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Podcast / conversationFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 23 août 2022 29 minComplaisantActualité / polémiqueEnvironnement & énergieSécuritéÉconomie & entreprisesSolidarités & famille

Météorologie et risques climatiques : le défi de la prévision

Source d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Défensif 100 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 97 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:26OuverteRéponse directe

    Comment, à quoi sert Météo France ? Pourquoi cet orage en Corse était-il si difficile à prévoir ?

  • 2:42OuverteRéponse directe

    Quelle est votre perception sur le système d'alerte de Météo France qualifié de défaillant ?

  • 3:49RelanceRéponse directe

    Ce n'est pas la première fois que Météo France est critiqué après un échec de prévision.

  • 4:31OuverteRéponse partielle

    Est-ce que vous savez comment ça se passe à l'étranger ? Existe-t-il des services météo plus performants ?

  • 5:32RelanceRéponse directe

    Martine Tabot, puisque Anoushka Wazak vous pose la question.

  • 6:45FerméeRéponse directe

    Là, vous citez des modèles d'institutions privées, c'est ça ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:16PrésentateurFait
    « Météo France ne plaçait la Corse qu'en simple vigilance jaune. »
  • 0:32PrésentateurFait
    « Gérald Darmanin, le ministre de l'Intérieur, a indiqué vouloir commander une enquête auprès des services de la sécurité civile quant au déclenchement de cette vigilance orange par le service officiel de météorologie. »
  • 7:47PrésentateurChiffre
    « Depuis 2013, l'établissement qui dépend de l'État a vu sa subvention baisser de 20%. Ça fait 37 millions d'euros en moins. »
  • 7:59PrésentateurChiffre
    « Les effectifs ont diminué d'un quart, passant de 3300 personnes en 2012 à 2736 exactement en 2020. »
  • 8:14InvitéFait
    « Non, le budget de Météo France, c'est 50% de l'État. »
  • 8:24InvitéFait
    « Il a été décidé de diminuer la dotation et ensuite de fermer des sites, en particulier de fermer des sites qui semblaient inutiles, entre guillemets, parce qu'ils correspondaient à des régions en métropole qui étaient très peu peuplées. »
  • 28:37PrésentateurFait
    « J'ai été frappé cet été avec les incendies dans les Landes du fait que pratiquement on n'avait pratiquement jamais évoqué l'incendie qui avait quand même plus de 50 000 hectares en 49 et qui avait fait 82 morts. »

Temps de parole

  • Invité42 %
  • Invité 230 %
  • Présentateur27 %

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0:01
Présentateur

Après les violents orages qui ont frappé la Corse la semaine dernière, provoquant la mort d'au moins 5 personnes, c'est Météo France qui se retrouve au cœur de la tempête. En effet, jeudi dernier, dans son bulletin de 6h, Météo France ne plaçait la Corse qu'en simple vigilance jaune. Soyez attentifs, ce n'est qu'à 8h30 que l'alerte orange, soyez très vigilant, a été déclenchée alors que la tempête touchait déjà le territoire. Gérald Darmanin, le ministre de l'Intérieur, a indiqué vouloir commander une enquête auprès des services de la sécurité civile quant au déclenchement de cette vigilance orange par le service officiel de météorologie.

On va se demander alors aujourd'hui s'il est possible de mieux prévoir ces événements climatiques, mais aussi nous allons nous interroger sur l'évolution de notre rapport aux prévisions météo. Bref, comment avec l'augmentation des risques climatiques, nous sommes devenus à la fois plus exigeants et plus sensibles aux questions météo. Alors pour en parler ce matin, nous sommes avec Anoushka Vazak. Bonjour. Bonjour. Vous êtes maîtresse de conférence à l'université de Poitiers, co-responsable du réseau et séminaire Perception du climat à l'école normale supérieure, co-directrice de la collection Météo aux éditions Hermann. Et puis nous sommes également avec Martine Tabot. Bonjour. Bonjour.

Vous êtes géographe, climatologue, membre du groupe de recherche Réclime Risques Climatiques. Alors, comment, à quoi sert Météo France ? Il faut qu'on essaie de comprendre le fonctionnement des prévisions et les critiques. Pourquoi Martine Tabot, cet orage en Corse était-il si difficile à prévoir ?

1:41
Invité

Eh bien, écoutez, je pense que l'échelle des phénomènes météorologiques de type orageux est extrêmement fin, que des cellules orageuses peuvent avoir quelques kilomètres carrés ou dizaines de kilomètres carrés, se développer en mer et ensuite atteindre les littoraux corse et que des conditions particulièrement favorables de pente, d'humidité, d'inversion de température entre le sol et l'altitude peuvent faire qu'une cellule aura des liens hyperactifs ou bien au contraire qu'elle ne l'est pas.

Et ça ne me paraît pas possible de pouvoir dire très exactement qu'un orage va pouvoir frapper tel camping, voire tel bungalow sur lequel est tombé un arbre, malheureusement, et qui a conduit à la mort de plusieurs personnes.

2:42
Présentateur

Anoushka Vazak, quelle est votre perception sur ce système d'alerte de Météo France qui a été qualifié par certains de défaillant ?

2:50
Invité

Alors, je sais qu'en effet, les orages sont les phénomènes météorologiques les plus difficiles à prévoir parce que ce sont des phénomènes extrêmement locaux, contrairement aux tempêtes. Donc, moi, je comprends qu'il y ait des difficultés à prévoir finement, comme l'a dit Martine Tabot, de tels phénomènes. Le système de vigilance météorologique qui a été mis en place par Météo France depuis, je crois, le début des années 2000, n'a cessé de se préciser, en passant par les vagues submersions, je crois, en 2011. Et on exige de plus en plus de Météo France, qui est un service officiel. Donc, on exige de plus en plus.

Et je pense qu'il est très, très difficile de demander davantage, étant donné les circonstances dans lesquelles travaillent maintenant les prévisionnistes de Météo France.

3:49
Présentateur

Oui, c'est ça, parce que ce n'est pas la première fois que Météo France est sous le feu de critiques après un échec de prévision, Anne-Chavazak.

3:57
Invité

Oui, tout à fait. Il me semble que pour la tempête de 1999, déjà, on les a mis en cause. Alors, c'est vrai que la prévision s'est beaucoup, beaucoup améliorée depuis, que, notamment pour les tempêtes, on peut les prévoir. Ce sont des phénomènes qui viennent de plus loin. Je ne parle pas en météorologue. Mais voilà, donc, les tempêtes, c'est plus facile à prévoir. Les orages, non. Météo France est justement toujours un petit peu dans la tempête, toujours pointé du doigt. Mais je pense que les conditions dans lesquelles travaillent les prévisionnistes de Météo France sont devenues aussi beaucoup plus difficiles.

4:31
Présentateur

Est-ce que vous savez comment ça se passe à l'étranger ? Est-ce qu'il y a des services météo, Anne-Chavazak, qui vous paraissent plus performants, qui ont plus d'avance que le système français ?

4:44
Invité

Alors, plus d'avance, là, je ne peux pas donner de réponse précise. Je sais que le met-office en Grande-Bretagne est très performant. Bon, au départ, ce sont, historiquement, c'est des prévisions pour la marine, un petit peu comme en France. On sait que le début des prévisions météorologiques, le système météorologique de prévision a été mis en place à partir de 1854-1855, à la suite d'une tempête pendant la guerre de Crimée. Et Urbain Le Verrier a mis en place, a préconisé un système de réseau. Alors, en Grande-Bretagne, mais Martine Tabot pourra peut-être préciser davantage, le met-office est quand même très réputé, notamment pour la prévision maritime.

Alors, est-ce qu'ils auraient pu prévoir ce type de phénomène orageux ? Je ne sais pas.

5:32
Présentateur

Martine Tabot, puisque Anoushka Wazak vous pose la question.

5:38
Invité

Moi, je serais plus tranchée qu'Anoushka. Je pense que, de la même manière que les hôpitaux manquent de personnel, l'éducation nationale aussi, le service public en général, et Météo France est un établissement public depuis 1854, manque de personnel, manque d'argent, ce qui ne veut pas dire qu'ils ne sont pas performants, parce que les modèles qui sont utilisés pour la prévision météorologique sont des modèles avec des mâles qui sont très fines, de l'ordre de 5 à 10 km, voire même jusqu'à 1,5 km, et c'est un coût extrêmement élevé.

Et à Rome, à Météo France, c'est pratiquement, je ne dis pas que c'est le meilleur modèle qui existe dans le monde, mais pratiquement, moi, là, je ne travaille pas pour Météo France. Mais je assure ce que j'ai vu sur la Corse, les modèles WRF, Euro 4, etc., c'est-à-dire des modèles qui viennent non pas d'un établissement public, mais d'une structure privée, n'ont pas prévu...

6:45
Présentateur

Là, vous citez des modèles d'institutions privées, c'est ça ?

6:48
Invité

Oui, c'est ça. Et donc, je ne vois pas pourquoi on mettrait particulièrement en cause un établissement public qui, à mon avis, est extrêmement performant, extrêmement performant, compte tenu des conditions dans lesquelles ils travaillent. Et les modèles, les autres modèles ne sont pas meilleurs. Ce n'est pas parce que sur votre smartphone, en permanence, on vous fait croire, d'ailleurs, que la température de l'endroit où vous êtes est mesurée. En fait, elle est recalculée à partir de températures qui sont mesurées dans des stations météorologiques alentours.

Donc, sur le smartphone, vous avez l'illusion de quelque chose qui est à une échelle extrêmement fine, qui est celle de votre propre corps. Mais, en fait, c'est totalement virtuel. Parce que c'est recalculé par rapport à des stations météorologiques déjà existantes.

7:41
Présentateur

Martine Tabot, vous l'avez évoqué, Météo France est une institution qui dispose de moins de moyens qu'auparavant, puisque depuis 2013, l'établissement qui dépend de l'État a vu sa subvention baisser de 20%. Ça fait 37 millions d'euros en moins. Et puis aussi, les effectifs ont diminué d'un quart, passant de 3300 personnes en 2012 à 2736 exactement en 2020. Pourquoi Météo France voit son budget de plus en plus réduit ? Et d'ailleurs, comment cette institution est-elle financée ? Est-ce qu'elle dépend uniquement de l'État ?

8:14
Invité

Non, le budget de Météo France, c'est 50% de l'État. Mais à partir de 2008, je pense que c'est sous la présidence de Nicolas Sarkozy et de son Premier ministre, M. Fillon, il a été décidé de diminuer la dotation et ensuite de fermer des sites, en particulier de fermer des sites qui semblaient inutiles, entre guillemets, parce qu'ils correspondaient à des régions en métropole qui étaient très peu peuplées. Et donc, on voulait optimiser la prévision là où la population vit en temps normal, c'est-à-dire dans les grandes agglomérations. Et donc, ça s'est fait au détriment de la moyenne montagne, de la montagne même, et de la campagne, on pourrait dire.

9:01
Présentateur

Et ça a eu des effets sur les prévisions ?

9:04
Invité

Ben oui, parce que deux sites sur trois pratiquement vont fermer ou vont déjà fermer. Et donc, on va se retrouver avec des prévisionnistes qui ne connaissent pas du tout le terrain. Or, pour pouvoir prévoir, prenons l'exemple de la Corse, pour pouvoir prévoir le déclenchement d'une instabilité exceptionnelle sur un site donné, il faut quelqu'un qui connaisse très très bien le terrain. Or, s'il n'y a plus de stations météorologiques en Lozère, en Ardèche, en Creuse, je ne veux pas stigmatiser aucune de ces régions, ça pose problème.

Et ça pose d'autant plus problème que, pendant la période estivale, la population française se répartit totalement différemment de celle des 345 jours ordinaires, puisqu'elle va privilégier les littoraux, elle va privilégier la moyenne montagne, elle va privilégier la campagne. Et donc, à ce moment-là, c'est-à-dire en été, on va se retrouver avec une population qui est, je ne le dis pas, est répartie sur le territoire, ce n'est pas le cas, mais qui va se retrouver, ne plus répondre à la distribution, on pourrait dire, ordinaire de la population.

10:15
Présentateur

Pour ce qui est de la quête des données, est-ce qu'on privilégie, ou le système de Météo France privilégie trop, la technologie aux dépens de l'humain, puisqu'il y a quand même des météorologues amateurs qui ont été remplacés progressivement par des stations automatiques de prélèvement ?

10:34
Invité

Alors, moi, je peux répondre aussi à cette question.

10:37
Présentateur

Ah, Alouska Vazak, allez-y, prenez la parole.

10:40
Invité

On sait que les observateurs bénévoles de Météo France ont été supprimés progressivement. Ils faisaient partie de ce maillage très, très fin du territoire français. Et voilà, c'est ce que disait Martine Tabot, on a de moins en moins d'humains, tout simplement, qui sont susceptibles de travailler à, disons, de contribuer à ce réseau. Parce qu'il s'agit bien d'une prévision en réseau, c'était bien le système à l'origine qui a été mis en place. Il s'agit de prévoir en réseau et ça devient presque impossible.

11:15
Présentateur

Martine Tabot, vous souhaitez dire quelque chose ?

11:18
Invité

Oui, on pourrait rajouter une autre chose, c'est qu'on demande aujourd'hui à Météo France de faire plus de tâches qu'avant. C'est-à-dire qu'avant, on lui demandait de faire de la prévision météorologique des phénomènes dangereux, d'assurer la sécurité aéronautique, la surveillance maritime. Mais maintenant, il y a la qualité de l'air. Et puis, il y a aussi quelque chose qui est mangeur d'individus à Météo France, c'est la conservation de la mémoire du climat. Alors que dans les années 70, le service climatique à Météo France, je me souviens, à Bneurap, c'était vraiment, bon, s'il y avait 5 personnes, c'était bien le bout du monde.

Donc aujourd'hui, cette partie conservation des archives du climat, de façon à pouvoir faire des projections climatiques sur le futur, et participer au plan national d'adaptation au changement climatique, c'est le mangeur d'individus qui font de la recherche, et de la bonne recherche avec le CNRS. Mais c'est autant de personnel qui n'est pas disponible pour la prévision météorologique des phénomènes dangereux. Or, je rappelle que c'est un quart du personnel qui n'est plus à Météo France par rapport à ce qu'il était dans les années 80.

12:34
Présentateur

Oui, il faut rappeler aussi comment fonctionne le prélèvement, le fonctionnement, donc le prélèvement des données. 90 à 95% du volume de données sont faites par des satellites. Et puis après, il y a des outils complémentaires comme les stations météorologiques de surface qui sont dans l'eau et sur Terre. Il y a les ballons-sondes, il y a les radars, les satellites, et puis éventuellement aussi les bénévoles qu'on évoquait tout à l'heure. Est-ce qu'aujourd'hui, avec le réchauffement climatique, il est nécessaire qu'il y ait une adaptation du travail de prévision ? Est-ce que le réchauffement climatique rend plus difficiles ces prévisions météorologiques ? Martine Tabou.

13:16
Invité

Écoutez, ce que je peux répondre, c'est que pour le moment, il est sûr que l'occurrence des phénomènes dangereux va croissant, mais par contre, ces phénomènes dangereux, ils ne sont pas inconnus. Le mécanisme lui-même, il est connu. Donc, ça, ça laisse espérer qu'on va pouvoir améliorer les choses, mais on ne pourra améliorer les choses quant à la prévision pour des phénomènes qui sont, donc, du point de vue de la genèse, connus, qu'avec plus d'argent et plus de personnel.

13:52
Présentateur

Mais est-ce qu'il faut moderniser cette approche de prévision et la technologie pour mieux s'adapter au changement climatique, selon vous ?

14:01
Invité

Alors, Anouska parlait tout à l'heure de l'après-99 et des tempêtes de 99 où Météo-France avait-il vraiment beaucoup mis en cause et avait proposé, donc, les couleurs graduées, là, de la carte de vigilance. Je pense qu'il ne suffit pas, peut-être, puisque vous me parlez d'une amélioration possible, peut-être qu'on pourrait imaginer ce qui se fait dans certains pays, à savoir que, compte tenu du fait qu'avec un smartphone, vous êtes géolocalisé, comme on dit, avec le GPS, à ce moment-là, ça voudrait dire que toute personne se trouvant dans un périmètre qui va être considéré comme à risque recevra une alerte.

Peut-être que ça, ce serait plus efficace par rapport à une couleur rouge ou une couleur orange de mise en alerte d'un département. La mise en alerte des départements avec les cartes de vigilance, elle ne concerne pas que le particulier et son irresponsabilité possibles. Elle concerne aussi tout ce qui est protection des personnes et des biens.

15:16
Présentateur

Anoushka Vazak, votre sentiment, justement, est-il nécessaire d'adapter le travail de prévision face au réchauffement climatique qui rend plus difficiles ces prévisions ?

15:28
Invité

Alors c'est vrai que par exemple pour l'orage en Corse, on a très vite parlé de cyclones, alors peut-être qu'il faut en effet se reporter ou disons comparer avec des phénomènes qui jusque-là étaient plus, qui concernaient d'autres territoires, ultramarins en particulier. Peut-être qu'il y a là plus de synergie à trouver. Mais je voulais dire quand même que, enfin je ne sais pas si vous l'avez dit précédemment, Météo France étant un organisme officiel, cette institution peut être aussi empêchée pour même s'exprimer, se défendre.

Je crois savoir qu'il n'était pas possible aujourd'hui d'entendre tout simplement des gens qui travaillent à Météo France parce qu'on attend un conseil des ministres où la chose doit être débattue si je suis bien renseignée.

16:21
Présentateur

Sachez en ce qui concerne les comparaisons avec l'étranger que par exemple en Hongrie, le gouvernement a limogé hier la présidente de l'agence Météo Nationale et son adjoint deux jours après le report par crainte d'intempéries d'un grand feu d'artifice prévu à Budapest pour la fête nationale et cette annonce intervient au lendemain de critiques de médias pro-gouvernement contre l'agence Météo dont les prévisions annonçaient orages et rafales de vent qui avait provoqué l'annulation samedi du feu d'artifice comme quoi en Hongrie

16:53
Invité

les questions du pouvoir ne sont jamais très loin en fait dans cette affaire de prévision c'est quand même intéressant à souligner

16:59
Présentateur

je voudrais rajouter

17:01
Invité

que je me souviens très bien d'avril 86 en fait je pense qu'Alain Villot-Pritrine avait refusé de faire le bulletin météorologique de 19h55 le soir

17:13
Présentateur

c'était le présentateur météo de TF1 à l'époque

17:15
Invité

de Ternobyl et le journaliste qui faisait la présentation météorologique ce soir-là montrait de ses deux mains que le nuage de Ternobyl ne pouvait pas atteindre l'exagone et c'était en fait ce qu'on lui avait dit de dire

17:31
Présentateur

Voilà il est 7h58 quasiment sur France Culture on parle des prévisions météo ce matin du fonctionnement de Météo France après les orages mortels de la semaine dernière et l'enquête sur le déclenchement des alertes météo réclamées par le ministre de l'Intérieur dans quelques minutes juste après le journal on se demandera comment notre perception du climat a-t-elle évolué et comment notre exigence est accrue au rythme de l'augmentation des risques climatiques France Culture les matins d'été Baptiste Muchensturm Et la suite de ces matins d'été c'est la question des prévisions météo qui nous intéressent ce matin après l'épisode des orages meurtriers en Corse la semaine dernière des prévisions de plus en plus difficiles à établir précisément en ces temps d'augmentation des risques climatiques on l'a vu pour les orages nous sommes toujours avec nos deux invités la maîtresse de conférence à l'université de Poitiers co-responsable du réseau et séminaires perception du climat l'école normale supérieure Anoushka Vazak et puis la géographe climatologue membre du groupe de recherche RICLIM risque climatique Martine Tabot alors comment sommes-nous où on est passé donc comment sommes-nous passés d'un souci individuel de la météo d'une simple attention souvent distraite autant qu'il fait localement à une prise de conscience collective Martine Tabot ou même Anoushka Vazak plutôt parce que c'est vous l'historienne

18:48
Invité

Oui c'est vrai qu'il y a une histoire derrière ça c'est certain c'est vrai qu'il faut commencer par faire une distinction entre météo et climat la météo c'est le temps qu'il fait au jour le jour le climat c'est les conditions atmosphériques moyennes c'est plutôt de l'ordre de la statistique et notre intérêt pour la météo était en effet beaucoup plus individuel il est devenu plus collectif avec une conscience certainement qui s'est vraiment développée je dirais cet été je crois qu'il s'est vraiment passé quelque chose cet été avec la canicule et la sécheresse disons qu'on s'est mis à passer assez rapidement de la météo au climat

19:32
Présentateur

j'ai l'impression qu'on avait déjà dit ça l'été précédent l'été dernier

19:35
Invité

ah écoutez là vous ne croyez pas que cette année cet été était vraiment très particulier si bien sûr on a tous été quand même extrêmement inquiets je crois qu'il ne faut pas minimiser l'éco-anxiété qui n'est pas simplement un phénomène justement individuel mais plus collectif ça n'est plus une question simplement d'agriculteur c'est une question qui a concerné vraiment toutes les catégories de la population il me semble et qui s'est diffusée largement grâce aux moyens de communication on a tous évidemment ça passe par les médias mais on a tous partout sur le territoire métropolitain et au-delà évoqué cet été très particulier qui a pu entraver certaines activités enfin au-delà de la question de la sécheresse et de la question des cultures qui est dramatique il faut bien le dire donc ça a été vraiment une prise de conscience collective il me semble

20:37
Présentateur

Martine Tabot votre sentiment sur cette question

20:41
Invité

je pense que peut-être que cette année c'est un peu comme peut-être en 1976 ça situe à peu près l'âge que j'ai mais parce que il y a eu des arrêtés communaux préfectoraux etc interdisant un certain nombre d'activités qui ont touché l'ordinaire de la vie quotidienne de tout un certain nombre de gens ne pas laver sa voiture ne pas arroser son jardin etc et puis vous venez d'en parler il y a quelques minutes la remise en cause par exemple de certaines activités de loisirs qui sont dispendieuses en matière de demandes en eau par exemple les golfs ou bien les piscines privées qui se sont multiplisées en somme des quantités pararoniques d'eau donc effectivement c'est quelque chose qui est entré dans le quotidien de la vie de la population française métropolitaine

21:41
Présentateur

le rapport aux médias est important parce que il y a des attentes qui sont grandissantes est-ce que selon vous les médias sont en retard sur les attentes du public concernant justement ces traitements de questions climatiques Martine Tabot

21:57
Invité

alors les médias ne fonctionnent pas trop ce terme mais bon parce que ça regroupe diverses choses je pense que plusieurs moyens de communication sont interpellés par ce que vous venez de dire d'une part il y a les images je pense que les images qui sont aujourd'hui omniprésentes sur le smartphone pour les plus vieux sur la télévision etc elles permettent de fixer un certain nombre de choses que des chiffres ne permettraient pas de fixer par exemple je ne sais pas les incendies voir le feu se propager c'est quelque chose qui éventuellement fait peur etc voir des ravignements voir bon moi je suis là à proximité du lac de Sainte-Croix il y a des communes riveraines qui ont fait savoir que le lac de Sainte-Croix continuait d'exister il ne faisait plus 23 km² mais il en faisait 18 mais il y avait quand même encore 18 km² de lac parce que les images qu'avaient montré les internautes c'était des sols desséchés exactement comme si on était au Sahel donc il y a le poids des images il y a le fait que le smartphone permet en temps réel de communiquer sur des infos météorologiques environnantes ça ça me semble avoir quand même grandement changé la manière de fonctionner par rapport à la météo et par rapport aux besoins de sécurité qu'on a individuellement

23:34
Présentateur

justement les images vous les évoquiez au mois de juin il y a un article de Libération qui a dû être modifié par la rédaction après la protestation des lecteurs parce que l'interview d'un climatologue alternant sur la multiplication des épisodes de forte chaleur était illustrée par une photo d'un homme torse nu profitant du soleil donc maintenant il est impossible d'illustrer des températures anormalement hautes par des images évoquant des moments délicieux c'est ça le vrai changement Anoush Kavazak

24:03
Invité

Alors c'est vrai que j'avais lu un article de reporter là-dessus qui était extrêmement intéressant c'est maintenant un peu l'été qui est devenu la mauvaise saison c'est la saison qu'on craint avant c'était l'hiver et maintenant il y a une anxiété autour de l'été alors évidemment il faut relativiser il y a eu aussi quand même des plaisirs associés à cet été extraordinaire on ne peut pas quand même le nier complètement mais c'est vrai que l'été est devenu la saison qui inquiète qu'on surveille au-delà de nos smartphones c'est vrai qu'il n'y a plus la grande messe des prévisions météo avant le journal de 20h à la télévision disons mais on est quand même extrêmement vigilant pour reprendre un mot qui était associé tout à l'heure à la prévision officielle de type Météo France mais voilà on est beaucoup plus inquiet quant à la traversée de l'été de nos jours et c'est vrai pour revenir à votre question sur la justesse ou non enfin l'attente du public par rapport aux prévisions je crois qu'on est toujours un petit peu déçus il n'y a rien à faire ça fait partie la météo c'est un système qui n'est pas c'est pas une science exacte même si elle s'améliore considérablement mais on le voit dans ces derniers jours on a changé de régime météorologique moi personnellement je suis en Normandie et il y a maintenant beaucoup plus de pluie on est entré de nouveau dans un régime de type océanique et on est quand même on n'a pas de certitude sur est-ce que la pluie va tomber à telle heure est-ce qu'elle va même tomber aujourd'hui rien n'est vraiment absolument clair ni certain

25:48
Présentateur

mais vous diriez justement que les médias ont failli mettre suffisamment en avant les données scientifiques sur les changements climatiques qui existent d'ailleurs depuis des années

25:57
Invité

non je ne dirais pas ça je pense qu'il y a vraiment une prise de conscience collective et qui est relativement récente et je ne mettrai pas en cause les médias de toute façon comme dit Martine Tabot les médias c'est un petit peu trop global je crois qu'il faut vraiment faire des sanctions

26:13
Présentateur

absolument et vous en ce qui concerne la prise de conscience de cet été elle est aussi marquante est-ce qu'on peut espérer un changement dans les comportements et les débats selon vous ?

26:28
Invité

Ecoutez comme on l'a entendu dans le journal il y a comme des petites communautés qui semblent résister comme on parlait tout à l'heure des golfers on ne va pas du tout non plus les stigmatiser mais il y a une c'est difficile de demander aux gens de cesser de vivre comme avant je suis sûre qu'il y a eu une prise de conscience mais ce qu'on peut craindre c'est que les comportements ne changent pas radicalement par exemple est-ce qu'on va on va peut-être être plus vigilant aussi concernant par exemple l'avion le transport en avion est-ce qu'on va pour autant s'empêcher de voyager en avion j'en suis pas sûre et puis il y a cette grande question je dirais de l'amnésie si on est comme ça c'est le cas maintenant de plus en plus on va rentrer dans ce qu'on appelle l'automne après tout est-ce qu'on va pas oublier un petit peu rapidement ce qui s'est passé cet été individuellement collectivement c'est pas sûr que ça même s'il s'est passé quelque chose que ça reste fixé dans les mémoires ça n'est pas absolument certain que ça débouche sur un changement radical de comportement et je dirais au-delà de politique

27:39
Présentateur

en même temps on peut s'attendre aussi à ce que l'automne malheureusement révèle des épisodes climatiques importants voire peut-être même dangereux

27:51
Invité

c'est vrai oui les épisodes c'est l'eau par exemple

27:54
Présentateur

voilà les épisodes c'est l'eau

27:55
Invité

à l'automne mais avec des précipitations de 100 mm 150 mm là aussi sur des surfaces qui sont très réduites l'émission que nous sommes en train d'écouter que les auditeurs entendent en fait elle traite de ce sujet là mais justement elle est dans l'immédiateté parce qu'en fait il ne faut pas croire que le fait d'avoir de l'information en quantité considérable ce qui est le cas de notre société on a accès à des sommes astronomiques d'informations mais en fait ça ne veut pas dire qu'on les hiérarchise ça ne veut pas dire non plus qu'on les met en mémoire moi j'ai été frappé cet été avec les incendies dans les Landes du fait que pratiquement on n'avait pratiquement jamais évoqué l'incendie qui avait quand même plus de 50 000 hectares en 49 et qui avait fait 82 morts donc et à partir duquel on s'était posé la question on a planté les Landes en 1857 est-ce qu'il faut recenser et on pourrait se dire aujourd'hui la question on devrait la reposer

29:06
Présentateur

et bien on va suivre votre conseil merci à vous deux Anoush Kavazak maîtresse de conférence à l'université de Poitiers responsable du réseau séminaire perception et du climat à l'école normale supérieure et merci aussi à vous Martine Tabot géographe climatologue membre du groupe de recherche Reclime risque climatique d'avoir été dans ces matins d'été merci à l'université