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Discours / meetingÉlysée (sur YouTube)· 19 juillet 2021 23 minAutoproduitPortrait personnelInstitutions & élections

Remise de l’insigne de Commandeur dans l’Ordre National de la Légion d’Honneur à Jesse Jackson.

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Chapitres

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  • 2:05PrésentateurFait
    « « Cher référent Jesse Jackson, c'est une longue marche que la vôtre vers l'émancipation et la justice. » »
  • 2:33PrésentateurFait
    « « Vous grandissez dans un milieu confronté aux infamies et obstacles de tous ordres de ce temps passé, des discriminations les plus révoltantes inscrites dans la loi, fondées sur la couleur de peau » »
  • 5:24PrésentateurFait
    « « Et ce mouvement, c'est, à partir du milieu des années 50, la marche du peuple afro-américain qui va transformer les États-Unis et que vous avez mené en tête de cortège aux côtés de Martin Luther King. » »
  • 5:56PrésentateurFait
    « « Rosa Parks, la femme qui s'est tenue debout en restant assise, qui, je reprends mot, s'est assise pour que les hommes et les femmes de couleur puissent se lever » »
  • 9:48PrésentateurFait
    « « En luttant sans trêve pour la justice civique, pour l'avancement économique et social de la communauté afro-américaine ancrée en 1971, l'opération PUSH, puis en 1984, la National Rainbow Coalition. » »
  • 10:42PrésentateurFait
    « « Vous avez aussi pour toujours changé la politique américaine en portant ces espoirs au cœur des campagnes présidentielles en 1984 et en 1988 » »
  • 12:15PrésentateurChiffre
    « « Plus d'un million en 1984, plus de deux millions en 1988, contribuant à combler le fossé de participation et d'engagement entre les populations blanches et noires. » »
  • 14:53PrésentateurFait
    « « Pendant la Première Guerre du Golfe, en 1990, lorsque des citoyens de plusieurs pays engagés contre l'invasion du Kuwait ont été retenus en otage par Saddam Hussein, vous avez négocié la libération d'otages français. » »
  • 16:12PrésentateurFait
    « « L'armée américaine opérait sous l'empire de la ségrégation. Il était dénié aux Noirs américains jusqu'au droit de servir leur propre pays comme troupes combattantes. » »
  • 16:54PrésentateurFait
    « « Ces troupes ont doublement changé notre destin, nous apportant un concours décisif pour la victoire et contribuant à introduire dans notre pays la musique jazz » »

Temps de parole

  • Présentateur93 %
  • Invité7 %

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0:59
Invité

Bonjour à toutes et toutes. Je viens de dire au révérende Jesse Jackson combien nous étions fiers et heureux de l'accueillir ici à Paris. Je vais dire tout le bien que nous pensons de lui et que justifie cet honneur. Je vais plutôt le faire par commodité en anglais. J'étais en train de dire combien nous sommes fiers de vous accueillir ici, Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les ambassadeurs, Mesdames et Messieurs, chers amis.

1:32
Présentateur

Nous sommes réunis cet après-midi pour honorer un grand ami de la France de notre République, quelqu'un qui jouit dans notre pays d'une très grande affection et d'une rare popularité, pas simplement dans notre pays. Un homme visionnaire qui, par son talent à rassembler, entraîné, par son courage moral et physique, maintes fois éprouvé à contribuer à changer le destin de l'Amérique, notre plus vieille alliée, et en vérité à orienter le cours du monde vers le meilleur. « Cher référent Jesse Jackson, c'est une longue marche que la vôtre vers l'émancipation et la justice.

Les sentiers que vous avez frayés étaient escarpés, pourtant semés d'embûches, nés à Greenville, en Caroline du Sud, le 8 octobre 1941, dans l'Amérique de la ségrégation, à quelques jours de l'entrée en guerre des États-Unis. Vous grandissez dans un milieu confronté aux infamies et obstacles de tous ordres de ce temps passé, des discriminations les plus révoltantes inscrites dans la loi, fondées sur la couleur de peau, un système éducatif à deux vitesses, des accès à l'emploi différents, en somme des inégalités d'espoir et de destin terribles, selon que l'on naisse blanc ou noir. Et tout jeune déjà, vous êtes assoiffé de savoir, affamé de justice.

Sur les bancs des écoles, vous êtes un élève doué et travailleur, si bien que votre professeur de français déclarera plus tard qu'on ne pouvait pas ne pas vous remarquer, vous aimez, ne pas tout faire pour vous aider à accomplir ce grand destin qui déjà bouillonnait en vous. Les bancs de l'Église où les prêcheurs baptistes vous ont enseigné l'art oratoire et l'exigence morale sont pour vous comme une deuxième école. C'est là qu'éclot votre vocation à parler au cœur des autres, à les guider. Cet élan qui vous portait vers le savoir, vers les autres, vers Dieu, vous portait aussi à l'effort et au dépassement sportif.

Jeune promesse du football américain, vous déployez sur les terrains la même discipline, la même goût, le même goût pour le mouvement, le regard vers l'avant, c'est une toute évidence, même capacité à être le chef de file que vous avez réveillé déjà en toute chose. Ce goût pour le mouvement n'était pas un simple penchant personnel, il était aussi une nécessité pour busculer l'histoire. Le monde qui vous entourait alors était statique. Il reproduisait les injustices génération après génération. C'est le monde du racisme, de l'inégalité institutionnalisée, de la privation des droits, si éloigné des principes fondateurs des États-Unis.

C'est votre école élémentaire ségrédée de Greenville, dont les installations sportives n'ont rien à voir avec celles des enfants blancs. Ce sont les discriminations dans les transports publics, en particulier dans l'espace public en général. Pour défier le statu quo, il faut un élan du mouvement. Et ce mouvement, c'est, à partir du milieu des années 50, la marche du peuple afro-américain qui va transformer les États-Unis et que vous avez mené en tête de cortège aux côtés de Martin Luther King. En 1955, vous aviez 14 ans, lorsque, à Montgomery, en Alabama, à 500 kilomètres de chez vous, une femme noire refuse de céder sa place à un homme blanc dans un bus.

Rosa Parks, la femme qui s'est tenue debout en restant assise, qui, je reprends mot, s'est assise pour que les hommes et les femmes de couleur puissent se lever, dont l'emprisonnement paradoxalement allait faire sauter les verrous de l'injustice, ouvrir les portes de l'émancipation lorsque Martin Luther King lance le boycott des bus, montent en vous l'irrépressible volonté de suivre leur exemple pour que rien ne soit jamais plus pareil. Dans les années qui suivent, vous participez au mouvement de déségrégation de la bibliothèque publique de Greenville et prenez la tête du sit-in des étudiants.

Après vos études secondaires, vous décrochez une bourse pour jouer dans l'équipe de football américain de l'Université de l'Illinois. Cette université n'était pas ségrédée, mais les préjugés ratios plus insidieux, plus qu'en Caroline du Sud, n'en sont pas moins blessants. Vous retrouvez un temps, votre sud natal, pour étudier au North Carolina Agricultural Technical College, prestigieuse université afro-américaine, où vous rencontrez votre future femme Jacqueline, avec qui vous aurez cinq enfants. Mais l'appel de Martin Luther King change définitivement vos projets. Et comme lui, vous voulez devenir pasteur et retourner alors à Chicago pour inscrire au Chicago Theological Seminary.

Chicago, votre ville d'adoption, sera l'un des centres de gravité du mouvement des droits civiques. C'est à l'Université de Chicago que Martin Luther King prononce en 1956 l'un de ses premiers discours qui résonna dans toute l'Amérique. Vous vous engagez alors corps et âme pour défendre cette cause, abandonnant vos études, prenant des risques permanents, le risque d'être arrêté, arraché, lynché et devenez bientôt l'un des plus proches compagnons du Dr King, sillonnant l'Amérique pour reprendre son message de libération et de non-violence et des droits civiques.

On se souvient de cette photo où vous vous teniez aux côtés de Martin Luther King sur le balcon du Lorraine Motel à Memphis le 4 avril 68. Dans les heures précédentes, son assassinat, l'assassinat d'un homme de bien, d'un homme de paix, d'un mari et d'un père de 39 ans qui a révolté le monde. 40 ans plus tard, le soir de l'élection de Barack Obama, le 4 novembre 2008, vous avez mesuré les larmes aux yeux le chemin parcouru depuis ce jour tragique. Ce soir-là, vos larmes ont ému tous vos compatriotes qui savent bien quelle part vous y avez pris.

9:14
Invité

Car entre ces deux dates, entre ces deux mondes de 1968 et 2008, vous avez fait faire des bonds de géants à l'égalité des droits.

9:35
Présentateur

Deux mois après l'assassinat de Martin Luther King, vous êtes ordonnés pasteurs et vous relevez le flambeau de ces combats. En luttant sans trêve pour la justice civique, pour l'avancement économique et social de la communauté afro-américaine ancrée en 1971, l'opération PUSH, puis en 1984, la National Rainbow Coalition. Les deux organisations fusionnent en 1996 pour former la Rainbow PUSH Coalition, leur succès. C'est forgé à la force de votre verbe, de votre inspiration prodigieuse, de votre sens de l'amitié de l'organisation et, je dois dire, du compromis.

Vous avez su concrétiser votre infatigable action civique en progrès tangible dans tous les domaines, des progrès qui changent la vie quotidienne de tous ceux qui ont placé leurs espoirs en vous. Vous avez aussi pour toujours changé la politique américaine en portant ces espoirs au cœur des campagnes présidentielles en 1984 et en 1988, en les intégrant dans une vision politique, économique et sociale d'une Amérique fraternelle qui réaliserait enfin la promesse des fers fondateurs de l'indépendance et le rêve de Martin Luther King.

Vos campagnes pleines de panache pour obtenir l'investiture présidentielle du Parti démocrate sont dans tous les mémoires du sud profond des Bayou aux étendues gelées du Michigan, où vous créez la surprise en 1988, en remportant le caucus. Si vous n'avez pas pu aller au bout du chemin présidentiel, vous avez ouvert la voie à celles et ceux qui l'ont emprunté après vous et qui continuent à être guidés par ce rêve d'une Amérique enfin unie et réconciliée. 2008 aurait été sans conteste impossible sans vos combats et votre contribution. L'enthousiasme, l'espoir que vous a su lever à travers les États-Unis a eu l'effet sublime d'encourager des vagues d'inscriptions sur les listes électorales.

Plus d'un million en 1984, plus de deux millions en 1988, contribuant à combler le fossé de participation et d'engagement entre les populations blanches et noires. Au cours de la décennie des années 90, qui s'ouvre après la chute du mur de Berlin et la fin de l'apartheid, pour lequel vous êtes aussi engagé, vous conduisez de nombreuses missions internationales en tant qu'envoyé présidentiel. Vous battez déjà pour l'accès à l'éducation et pour le climat et vous suivez tous ces combats. Vous êtes étroitement lié avec notre ami Cyril Ramaphosa en Afrique du Sud et de nombreux autres dirigeants. Et j'ai une pensée toute particulière pour lui aujourd'hui.

En 2000, vous recevez des mains du président Clinton la médaille présidentielle de la liberté, la plus haute distinction de votre pays. Aujourd'hui, c'est la République française qui vous honneure de sa plus haute distinction, car au-delà de toutes ces contributions à votre pays, aux droits civiques, vous êtes un ami particulier de la France. J'ai mentionné tout à l'heure votre professeur de français à l'école de Greenville, votre affection pour notre pays a peut-être pris source dans sa classe. En tout cas, cette affection n'a cessé de vous habiter et nous vous en sommes profondément reconnaissants.

Vous connaissez notre histoire, nos relations avec votre pays, les États-Unis, la singularité de notre voie sur la scène internationale, l'expérience partagée du crime, de l'esclavage et de la traite, le rôle des mouvements abolitionnistes au XIXe siècle, notre engagement en faveur des droits de l'homme, notre souci d'avoir des relations mutuellement respectueuses avec l'Afrique. Et je suis très heureux d'avoir de très grands dirigeants qui ont apporté une très grande contribution à ce combat ici, dans cette salle aujourd'hui. Vous avez en plusieurs occasions évoqué avec éloquence votre amitié avec la France.

Un épisode moins connu et dont vous n'avez pas cherché à tirer de gloire personnelle mérite d'être évoqué aujourd'hui. On vient d'en parler juste avant la cérémonie. Pendant la Première Guerre du Golfe, en 1990, lorsque des citoyens de plusieurs pays engagés contre l'invasion du Kuwait ont été retenus en otage par Saddam Hussein, vous avez négocié la libération d'otages français. Grâce à vous, ils vous doivent leur retour sain et sauf auprès de leur famille. Votre amitié pour notre pays, cher Jesse Jackson, s'inscrit dans la tradition héroïque des relations entre les citoyens afro-américains et la France.

Le mouvement abolitionniste français est à l'origine de la souscription en faveur de la statue de la liberté. Avant cela, les liens entre les Noirs américains et les Français de la Caraïbe et de l'Amérique, des Grands Lacs du Nord au Delta du Mississippi ont contribué à ce que l'on pourrait appeler la créolisation d'une partie de la société américaine.

Je pense à la créativité naturelle, gastronomique de la Nouvelle, orléans aussi des chapitres moins connus de notre histoire commune, comme celui de Jean-Baptiste Coindussab, considéré comme le fondateur de la ville de Chicago, fils métisse d'un Français d'une Afro-Carabéenne de Saint-Domingue, aujourd'hui à Haïti, une pensée spéciale pour Haïti aujourd'hui. Le fondateur, en 1917, lorsqu'elle débarque en France, l'armée américaine opérait sous l'empire de la ségrégation. Il était dénié aux Noirs américains jusqu'au droit de servir leur propre pays comme troupes combattantes. Ils étaient rélégués à des tâches auxiliaires indispensables, mais sans grande valeur militaire.

Les 369e et 3710e régiments d'infanterie, surnommés Harlem Hellfighters et Black Devils, respectivement originaires de New York et de Chicago, furent ainsi intégrés dans les armées françaises. Malheureusement, on fait l'objet de discrimination là aussi, mais on peut se battre aux côtés d'hommes blancs et on fait preuve d'un grand courage. Ces troupes ont doublement changé notre destin, nous apportant un concours décisif pour la victoire et contribuant à introduire dans notre pays la musique jazz, qui allait révolutionner notre vie culturelle pour le siècle à venir.

Les relations entre la France et la communauté noire américaine, c'est aussi le souvenir des débarquements de Normandie et de Provence qui vinrent une fois encore les soldats issus de cette communauté, renverser les préjugés, défendre leurs drapeaux et restaurer notre liberté. Certains des premiers compagnons de la lutte de Martin Luther King sont des vétérans de la Seconde Guerre mondiale, héros de la paix, mais aussi témoins de l'horreur des camps de concentration, expériences qui contribuent à éveiller leur conscience et à les pousser à l'engagement civique à l'heure du retour au pays.

Comment aussi ne pas mentionner la mémoire de Josephine Baker, qui reçut la Légion d'honneur des mains du général de Gaulle pour service rendu à la Résistance, ou celles des artistes et écrivains comme Richard Wright ou James Baldwin, dont le Lég reste bien vivant à Paris, qui fut pour eux un lieu d'inspiration et sans doute un œuvre de liberté, loin du racisme institutionnel de l'Amérique de leur temps. Mais notre amitié et notre alliance, chère Jesse Jackson, vont au-delà des héritages historiques. Les valeurs pour lesquelles vous vous êtes battus et continuez à vous battre sont tout simplement les mêmes valeurs que celles de la République française.

Vous n'êtes pas simplement notre ami et notre allié, vous êtes notre frère. Notre devise n'a jamais été éloignée de votre lutte. J'ose même croire qu'elle l'a parfois inspirée. Comme votre ami Nelson Mandela, qui a théorisé la nation arc-en-ciel, le monde auquel vous aspirez est un monde égal et juste, où les injustices historiques sont rectifiées, les injustices du présent corrigé. C'est aussi un monde sans préjugés, sans barrières artificielles, sans séparation, un monde où notre bien le plus précieux est notre espace commun pour vivre ensemble, pour décider ensemble, pour assumer nos responsabilités ensemble, dans le respect de notre diversité, mais avec le souci constant du bien commun.

En vous décorant aujourd'hui, j'ai une pensée spéciale pour Martin Luther King, bien évidemment, et le représentant John Lewis, un de vos camarades et un ami qui m'est très chère. Cher Jesse Jackson, aux États-Unis, certains vous appellent le grand unificateur d'autres, la conscience de la nation. Les valeurs cardinales qui vous valent ces éloges suprêmes sont aussi celles que nous chérissons en France. Vous avez donné toujours plus de corps à cet idéal, porté par un intarissable espoir, car, comme vous aimez à le dire, l'espoir est la meilleure arme. Il faut maintenir l'espoir en vie.

La République française vous est reconnaissante dans votre travail infatigable dans la promotion de la liberté, l'égalité et la fraternité pour cet espoir que vous avez insufflé en chacun d'entre nous depuis plus d'un demi-siècle. Je viens de décrire vos principaux combats, vos mérites, mais nous savons tous pertinemment quel est ce leg, ce que vous avez réalisé. Et c'est donc un privilège pour nous que de vous accueillir ici aujourd'hui. C'est un honneur et une grande joie aussi pour moi de vous remettre au nom de la République française les insignes de commandeur de la Légion d'honneur.

21:27
Invité

Monsieur Jesse Jackson, au nom de la République française, nous vous faisons commandeur de la Légion d'honneur.

22:54
Présentateur

Monsieur, s'il vous plaît, monsieur.

Remise de l’insigne de Commandeur dans l’Ordre National de la Légion d’Honneur à Jesse Jackson. · Pourquijevote