Pause budgétaire : nos députés vont craquer ?
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
vivez la vie en couleurs. ... - A.Casse: Bonsoir.
Bienvenue dans "C dans l'air". Pourquoi cette pause dans le débat budgétaire décidée par le gouvernement? Pas de débats sur le budget ce week-end, alors que le vote sur la partie recettes était prévu ce lundi.
Il est reporté. P.de Saint Remy, bonsoir.
Vous êtes directrice adjointe de la rédaction de Politico. Vous avez dirigé l'ouvrage sur la dissolution de juin 2024, "La Surprise du chef". L'argument mis en avant par le gouvernement pour justifier cette pause dans les débats, c'est de parler de la grosse fatigue des députés.
Est-ce que vous la constatez, vous aussi? - P.de Saint Remy: Des députés et des collaborateurs à l'Assemblée nationale, oui.
C'est un fait, cette fatigue. Elle existe. Quand vous travaillez 12 jours consécutifs, évidemment, vous êtes fatigué.
En plus, ces débats sont particulièrement intenses. On est dans une situation politique inédite. Si vous prenez des débats sur le budget, habituellement, vous n'avez jamais autant de députés à l'Assemblée.
Cette Assemblée est depuis un an et demi ultra fragmentée. Ces débats sont longs et difficiles, parfois poussifs. Il y a des milliers d'amendements qui ont été déposés.
Cette fatigue est réelle. C'est l'argument que le gouvernement met en avant, d'autant que certains groupes avaient demandé à ce qu'il y ait une pause, notamment le RN. J.-P.Tanguy l'a dit très ouvertement.
Le gouvernement a tout intérêt à dire que c'est la raison pour laquelle il a décidé d'interrompre les débats pendant 2 jours. Est-ce la vraie raison? C'est toute la question.
En off, on comprend qu'il y a l'intention de gagner un peu de temps. Il y a d'abord l'intention de calmer le jeu. Ces derniers jours, il est apparu de façon assez flagrante que le gouvernement avait un peu perdu le contrôle sur ce qu'il se passait.
Beaucoup d'impôts sur les grandes entreprises ont été décidés, ce qui ne plaît pas beaucoup au gouvernement. On a vu à quel point il était impuissant et à quel point il laissait les choses filer. Il y a cette volonté de calmer le jeu, de reprendre tranquillement les débats lundi.
A l'évidence, le vote sur cette partie 1 du budget de l'Etat, qui devait avoir lieu lundi, sur les recettes, n'aura pas lieu lundi parce qu'ils n'auront pas eu le temps d'aller au bout des débats. Il reste un bon millier d'amendements. Même si certains sont retirés à la dernière minute pour accélérer les choses, ça ne suffira pas. - A.Casse: Jusqu'ici, on n'avait pas de date...
On se demandait si ça allait être le 24 novembre, la date limite. - P.de Saint Remy: Le 23 novembre, c'est la date limite...
Le 23 novembre à minuit, si le budget de l'Etat n'est pas encore adopté, le texte part au Sénat, quoi qu'il arrive. C'est la fin des débats, constitutionnellement. Ca inclut aussi la 2e partie, sur les dépenses.
Le 1er vote qui devait avoir lieu lundi sur les recettes n'aura pas lieu lundi, mais vraisemblablement mercredi ou jeudi. Si le vote n'a lieu que mercredi ou jeudi, ça veut dire que vous commencez après le débat sur les dépenses. Or, le gouvernement est un peu méfiant sur la partie dépenses.
Les dépenses, ce sont les économies qu'ils ont prévu de faire. La partie recettes a été très amendée, pas dans le sens qu'ils souhaitaient, par la gauche et les socialistes qui ont voté en accord avec le RN beaucoup de nouveaux impôts. Ils s'inquiètent de voir le volet dépenses très amendé aussi, avec certaines mesures d'économies prévues qui seraient supprimées.
Moins on passe de jours sur la partie dépenses, plus ça les arrange, en sachant qu'on sait déjà qu'il n'y aura, quoi qu'il arrive, pas de vote sur la partie dépenses. Le vote sur les recettes qui aura lieu mercredi ou jeudi, c'est difficile de dire quelle en sera l'issue. Mais actuellement, on pense qu'il y aura un rejet du texte.
S'il y a un rejet... - A.Casse: Ca arrange qui? - P.de Saint Remy: C'est difficile d'y répondre brièvement.
Ca arrange le gouvernement, car le texte repart aussitôt au Sénat, sans avoir intégré les amendements adoptés. C'est là que c'est compliqué. Par la voix d'A.de Montchalin, ministre des Comptes publics, le gouvernement s'était engagé à intégrer quoi qu'il arrive les amendements défendus notamment par la gauche dans le texte au moment où ils repartiraient au Sénat.
Là, ils ne pourraient pas le faire. Le texte repartira dans sa version initiale, avec beaucoup plus d'économies et moins d'impôts. Après, on passe la main au Sénat. - A.Casse: Cette pause est décidée au dernier moment, jeudi soir.
Ca a suscité la colère de certaines oppositions. - M.Bompard: Ne prenez pas prétexte sur la fatigue des uns et des autres.
Tout le monde fait son travail dans les conditions que votre gouvernement nous impose. Nous faisons ce travail, mais il ne peut pas être question d'utiliser cet argument pour nous empêcher de voter sur le budget de l'Etat. - A.Casse: Il est intéressant de voir qui s'énerve ou pas.
Vous nous dites qu'il y a une part de calcul politique. On n'entend pas les socialistes la dénoncer. - P.de Saint Remy: Oui.
J'ai dit tout à l'heure que ça arrangeait le gouvernement de gagner un peu de temps, de s'éviter des jours de discussions sur la partie dépenses de son texte. Ca arrange aussi le PS. C'est là-dessus que M.Bompard, député insoumis, appuie.
Il a raison dans ce qu'il dit. D'une certaine façon, il y a eu une maladresse du gouvernement. Je pense que cette fatigue est réelle.
Il est vrai que cette demande était remontée de différents groupes, mais l'annoncer à minuit...
Je crois que dans une autre partie de sa prise de parole, M.Bompard le disait. Certains députés s'étaient organisés pour rester à Paris, ne pas rentrer en circonscription et travailler samedi et dimanche.
Ce n'était pas très adroit. Bien que le sujet de la fatigue soit réel, le calcul politique apparaît clairement. Les insoumis jouent une partition particulière, puisqu'ils essaient d'appuyer là où ça fait mal.
Il est évident que l'intérêt du PS et l'intérêt du gouvernement sont les mêmes, maintenant: accélérer les débats. - A.Casse: Il dit: "Il nous manque beaucoup d'économies." Est-ce que le Premier ministre est sur la même ligne que lui? - P.de Saint Remy: D'abord, J.-P.Farandou était dans son rôle en tirant la sonnette d'alarme sur le budget de la Sécurité sociale.
Il est ministre du Travail, de la Santé et des Solidarités. Cette petite musique, ce n'est que le début. A.de Montchalin est en charge des Comptes publics.
Elle devrait s'exprimer demain. Elle devrait tirer à son tour la sonnette d'alarme sur la tournure qu'ont prise les débats. A.de Montchalin reproche aux parlementaires, notamment socialistes, qu'ils sont un peu trop associés aux insoumis et au RN, notamment la semaine dernière, lorsqu'ils ont voté toutes ces taxes sur les grandes entreprises, en particulier sur les multinationales... - A.Casse: Sur la suspension de la réforme des retraites, S.Lecornu ouvre.
Il y aura plus de bénéficiaires. - P.de Saint Remy: On devrait plutôt dire "décalage" que "suspension".
C'est ce que disent les insoumis et E.Macron. C'était une concession que S.Lecornu, en accord avec E.Macron, avait décidé de faire.
C'était un accord tacite ou pas. - A.Casse: Ca va coûter plus cher que prévu? - P.de Saint Remy: Oui, mais c'était une concession qu'ils étaient décidés à faire car ils sont dans une situation politique impossible sans cette concession.
Il n'y avait même pas de début d'accord possible. Il y a eu d'autres choses que la gauche a obtenues, qui ont totalement échappé au gouvernement car il n'a pas de majorité. C'est là qu'on est dans le jeu parlementaire tel qu'on ne l'avait jamais connu auparavant.
C'est là-dessus que le gouvernement trouve que ça va trop loin. C'est à ça que répond la prise de parole de J.-P.Farandou, qui concernait plutôt le budget de la Sécurité sociale.
C'est de ça que va parler A.de Montchalin. - A.Casse: Ce sera le budget? - P.de Saint Remy: Oui.
Ils vont monter le ton. Ce qu'ils ont en tête, c'est ce qu'il va se passer en décembre. Quand on aura fini à l'Assemblée nationale, le texte repartira au Sénat.
Ensuite, il y aura une commission mixte paritaire avec 7 sénateurs et 7 députés qui essaient de se mettre d'accord. Il s'agit de trouver un texte adoptable. Le Sénat va redroitiser le texte.
Il va revenir à un texte plus probusiness, avec moins d'impôts. A la fin, comment trouver une copie commune qui puisse être adoptée par l'ensemble du Parlement? Ils ont déjà ça en tête.
Ils se disent que si les socialistes la jouent de la même façon qu'ils l'ont joué là, on s'associe avec les insoumis et le RN pour faire voter plus d'impôts, notamment sur les entreprises, ils n'arriveront pas à trouver une copie adoptable à la fin. - A.Casse: Est-ce que S.Lecornu peut y arriver? - P.de Saint Remy: Je pense que oui, mais comment?
Et qu'est-ce que ça veut dire, "y arriver"? Quand il a accepté sa renomination à Matignon, il a dit que son 1er objectif était de faire adopter un budget. Je pense qu'il n'a pas que cet objectif en tête.
Il veut rester à Matignon. - A.Casse: Et peut-être plus? - P.de Saint Remy: Etre le dernier Premier ministre d'E.Macron.
Après, la presse se chargera de dire qu'il est devenu l'héritier principal d'E.Macron. Après, son ambition personnelle se posera.
Bien sûr que tout le monde a ça en tête. Tous ceux qui ambitionnent De succéder à E.Macron dans ce vaste camp central le savent très bien.
Ils ne sont pas dupes. Est-ce qu'il peut réussir à faire adopter un budget? Et comment?
Si le temps était écoulé, il serait renversé par la suite. Ce n'est pas son but.
Emmanuel Macron