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AutreFrance Culture — Le Temps du débat (sur Site radio)· 1 mai 2026 25 minContradictoireMixte

George Sand, une écrivaine socialiste ?

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0:00
Présentateur

France Culture, question du soir, Quentin l'a fait.

0:07
Invité

Un anniversaire ce soir, celui de la disparition d'Aurore Dupin, alias Georges Sand, décédée il y a 150 ans exactement. Mais alors que l'on continue de la lire, de l'étudier, de la célébrer, que retient-on véritablement d'elle et de son œuvre ? L'écrivaine Champêtre, la femme libre, les amours célèbres, Nohan, derrière ces images d'Epinal, il y a également une Georges Sand beaucoup plus politique, née entre deux mondes sociaux. Elle prend très tôt conscience des inégalités de naissance, de classe, de genre. Elle s'éloigne peu à peu de la vie attendue, réglée des femmes de son époque, part vivre à Paris, veut vivre de sa plume, de son travail, de ses rencontres, de ses amours également.

Et puis il y a son rapport au peuple, à la République, à l'éducation, aux ouvriers, aux paysans. Bref, derrière l'image un peu trop sage de l'écrivaine Champêtre, qui était vraiment Georges Sand, l'écrivaine socialiste. Une invitée ce soir pour nous guider, Brigitte Krulik. Bonsoir. Bonsoir, quant à la fée. Vous êtes professeure des universités, spécialiste d'histoire des idées politiques du XIXe siècle. Vous publiez cet ouvrage intitulé « Georges Sand ». C'est aux éditions Gallimard. Merci d'être avec nous ce soir dans « Questions du soir ».

Que pensez-vous de cette image de salle de classe, Brigitte Krulik, et que l'on garde effectivement de Georges Sand, d'une écrivaine Champêtre, une écrivaine imprégnée de bons sentiments, une écrivaine sans idéal d'absolu littéraire ?

1:42
Présentateur

Oui, alors c'est une représentation assez convenue, qui a fait florès dans l'institution scolaire, mais qui a été quand même revéditée il y a déjà plusieurs décennies. Alors on retient effectivement, on retenait plus exactement, l'image de la bonne dame de Nohant, une image un petit peu convenue, comme vous l'avez dit, un peu mièvre. On pensait bien sûr au roman Champêtre, François le Champy, La Maraudia ou La Petite Fadette, qui étaient considérées comme les œuvres les plus célèbres de Georges Sand. Mais il a fallu attendre une période relativement récente, quelques décennies à peu près, pour qu'on réhabilite une Georges Sand beaucoup plus complexe que ce qui en avait été retenue.

Alors outre bien sûr, il y avait la bonne dame de Nohant, mais il y avait aussi l'amoureuse célèbre, la femme portant pantalon et fumant cigare. Mais on met l'accent aujourd'hui, et c'est à mon sens une très très bonne chose, sur la Georges Sand de journaliste, la Georges Sand de dramaturge, la Georges Sand qui s'est impliquée dans tous les grands débats de son époque, alors des débats à la fois intellectuels, mais aussi esthétiques, aussi politiques, littéraires, et qui en quelque sorte se situe au carrefour de tous les grands courants d'idées du XIXe siècle.

3:00
Invité

Et puis il faut dire, expliquer par ailleurs à quel point Georges Sand raisonne par ailleurs avec le contemporain. Elle est peut-être l'écrivaine qui incarne le mieux cette volonté d'indépendance, indépendance par le travail, par l'écriture, par les déplacements géographiques également. Elle est peut-être une écrivaine aussi qui nous permet de réfléchir encore ce que c'est que la conciliation des tâches lorsque l'on est une femme.

3:25
Présentateur

Oui, tout à fait. Alors je pense que si Georges Sand est aujourd'hui aussi célèbre, alors pas seulement en France, mais en Europe et dans le monde entier, enfin elle est élue au Japon, elle est élue énormément aux Etats-Unis, en Amérique du Sud, donc je pense que c'est parce qu'elle a, très vite, elle a joué le rôle d'une figure d'identification pour beaucoup de femmes, parce qu'elle sortait précisément du rôle convenu qui était assigné à l'époque aux femmes, et pas particulièrement pour des écrits théoristes, bon qu'on n'aurait pas appelés féministes à l'époque puisque le mot n'existait pas encore, mais plus exactement par le modèle de vie qu'elle présentait.

Bon, vous l'avez rappelé tout à l'heure, elle a eu très tôt conscience des inégalités sociales, des inégalités entre hommes et femmes, et par son exemple, par la vie qu'elle a menée, elle s'était forcée de démonter ses préjugés et de donner l'exemple, ça n'a pas toujours été facile, d'une vie indépendante par son travail, par sa plume, par sa manière de vivre ses amours, sa vie familiale, ses rencontres, bref, par les différents aspects de son existence.

4:41
Invité

Il est aussi une autre idée, une autre fausse idée qu'il faut briser, s'agissant de Georges Sand, idée selon laquelle ce serait une autrice de romans et de romans essentiellement. Il y a aussi, dans son œuvre, dans son œuvre entière, une pluralité de formes, des essais, du théâtre, des articles politiques, de la critique, de la correspondance de l'autobiographie.

5:04
Présentateur

Voilà, alors ça, tout à fait, je crois que ce serait une image très, très réductrice de ne mettre l'accent que sur les romans. Elle en a effectivement écrit beaucoup, beaucoup, beaucoup. Georges Sand est une femme dont la vie se résumerait peut-être par un mot, travail. On pourrait dire ensuite indépendance. Pour un premier mot, c'est parfait. Travail, tout à fait. Travail et indépendance, pour elle, sont intrinsèquement liés. Elle acquiert son indépendance en travaillant. Et donc, elle a produit une œuvre absolument considérable, mais qui comporte, comme vous l'avez dit, beaucoup de romans, mais aussi des pièces de théâtre, énormément de critiques.

Donc, elle a fait œuvre de journalistes, alors aussi bien des articles politiques, esthétiques, la critique de théâtre, de la critique littéraire, de la critique esthétique, mais beaucoup de critiques politiques aussi. Elle a aussi écrit ce qu'on peut considérer comme un chef-d'œuvre de l'autobiographie, qui est Histoire de ma vie. C'est un impressionnant pavé, on peut le dire, d'environ 1500 pages, qui est une sorte de biographie intellectuelle où elle explique comment elle se situe dans son siècle et comment elle est devenue qui elle est, c'est-à-dire Georges Sand.

Mais il y a aussi une correspondance extraordinaire, enfin très copieuse, très abondante, qui, là encore, fait revivre le XIXe siècle tout entier et tout vivant parce qu'elle a correspondu avec, et elle a connu, elle a côtoyé, elle s'est liée d'amitié avec une quantité absolument impressionnante, donc des gens qui ont marqué leur siècle.

6:43
Invité

Par conséquent, Brigitte Krulik, si je vous suis et si je vous suis bien, est-ce que cela a du sens aujourd'hui d'inscrire Georges Sand dans, non pas seulement l'histoire littéraire, l'histoire du roman, l'histoire des essais, mais l'histoire même de la pensée du XIXe siècle, l'histoire des idées ?

6:59
Présentateur

Tout à fait, je pense que, d'ailleurs pour être tout à fait franche, c'est comme ça que je l'ai connu, parce que quand on s'intéresse au XIXe siècle, notamment dans sa dimension politique, et culturelle, donc vous avez dit que c'est un siècle tourmenté, effectivement, c'est le siècle des révolutions et Georges Sand l'a traversé jusqu'à les trois premiers quarts du XIXe siècle, ce qui est quand même une durée tout à fait respectable. Lorsqu'on s'intéresse au XIXe siècle, dans toutes ses dimensions, on ne peut pas ne pas rencontrer Georges Sand, alors que ce soit par ses œuvres littéraires, mais aussi par son autobiographie, par sa correspondance, par tous les débats auxquels elle a pris part.

7:40
Invité

Je prends une expression que vous reprenez vous-même à Georges Sand. Georges Sand disait d'elle-même qu'elle est née à cheval sur deux classes. Est-ce qu'il y a là peut-être en germe déjà la pensée, la réalisation de ce que sont les classes sociales, les hiérarchies sociales, les inégalités sociales ? Oui, tout à fait.

7:59
Présentateur

Alors c'est une expression qu'elle emploie dans Histoire de ma vie. Elle consacre une très longue partie de son autobiographie à l'histoire de sa famille, parce qu'elle veut montrer justement comment chacun, chaque individu est le fruit d'une histoire et s'inscrit dans un lignage et dans une succession de générations, alors les générations antérieures, mais aussi les générations qui vont suivre. Et donc, elle emploie cette expression pour décrire le mariage très mal assorti, notamment dans les perceptions de l'époque, entre un père qui était issu d'une lignée aristocratique et militaire, et une mère qui, elle, était une enfant du petit peuple parisien. Et ça, c'est un affront ?

Alors, c'est un affront, c'est-à-dire que la famille de son père, donc Maurice Dupin de Franqueuil, qui était une famille d'origine royale, il faut le dire, avait mal pris le souhait qu'avait manifesté Maurice Dupin, jeune militaire, d'épouser Sophie de Laborde, qui était une fille du peuple. Son grand-père était oiseleur sur les quais de Seine, donc c'était une extraction qui était considérée par la grand-mère de Georges Sand, donc comme une extraction basse, tout à fait.

Et donc, elle a beaucoup souffert de se sentir tiraillée dans son enfance entre une grand-mère qui était une femme des Lumières, une aristocrate qui avait reçu une éducation raffinée et sa mère qui, elle, était une enfant du peuple, comme je l'ai dit, qui avait reçu une éducation tout à fait lacunaire.

9:35
Invité

Qu'apprend-elle Georges Sand cette fois-ci de son propre mariage ? Là aussi, elle fait peut-être l'expérience de la contrainte et des accommodements plus ou moins raisonnables.

9:46
Présentateur

Oui, alors, elle se marie très jeune avec Casimir Dudevant qui est un ami de la famille de son père, présenté par des amis et en fait, il faut se rappeler qu'elle est très jeune, je l'ai dit, elle a 18 ans, quels sont les choix pour une jeune fille qui est certes dotée d'une fortune qui lui vient de la famille de son père, donc de sa grand-mère. Quels sont les choix possibles ? C'est le couvent ou le mariage ? Et donc, le mariage lui paraît la solution qui va lui permettre de mener une vie conforme à ses désirs. Je pense que elle n'imagine pas certainement ce que comporte le mariage concrètement et juridiquement.

10:26
Invité

Et dans le même temps, Brigitte Krulik, voilà ce qu'elle dit, ce qu'elle annonce à son mari, j'irai à Paris et je veux une pension, annonce-t-elle crânement, c'est vous qui l'écrivez à Casimir qui s'incline, trois mois dans la capitale, trois mois à Nohan et ainsi de suite, les enfants resteront à Nohan, confiés à la garde de leur père et du dévoué Boucoirant. Le départ est prévu le 4 janvier 1831, donc c'est une prise d'indépendance totale, un affront là aussi ?

10:50
Présentateur

Alors, c'est à peu près dix ans après le mariage, le mariage dure à peu près dix ans, un petit peu moins, très vite, bon, les désaccords et les malentendus, plus que des malentendus, les conflits secs nuls et donc, je pense que la révolution de 1830 a dû jouer un rôle, c'est le grand élan, l'élan de liberté née des pavés brûlants, donc je pense qu'il y a eu des conséquences aussi intimes sur Georges Sand qui prend la décision de mettre sur Georges Sand. Alors, il faudrait l'appeler au rore du défunt, à l'époque, elle n'est pas encore Georges Sand. Georges Sand,

11:26
Invité

pourquoi ? Alors, pourquoi change-t-elle de nom ? C'est à la fois courant à l'époque pour des femmes écrivaines de prendre un pseudonyme, la véritable rupture, c'est qu'elle ne prend pas comme nom de famille le nom du père ou le nom du mari.

11:40
Présentateur

Voilà, alors c'est ça, c'est-à-dire que 1831, vous avez donné la date, c'est vraiment la grande rupture, c'est-à-dire elle quitte Nohan, elle quitte son mari, elle s'installe à Paris et elle décide donc que pour gagner sa vie comme elle souhaite la gagner, il lui faut donc gagner de l'argent. Et donc, c'est sa plume qui lui paraît le moyen le plus adapté pour s'assurer des ressources suffisantes qui ne seront qu'à elle. et vous l'avez dit, il est fréquent à l'époque que des femmes écrivains ou écrivaines prennent un pseudonyme pour toutes sortes de raisons qui ont été souvent débattues.

Alors, elle choisit avec son éditeur, le choix se fait en plusieurs étapes, ça ne vient pas d'un seul coup comme une illumination soudaine, ce nom de Georges Sand, elle insiste beaucoup sur le fait que c'est elle qui l'a fait. C'est un nom qui n'est, comme vous l'avez dit, ni celui du père, ni celui du mari, c'est son nom de plume, c'est le nom qui symbolise sa prise d'indépendance, sa prise, son autonomie et le fait qu'elle gagne sa vie en écrivant et en étant

12:55
Invité

Georges Sand. Elle gagne sa vie et par ailleurs par le truchement même de ce nom choisi, de ce nom d'homme, elle peut accéder à un monde d'hommes, à un monde de camarades c'est bien cela aussi qu'il y a au fond même de l'intention de sa démarche. Tout à fait.

13:10
Présentateur

Alors on peut lire, c'est aussi l'époque où elle s'installe à Paris où elle se rend compte que pour se fondre dans l'espace public, aller au théâtre, sortir où elle veut, sans se faire remarquer ou importuner et surtout sans salir ses jupons, il est beaucoup plus commode de se faire confectionner une tenue d'homme. Donc c'est là le début de son habitude, enfin pas tout à fait, mais elle avait l'habitude de s'habiller en garçon quand elle montait à cheval quand elle était jeune fille. Mais donc c'est là qu'elle va se montrer dans Paris habillée en homme, ce qu'elle ne faisait pas d'ailleurs systématiquement, il faut quand même aussi un peu nuancer cette représentation.

Et tout ça est lié, c'est-à-dire qu'elle accède à une sociabilité masculine, elle sort avec ses petits camarades qui sont souvent des étudiants ou de jeunes écrivains et surtout comme très vite elle va se faire un nom sur la scène littéraire dès 1832, donc il lui faut à peine un an pour prendre pied, ce qui est quand même remarquable après des débuts de journalistes au Figaro, elle va entrer dans tous les milieux littéraires, elle va connaître tout ce qui compte dans la littérature et elle va entrer dans ce qu'on appelle les curibuloses, donc les écrivains

14:30
Invité

de la revue des deux mondes. La littérature donc et également la politique. Je voudrais vous faire entendre une archive INA du 26 juillet 1954, un extrait de cette série intitulée Georges Sand, Hommes politiques.

14:43
Présentateur

Les élections, si elles ne font pas triompher la vérité sociale, si elles sont l'expression des intérêts d'une caste arrachée à la confiante loyauté du peuple, les élections qui devraient être le salut de la République seront sa perte, il n'en faut pas douter. C'est assez juste. Il n'y aurait alors qu'une voix de salut pour le peuple qui a fait des barricades. Nous étions à quelques semaines des barricades de février. Ce serait de manifester une seconde fois sa volonté et d'ajourner les décisions d'une fausse représentation nationale. Ce remède extrêmement déplorable, la France voudra-t-elle forcer Paris à y recourir ? Adieu, ne plaise.

15:29
Invité

On vient d'entendre l'une des contributions de Georges Sand au journal officiel du gouvernement de la Deuxième République. Alors évoquons cette Georges Sand un peu plus politique. Vous expliquez dans votre ouvrage qu'il y a un lien entre Georges Sand et socialisme et pas le socialisme que l'on entend aujourd'hui. Le socialisme 19e-sme. Alors explicitez cette distinction pour nous.

15:53
Présentateur

Alors je reviens peut-être d'abord sur le bulletin de la République. Voilà et après j'élargirai sur le thème du socialisme. Alors en 1848 elle débarque à Paris au lendemain de la Révolution au sens propre et donc elle va se mettre au service du gouvernement provisoire. Alors je rappelle que bon le suffrage universel masculin a été proclamé mais que Georges Sand elle refuse en fait pour les femmes le droit de vote parce qu'elle considère qu'elles ne sont pas prêtes elles ne sont pas assez éduquées et qu'il faut d'abord leur donner les droits civiques les droits civils pardon avant de leur donner les droits civiques.

Mais elle va tenir la plume alors attention sans vraiment le revendiquer et sans le signer la distinction est importante elle va tenir la plume dans les bulletins de la République qui sont l'équivalent du journal officiel et le passage que vous avez lu qui est en quelque sorte un appel à l'insurrection qui est repris plus ou moins de la constitution de 1793 a été très très très vivement critiquée à l'époque parce que bon même si elle restait anonyme dans l'ombre elle disait bien que justement elle n'était pas un homme politique et qu'elle était une femme et que donc les femmes ne faisaient pas de politique ça elle a répété ça toute sa vie mais de fait bon on savait que c'était elle qui avait tenu la plume et ça lui a été très amèrement reproché alors quel est l'idéal de Georges Sand c'est la Georges Sand des années 1840 et qui va évidemment culminer pendant les quelques mois de ce qu'on appelait l'illusion lyrique de la révolution de 48 jusqu'à sa première phase avant l'écrasement de l'insurrection ouvrière de juin 48 qui est pour elle bon un choc et une déception immense alors elle est socialiste au sens où elle plaide

17:41
Invité

juste d'un mot pardonnez-moi 48 pour rappel c'est la fin du règne de Louis-Philippe et l'avènement au fond de Napoléon 3 pas encore Napoléon 3 pas encore alors rappelez-moi

17:55
Présentateur

alors c'est une histoire un peu compliquée alors 1848 c'est donc Louis-Philippe effectivement

18:02
Invité

de la deuxième république en plus

18:04
Présentateur

la deuxième république il est renversé donc la république est instaurée ainsi que le suffrage universel masculin

18:10
Invité

voilà merci

18:11
Présentateur

il y a des élections dans lesquelles le sang s'implique beaucoup de manière très très concrète pour des nominations politiques bon ça aussi ça va lui être beaucoup reproché et puis ensuite la république va prendre un tournant très conservateur antisocial peut-on dire puisque l'insurrection ouvrière de juin 48 va être éprimée dans le sang le tournant conservateur va s'accentuer jusqu'au coup d'état de Louis-Napoléon Bonaparte le 2 décembre 1851 mais là Sande est déjà repartie à Nohan au lendemain de l'insurrection écrasée elle repart à Nohan profondément déçue et meurtrie

18:53
Invité

je vous ai coupé donc pour dire une bêtise en plus si je reviens justement au point où vous en étiez dans ces années-là quel est l'idéal politique de Georges Sande ?

19:00
Présentateur

alors elle a été convertie entre guillemets par des... bon d'une part il y a toute l'influence de ses lectures Sande est une lectrice absolument passionnée au fait qu'il connaît énormément de textes théoriques philosophiques politiques bon mais elle a été convertie entre guillemets par Michel de Bourges qui est un républicain qui se situe donc à l'aile sur l'aile gauche donc de l'échiquier même extrême-gauche de l'échiquier politique elle a été convertie par lui vers 1835 à l'idéal républicain c'est une républicaine et notamment sous l'influence de Pierre Leroux qui est un des...

qui compte au rang de ce qu'on appelle les socialistes utopiques effectivement pas socialistes au sens actuel je vais développer ce que ça veut dire elle est devenue socialiste et les années 40 sont marquées par la publication de ce qu'elle appelle elle-même enfin de ce qu'on a appelé ses romans socialistes alors qu'est-ce que ça veut dire c'est socialiste au sens d'un corpus d'idées qui demandent l'accomplissement réel et concret de la devise républicaine liberté évidemment mais surtout égalité et fraternité donc c'est un rapport

20:16
Invité

au socialisme ou c'est d'abord et avant tout tout de même un rapport à la république et à l'idéal républicain

20:21
Présentateur

pour elle c'est lié c'est la république que la république permettra donc de comme elle dit de corriger ou d'améliorer l'état social c'est son expression c'est-à-dire de résorber les inégalités de naissance les inégalités de statut elle permettra aussi alors elle souhaite évidemment qu'il y ait aussi une évolution des mœurs qui permettent donc une redéfinition des rôles entre hommes et femmes au sein de la famille et au sein du couple donc une égalité on en a parlé tout à l'heure une égalité donc des droits civils bon le code Napoléon faut-il le rappeler fait de la femme la femme mariée une mineure et donc ça c'est c'est un combat qu'elle va mener toute sa vie

21:07
Invité

parmi ces autres grands grands combats qu'il faut évoquer il y a l'instruction l'instruction qu'elle partage d'ailleurs avec d'autres grands écrivains de l'époque oui alors effectivement

21:18
Présentateur

elle se situe tout à fait dans la mouvance de ces écrivains qu'on a appelés les voies de la liberté qui se sont employés à plaider pour un système donc d'instruction répandu dans toutes les couches du peuple alors pourquoi c'est un idéal qui est éminemment politique et qui sera accompli après 1870 et d'ailleurs Sande verra avec sa grande satisfaction l'avènement de la république même si c'est une république très conservatrice c'est la république de monsieur Thiers dans un premier temps après l'écrasement de la commune mais elle considère que l'instruction du peuple c'est en fait peut-être même le premier devoir de la république et d'un état politique qui serait véritablement réformé et amélioré parce que le peuple lorsqu'il est elle a la vision hugolienne du peuple en son enfance qui ne sait pas où il va qui n'est pas éclairé et qui donc fait dans certains cas les mauvais choix et il y a ce traumatisme qui d'ailleurs hante tous les républicains de la deuxième république et surtout du second empire qui est de voir le peuple qui se fourvoie qui vote pour ceux qui l'oppriment Louis-Napoléon Bonaparte

22:39
Invité

notamment est-elle attaquée Georges Sonde au prisme du genre quand elle fait de la politique comme elle l'est en matière littéraire

22:47
Présentateur

alors elle est attaquée il y a énormément de caricatures qui sont effectivement qui s'en donnent à cœur joie sur son habillement masculin les cigares le fait qu'elle se soit impliquée en 1848 enfin ça les attaques sont parfois même assez basses il faut le dire elle est à la fois très attaquée alors à la fois pour ses activités dites politiques même si elle se défend on l'a dit mais je crois qu'il faut le répéter elle se défend d'être une femme politique ou un homme politique on peut employer les deux formules mais elle a aussi été très attaquée sur le plan littéraire mais en même temps elle a été célébrée et de manière tout à fait prononcée elle a gagné beaucoup d'argent avec ses livres elle a été publiée donc dans les chez les éditeurs les plus prestigieux et elle était considérée quand même comme une des voies marquantes de la littérature et de la scène intellectuelle française

23:46
Invité

vous l'avez mentionné pourquoi l'espoir s'éteint-il pourquoi retourne-t-elle in fine à Nohant

23:52
Présentateur

alors Nohant c'est quand même là qu'elle a passé la majeure partie de sa vie même si elle a effectivement elle a fait quelques voyages mais elle a vécu aussi à Paris mais Nohant c'est son berceau c'est dans le département de l'Indre voilà c'est ça près de Châteauroux c'est le berceau familial c'est le cocon c'est là qu'elle reçoit ses amis c'est là qu'elle retrouve en quelque sorte un contact intime avec ses voisins mais elle rentre déçue de la politique à la fin de cette période ah oui après l'échec de la répression de l'insurrection de 1848 elle rentre à Nohant absolument désespérée elle dit je ne crois plus en une république qui commence par massacrer ses prolétaires et donc il va y avoir un repli alors un repli qui ne va pas entraîner l'arrêt de l'écriture bien sûr elle va prendre elle va développer une activité théâtrale qui lui permettra quand même d'agir sur la scène publique elle va continuer à énormément publier mais l'essentiel de sa vie va se dérouler à Nohant avec des voyages à Paris lorsque ses affaires l'y appellent

25:01
Invité

merci beaucoup Brigitte Krulik je rappelle que vous êtes professeur des universités spécialiste d'histoire des idées politiques du 19ème siècle on recommande la lecture de cet ouvrage sobrement intitulé Georges Sand c'est chez Gallimard aux éditions Gallimard merci également à celles et ceux qui ont préparé cette émission Rodier Ecken Bruno Barada Bertie Bourdon une émission réalisée et mise en onde comme chaque soir par les racines ben

25:27
Locuteur

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