-être même y compris des problèmes dentaires, par exemple, ou des choses comme ça.
Mais ça, c'est au choix de chaque croisiériste ou il y a des règles vraiment internationales qui imposent un minimum d'équipement médical ?
Il y a des obligations forcément de traiter les choses. Alors, entre un vieux navire et un navire moderne, mais forcément une obligation de soins, d'autant plus que c'est la réputation de la compagnie. Il ne faut pas oublier que dans la croisière, il y a beaucoup de commentaires, il y a beaucoup de forums aux Etats-Unis et on est vite au courant des problèmes des navires et des dysfonctions.
Vous citez souvent les Etats-Unis. C'est là-bas qu'il y a le plus de croisières ? C'est vraiment un mode de vacances très répandu ?
On est vraiment sur un comportement, on va dire, sociologique par rapport aux vacances, au temps libre. Les Américains ont moins de vacances, veulent de l'intensité. La croisière correspond tout à fait à leur attente, même si c'est peut-être la 5 ou 8e fois qu'ils vont aux Bahamas et aux Îles Vierges. Par rapport à l'Europe, où c'est un mode un peu plus concurrentiel. Chacun connaît quelqu'un qui a fait une croisière, mais on n'y retourne pas tous les étés. C'est pour ça qu'il y a un marché américain autour de 19 millions de passagers sur 35. Vous voyez, c'est l'essentiel des Etats américains.
Et puis la destination, c'est essentiellement les Caraïbes aussi, qui est une sorte de Méditerranée pour les Américains.
Après l'affaire du Hondius et de l'antavirus, est-ce qu'il y a déjà eu un effet sur les réservations ?
C'est toujours un peu tôt parce qu'il ne faut pas oublier, notamment dans ce marché-là, il y a des réservations très longtemps à l'avance. Les gens accumulent leur argent et commandent des vacances pour 6 mois, pour 1 an. Donc c'est difficile à dire, mais je pense qu'il va y avoir sans doute un duré trop pédalage du point de vue de ce qu'on appelle la CLIA, qui est l'organisation professionnelle de la croisière, pour montrer que les conditions sanitaires et l'hygiène à bord sont toujours préservées. Effectivement, ça peut être une alerte, d'autant plus qu'avec les conditions économiques, il y en a une deuxième un peu plus grave sur le marché de la croisière.
Est-ce que les croisiéristes redoutent justement cet effet sur les réservations ? Est-ce qu'ils l'anticipe ? Est-ce qu'ils se lancent dans des promotions, des opérations transparence en disant « chez moi tout est clean, c'est super propre, on nettoie devant en comble ? » ?
En fait, la médiatisation des deux épisodes, dans un temps calme, parce que ça a déjà arrivé pendant le Covid, il ne faut pas oublier qu'au début du Covid, il y avait des clusters à bord des navires et qui avaient médiatisé les choses. Là, on est peut-être dans un focus médiatique qui doit obliger sans doute les compagnies à mieux communiquer. Et puis vous-même, si vous pensiez faire une croisière, vous êtes comme moi et vous réfléchissez, si c'est pour attraper une gastro avec 300 personnes, ça peut être une réflexion qu'on peut avoir. Oui, ça tente moyennement. Voilà, c'est un effet médiatique. Alors, aux compagnies, forcément, de dire les choses.
Et il ne faudrait pas aussi qu'il y ait une sorte de montée en puissance médiatique autour d'événements. Imaginons qu'on ait un ou deux ces prochaines semaines. Voilà, et c'est ça qui fait une sorte de buzz, on va dire, de bad buzz pour faire du mauvais français autour de la croisière.
De manière générale, les croisières, c'est un secteur qui se porte bien ?
Alors, ils se portaient très bien avant le Covid. Il a connu une des pires périodes, puisque les bâtons étaient arrêtés presque deux ans aux États-Unis, à peu près un an en Europe. Et c'est reparti après 23, 24, 25, avec ce qu'on appelle la revanche des consommateurs qui avaient besoin de croisières. Et puis là, ils rentrent dans une période un peu plus normale. Mais par contre, beaucoup de commandes de navires, parce que les grandes compagnies anticipent maintenant la fin des années 2020, début de 2030, avec un marché plutôt dynamique, avec une forte attente. Et puis, des nouveaux marchés comme l'Inde, l'Asie. C'est ce que j'allais vous demander.
Est-ce que ça se développe ailleurs aussi ?
Effectivement, il y a un retour de la Chine, qui était la grande espérance dans les années 2010, qui est en train de revenir avec une forte demande des compagnies nationales, de restructuration des marchés, mais aussi en Inde, en Asie du Sud-Est, et dans le Golfe Persique, même si la situation dans le Golfe Persique, du point de vue des bateaux et des clients, est un petit peu difficile, sans doute pour une partie de l'année.
Et c'est un secteur important pour l'économie française ?
Alors, c'est important. D'abord, il y a les escales. Il y a plus de 2 millions de passagers sur Marseille, il y en a au Havre. Il y a beaucoup de petits ports qui ont des escales aussi. Et puis, évidemment, il y a la construction navale nazérienne, avec en gros 2 milliards de chiffres d'affaires par an, construisant un bateau, un bateau et demi, dans nos chantiers à Saint-Nazaire. Donc, c'est très important en termes de construction, en termes d'escales. Et puis, il ne faut pas oublier les Outre-mer, notamment les Antilles, qui sont aussi concernées par la croisière.
Donc, c'est plutôt un business qui intéresse la France, avec évidemment les questions environnementales qui sont posées régulièrement sur le verdissement des navires.
Merci, Paul Touré, directeur de l'ISEMAR, l'Institut supérieur d'économie maritime. Vous étiez en direct dans le 5-7.