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Interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo (sur Site radio)· 8 janvier 2025 25 minContradictoireActualité / polémiqueImmigration & asileInstitutions & électionsSolidarités & famille

Mort de Jean-Marie Le Pen... Le 8h30 franceinfo de Brice Teinturier et Renaud Dély

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 50 %Défensif 40 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:51OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qu'elles disent ces réactions, Brice Tinturier ?

  • 1:44OuverteRéponse directe

    Quand même beaucoup de jeunes, hier soir, place de la République, au Renaud-Dély, des gens qui se félicitent de la mort d'un homme politique.

  • 3:19OuverteRéponse directe

    Renaud, il y a celle du ministre de l'Intérieur hier soir, après ces images, et qu'on vous a fait voir et entendre.

  • 4:09OuverteRéponse directe

    C'est François Bayrou qui a tweeté, effectivement, à la mort de Jean-Marie Le Pen.

  • 4:57OuverteRéponse directe

    Mais quand même, sur les réactions des politiques aujourd'hui, on l'a dit, il marche sur des oeufs.

  • 5:26OuverteRéponse directe

    Bien sûr. Après, il faut quand même noter une spécificité, mais qui dit, là aussi, beaucoup de ce qu'était Jean-Marie Le Pen dans l'histoire politique française.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:03InvitéFait
    « Elles disent malgré tout une mémoire à l'égard de Jean-Marie Le Pen qui montre à quel point il a été rejeté en France. »
  • 1:28InvitéFait
    « qui réactivait des thèmes antisémites, des thèmes homophobes, des thèmes racistes. »
  • 2:16InvitéFait
    « On l'a vu de façon spectaculaire en 2002, lorsqu'il a accédé au second tour de la présidentielle, et en particulier avec l'urdité du second tour, bien sûr, et des manifestations qui étaient à l'époque massives. »
  • 3:45InvitéChiffre
    « On est à plus de 30% pour le RN d'aujourd'hui, et avec une stratégie de désextrémisation voulue orchestrée par Marine Le Pen, et qui a payé. »
  • 4:34InvitéFait
    « du rafour crématoire ou ce type de propos, parce qu'il voulait faire autour de lui des provocations et créer justement un mouvement, qu'on parle de lui, qu'il soit l'antisystème et l'incarnation de l'antisystème. »
  • 8:18InvitéFait
    « Le Pen lui-même disait que ce qui était le plus important, c'était la marque Le Pen. »
  • 9:58InvitéFait
    « la prochaine fois, on fera une fournée. »
  • 10:05InvitéFait
    « elle condamne une faute politique qui donne des armes à nos adversaires pour s'attaquer, à l'époque, au FN. »
  • 11:45InvitéFait
    « c'est aussi un message, en tout cas, c'est lui qui a donné l'extrême onction à Jean-Marie Le Pen il y a déjà plusieurs semaines. »
  • 18:32InvitéFait
    « 1 million de chômeurs c'est 1 million d'immigrants en trop, 2 millions de chômeurs c'est 2 millions de migrants en trop. »
  • 22:55InvitéFait
    « je suis socialement de gauche économiquement de droite et nationalement de France »

Temps de parole

  • Invité49 %
  • Invité 232 %
  • Présentateur11 %
  • Invité 36 %

2 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

Bonjour Brice Tinturier. Bonjour. Bonjour Renaud Delis. Bonjour. Deux invités pour parler des conséquences politiques de la mort de Jean-Marie Le Pen et l'évolution de l'extrême droite en France depuis la fondation du Front National. Brice Tinturier, Renaud Delis, vous avez tous les deux bien connu le père de Marine Le Pen. Renaud, vous êtes l'un des meilleurs connaisseurs du Front National de l'extrême droite en France puisque vous avez écrit beaucoup d'ouvrages sur le sujet depuis 30 ans. Depuis hier, les réactions se multiplient. Des politiques, on va y revenir, et des Français aussi qui se sont rassemblés un peu partout en France, en plusieurs villes.

Certains se sont retrouvés place de la République hier soir à Paris pour fêter la Nouvelle.

0:39
Invité

Le Pénil est mort, le Pénil est mort, le Pénil est mort, le Pénil est mort.

0:51
Présentateur

Certains avec des coupes de champagne à la main. Qu'est-ce qu'elles disent ces réactions, Brice Tinturier ?

0:57
Invité

Elles disent malgré tout une mémoire à l'égard de Jean-Marie Le Pen qui montre à quel point il a été rejeté en France. Quand on reprend sa courbe de popularité, en réalité elle était très plate et il y avait 80%, un peu plus, un peu moins suivant les moments, de manière assez constante, qui émettait un jugement très défavorable sur Jean-Marie Le Pen. Donc ça s'est étiolé parce que Jean-Marie Le Pen ne fait plus partie du paysage actif. Mais vous avez malgré tout toujours l'image d'un Jean-Marie Le Pen qui faisait un certain nombre, pas de polémiques, de provocations, qui réactivait des thèmes antisémites, des thèmes homophobes, des thèmes racistes.

Et cela imprégnait quand même une partie de la population française. Encore une fois, ça s'efface un peu pour des raisons générationnelles, mais c'est un marqueur de notre vie politique.

1:44
Présentateur

Quand même beaucoup de jeunes, hier soir, place de la République, au Renaud-Dély, des gens qui se félicitent de la mort d'un homme politique.

1:52
Invité

Alors il y a la dimension évidemment sur le plan humain, ça peut légitimement choquer, on peut considérer ça comme indécent, de célébrer la mort de quelqu'un. Même si je pense que ces rassemblements portent davantage sur les idées qui étaient portées par Jean-Marie Le Pen que sur le personnage lui-même. Beaucoup de jeunes, vous avez raison, et pas tant que ça. Parce qu'il faut se souvenir qu'effectivement, comme le disait Brice Nathurie, tout au long de sa carrière politique, Jean-Marie Le Pen a suscité un rejet massif.

On l'a vu de façon spectaculaire en 2002, lorsqu'il a accédé au second tour de la présidentielle, et en particulier avec l'urdité du second tour, bien sûr, et des manifestations qui étaient à l'époque massives. Ce n'était pas le cas hier. Ce que je veux dire par là, c'est que pendant des décennies, avec Jean-Marie Le Pen, à la tête du FN, deux Frances, en quelque sorte, s'opposaient. L'une qui était extrêmement minoritaire, quand même, le FN, même s'il progressait. Et puis une immense majorité de la France qui avait peur de l'extrême droite, effectivement. Et Jean-Marie Le Pen.

Cette diabolisation, comme disent les lepénistes, et aujourd'hui les marinistes, en quelque sorte, ses successeurs à Marine Le Pen, elle persiste dans le personnage, effectivement. Mais je pense qu'aujourd'hui, on le voit bien, le rejet est bien moindre. L'hostilité de la population est bien moindre. Et juste un tout dernier point, s'il y a eu ces manifestations hier, la diabolisation dénoncée par Marine Le Pen, elle n'est pas inventée par les journalistes, les commentateurs, ou même ses adversaires politiques.

C'est-à-dire, le principal agent de cette diabolisation, celui qui a fait, en quelque sorte, entre guillemets, Le Pen le diable de la République, c'est évidemment Le Pen lui-même, avec ses propos, ses prises de position et ses multiples condamnations. Et vous parliez des réactions politiques. Renaud, il y a celle du ministre de l'Intérieur hier soir, après ces images, et qu'on vous a fait voir et entendre. Rien ne justifie qu'on danse sur un cadavre, dit le ministre de l'Intérieur. Ces réactions de la classe politique, On sent que tout le monde marche un peu sur des œufs, ce matin, Brice Tinturier.

Oui, parce que le Rassemblement national d'aujourd'hui, en termes d'obédience politique, évidemment, n'a rien à voir avec celui de Jean-Marie Le Pen. On est à plus de 30% pour le RN d'aujourd'hui, et avec une stratégie de désextrémisation voulue orchestrée par Marine Le Pen, et qui a payé. Donc, la société française étant beaucoup plus incline à voter pour Marine Le Pen et le RN que dans le passé, on voit bien qu'un certain nombre de responsables politiques, soit parlent de polémiques à propos de Jean-Marie Le Pen, ce qui est un terme qu'on peut interroger.

4:09
Présentateur

C'est François Bayrou qui a tweeté, effectivement, à la mort de Jean-Marie Le Pen. Je dis ces mots qu'il a postés sur le réseau social X. Au-delà des polémiques, qui étaient son arme préférée et des affrontements nécessaires sur le fond, Jean-Marie Le Pen aura été une figure de la vie politique française. Effectivement, le terme polémique fait polémique.

4:25
Invité

Le terme polémique fait polémique parce que c'est à la fois, comme Renaud Delis le rappelait, c'était à la fois une stratégie voulue, pensée par Jean-Marie Le Pen, du rafour crématoire ou ce type de propos, parce qu'il voulait faire autour de lui des provocations et créer justement un mouvement, qu'on parle de lui, qu'il soit l'antisystème et l'incarnation de l'antisystème. Donc, il voulait être ce diable de la République, incontestablement. Et c'est ce qui lui a profondément ennuie. Et c'est cette stratégie, donc, qui a voulu inverser Marine Le Pen.

4:57
Présentateur

Mais quand même, sur les réactions des politiques aujourd'hui, on l'a dit, il marche sur des oeufs. On a vu Bruno Rotaillot qui dit, c'est une honte ce qui s'est passé hier soir.

5:05
Invité

Il y a l'aspect personnel. On peut considérer qu'effectivement, on n'a pas à se réjouir de la mort d'un responsable politique. Mais tant qu'il n'y a pas atteinte à l'ordre public, on est dans un pays où normalement, les gens sont libres d'exprimer leur satisfaction, voire leur joie, ou au contraire, leur peine et leur regret à l'égard du décès d'une figure comme celle de Jean-Marie Le Pen. Bien sûr. Après, il faut quand même noter une spécificité, mais qui dit, là aussi, beaucoup de ce qu'était Jean-Marie Le Pen dans l'histoire politique française. C'est que, d'ordinaire, on voit ce type de manifestation à la chute d'un tyran, d'un dictateur, d'un régime autoritaire.

Il faut rappeler que Jean-Marie Le Pen n'a exercé aucune responsabilité exécutive. Il a été, certes, député européen et député d'opposition, par moment, au conseil régional. Mais ça, c'est frappant. Et ça renvoie, justement, encore une fois, à cette image et à cette réalité, parce que ça correspondait à son comportement et à ses convictions politiques, que portait Jean-Marie Le Pen. Ça explique ce rejet.

Pour ce qui est de la prudence des responsables politiques, c'est justement, je pense, un certain nombre de responsables politiques, notamment issus de la majorité, si on peut l'appeler comme ça, puisque la majorité n'est pas vraiment majoritaire, redoutent de faire, à mon avis, soit d'en faire trop contre Jean-Marie Le Pen et de donner l'impression, eux aussi, de ne pas respecter le temps du deuil, soit peut-être de vexer ou fâcher Marine Le Pen à un moment où certains, peut-être mis encore implicitement sur son indulgence lors d'un éventuel vote de censure, ça peut expliquer le communiqué de François Bayrou, le tweet de François Bayrou, un dernier point.

C'est possible, c'est une hypothèse. C'est une hypothèse, en tout cas. Quand même la principale retenue, elle émène de Marine Le Pen elle-même. Certes, elle a appris le décès de son père dans l'avion, le sel ne s'est posé qu'hier vers 21h à Paris, mais depuis, on n'a toujours aucune réaction.

Elle aurait pu très bien publier un communiqué, ce qui, à mon avis, en dit long aussi sur le plan politique, parce qu'il y a évidemment la douleur personnelle, intime, familiale, qu'il faut respecter, mais il y a quand même, je pense, un exercice un peu compliqué politiquement aujourd'hui que de rendre pour Marine Le Pen l'hommage à son père et au fondateur du FN et donc d'endosser, une fois de plus, tout l'héritage politique. Gris Natorrier. Oui, c'est toute la difficulté pour Marine Le Pen qui se cristallise aujourd'hui. C'est-à-dire qu'à la fois, elle est l'héritière de ce mouvement et elle s'en détache.

Et elle est en permanence dans ce jeu où elle ne peut pas renier, elle n'a jamais renié l'héritage de son père et où, en même temps, elle a cherché, avec succès, à désextrémiser le Rassemblement national. Elle ne l'a pas renié, mais elle l'a exclu de son propre parti. Depuis 10 ans... Tout à fait. Elle l'a exclu parce que, frontalement, sa stratégie était totalement inverse et notamment quand Jean-Marie Le Pen, Henri Varolle réactivait des formules particulièrement antisémites, ça allait à l'encontre de ce qu'elle cherchait à faire et peut-être de ses convictions profondes. On le sait de ce point de vue véritablement. Mais elle ne peut pas non plus et elle n'a jamais condamné son père.

Elle a toujours dit que c'était un visionnaire, qu'il était en avance sur son temps, qu'il avait d'énormes qualités politiques, qu'il avait été le premier à pointer la menace de l'immigration. Donc, elle est dans ce jeu compliqué.

8:05
Présentateur

Mais elle dit aussi qu'il a cherché à la saboter depuis 2011, depuis qu'il a donné le parti.

8:10
Invité

Alors, quand on regarde la longue histoire de la famille Le Pen, c'est aussi une petite entreprise familiale qui a prospéré le Front National devenu RN. D'ailleurs, Le Pen lui-même disait que ce qui était le plus important, c'était la marque Le Pen. Elle est aujourd'hui l'héritière de cette marque. Elle a d'ailleurs le même nom. C'est à la fois un atout et un fardeau sur le plan politique, effectivement, pour Amie. Quand on regarde l'histoire, il faut bien comprendre d'abord ce souvenir que Jean-Marie Le Pen a tout fait pour que sa fille lui succède à la tête du parti.

Il a écarté pendant une dizaine d'années tous ceux qui faisaient de l'ombre à l'ascension de sa fille, jusqu'à Bruno Golnisch. On peut citer la liste de Karl Lang, Marie-France Thierbois, Bernard Antonier et bien d'autres. La liste est longue. Donc, elle est effectivement l'héritière. Lorsqu'elle a hérité du parti, c'était au congrès de Tours de janvier 2011. Elle explique, elle en promett toute l'histoire, qu'elle assumait toute l'histoire du Front National. Elle a dit à de multiples reprises, je la cite, Le Pen, c'est l'homme de ma vie. Parce qu'elle parle en public, elle ne dit jamais papa ou mon père, elle dit toujours Le Pen.

Elle a réitéré ses propos, assumant l'histoire du FN plus récemment. C'était il y a deux ans, lors d'un colloque qui commémorait le 50e anniversaire de la création du parti. Là où elle a pris ses distances, clairement, c'est effectivement sur l'antisémitisme. Et c'est vrai que Marine Le Pen n'a jamais tenu de propos publics ou d'écrits qui relèvent de l'antisémitisme. Et qu'elle a pris, effectivement, comme Ristin Turier le disait, ses distances sur le plan tactique. Mais d'ailleurs, quand vous regardez de nombreux dérapages, enfin, qui ne sont pas des dérapages, d'ailleurs, j'aime pas tellement appeler ce terme-là. Les condamnations ont été condamnées plusieurs fois.

Non, mais ce ne sont pas des dérapages parce que le terme de dérapage qui est fréquemment utilisé peut donner l'impression que Le Pen faisait des gaffes quasiment involontaires, alors que les propos antisémites qu'il tenait reflétaient ses véritables convictions. Mais à de multiples reprises, Marine Le Pen a critiqué la forme ou le moment, par exemple, lorsqu'il s'était livré à des propos antisémites concernant, en 2014, Patrick Bruel et les artistes qui se mobilisaient contre le FN, Jean-Marie Le Pen avait dit, on s'en souvient à l'époque, la prochaine fois, on fera une fournée.

Quand vous relisez le communiqué de Marine Le Pen qui condamne les propos de son père, elle condamne une faute politique qui donne des armes à nos adversaires pour s'attaquer, à l'époque, au FN. Donc, très souvent, elle n'évoque pas le fond, elle élude le fond.

10:13
Présentateur

Et c'est en ça que c'est intéressant les réactions politiques. Alors, il y a effectivement la droite, la gauche, il y a aussi les réactions de l'extrême droite, du Rassemblement National. Les élus ont pris aussi leur téléphone pour réagir ou pour réagir dans les médias. Et on a vu, par exemple, des élus du Rassemblement National saluer un grand homme qui a servi la France. C'est l'élément de langage qui revenait souvent. À aucun moment, ils font référence à son antisémitisme, à son racisme, à sa xénophobie, à son homophobie. Comment vous interprétez ça ?

10:44
Invité

Bien naturellement, ce sont quand même son antisémitisme, son homophobie, ce sont des choses qui, aujourd'hui, sont non justifiables. Donc, ils ne vont pas rappeler cette composante du parcours de Jean-Marie Le Pen. Et du coup, il est assez logique qu'au sein du Rassemblement National, on évoque plutôt la figure de quelqu'un qui aurait été visionnaire en avance sur son temps, etc., etc. Mais je crois que...

11:06
Présentateur

Il va se passer quand même quelque chose d'important, Bristan Thurier et Renaud Delis, c'est qu'il va y avoir des obsèques. D'abord, une messe familiale qui est prévue, mais aussi une messe officielle dans une église parisienne. Il faut s'attendre à quoi ? À ce que tous les élus du Rassemblement National arrivent dans cette église ? Ou alors, ça va être compliqué pour se décider d'y aller ou pas ?

11:27
Invité

Une messe d'ailleurs bien particulière, puisque selon les premières informations qui ont été communiquées hier, elle devra être donnée par un abbé, par un prêtre qui s'appelle le prêtre l'abbé Laguerri, qui est une figure des milieux catholiques intégristes, qui a été très longtemps le prêtre de l'église Saint-Nicolas du Chardonnay à Paris, église occupée par les intégristes depuis maintenant des décennies. Donc, c'est aussi un message, en tout cas, c'est lui qui a donné l'extrême onction à Jean-Marie Le Pen il y a déjà plusieurs semaines.

C'est-à-dire qu'on sait très bien aussi Jean-Marie Le Pen il a rassemblé autour de lui tous les courants de l'extrême droite, y compris les catholiques intégristes et il a d'ailleurs lui-même fréquenté pour des obsèques d'un certain nombre de personnages, je pense notamment à Maurice Bardèche, l'écrivain et beau-frère de Robert Braziac, l'église Saint-Nicolas du Chardonnay, obsèque qui était d'ailleurs célébré par le même abbé Laguerri. Le 830 France Info, Jérôme Chapuis, Saliadraquia. Et à l'instant, Louis Alliot, vice-président du Rassemblement National, elle annonce que les obsèques de Jean-Marie Le Pen auront lieu samedi prochain à la Trinité-sur-Mer dont il est originaire.

Nous sommes avec Brice Tinturier, directeur général d'Ipsos, Renaud Delis qu'on ne présente pas sur cette antenne. Nous parlions des conséquences politiques de la disparition de Jean-Marie Le Pen parce qu'il y en a, on entendait tout à l'heure Brice Tinturier sur France Info des électeurs du RN. C'est très intéressant dans l'Oise département où le RN est très implanté qui, sans se réjouir de la mort de Jean-Marie Le Pen disait que finalement c'est plutôt une bonne chose pour Marine Le Pen. Est-ce que politiquement, on peut le dire ?

Oui, je crois que ces électeurs ont raison parce que ça va permettre à Marine Le Pen aussi de tourner une page sans renier totalement l'héritage mais de tourner une page où Jean-Marie Le Pen restait une figure quand même sulfureuse et repoussoire dans la société française. Et la grande différence en termes d'électorat entre l'électorat de Jean-Marie Le Pen et celui de Marine Le Pen c'est que dans les années 80, 90, etc. vous aviez un petit socle d'électeurs qui adhérait aux thèses de Jean-Marie Le Pen mais qui était très minoritaire.

Et vous aviez une deuxième couronne qui s'agrégeait tout cela pouvait nous amener au maximum des 17% de la présidentielle mais une deuxième couronne qui s'agrégeait avec des gens qui ne souhaitaient pas la victoire de Jean-Marie Le Pen qui ne pronostiquaient d'ailleurs pas du tout cette victoire mais qui instrumentalisaient ce vote pour, pardon de le dire comme ça, emmerder le système.

C'est radicalement différent avec Marine Le Pen On est progressivement passé justement à un électorat qui adhère aux thèses de Marine Le Pen qui souhaite la victoire de Marine Le Pen et tout cela parce qu'il y a eu cette désextrémisation donc du coup l'effacement de Jean-Marie Le Pen peut, moi je crois servir davantage Marine Le Pen qu'être un handicap.

Oui, et en même temps j'amanderais un tout petit peu le propos de Brice Tinturier c'est-à-dire qu'on sait aussi que Marine Le Pen pour se détacher de la figure sulfureuse de son père a mené un combat sémantique depuis des années avant même d'ailleurs de commencer de prendre les rênes du parti par exemple elle a rebaptisé le FN en rassemblement national FN-RN elle ne parle jamais de l'eupénisme d'ailleurs et ses troupes ne parlent que du marinisme ses troupes d'ailleurs ne l'appellent que par son prénom voilà il ne parle toujours que de Marine pourquoi ?

parce qu'il s'agit justement d'effacer le nom de Le Pen le problème qu'elle a c'est qu'elle le porte toujours le nom de Le Pen ce que ne fait plus sa nièce d'ailleurs elle se fait désormais appeler Marion Maréchal elle a retiré le nom de Le Pen c'est-à-dire qu'on voit qu'il y a quand même cette fameuse marque bien sûr dès lors que le père a disparu il n'est plus dans le paysage politique et avec le temps elle peut évidemment se détacher plus aisément de ce souvenir-là de ce fantôme-là mais elle continue de porter toujours le nom Le Pen et je pense que le nom lui-même continue de susciter une hostilité malgré tous ces efforts de ce qu'elle appelle la dédiabolisation on a quand même vu et de façon assez surprenante Front Républicain fonctionnait encore massivement en juillet dernier un tout dernier point tout ça ne change pas évidemment la nature du programme du parti c'est-à-dire qu'il ne faut pas il faut distinguer la tactique et le combat sémantique et notamment évidemment ce qui est la colonne vertébrale du FN devenu RN depuis la création du FN c'est la préférence nationale ce principe discriminatoire qui reste la colonne vertébrale aujourd'hui du RN même sous Marine Le Pen

15:33
Présentateur

c'est vrai

15:34
Invité

mais le nom c'était structurel c'est quelque chose qui structurellement est attaché à Marine Le Pen donc là avec la mort de son père qu'est-ce qui peut se passer moi je crois qu'il va se passer deux choses marquantes c'est que l'antisémitisme qui était un marqueur porté par Jean-Marie Le Pen et que Marine Le Pen essaye d'effacer mais va pouvoir s'effacer encore plus donc au-delà de la permanence du nom il y a quand même cette dimension qui devrait servir Marine Le Pen et puis souvenez-vous Jean-Marie Le Pen c'était quand même l'ennemi de la république de la laïcité la république c'était lagueuse Marine Le Pen se présente aujourd'hui comme au contraire celle qui défend la laïcité et donc elle va pouvoir déployer beaucoup plus aisément ces dimensions-là que quand il y avait Jean-Marie Le Pen j'ai envie de dire dans le placard il en doute un peu la vie c'est qu'elle va déployer cette stratégie de communication là je vous le suis totalement mais quand on regarde effectivement le programme du FN enfin le programme du RN pardon excusez-moi ce lapsus et les propos de Marine Le Pen quand on regarde l'attitude de Marine Le Pen et de ses élus la plupart des élus RN on ne peut pas les considérer comme des défenseurs de la laïcité de ce qu'elle est laïcité c'est-à-dire qu'il y a évidemment une instrumentalisation de la part de Marine Le Pen et du RN de ce mot de la laïcité contre une religion en particulier c'est pas ce ne sont pas des défenseurs c'est-à-dire qu'il y a elle va essayer elle va continuer de déployer cette stratégie le jour juin cette tactique de façon un peu plus aisée dès lors que le fantôme de son père n'est plus là en revanche ça ne change pas la nature du parti y compris si même elle l'a dit ça c'est clair je l'ai dit Marine Le Pen n'a jamais tenu de propos publics antisémites ou n'a jamais écrit des propos antisémites en revanche il demeure dans son entourage et au sein des cadres du RN aujourd'hui des gens antisémites et on en a encore d'ailleurs pointé dans les CV d'un certain nombre de candidats aux législatifs de juillet dernier et puis son électorat est un peu plus antisémite que les autres à l'exception aujourd'hui de l'électorat de la France Insoumise où l'antisémitisme aussi progresse tout à fait j'allais y venir quand vous mesurez les préjugés anti-juifs et tous les indicateurs qui permettent de voir si vous êtes habité par un courant antisémite ce sont bien chez les sympathisants du Rassemblement National que les préjugés sont les plus partagés jusqu'à une date récente c'était même mécanique plus vous alliez vers la droite et l'extrême droite plus ces préjugés étaient présents depuis maintenant deux ans vous avez une montée aussi de ces préjugés chez les sympathisants de la France Insoumise on est à peu près au même niveau aujourd'hui entre ceux du RN et ceux de la France Insoumise et c'est une évolution notable mais malgré tout il ne faut pas oublier que l'électorat du RN reste assez poreux à tous les stéréotypes anti-juifs

18:03
Présentateur

sur le côté du programme on se souvient qu'à la création du Front National Jean-Marie Le Pen quelques années plus tard ne parlait que d'immigration et d'Algérie française l'immigration ça reste un point fort du RN de 2025

18:17
Invité

c'est très clairement lui Jean-Marie Le Pen qui a introduit ce thème dans le débat public il y a eu une forme aussi d'intuition en quelque sorte politique à l'aube des années 70 effectivement et lors de la création du FN donc à l'automne 72 d'introduire ce thème de l'immigration avec on se souvient de ces affiches dans les années 70 et dans les années 80 surtout à mesure que le chômage montait pointait toujours le bouc émissaire l'étranger comme étant responsable de la crise économique et ces affiches du Front National 1 million de chômeurs c'est 1 million d'immigrants en trop 2 millions de chômeurs c'est 2 millions de migrants en trop etc.

donc il y a très clairement ce choix là fait par Jean-Marie Le Pen alors que son histoire politique préalable ne faisait pas un obsédé de cette question ça a d'abord été un militant très anticommuniste Jean-Marie Le Pen et l'extrême droite dans les années 50 dans les années 60 était très anticommuniste il y a eu aussi évidemment son passage par le mouvement Poujade il a été député Poujadis de 56 à 58 qui était un mouvement extrêmement populiste hostile à la bureaucratie aux élites au pouvoir etc. mais où l'immigration n'avait qu'une qu'un rôle mineur marginal

19:18
Présentateur

donc c'était purement électoraliste et ensuite

19:19
Invité

au départ à l'origine je pense qu'il y a une forme d'intuition et ensuite ça a collé un certain nombre d'inspiration mais aussi c'est son histoire personnelle c'est Benjamin Storra qui était sur France Info ce matin nous le rappelait c'est la revanche c'est autre chose la nostalgie de l'Empire colonial là vous mélangez deux sujets là vous revenez effectivement à la revanche sur l'Indochine ou l'Algérie perdue surtout sur l'Algérie évidemment il s'est d'ailleurs engagé en Indochine trop tard il n'a pas pu combattre il est arrivé après la chute de Dien Mienfou il est ensuite allé en Algérie effectivement l'historien Benjamin Storra a raconté cette histoire ce matin sur l'antenne de France Info et c'est vrai que le Front National et Jean-Marie Le Pen c'est d'abord une addition de combats perdus de l'extrême droite et d'abord effectivement le combat colonial avec de nombreux anciens rescapés de l'Algérie française et de l'OAS l'organisation terroriste qui était à la fondation du FN pourquoi est-ce qu'en 81 Jean-Marie Le Pen ne peut même pas se présenter l'élection présidentielle n'a pas les 500 signatures et en 83 au municipal à Dreux dans le 20ème arrondissement etc le Front National émerge et émerge à plus de 10% parce qu'il s'est passé quelque chose de fondamental l'alternance à gauche et du coup la société française qui avait cru pour la moitié d'entre elles qu'une autre politique permettrait de lutter contre le chômage subit une énorme secousse et une énorme déconvenue les français commencent à se dire finalement on a essayé pendant 23 ans à la droite ça ne marche pas contre le chômage on vient d'essayer la gauche ça ne marche pas non plus et ils deviennent pour eux un discours que comprend très vite Jean-Marie Le Pen à ce moment là on n'a pas tout essayé déjà et notamment l'immigration comme élément majeur d'explication du chômage en France et c'est là où vous avez une rencontre entre les thèmes développés par Jean-Marie Le Pen et l'histoire politique nationale avec cette alternance de 81 qui a tué l'espérance d'une autre politique plus capable de lutter contre le grand sujet de l'époque la montée du chômage

21:07
Présentateur

et il y a un événement qui va le projeter au-delà de ce qu'il espérait Jean-Marie Le Pen c'est la présidentielle de 2002 il a atteint le second tour le 21 avril 2002

21:16
Invité

n'ayez pas peur chers compatriotes rentrez dans l'espérance je suis socialement à gauche économiquement à droite et plus que jamais nationnellement de France

21:30
Présentateur

Renaud vous avez suivi la campagne de Lionel Jospin en 2002 Brice vous travaillez déjà sur la progression de Jean-Marie Le Pen dans le pays cette percée de Jean-Marie Le Pen vous ne l'avez pas vu venir

21:41
Invité

non alors moi effectivement j'ai suivi toute la campagne du premier tour de Lionel Jospin il y a une foultitude d'éléments qui montraient que ça fonctionnait pas bien on ne va pas refaire le match si j'ose dire mais très clairement avec le recul aujourd'hui on voit contre la division de la gauche déjà la perte du lien de la gauche avec une partie des classes populaires le fait que le Front National Jean-Marie Le Pen menait une campagne un petit peu subliminale si j'ose dire qu'on s'en préoccupait moins d'ailleurs l'impact du 11 septembre 2001 des premiers attentats islamistes de masse qui avaient changé l'ambiance depuis déjà six mois un peu plus de six mois dans le pays et ailleurs l'impact de la question de l'insécurité dans cette campagne utilisée notamment par le président de l'époque Jacques Chirac le rôle déjà d'un certain nombre de médias qui avaient été pointés du doigt bref c'est comme dans un crash crash d'un avion il n'y a jamais eu une raison il ne suffit jamais à expliquer un événement totalement inattendu il y a une foultitude d'éléments qui ont produit ce qui s'est produit le 21 avril 2002 et ensuite moi entre les deux tours je suis rebasculé j'ai rebasculé du côté de la campagne de Jean-Marie Le Pen et c'est d'ailleurs l'extrait que vous venez de diffuser et on voit dans ce court extrait illustre les propos de Jean-Marie Le Pen n'ayez pas peur rentrer dans l'espérance c'est la première prise de parole de Jean-Paul II lorsqu'il commence son pontificat au Vatican en 1978 ensuite je suis socialement de gauche économiquement de droite et nationalement de France à l'époque le Front National et Jean-Marie Le Pen avaient ressuscité un slogan ni droite ni gauche français qui en fait était aussi un clin d'oeil subliminal à toute une histoire de l'extrême droite c'était le slogan du PPF de Jacques Doriot le parti populaire français dans les années 30 un parti collaborationniste qui visait effectivement à dépasser les clivages et à aussi s'adresser davantage à un électorat populaire il y avait aussi une prolétarisation de l'électorat de Le Pen qui commençait à ce moment là et puis juste un dernier point c'est vrai que toute la France se souvient du 21 janvier 2002 et massivement en tout cas une nette majorité a été traumatisée par le résultat du 21 janvier 2002 il faut savoir qu'au Front National le Front National le résultat du 5 mai c'est-à-dire par les manifestations massives dans tout le pays pendant 15 jours et par le fait que Jean-Marie Le Pen soit finalement submergé par un rademar républicain au second tour qui avait profité à son adversaire mais Brice Taturelli est-ce que c'est pas à ce moment là quand même qu'au Front National qui n'est pas encore le Rassemblement National les gens commencent à se dire mais le pouvoir on peut le prendre puisqu'on a beaucoup dit que Jean-Marie Le Pen ne voulait pas du pouvoir mais autour de lui il y en a qui le veulent il y en a qui le veulent mais je crois que ce qui a été retenu au sein du Front National à l'époque c'est ce que vient de dire Renaud Lévy c'est-à-dire que les dirigeants du Rassemblement du Front National ont été étonnés ne pensaient pas qu'il y aurait une telle vague contre eux et c'est là où vous avez eu surtout des voix qui se sont dites on ne parviendra jamais au pouvoir avec une telle stratégie et il faudra attendre évidemment avant que Marine Le Pen inverse et la capacité d'inverser cette stratégie mais il y a un traumatisme pour la société française mais également au Front National du 5 mai qui a énormément pesé ils n'ont pas vu venir une telle vague ils ne l'ont pas supposé elle les a profondément étonnés marqués et elle a provoqué du coup l'inflexion de la stratégie Merci beaucoup Brice Tenturier directeur général délégué d'Ipsos Renaud Delis vous allez rester avec nous vous allez prendre ma place pour les informer dans quelques instants avec Salia Bracli merci à mes Tenturier

24:52
Locuteur

merci à mes Tenturier merci à mes Tenturier

Mort de Jean-Marie Le Pen... Le 8h30 franceinfo de Brice Teinturier et Renaud Dély · Pourquijevote