Présidentielle, loi Duplomb, mobilisation des taxis...L'interview d'Olivier Faure en intégralité
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
BFM TV face à face. Apolline de Malherbe.
Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Olivier Faure.
Bonjour Apolline de Malherbe.
Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions. Vous êtes le premier secrétaire du Parti Socialiste. Vous aimeriez bien d'ailleurs rester premier secrétaire du Parti Socialiste puisque vous êtes candidat à votre propre succession. Le congrès du parti commence demain. On va y revenir. Vous êtes aussi député de Seine-et-Marne. Je voudrais commencer d'abord par cette mobilisation des agriculteurs. On a vu quelques agriculteurs qui viennent d'arriver autour de l'Assemblée nationale qui promettent une certaine mobilisation partout autour de Paris et que ça se durcisse s'il le faut. Et pourquoi ?
Parce qu'il y a cette loi sur l'agriculture qui arrive donc aujourd'hui à l'Assemblée avec des agriculteurs qui espèrent que cette loi soit adoptée pour simplifier les procédures, pour leur permettre de réintroduire certains néonicotinoïdes, d'autoriser aussi les bassines de retenue d'eau. Dans ce débat, dans cet affrontement, vous êtes plutôt du côté des agriculteurs ou vous êtes plutôt du côté des écolos ?
Moi, je suis du côté des Françaises et des Français qui s'inquiètent et qui se demandent quelle est la nature de ce texte. En réalité, ce texte ne prend aucun des sujets qui devraient pourtant nous mobiliser. Comment est-ce qu'on fait pour attribuer un revenu digne aux agriculteurs ? Comment est-ce qu'on fait pour protéger la santé publique ? Comment est-ce qu'on fait pour que nous ayons notre propre souveraineté alimentaire ? Et la réalité, c'est que ce texte, c'est une fuite en avant.
Une fuite en avant vers l'agro-industrie, avec la réintroduction des néonicotinoïdes, avec effectivement la possibilité des méga-bassines, qui sont en fait une privatisation de l'eau au profit de quelques-uns, et puis enfin avec la possibilité de créer des fermes-usines qui là aussi vont en contradiction avec ce que l'on cherche à maintenir, c'est-à-dire une agriculture paysanne qui permette d'avoir des exploitations à taille humaine et qui permette aussi de mailler l'ensemble du territoire. Et donc malheureusement, ce texte-là, il n'est absolument pas adapté à ces questions-là.
Donc vous êtes contre, totalement contre ce texte ?
Il y a des éléments qui sont des éléments positifs, mais ils sont rares. Et malheureusement, ce que je constate, c'est que le gouvernement n'a absolument pas cherché à trouver des solutions avec le Parlement, puisque, y compris aujourd'hui, on découvre que, dans une manœuvre de dernière minute, ils pourraient voter contre leur propre texte pour pouvoir l'envoyer en commission mixte paritaire et, loin des regards, arriver à des compromis entre le Sénat et l'Assemblée, entre la droite et la droite, et revenir plus tard avec un texte qui serait de toute façon amputé de toutes les...
Il y a plusieurs choses dans ce que vous dites. Il y a le fond, on va y revenir, et il y a la forme. Effectivement, dans la méthode, au fond, ce qu'il faut expliquer, c'est qu'il y a eu plus de 3 000 amendements qui ont été déposés, notamment par LFI et les écologistes, qui, mécaniquement, vont allonger la durée des débats. C'est ce qu'on appelle un mur d'amendements. Le gouvernement décide donc, éventuellement, de contourner, en fait, d'arrêter net les débats pour partir directement, effectivement, en commission. Quelle est la meilleure méthode ?
Mais la réalité, c'est qu'il y a de grands désaccords au sein du bloc majoritaire actuel. Tout à fait. Et que c'est la raison pour laquelle le gouvernement prend prétexte des amendements, pour dire, il y a trop d'amendements, on passe à la suite. Mais la réalité...
C'est pour ne pas avoir eux-mêmes à affronter cette question ?
Bien sûr, pour ne pas avoir à affronter cette question. Parce que ce que l'on sait, c'est que l'acétamipride, qui est le néonicotinoïde...
Sur les noisettes, notamment.
Sur les noisettes, sur la betterave, qui veut être réintroduit, est en réalité un neurotoxique très dangereux. Imaginez quand même...
Comment vous le savez, vous, que c'est un néotoxique très dangereux ? Parce que j'ai reçu ce matin le responsable de ces questions de consommation à l'UFC Que Choisir, qui disait, au fond, nous n'en avons pas la preuve, il faut juste appliquer le principe de prétexte.
Ce que je vois, c'est que le directeur scientifique de l'INRAE a expliqué que c'était le chlordécone de l'Hexagone. Pardon, mais enfin, chacun a bien compris, il y a des études au Japon, etc. qui montrent qu'en réalité, on retrouve des traces de l'acétamipride dans les fœtus, chez les enfants, dans l'eau, dans les sols, et que c'est en réalité une pollution durable qui est cancérigène et donc qui pose un nombre de problèmes de santé.
Vous le dites de manière affirmative.
Moi, je prends ce que l'on me dit, je vois ce que dit le directeur de l'INRAE, je vois aussi que depuis 20 ans, on a 95% de la biomasse des insectes qui a disparu dans notre pays, et que ça a des conséquences rédirectes, parce que maintenant, ce sont simplement les parasites qui sont normalement vaincus par ces pesticides, qui sont les seuls à résister, et donc tous les insectes qui autrefois permettaient de réguler l'écosystème, sont en train de disparaître.
Nos voisins les utilisent, donc nous les mangeons. Par exemple, les noisettes qui sont sous néonicotinoïdes, on les mange, simplement on ne les produit plus, mais en continuant à en importer, puisque nos voisins les autorisent.
Mais vous voyez bien que la question, ce n'est pas de réintroduire chez nous les néonicotinoïdes. La question, c'est comment est-ce qu'on fait pour qu'à l'échelle européenne, on interdise partout ces produits pesticides, qui sont des produits dangereux. On ne peut pas être simplement, tout simplement, la masse de manœuvre de l'industrie phytosanitaire, qui, elle, évidemment, a un intérêt à continuer à développer ces produits-là.
Écoutez, BFM TV, on va voir ces images des agriculteurs qui viennent d'arriver, donc ce sont des images en direct de ces agriculteurs qui viennent d'arriver autour de l'Assemblée nationale. Quand vous irez tout à l'heure, vous irez au contact, vous irez leur parler ?
J'ai toujours été parler avec les agriculteurs, notamment dans mon département. Il y a beaucoup de bêtes raviées, comme vous le savez, en Seine-et-Marne, et je ne me suis jamais défilé. Simplement, ce que je vois, c'est qu'aujourd'hui, on est en train de leur dire, en gros, vous avez un problème, eh bien, on va l'accroître. Parce que la réalité, c'est que c'est un suicide collectif. Comment est-ce qu'on fait pour arriver à des solutions qui sont, en réalité, une fuite en avant ? Que va-t-on régler, en fait ? On va avoir davantage de biodiversité qui va disparaître. On aura encore plus de difficultés à vaincre les ravageurs. Et donc, tout ça est absolument inept.
Et vous n'êtes donc pas du tout d'accord avec les propos d'Annie Gennevard, la ministre, qui parle d'une stratégie d'obstruction parlementaire à propos des amendements de vos collègues d'Alefi ou des écologistes ?
Il faut que le débat ait lieu. Ils auraient pu demander à celles et ceux qui ont déposé des milliers d'amendements d'en retirer une partie, mais certainement pas, d'aller vers une mission non-rejet. Je ne sais pas ce qu'ils auraient fait. Est-ce qu'ils l'ont tenté ? Non. Et ce que je vois, c'est qu'il y a des accords, y compris au sein du gouvernement, puisque la ministre de l'Environnement, alors maintenant, prend prétexte des amendements, elle aussi, pour dire « Oh là là, quelle horreur ! » Mais enfin, elle-même dit que cette réintroduction des néonicotinoïdes est un vrai scandale.
Donc nous sommes aujourd'hui dans une situation où on a un gouvernement qui profite de l'obstruction de quelques-uns pour permettre d'effacer un débat, qui est un débat très important, et qui est un débat d'abord de santé publique, puisque d'abord, au final, ce sont les consommateurs qui auront à en payer les conséquences.
Un débat dont vous espérez donc qu'il aura lieu au sein de l'Assemblée nationale. Il y a une autre mobilisation qui ne faiblit pas, c'est la mobilisation des taxis, malgré une rencontre avec notamment le Premier ministre et le ministre des Transports samedi à Paris. Vous en avez rencontré quelques-uns, il se trouve que c'était de manière fortuite, puisque vous étiez vous-même en déplacement à Pau, et qu'une délégation de ces taxis sont venus à votre rencontre. Ils vous ont dit quoi, et surtout, vous leur avez dit quoi ?
Ils m'ont dit ce qu'était leur difficulté. Et là, en l'occurrence, on est dans une situation où on parle beaucoup de ruralité. Mais la ruralité, elle a besoin des taxis. Elle a besoin, parce que c'est un transport sanitaire en l'occurrence, le sujet déclencheur, c'est une restriction sur les taxis conventionnés pour transporter les malades. Et donc, on veut leur faire payer, au fond, les recherches d'économie, alors même qu'ils sont déjà à la base d'une économie. Pourquoi je dis ça ?
Parce qu'aujourd'hui, quand on n'hospitalise plus les malades et qu'on les ramène chez eux pour que ça coûte moins cher à la collectivité, en ambulatoire, eh bien, effectivement, il faut des transports de personnes et notamment des taxis. Et donc, ils sont à la base d'une économie. Et on voudrait maintenant que ce soit eux qui soient à nouveau ponctionnés, alors même qu'ils ont fait de gros efforts pour réduire leurs coûts depuis des années et des années. Et donc, je trouve qu'il n'est pas tout à fait logique de procéder ainsi. Et donc, il faut effectivement négocier avec eux.
Je suis quand même surprise parce que vous dites sur la réduction des coûts parce que les coûts globaux de ces transports en taxi ont explosé.
Oui.
Ce n'est pas un problème pour vous ?
Mais c'est pas...
Je veux dire, quand on doit gérer aussi les coûts de la Sécu.
Bien sûr, mais là, on veut leur reprendre 300 millions sur 3 milliards. Mais cela réalise... Enfin... À l'échelle d'un taxi, ça peut être beaucoup. Évidemment. Ah oui, mais bien sûr, quand on parle de grande masse, c'est toujours facile.
Mais quand on voit comment ces coûts ont augmenté...
Mais ces coûts ont augmenté, pourquoi, Pauline de Malherbe ? Ils ont augmenté notamment parce que, justement, on a développé l'ambulatoire. Vous ne pouvez pas dire à la fois qu'on fait moins d'hospitalisation et en même temps, on fait moins de transports pour ramener les gens vers l'hôpital ou à leur domicile. Donc, au départ, c'est une économie qui se solde évidemment par une augmentation du poste transport. Mais au final, pour la collectivité, c'est une économie.
Est-ce qu'on renonce ? Est-ce qu'il faut donc renoncer à cette retarification ? Est-ce qu'il faut revenir à ce qu'il y avait avant ?
Il faut négocier avec les taxis. Et je ne sais pas exactement quelles sont les bases sur lesquelles ils arriveront à un accord. En tout cas, je l'espère parce que je crois qu'ils sont indispensables. Et leur vocation est aussi une question sanitaire.
Donc, les 300 millions d'économies, vous paraissent, on peut y renoncer ?
Mais je ne sais pas quelle sera l'issue de la négociation. Ce que je dis simplement, moi, je pense qu'effectivement, ça n'est pas l'endroit où il faudra des économies. Certainement, il y a des économies à réaliser. Par ailleurs, ce que j'observe aussi, c'est que c'est toujours la même histoire. C'est que pour ne pas ponctionner les grandes fortunes, les grandes entreprises, qui pourtant se sont largement enrichies au cours des huit dernières années, eh bien, on fait toujours la même chose, c'est-à-dire qu'on va chercher l'argent dans la poche de la classe moyenne, qui pourtant a déjà aujourd'hui tant de mal à finir ses fins de mois.
Donc, on se trompe dans les économies que l'on demande. Ce n'est pas aux taxis qu'il faut les demander. Il ne faut pas s'acharner là-dessus. En revanche, il faut aller les chercher du côté des très grosses entreprises et des très gros foyers.
Mais par exemple, puisqu'on parle des taxis, pourquoi est-ce que les plateformes aujourd'hui ne paient pas leurs impôts en France, alors que les taxis les payent en France ? Et les plateformes, on sait bien qu'elles sont des concurrents terribles pour les taxis. Et qu'elles ne respectent même pas la loi. Et donc, il y a aujourd'hui nécessité, effectivement, de remettre les sujets à leur place et de ne pas traiter. C'est exactement comme le premier sujet que nous avons traité. C'est qu'à chaque fois, quand on a une difficulté, au lieu de traiter les causes, on vient, au contraire, accentuer les difficultés. Donc, c'est effectivement, c'est une aberration.
Et donc, je pense que ce n'est pas la bonne voie qui est choisie actuellement.
Olivier Faure, vous êtes donc trois sur la ligne de départ. Vous-même, Nicolas Meillard-Rossignol et Boris Vallaud. Alors, les règles sont quand même assez complexes. À partir de demain, comme souvent dans vos congrès socialistes, il faut quand même le dire, c'est compliqué. C'est-à-dire qu'on ne vote pas, comme chez LR, entre, d'un côté, Bruno Retailleau, de l'autre, Laurent Wauquiez. On vote d'abord, dès demain, pour vos motions, avant, ensuite, qu'il y ait une question du choix du premier secrétaire. Mais à partir de demain, on est d'accord, les militants, les adhérents, à jour, votent.
Absolument. Et je les appelle à voter nombreux. On leur demande quoi ? En fait, si vous voulez simplifier, demain, on vote sur le Parlement du PS, donc sur ceux qui seront dans une assemblée socialiste et qui auront à décider pendant les deux prochaines années des grandes orientations. Et puis, la semaine suivante, on vote sur le chef, donc le premier secrétaire.
Donc, il ne sera pas issu forcément de la même... Ça veut dire que vous pourriez, par exemple, être élu premier secrétaire, mais pas avoir une majorité dans votre bureau ?
Absolument. Et donc, j'appelle les militants... C'est compliqué quand même. ...à faire des choix logiques et donc à donner une majorité à celui qui sera peut-être le premier secrétaire dans quelques jours.
Ils sont combien, ceux que vous appelez à voter, là ?
Ils sont à peu près 40 000.
Ils sont à peu près 40 000 ? Ils sont vraiment 40 000 ? Parce que le chiffre de 20 000 a été évoqué, notamment par nos confrères de la tribune dimanche. 20 000 à jour de cotisation.
Non, c'est-à-dire qu'on a 40 000 personnes qui sont en mesure de voter parce qu'à jour de cotisation ou en mesure de se mettre à jour le jour du vote. Et donc, en général, on considère, compte tenu de nos règles, pas de procuration, vote physique, paiement de ces cotisations en arrivant, on considère en général qu'on a 60 % de gens qui se déplacent pour voter, donc autour de 25 000, 26 000.
Pourquoi vote physique ?
C'est comme ça, c'est la règle, c'est les statuts, c'est pas moi qui les ai inventés, c'est comme ça qu'il y a un siècle.
Oui, c'est très bien, mais il y a un siècle, ça n'existait pas.
Oui, c'est vrai, mais parce que tout simplement, en fait, jusqu'ici, il y a toujours eu des désaccords. Moi, je veux que ce soit quasi unanime, une décision de cette nature, comment on vote, etc. Normalement, la règle, c'est que c'est le jeudi, là, c'est parce qu'il y a le pont et donc on a fait le mardi, mais les statuts sont très clairs, c'est le jeudi, c'est en procuration, etc. Donc il y a beaucoup de contraintes et qui brident le vote.
Mais c'est pas comme si ça avait toujours été remarquable. On se souvient quand même qu'il y a eu des moments où il y a eu des doutes sur la façon dont ça se passait, à la fois l'organisation. Des doutes organisés. Vous pensez qu'il n'y a jamais eu de doute ? Vous n'avez jamais eu de doute sur le fond ? Il n'y a jamais eu de triche ?
Il y a peut-être des endroits où des gens ont triché, je n'en sais rien. En tout cas, moi, ce que j'ai observé, c'est que personne n'en avait jamais apporté la preuve et qu'on avait toujours là des gens qui faisaient malheureusement du bashing contre leur propre parti et qui cherchaient à remettre en question un vote qu'ils avaient perdu.
Vous êtes parfaitement serein sur l'organisation du scrutin ?
Je suis serein, je fais confiance aux sections, je fais confiance aux militantes et aux militants et je sais qu'ils ont à cœur d'avoir un scrutin qui soit entaché d'aucune malversation.
On parle parfois de boîtes à chaussures qui font des urnes, c'est vrai ou pas ?
Oui, c'est vrai.
Oui, c'est vrai ?
Bien sûr. Mais en fait, comment vous faites ?
Bien sûr, il est quand même étrange. On est en 2025, vous avez des boîtes à chaussures dans lesquelles vous faites un trou pour pouvoir mettre le bulletin ?
Mais il y a des associations qui font de la même façon et donc il y a des assesseurs, il y a des gens qui sont là, qui sont à côté, qui vérifient et celui qui avait parlé de boîtes à chaussures, c'était Nicolas Meillard-Rossignol dans une fédération qui utilise des boîtes à chaussures. La plupart du temps, ce sont des urnes mais il peut arriver qu'on a une section où ils sont trois ou quatre. Franchement, effectivement, on ne mobilise pas l'union des tirs. Vous ne vous tapez un chapeau
et puis vous sortez un petit papier ?
Vous pouvez le donner en ridicule. Non, je ne tombe pas en ridicule. Je le dis juste honnêtement que vous êtes dans un moment très important. Vous avez des sections où ils sont trois ou quatre dans la section, ils se connaissent tous. En réalité, c'est qu'ils pourraient même voter à main levée parce qu'ils se connaissent tellement qu'ils savent très bien qui vote quoi. Mais simplement, je vous le dis, effectivement, quand ils sont trois ou quatre dans une section, dans une commune qui fait 100 habitants, vous n'allez pas leur demander de mettre une urne à un isoloir parce qu'effectivement, c'est une boîte à chaussures dans ces cas-là.
Mais la plupart du temps, je vous le dis, ce sont aussi des urnes avec des isoloirs.
C'est quoi le socialisme version Olivier Faure par contraste avec le socialisme de Nicolas Meillard-Aussignol ou de Boris Vallaud ?
Vous leur poserez la question parce que la réalité, c'est que depuis deux ans, depuis le Congrès de Marseille, j'ai mis sur la table un certain nombre d'options. Elles ont toutes été adoptées à l'unanimité ou la quasi-unanimité. Ça a été vrai pour le programme aux européennes, ça a été vrai pour la liste aux européennes, ça a été vrai pour la création du nouveau Front populaire, ça a été vrai pour la censure de Michel Barnier et ça a été vrai aussi pour la non-censure du budget Beyrou. Et donc, c'est vrai qu'on peut se poser la question.
C'est quoi l'euphorisme ? C'est-à-dire, quelle est votre ligne à vous ? Comment vous définiriez le socialisme Olivier Faure ?
Le socialisme d'Olivier Faure, c'est celui de Jaurès, de Blum, de Mitterrand. Il est une volonté de ne pas en rester à l'ordre établi et aujourd'hui, d'établir ce que moi, j'appelle le socialisme écologique et donc avoir cette capacité à la fois à éviter la prédation de la nature et à éviter l'exploitation des hommes. Je suis prêt à la définition la plus courte que je puisse vous donner.
Et sur la question ensuite de la méthode face aux élections, êtes-vous favorable à une primaire et à un candidat unique ? Et jusqu'où ?
Moi, je suis prêt à un candidat commun. Il ne sera pas unique à gauche puisque, vous l'avez compris, Jean-Luc Mélenchon et les siens auront leur candidat. Et moi, je souhaite qu'il y ait un processus qui conduise à ce qu'il y ait un candidat commun qui aille dans ce périmètre qui va de Ruffin à Glucksmann.
De Ruffin à Glucksmann ? Vous ne commencez pas à Poutou, comme il dit lui ?
Je crois que Philippe Poutou n'a pas spécialement envie d'être dans une primaire avec les socialistes. Et je crois que ce serait assez dérisoire que d'avoir une primaire qui mêle des gens qui ne vont pas défendre la même chose. Par ailleurs, si je devais être complet, moi, avant qu'il y ait un mécanisme de sélection du candidat ou de la candidate, je souhaite qu'il y ait d'abord la négociation d'un programme commun, qu'il y ait une plateforme commune.
Mais quand vous dites qu'il faut un processus pour désigner un candidat commun, d'abord, est-ce que ça veut dire que pour vous, c'est une manière de dire primaire ?
C'est une manière de dire primaire, mais ce n'est pas une exclusivité, ça peut être autre chose, ça peut être une conscience citoyenne, ça peut être des sages que nous aurions choisis en commun, qui se mettraient à réfléchir, à décider de qui est le bon candidat et qui a le potentiel le plus élevé pour le premier et le second tour. Je n'ai aucune forme de religion en la matière. Est-ce que vous regrettez ? On souhaite, c'est qu'on y arrive et qu'on ait effectivement un candidat commun parce que je sais aussi que si nous n'y parvenions pas, nous aurions la même chose qu'en 2022, c'est-à-dire 4 ou 5 candidats de gauche au premier tour et donc aucun au second.
Vous actez le fait que les LFI ne feront pas partie de ce processus ou est-ce que vous souhaitez qu'ils ne fassent pas partie de ce processus ?
Mais c'est les deux à la fois, mon capitaine. C'est-à-dire que je pense que nous avons des différents, notamment, là on parle de la présidentielle, on ne parle pas d'une législative. Dans une présidentielle, on parle aussi des sujets de politique étrangère. Nous avons de gros différents avec la France insoumise sur toute une série de questions. Vous pensez à quoi ?
À l'Ukraine ?
Par exemple, à l'Ukraine, mais pas seulement. Et donc, sur le rapport, effectivement, à un certain nombre de grands ensembles mondiaux. Et donc, je souhaite que sur ces questions-là, nous puissions avoir nos positions. Et donc, il y aura deux candidats à gauche. Il y aura un candidat insoumis. Ça a été rappelé d'ailleurs par Manuel Bompard. Manuel Bompard,
qui hier a dit qu'il ne voulait pas de cette primaire, qu'il proposerait eux-mêmes un candidat.
Oui, il propose leur candidat à l'ensemble de la gauche. C'est très sympathique, mais nous aurons nous-mêmes un candidat ou une candidate. Et je souhaite qu'il incarne ce bloc commun qui va donc de Ruffin à Glucksmann. Et quand vous entendez François Ruffin qui dit qu'il est sûr
de la gagner, cette primaire, parce qu'il se dit fort de son ancrage dans les classes populaires ?
Mais je comprends qu'il ait envie de la gagner. Ce serait curieux qu'il dise « je veux une primaire et je suis sûr de la perdre ». Donc, il est normal qu'il cherche à se rassurer, à rassurer celles et ceux qui ont envie qu'il y ait une primaire et qui veulent voter pour lui. Maintenant, ce n'est pas lui qui vote, ni moi d'ailleurs. Et donc, on verra bien qu'il emportera si c'est une primaire.
Il dit qu'il veut éviter l'opposition stérile, je cite, entre les trop fous, on comprend LFI, et les trop mous, on comprend plutôt le centre-gauche. Vous vous sentez visé par les trop mous ?
Pas du tout. Je me sens ni mou, ni fou. Ni mou, ni fou.
Donc, pour vous, il faut cette primaire très large où il y aura de tout ?
Mais, je vous l'ai dit, de Ruffin à Glucksmann, je me sens parfaitement à l'aise et je crois qu'il faudra chercher celui ou celle qui est capable de fédérer cet ensemble-là et qui permette ensuite de passer la barre du premier tour. Ça fait quand même deux fois que la gauche s'absente du second tour et que ce soit un candidat ou une candidate qui permette ensuite de gagner face vraisemblablement à l'extrême droite parce que je ne nous pardonnerai pas, je ne me pardonnerai pas d'avoir contribué directement ou indirectement à dérouler le tapis rouge sous les pieds de l'extrême droite.
Merci Olivier Faure.
Merci à vous.
Premier secrétaire du Parti Socialiste et qui compte bien le rester. Première étape de ce congrès à partir de demain. Merci à vous.
Merci. Merci. Merci. Merci. Merci.
Olivier Faure