Vœux d’Emmanuel Macron : "Une forme de décalage" avec la réalité, selon le président de la Fédération des acteurs de la solidarité
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 40 %Défensif 30 %
Questions et réponses
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- 0:20OuverteRéponse directe
Faire un mea culpa quand on est président et redonner la parole au peuple, c'est plutôt une bonne chose ?
- 1:44OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que ça dit, d'après vous, ce que vous considérez comme une absence dans cette allocution d'Emmanuel Macron ?
- 2:40RelanceRéponse directe
Ce gouvernement n'agit peut-être pas de la même manière que l'aurait fait Emmanuel Macron. Comment vous le considérez ?
- 3:20OuverteRéponse partielle
L'inflation a baissé ces derniers mois. Est-ce que ça ne va pas un petit peu mieux pour les ménages les plus modestes ?
- 5:02OuverteRéponse directe
Comment on fait pour répondre à chacune de ces situations ?
- 6:23RelanceRéponse directe
Les dépenses sociales en France sont déjà considérables. Comment expliquer autant de pauvres dans ce pays ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:59Invité politiqueFait
« Je n'ai rien entendu de cela hier. Et c'est très en décalage par rapport à ce que je vois, je crois que beaucoup de Français et Françaises voient un peu partout dans le pays. »
- 4:08Invité politiqueChiffre
« C'est de l'ordre de 20-30%. »
- 4:32Invité politiqueChiffre
« 10 millions de pauvres selon l'INSEE. »
- 4:35Invité politiqueChiffre
« 10 millions de pauvres selon l'INSEE. Nous sommes un pays très protecteur. Sans toutes les redistributions, les minima sociaux, ce serait plus de 15 millions. »
- 4:25Invité politiqueFait
« Tous les indicateurs montrent que, vous savez, ça fait 40 ans que la pauvreté ne baisse plus en France. »
- 7:30Invité politiqueChiffre
« Parce que le travail continue à protéger puissamment de la pauvreté. Mais de moins en moins, plus d'un million de travailleurs pauvres. »
- 7:40Invité politiqueFait
« Et la sortie du quoi qu'il en coûte, est-ce que ça, ça a eu un impact ? »
- 13:50PrésentateurChiffre
« On rappelle, le taux de pauvreté chez les moins de 18 ans, c'est 20%. »
- 16:04Invité politiqueFait
« Le silence des bidonvilles. »
- 16:55Invité politiqueChiffre
« plus que les 23, je crois, personnes, 39, pardonnez-moi. Oui, plus. »
Temps de parole
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Bonjour Pascal Brice. Emmanuel Macron a donc présenté ses voeux hier soir aux Français avec deux temps forts, un mea culpa d'abord sur la dissolution et une volonté de consulter les Français sur un certain nombre de sujets qui sont déterminants, je cite le mot d'Emmanuel Macron. Vous qui connaissez la société, vous vous dites, bon, faire un mea culpa quand on est président et redonner la parole au peuple, c'est plutôt une bonne chose on imagine ?
Donner la parole au peuple c'est fondamental dans une démocratie. Mais c'est vrai qu'il m'est revenu en écoutant les voeux du président qu'il fut une époque où les présidents de la République dédiaient tout particulièrement leurs voeux à, vous vous souvenez, celles et ceux qui souffrent, celles et ceux qui sont seuls ou qui sont loin de chez eux. Et c'est vrai que je n'ai rien entendu de cela hier. Et c'est très en décalage par rapport à ce que je vois, je crois que beaucoup de Français et Françaises voient un peu partout dans le pays, partout où je vais dans les associations.
Je n'ai pas trouvé l'écho de la situation de ces 400 étudiants et étudiantes attendant une distribution alimentaire sur un trottoir de Paris il y a quelques jours. de cette femme cadre que j'ai rencontrée à Guéret dans la Creuse qui ne peut pas travailler parce que son gamin n'a pas le ramassage scolaire qui convient, de cet ouvrier boulanger à Nancy qui ne peut pas se loger. Il a eu un peu sur Mayotte par exemple quand même. Non, non, mais je veux dire par là que il y a quelque chose qui relève d'une forme quand même de décalage.
Moi, je voudrais, si vous le permettez, on est le 1er janvier, en profiter pour présenter les voeux de ma fédération à toutes celles et ceux qui sont dans la pauvreté et la précarité. Pas sur un mode misérabiliste, mais parce que la force du pays notamment, elle est là, dans leur capacité à avancer, à se battre et toutes celles et ceux qui les accompagnent. Donc voilà.
Qu'est-ce que ça dit, d'après vous, à vos yeux, ce que vous considérez comme une absence dans cette allocution d'Emmanuel Macron ?
Je crois que la question est celle que vous posez. C'est-à-dire que ça dit, me semble-t-il, au-delà du Président de la République, quelque chose qui traverse aujourd'hui la société. Vous savez, le Président a beaucoup employé le terme « ensemble ». Et je pense que ça taraude beaucoup de Français et Françaises aujourd'hui. Qu'est-ce qui nous tient ensemble dans cette société-là ? Je pense que des symboles très puissants et très importants, comme Notre-Dame ou comme les Jeux Olympiques, sont importants dans la vie d'une nation. Mais ce qui fonde le pacte social, c'est autre chose. Et c'est cela aujourd'hui qui est fragilisé.
C'est la conviction que chacune peut avoir dans cette société que sa liberté est respectée. Je crois que c'est le cas.
Mais Emmanuel Macron, il est certes président, mais aujourd'hui, la situation a changé. Il n'a plus de majorité. Il ne gouverne plus véritablement. Il y a un gouvernement. Ce gouvernement n'agit peut-être pas de la même manière que l'aurait fait Emmanuel Macron. Comment vous le considérez ?
C'est bien pour cela qu'aujourd'hui, nous nous tournons vers le gouvernement et le Parlement. Ce qui compte, c'est que le gouvernement et le Parlement, à nos yeux, apportent des réponses à cet état du pays. À ceux qui le taraudent sur la question de ce qui fait l'organisation de la société, une forme d'ordre social, des questions de justice sociale que l'on donne à celles et ceux qui agissent, la capacité de le faire de manière notamment à lutter contre la pauvreté et la précarité, à répondre à tout cela. Et nous nous tournons pour cela, effectivement, vers le Premier ministre, son gouvernement et vers le Parlement.
Pascal Bridge, je voudrais qu'on parle de l'inflation qui touche les plus précaires, évidemment, dans notre pays. Elle a quand même baissé ces derniers mois. Est-ce que, quand même, ça ne va pas un petit peu mieux pour les ménages les plus modestes ?
Alors, c'est vrai que l'inflation est moins puissante qu'elle ne l'a été, mais ça a été tout à fait dévastateur, s'ajoutant à la crise sanitaire, la crise du Covid. Donc là, vous avez quelque chose qui a fragilisé considérablement. Et c'est cela que je vois notamment un peu partout. C'est-à-dire, quand je vois, par exemple, chez moi, à Malakoff, dans les Hauts-de-Seine, des retraités qui viennent à la fin du marché pour récupérer des choses parce que leur petite retraite ne suffise plus. Quand je vois ces personnes qui sont dans la distribution alimentaire un peu partout, c'est cette hausse des prix qui a notamment beaucoup fragilisé.
Donc, il n'y a pas d'amélioration depuis la baisse de cette inflation qui est constatée. Il y a une moindre inflation, mais ce que nous voyons, nous, dans nos distributions alimentaires, c'est une augmentation permanente de ça. C'est de quel ordre ? C'est de l'ordre de 20-30%. Et d'ailleurs, regardez un autre indicateur qui est très préoccupant. Celui que donne le ministère des Solidarités sur les bénéficiaires du RSA. Il y a eu une baisse très importante depuis, ou relativement importante depuis la sortie du Covid. Cette baisse est stoppée. Tous les indicateurs montrent que, vous savez, ça fait 40 ans que la pauvreté ne baisse plus en France. Il faut quand même qu'on prenne la mesure de ça.
Nous sommes un pays protecteur. 10 millions de pauvres selon l'INSEE. 10 millions de pauvres selon l'INSEE. Nous sommes un pays très protecteur. Sans toutes les redistributions, les minima sociaux, ce serait plus de 15 millions. Mais vous avez de plus en plus, et notamment depuis 2 ou 3 ans, une augmentation de cette précarité et de cette pauvreté qui s'enracine. Chez les jeunes, beaucoup. Chez les petits retraités. Chez les femmes, seules avec enfants. En milieu rural, en milieu rural.
Alors, pardon, vous dressez un tableau, effectivement, qui, s'il est juste, est effectivement assez hétérogène, enfin, avec des situations très diverses. La question que j'ai envie de vous poser, c'est comment on fait, par conséquent, pour répondre à chacune de ces situations ? Les petits retraités, bon, quelqu'un qui a 7 ou 800 euros de retraite par mois, il a 7 ou 800 euros de retraite par mois. Aujourd'hui, il n'y a aucune loi qui fait que sa retraite va augmenter.
Mais, d'abord, on agit à partir d'une conception de la société, qui est celle que nous attendons du gouvernement et notamment de François Béroux, qui tente à penser que si, effectivement, les questions qui sont posées dans le pays sont des questions à la fois d'ordre social et de justice sociale, alors, lutter contre la pauvreté et la précarité est au cœur de la cohésion du pays. Pourquoi ? Parce que vous le savez bien, c'est jusque dans le cœur des classes moyennes que l'inquiétude porte. Et donc, c'est cesser la stigmatisation. Parce qu'on voit bien... C'est-à-dire ?
Ce sont ces discours et ces quelques actes depuis quelques mois, quelques années, qui tentent à dire, oui, c'est vrai, il y a une fragilisation des classes moyennes, ce qui est profondément vrai des classes populaires au travail. Et donc, la solution, ce n'est pas de se dire que celles et ceux qui peuvent payent plus d'impôts et contribuent à la solidarité ou que les entreprises rémunèrent mieux les travailleurs pauvres. Non, ce serait que ceux qui sont au RSA et les étrangers seraient responsables de la situation du pays. C'est ça, la stigmatisation. Nous demandons que l'on sorte de cela et qu'on apporte des réponses.
Alors, les réponses, elles sont des réponses à la fois budgétaires, cibler les dépenses sur celles et ceux qui en ont besoin et sur nos associations qui les accompagnent, faire en sorte qu'il y ait une justice fiscale plus forte dans ce pays. Mais, pardon, Pascal, les dépenses sociales en France, elles sont déjà considérables. Et oui.
Rien que les retraites, c'est 400 milliards d'euros par an.
Vous avez absolument raison. Et c'est ça, le paradoxe français. Je l'ai redit. Il faut sans cesse le redire. Sinon, on n'est pas juste. Ce pays est l'un des pays les plus protecteurs au monde, qui dépense beaucoup d'argent pour le social. Et donc, celles et ceux qui payent leurs impôts, qui travaillent et payent leurs impôts pour ça, ont droit à l'efficacité de la solidité, à la transparence, à l'engagement réciproque sur le RSA qui entre en vigueur aujourd'hui pour se dire, bon, ben voilà, mon argent, je travaille, mon argent, il va à celles et ceux qui en ont besoin et ils font ce qu'il faut.
Mais comment on expliquait autant de pauvres, finalement, dans ce pays et que le nombre de pauvres soit en augmentation d'année en année, surtout depuis deux ans ?
Alors, 40 ans que ça ne bouge plus. Donc Emmanuel Macron n'est pas le seul fautif. Ah non, mais Emmanuel Macron, vous savez, moi je ne suis pas en train de dire, Emmanuel Macron n'est pas le seul fautif. Non. Le fautif, c'était le chômage de masse. Vous savez, moi je dis souvent que mon quartier de naissance à Nantes, je vois très bien ce que ça a donné en 40 ans, le chômage de masse ou dans tout un tas de régions. Donc c'est ça d'abord. Et depuis deux ou trois ans, pourquoi est-ce que ça augmente ? Ça augmente d'abord parce qu'il y a eu la crise sanitaire. Donc le Covid. Parce qu'il y a eu l'inflation dont vous parliez. Parce que le travail continue à protéger puissamment de la pauvreté.
Mais de moins en moins, plus d'un million de travailleurs pauvres. Et c'est ça la grande difficulté. Et la sortie du quoi qu'il en coûte, est-ce que ça, ça a eu un impact ? C'est un impact très puissant. C'est-à-dire qu'on a réussi le quoi qu'il en coûte et le gouvernement a réussi le quoi qu'il en coûte et les associations y ont puissamment contribué. Mais la sortie se fait dans les pires conditions. C'est-à-dire que, faute justement de mettre au cœur la question de la justice fiscale, les baisses de dépenses publiques, qui sont indispensables vu la dette publique, pèsent sur les plus pauvres, sur nos associations.
Et donc là, on est dans cette situation où on a une sortie à l'aveugle sur le plan budgétaire qui aggrave la situation de la pauvreté et de la précarité. Mais j'ajoute un point. Vous m'interrogez sur pourquoi. Vous savez, quand vous regardez les gens à la rue, vous avez qui ? Dans toutes les villes, partout en France et dans le monde rural, vous avez des jeunes sortis de l'aide sociale à l'enfance. Vous avez des travailleurs pauvres. Vous avez des femmes seules avec enfants qui n'arrivent pas à travailler autant qu'elles le devraient. Vous avez des étrangers qui ne demandent qu'à travailler, qui ne le peuvent pas.
Vous avez des gens, de plus en plus de jeunes, qui ont des problèmes de santé mentale considérables. Ce sont des dysfonctionnements de politique publique. Et donc, les réponses. Nous demandons qu'un gouvernement, enfin, cesse d'être dans la stigmatisation, mais surtout apporte des réponses dans la durée et en écoutant les acteurs et les actrices de la solidarité.
Mais justement, quel est le message très concret que vous avez envie d'envoyer à Catherine Vautrin, qui est la nouvelle ministre des Solidarités ? Elle l'était sous Gabriel Attal et elle récupère ce portefeuille. Qu'est-ce que vous avez envie de lui dire ce matin ?
Que les forces du pays sont là. Que les forces de la solidarité sont là. Que nous sommes, en tant qu'acteurs et actrices de la solidarité, conscients de ce qui fragilise le pays. De la nécessité que l'on entend de ces inquiétudes sur l'assistanat, sur la maîtrise de l'immigration. Et que la réponse, elle est dans la solidarité. La liberté et les moyens donnés aux associations. Le respect dû aux personnes. Des politiques publiques qui s'inscrivent dans l'urgence pour des hommes et des femmes qui sont dans l'urgence de la précarité absolue. Mais surtout dans la durée. Que dans la durée, on cesse de fabriquer de la pauvreté et de la précarité.
Vous allez la rencontrer là Catherine Vautrin, c'est prévu ?
Je suis à sa disposition et c'est très régulièrement que nous travaillons avec les ministres.
Vous l'avez évoqué, Pascal Brice, il y a aussi cette année, à partir d'aujourd'hui, la question par exemple du RSA, des heures d'activité en échange, entre guillemets, parce que c'est même pas en échange, c'est même pas conditionné, mais du RSA. Vous jugez que ça c'est stigmatisant par exemple ? Non.
Mais vous n'y étiez pas très favorable ? Si. Si, mais je vais vous dire pourquoi et dans quelles conditions nous y sommes favorables. Nous y sommes favorables dans les conditions qui ont prévalu à l'expérimentation. Vous le savez, il y a eu quelques territoires, par exemple, moi je suis allé dans de nombreux territoires où j'ai été expérimenté, par exemple à Redon en Ile-et-Vilaine, où j'ai travaillé avec les personnes. Et donc, le bilan de l'expérimentation, il est très bon. Pourquoi ? Parce qu'on s'est donné les moyens politiques et financiers de faire du cas par cas.
Alors attendez, pour être concret, pour ceux qui nous écoutent, vous avez donc vu comment ça fonctionnait cette expérimentation. Concrètement, les personnes qui sont RSA, qu'est-ce qu'elles font ? Parce qu'on précise bien que ce n'est pas du travail à proprement parler.
Non, ce n'est pas du travail. D'abord, ce qui est fondamental dans l'affaire, c'est que les personnes sont accompagnées, là où la plupart du temps ne le sont pas aujourd'hui, et accompagnées à la fois par un travailleur social ou une travailleuse sociale du département, et pour l'emploi. Donc des moyens pour le faire.
Juste, Pascal Brice, concrètement, ça veut dire quoi ? Rédiger un CV, passer son permis de conduire, ça c'est considéré comme 15 à 20 heures d'activité.
Oui, absolument, c'est toutes sortes d'activités. Le fait est fondamental d'être dans une démarche vers la société. Et c'est ce que nous soutenons, l'engagement réciproque, y compris en l'état de la fragilisation des classes moyennes et des gens qui travaillent dans le pays. Donc c'est pourquoi nous y sommes favorables. Mais simplement, au moment de la généralisation, ce que nous demandons, c'est qu'on généralise l'expérimentation. C'est-à-dire qu'on ne soit pas...
Parce que c'est très frappant de voir que dans l'expérimentation, y compris des élus départementaux, qui parfois étaient sur des discours très idéologiques, il faut que tout le monde boche, je ne veux pas le savoir, ce qui est totalement éloigné de la réalité de la vie des gens, et bien dans la réalité, là, de l'expérimentation, on a quelque chose de pragmatique et d'utile à tout le monde. Mais la condition de cela, c'est un, une approche politique qui soit conforme à ça, et deux, des moyens. Parce que sinon, on va être dans un truc totalement dogmatique et qui va non seulement fragiliser les personnes, mais en plus alimenter ce malaise autour de ce qui fait la solidarité dans le pays.
Le 8.30 France Info, Antoine Comte, Adrien Becq.
Pascal Brice, vous êtes toujours avec nous dans le 8.30 de France Info. Autre changement ce 1er janvier 2025, on a parlé du RSA, un changement sur les tickets restaurants, et cette impossibilité, en raison de la censure du gouvernement Barnier, pour certains détenteurs de tickets restaurants, de pouvoir acheter des produits non transformés dans les supermarchés, comme la farine, les pâtes, le riz ou la viande. Cette mesure, elle va avoir de sérieuses conséquences sur le pouvoir d'achat des Français.
Oui, c'est très dommageable, surtout pour celles et ceux dont nous parlons, c'est-à-dire qui travaillent, et pour lesquels c'est déjà très compliqué, et notamment en raison des prix de l'alimentation. Donc là, c'est quelque chose qui nous préoccupe, et donc je souhaite que très rapidement, ceci puisse être corrigé par le Parlement. Comment cela peut-il être corrigé, justement ? Par une loi, par une loi de finances, vous le disiez, c'est la censure. Je ne veux pas avoir là-dessus, mais là, la conséquence... Donc un budget.
Donc un budget, c'est la raison pour laquelle notre fédération a appelé très tôt les parlementaires, le président de la République, à faire le nécessaire pour que nous ayons un gouvernement républicain qui assure la continuité des services publics, qui sorte de la stigmatisation et qui fasse avancer le pays autant que possible dans cette période.
Autre conséquence de la censure, c'est que les pensions de retraite vont être là immédiatement, bel et bien, revalorisées. L'intégralité des pensions de retraite, alors que le gouvernement précédent prévoyait que seules les plus petites pensions seraient revalorisées immédiatement, les autres décalées dans le temps, est-ce que c'est une bonne chose, ou est-ce que ça ne risque pas, au fond, d'accroître encore une forme d'inégalité qui peut y avoir entre des retraités et peut-être d'autres catégories plus jeunes de la population, mais aussi plus précaires.
Et oui, je partage ce que vous dites. Je pourrais faire de la démagogie, comme beaucoup de gens. C'est formidable, il faut que toutes les retraites soient revalorisées. Mais je partage ce que vous dites. Si l'on pense, et surtout si l'on constate, comme je le fais, comme le font par toutes les associations, que nous sommes en train de sacrifier dans ce pays une partie de la jeunesse.
On rappelle, le taux de pauvreté chez les moins de 18 ans, c'est 20%. C'est moitié moins chez les personnes à la retraite.
Je ne peux pas vous décrire la colère qui m'a habité en voyant ces étudiants et ces étudiantes sur ce trottoir de Paris en plein froid en train d'attendre une distribution alimentaire. Heureusement que l'association est là pour le faire. Et donc effectivement, il va falloir quand même, et c'est pour ça que je vous disais qu'il y a des questions fondamentales sur lesquelles nous attendons des réponses à la fois politiques et dans les faits, sur cette question des retraites. Je pense en effet qu'il est nécessaire que l'on cible comme l'ensemble de la dépense sociale les revalorisations de retraite vers celles et ceux qui en ont besoin et Dieu sait s'ils en ont besoin. C'est-à-dire ?
Est-ce que précisément
vous pouvez nous en dire plus ? Parce que c'est quoi une retraite aisée ?
Il faut le regarder collectivement. Mais nous sommes aujourd'hui collectivement dans l'incapacité de répondre à cette question. Et c'est ça le problème. C'est qu'il est temps que nous regardions collectivement et ce n'est pas seulement le gouvernement. C'est chacune et chacun d'entre nous dans ce pays qui regardent collectivement qu'est-ce que nous sommes capables de faire comme effort. Mais vous voyez bien que la condition, c'est que chacune et chacun dans ce pays puisse se dire bon moi je suis retraité, je vis bien, je suis propriétaire de mon logement donc je peux accepter une moindre indexation comme Michel Barnier l'avait utilement proposé.
Mais à la condition d'avoir la conviction que celles et ceux qui ont réellement les moyens contribuent plus par ailleurs à la fiscalité. Et c'est ça aujourd'hui qui fait défaut. Mais d'abord de la part des pouvoirs publics mais aussi de chacune et chacun d'entre nous si nous voulons faire vivre la solidarité. Nous devons être lucides sur ce qui travaille ce pays. Donc ce n'est pas une bonne mesure ce que vous nous dites. Je pense qu'il serait nettement préférable que l'on revalorise bien plus les petites retraites et que celles et ceux qui le peuvent fassent cet effort mais à la condition que celles et ceux qui par ailleurs ont nettement plus les moyens soient mises à contribution.
C'est ce que Michel Barnier proposait. J'espère que François Béroux ira dans ce sens et même amplifiera.
Pascal Brice je voudrais qu'on parle de Mayotte à présent un territoire que vous connaissez bien. Vous présidez une fédération qui regroupe environ 900 associations Emmaüs ou l'armée du salut par exemple qui viennent en aide aux plus démunis et actuellement qui sont à l'oeuvre du côté de Mayotte. Quelle est la situation sur place plus de 15 jours après le passage du cyclone ? Qu'est-ce qu'elles vous font remonter ces associations ?
Le silence. Le silence des bidonvilles. Je connais, vous l'avez dit, ces îles, ces bidonvilles, et c'est glaçant. C'est glaçant d'ailleurs de ne toujours pas savoir combien de personnes sont réellement mortes et j'attends du gouvernement et j'ai confiance en cela que ne serait-ce qu'un nombre puisse être mis sur ces victimes. Déjà invisibilisé.
Le bilan qui est donné par le gouvernement n'est pas le bon ?
Le gouvernement, je crois, dit lui-même que c'est un bilan provisoire et il attend, je crois, notamment la rentrée scolaire pour en savoir plus. Donc il sera important que nous sachions. Et effectivement, nos associations sont plongées dans ce chaos-là.
Elles vous disent, pardon, Pascal Brice, vos associations, que de ce qu'elles voient sur le terrain, le bilan est peut-être plus lourd que ce qu'on pense ?
Oui, en tout cas, plus que les 23, je crois, personnes, 39, pardonnez-moi. Oui, plus. Pardonnez-moi,
personne ne sait encore exactement. Plusieurs dizaines, centaines de morts,
c'est ce qu'il y a. Personne n'en sait rien. Donc ça, c'est vraiment le travail des pouvoirs publics et nous allons y aider. Donc l'urgence, c'est d'abord, effectivement, d'être auprès, comme le font nos associations sous l'égide des pouvoirs publics, auprès des Mahorais qui sont des habitants de l'île qui sont aujourd'hui dans le plus grand dénuement.
Question à l'ancien directeur de l'OFPRAC. Vous êtes l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides. François Bayrou, le Premier ministre, souhaite supprimer les bidonvilles pour lutter contre l'immigration massive dans l'archipale, notamment en provenance des Comores. Est-ce que c'est une bonne mesure, selon vous ?
En tout cas, le principe est bon. Moi, je connais les bidonvilles. J'ai connu à Mayotte et ailleurs. C'est d'une violence terrible pour les personnes.
Mais c'est vraiment possible de supprimer les bidonvilles. La question, c'est ça.
La question, c'est comment fait-on ? Et moi, je voudrais insister sur un point qui est que, parce que derrière la question des bidonvilles, il y a bien sûr la question de l'immigration puisque pour l'essentiel, ce sont des migrants des Comores, parfois quelques-uns de l'Afrique des Grands Lacs qui sont là. Je voudrais vraiment mettre en garde contre une erreur qui serait terrifiante, qui serait de donner à croire que la situation de Mayotte serait, sur cette question-là et notamment sur la question de l'immigration ou des bidonvilles ou pas bidonvilles parce qu'en réalité, c'est lié, comparable à ce que nous vivons en métropole. Parce que ça, c'est le jeu de l'extrême-droite.
L'extrême-droite passe son temps à expliquer qu'en réalité, la métropole est dans la même situation que Mayotte alors que Mayotte est dans une situation hors norme totale puisque vous le savez, c'est un territoire français, un département français dans un lieu de pauvreté absolue. Donc, oui, pas de bidonvilles mais la question est de savoir comment et comment on règle la question de l'immigration à Mayotte autant qu'on le peut et ça, ça suppose un soutien au développement des Comores.
On aura l'occasion d'en reparler évidemment de cette question et avec vous éventuellement. Merci beaucoup Pascal Brice, président de la Fédération des Acteurs de la Solidarité. Meilleur vœu à vous et bonne journée. Vous restez avec nous bien sûr sur France Info.
Merci.