Dépendance au gaz américain : "Mon message est d'accélérer la transition énergétique sur nos territoires pour renforcer notre souveraineté", lance la directrice générale d'Engie
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« Il y a une croissance économique, il y a développement, data center, IA, etc. »
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« Les énergies renouvelables sont les meilleures solutions pour répondre à ce besoin rapide d'électricité. »
- 1:16InvitéFait
« On peut quand même compter sur le pragmatisme des Américains pour maintenir cette volonté de développer ces projets renouvelables. »
- 1:49InvitéFait
« Même avant l'IRA, en fait, on développait déjà ces projets. »
- 4:08InvitéChiffre
« Nous, aujourd'hui, d'abord, se rappeler qu'effectivement, nous, on a des terminaux qui jouent un rôle très, très important. »
- 4:13InvitéPromesse
« On va baisser cette consommation de gaz dans les années à venir. »
- 4:20InvitéPromesse
« C'est la clé de la transition énergétique réussie. »
- 8:08InvitéChiffre
« Nous, on estime à peu près en ligne, avec tous les grands chiffres, qu'on est à peu près à entre 1,5 et 2% de points de PIB de coût de transition énergétique. »
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France Info Bonsoir à toutes et à tous. Ce soir dans l'invité éco, je reçois Catherine MacGregor. Bonsoir. Bonsoir. Vous êtes la directrice générale d'ENGIE, acteur mondial de l'énergie. A l'origine, le métier d'ENGIE, c'est le gaz, la vente, le stockage et la distribution de gaz. Mais l'entreprise s'est spécialisée également ces dernières années dans les énergies renouvelables. Première question, toute simple. Catherine MacGregor, est-ce que vous craignez le retour au pouvoir de Donald Trump aux Etats-Unis, sachant que c'est un climato-sceptique avéré ?
Alors, au-delà des effets d'annonce, ce qu'il faut regarder, c'est la réalité sur le terrain et sur le marché. Et aujourd'hui, ce qui se passe aux Etats-Unis, c'est qu'il y a une très forte demande pour davantage d'électricité. Pourquoi ? Parce qu'il y a une croissance économique, il y a développement, data center, IA, etc. Et aujourd'hui, les énergies renouvelables sont les meilleures solutions pour répondre à ce besoin rapide d'électricité. Pourquoi ? Parce qu'ils arrivent très rapidement à être développés et à être mis en service plus rapidement que d'autres moyens de production.
Donc, on peut quand même compter sur le pragmatisme des Américains pour maintenir cette volonté de développer ces projets renouvelables.
Et donc, de maintenir l'IRA, l'Inflation Reduction Act. Ce sont des milliards de dollars de subventions publiques. Et vous, Angie, vous avez des projets dans l'énergie solaire et éolienne aux Etats-Unis.
Et dans les batteries également. D'ailleurs, on développait des énergies renouvelables sous l'administration de Trump quand il a été président une première fois. Ce qui montre que même avant l'IRA, en fait, on développait déjà ces projets. Alors, l'IRA, elle a des avantages aujourd'hui. On verra ce qu'il en sera. Mais en tout cas, on revient quand même toujours à ce pragmatisme des Américains. Après, moi, en tant que citoyenne, évidemment, si les Etats-Unis devaient sortir de l'accord de Paris, je ne pourrais que le regretter. Parce que compte tenu du poids des Etats-Unis, ça serait quand même une mauvaise nouvelle. Donc, voilà, à suivre.
À suivre. Sauf que sur les éoliennes en particulier, vous avez, Angie, trois projets dans l'éolien offshore. Et Trump, pour le coup, sur les éoliennes, il a dit qu'elles tuaient les oiseaux et les baleines. Qu'est-ce que ça veut dire concrètement pour Angie ?
Il y a effectivement eu des expressions assez fortes du candidat Trump sur l'éolien en mer. Et donc, on va voir si, effectivement, il prend des décisions et auquel cas, si c'est le cas, on devra arrêter le développement de ces projets. Mais on a plein d'autres projets en France.
Vous les arrêterez ?
S'il prend des décisions radicales, on devra bien sûr arrêter ces développements. Mais encore une fois, à l'échelle du groupe, on a un portefeuille de projets qui est suffisamment diversifié pour faire d'autres projets en mer, en particulier en France, où on est bien sûr très, très, très actif.
Alors, dans le même temps, pour rester sur Donald Trump, il a prévu la reprise des forages, ce qui veut dire davantage de gaz sur le marché. Et du coup, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que les prix du gaz, concrètement, vont baisser ?
Alors, c'est un peu difficile de prélire ce que Trump va faire. Et surtout, il faut faire la différence entre ce qui va se passer sur le marché domestique, donc la conséquence peut-être de plus de production, et puis des décisions d'exportation. Puisque quand vous parlez du marché, ce qui nous concerne, nous, les Européens notamment, c'est le gaz naturel liquéfié, donc il doit être liquéfié et exporté des États-Unis. Et donc, la question, c'est est-ce qu'il y aura plus d'exportations ou pas ? Ça nous ramène toujours à la question de la dépendance de l'Europe et de sa souveraineté énergétique. On a remplacé le gaz russe par beaucoup de gaz naturel liquéfié.
C'est bien, mais c'est des nouvelles dépendances. Et donc, aujourd'hui, moi, mon message, c'est accélérons la transition énergétique, parce que la transition énergétique, c'est plus de moyens de production sur nos territoires.
Ça renforce notre souveraineté. Sauf que ce gaz, si, effectivement, Trump le permet qu'il soit exporté vers la France, vous, vous avez des ports méthaniers. Ça peut être bon pour le prix du gaz, je le disais, et bon pour Engie également.
Alors, nous, aujourd'hui, d'abord, se rappeler qu'effectivement, nous, on a des terminaux qui jouent un rôle très, très important. Trois terminaux méthaniers. Voilà. Et le gaz, effectivement, va faire partie du mix énergétique pendant encore un moment. Mais rappelez-vous, on va baisser cette consommation de gaz dans les années à venir. C'est la clé de la transition énergétique réussie. Et on va surtout utiliser d'autres molécules, les molécules vertes, du biométhane, qui est la même molécule que le gaz naturel, mais produit localement. Donc là, vous avez une substitution vertueuse avec zéro CO2 émis pour la production de ce biométhane.
Et puis, de la même molécule qui est produite localement. Donc, vous avez une meilleure souveraineté. Et nous, on est plutôt, aujourd'hui, en faveur de ça, évidemment.
Et on en est où, justement, Catherine McGregor, sur la production de ce gaz que vous faites vous-même ? Qu'est-ce qui se passe aujourd'hui en Europe ? On est en retard. J'ai vu que vous lanciez un appel à l'Europe pour davantage d'actions face aux risques qui persistent concernant la trajectoire de décarbonation en Europe.
Je vais vous parler un peu plus généralement sur la trajectoire de décarbonation, effectivement, parce qu'on a un point de passage qui est important à 2030. À 2030, vous avez entendu parler des 55%. On s'est engagés en Europe à diminuer nos émissions de 55%. Et en fait, aujourd'hui, nos projections, c'est qu'en fait, on est plutôt en bonne voie.
On ne produit suffisamment d'énergie décarbonée.
Alors, attention, il y a beaucoup de leviers, mais notamment l'électrification est un levier très important. Et puis, un peu plus tard, on va utiliser la substitution du gaz naturel avec ces molécules décarbonées. Donc, aujourd'hui, on est plutôt en bonne voie, surtout grâce à l'électricité, puisqu'on a électrifié les usages et développé massivement les énergies renouvelables. Il faut continuer. Il faut d'ailleurs accélérer le développement des énergies renouvelables pour pouvoir passer ce point 2030 à moins 50, moins 55%. En revanche, là où il y a encore beaucoup de travail à faire, c'est sur la deuxième partie, 2030-2050, où là, il faut s'atteler à l'ensemble du système énergétique.
Donc, continuer à électrifier et puis s'attaquer à ce qu'on appelle la molécule. Donc, c'est aujourd'hui plutôt ce gaz naturel. Mais tout ce que les industriels et les moyens de transport lourds utilisent aujourd'hui, qui sont de gros émetteurs et qu'on va aussi décarboner. Donc, il faut vraiment transformer ce système. Et là, on a encore beaucoup de travail à faire.
Et qu'est-ce qui manque, justement ? Est-ce qu'il ne manque pas une impulsion politique, Atrine McGregor, pour que cette transformation soit réelle ? Je me souviens qu'il y a quelques mois, avant les élections européennes, vous vous inquiétiez, justement, de l'arrivée de climato-sceptiques au pouvoir, ici même, en Europe, avec un risque pour cette trajectoire de décarbonation. Aujourd'hui, ce risque, il est levé.
Alors, moi, je suis effectivement assez rassurée par le fait qu'on a une Commission européenne, aujourd'hui, qui va plutôt garder le cap en matière d'ambition de transition énergétique. Et ça, je trouve que c'est très bien. Après, peut-être un appel à bien intégrer la compétitivité et la souveraineté. Très important. Parce qu'on ne peut pas faire la transition énergétique au dépens de l'industrie. Il faut la faire avec l'industrie.
Et pour ça, effectivement, aider nos industriels, et notamment, s'ils peuvent s'électrifier, une impulsion pour qu'ils s'électrifient, et s'ils ne peuvent pas s'électrifier, au contraire, leur fournir cette molécule décarbonée, avec quelques aides au début, pour aider l'industrie à se décarboner. Et là, on aura vraiment la transition énergétique la plus vertueuse possible. Mais comment est-ce qu'on les aide à se décarboner, les industriels ? Alors, on peut avoir des aides pour la demande, pour qu'ils puissent s'engager, et avoir des aides pour payer moins cher une énergie qui est plus verte.
Sauf qu'on a vu aujourd'hui que ce qui manque, quand même, c'est notamment de l'argent public. Le rapport Draghi disait qu'il fallait 800 milliards d'euros par an, justement, pour aider notamment l'industrie européenne à se décarboner. Cet argent public, il en manque, en France, en Europe. Donc, ça ne va pas pouvoir se faire tout seul.
Donc, le coût de la transition, on en parle beaucoup, il est réel. Nous, on estime à peu près en ligne, avec tous les grands chiffres, qu'on est à peu près à entre 1,5 et 2% de points de PIB, de coût de transition énergétique, à mettre en regard, bien sûr, avec le coût de l'importation des énergies fossiles et de cette dépendance. Et puis surtout, il faut mettre tout ça en regard du coût de l'inaction. Le coût de l'inaction n'est jamais dans les équations. Donc, on parle beaucoup de dettes économiques. Il faut aussi parler de dettes climatiques. Quand vous regardez quand même les événements en Espagne absolument tragiques, évidemment, les vies humaines, des tragédies monstrueuses.
Et puis après, des coûts de réparation. Vous avez vu, on parle de 11 milliards, on parle de 20 milliards, 30 milliards. En fait, les chiffres deviennent vertigineux.
Mais justement, les chiffres deviennent vertigineux. On sait qu'on a demandé aux entreprises de contribuer à l'effort collectif, notamment en France, avec une surtaxe. Pour les grandes entreprises, combien vous allez payer, vous, chez ENGIE ?
Alors, nous, on va participer à l'effort national à travers, a priori, cette surtaxe. Encore une fois, il faut que le budget soit voté. Ce n'est pas encore le cas. Mais quand il sera voté, il y a effectivement un dispositif qui nous demandera une surtaxe sur l'impôt sur les sociétés, qui est un impôt qui est relativement simple, assez prévisible, qu'on arrive à quantifier en avance, qui sera borné dans le temps, si on a bien compris. Alexandre Bompard dit qu'il est confiscatoire, le patron de Carrefour. Alors, moi, je me prononcerai un petit peu différemment, dans la mesure où il remplit les conditions que je viens de citer.
Et je pense qu'aujourd'hui, ENGIE est prêt à prendre ses responsabilités. On a besoin d'avoir des finances publiques, évidemment, qui soient saines. Et donc, si on doit faire un geste en ce sens, on préfère un dispositif comme celui-ci que des dispositifs très compliqués qui essayent de cibler tel secteur ou même tel type d'actifs, comme il en a été question dans le débat public jusqu'à présent. C'est un peu compliqué, mais nous, on préfère la simplicité. Et on pense que, comme tout investisseur, on a besoin de stabilité, de clarté dans le cadre d'investissement.
Merci beaucoup, Catherine Magrégor, directrice générale d'ENGIE, invitée éco de France Info ce soir.