AFFAIRES PANNIER-RUNACHER : LA CORRUPTION ORDINAIRE DE LA MACRONIE
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Mardi le média d’investigation Disclose a révélé que la ministre de la transition énergétique Agnès Pannier-Runacher était liée indirectement à une fondation familiale créée par son père (la société Arjunem), à une compagnie pétrolière (Perenco) et à des paradis fiscaux. Depuis ce matin la ministre est mise en cause dans un article du site internet Disclose. Le média indépendant a révélé que ses enfants ont des parts dans une société, une société créée par leur grand-père, Jean-Michel Runacher, le père d'Agnès Pannier-Runacher.
Selon le média ces fonds sont liés à la société Perenco pour laquelle il a longtemps travaillé, et ils pourraient avoir été domiciliés dans des paradis fiscaux La Haute Autorité pour la transparence de la vie publique a annoncé qu'elle ouvrait une investigation. On sort le dossier des conflits d’intérêts de la ministre avec l’industrie pétrolière. Attends !
Attends ! Attends ! On a appris mercredi qu’Agnès Pannier-Runacher est domiciliée depuis 2021 dans une maison appartenant à la famille Dassault.
Mais du coup j’ouvre quel dossier ? Attends, on va parler direct de corruption, ça ira plus vite. D'abord, sur Arjunem : en gros le papi veut transmettre du patrimoine à ses petits enfants (1,2 millions d’euros) sans payer des droits de succession.
Donc pour optimiser fiscalement son héritage, il met le pognonen 2016 dans une société civile – Arjunem - dont ses petits enfants seront les actionnaires. 3 de ces 4 petits enfants sont les enfants de la ministre. Comme ils sont mineurs à l'époque, 13, 10 et 5 ans - 5 ans - Agnès Pannier-Runacher signe une autorisation.
La question qui demeure en suspens c’est le lien exact entre les actifs injectés dans la société par Jean-Michel Runacher, et les investissements du pétrolier Perenco, dont Jean-Michel Runacher a été un dirigeant. Car les fonds investis dans Arjunem viennent de fonds spéculatifs où Perenco avait aussi ses placements. Si vous voulez creuser et bien comprendre ce que l’on cherche, je vous conseille de lire non seulement l’article sur Disclose, mais surtout le document où les journalistes posent directement les questions à la ministre.
On parle de conflit d’intérêts car alors la valeur des actifs, l’héritage du grand-père, dépend de la bonne santé du secteur pétrolier mondial. Or la mère des mêmes enfants, comme ministre, a pour mission de réduire notre dépendance aux énergies fossiles. Mais Agnès Pannier-Runacher n’a pas mentionné ce montage financier dans sa déclaration d’intérêts et de patrimoine.
Je précise que je ne bénéficie pas, et ne bénéficierai jamais de ces fonds, n'ayant aucun droit, présent ou futur sur cette société. J'ai évidemment satisfait les obligations déclaratives prévues par la loi, notamment auprès de la HATVP. Pour le moment il n’y a en effet ni délit ni irrégularité.
Il est obligatoire pour un ministre de déclarer ses propres biens ou ceux de son conjoint, pas ceux de ses enfants. Mais ceux-ci sont mineurs. Il aurait alors été bon de mentionner préventivement Arjunem, ce que la Haute Autorité a dit à Disclose.
L’Assemblée national a demandé à la Première ministre de réagir. Alors je crois que nous sommes dans un hémicycle, pas dans un tribunal, madame la présidente. Elle a éludé les questions et attaques des députés, et n’a pas manifesté de marque de soutien à sa ministre.
Si votre propos est de commenter des articles de presse, je vous dis que mon rôle n'est pas de commenter des articles de presse, et que la ministre a déjà eu l'occasion de s'exprimer sur le sujet, je vous remercie. Observez le visage déçu de Pannier-Runacher. Alors nous aussi on va “commenter des articles de presse”.
Et on se pose au moins deux questions. Les fonds proviennent de paradis fiscaux. Comment une ministre qui valide un tel montage peut-elle s’engager dans un gouvernement est censé lutter contre l’évasion fiscale ?
Si la ministre de la transition énergétique a des intérêts liés au pétrole, au moins indirectement via ses enfants, comment peut-elle exercer correctement son mandat qui consiste à diminuer notre dépendance aux énergies fossiles. Les attaques portent surtout sur des liens d’intérêts directs, tangibles, financiers. La ministre se défend alors en disant qu’elle n’a pas eu à traiter des dossiers liés à Perenco.
Je n'ai aucun lien avec la société Perenco, ancien employeur de mon père. C'est en effet une société étrangère, qui exerce ses activités pétrolières hors de France, je n'ai donc pas eu dans le cadre de mes fonctions de ministre à connaître d'activités de ce groupe. De son côté l’association de lutte contre la corruption Anticor n’interroge pas la seule légalité, mais pointe la contradiction éthique.
On n'est pas en situation de prise illégale d'intérêts. Il n'y a pas de délits, visiblement, qui ont été commis, mais il y a conflit d'intérêts. On peut avoir un conflit d'intérêts sans être dans une situation délictuelle.
Moi j’ai envie d’élargir la réflexion en considérant que le manque d’indépendance découle non pas nécessairement de liens d’intérêts directs, mais de l’environnement social, professionnel, et idéologique. Là dans notre affaire les intérêts sont indirects, via ses enfants, mais il faut comprendre que toute la vie et l’entourage d’Agnès Pannier-Runacher baignent dans le pétrole et les intérêts industriels. J'aime l'industrie parce que c'est encore un des rares endroits, au XXIe siècle, où on trouve encore de la magie.
Elle commence sa carrière dans l’automobile. De 2010 à 2018 elle a été administratrice et présidente du comité d’audit interne de Bourbon, entreprise de services maritimes à l’offshore pétrolier. On a parlé de son père, qui continue d’ailleurs à conseiller la très éthique Perenco, mais souvenez-vous que cet été, elle n’a pas pu gérer les dossiers liés au groupe Engie, car son ex-compagnon présidait une filiale d’Engie.
La magie de l'atelier où on ne distingue pas le cadre de l'ouvrier. Quand vous n’avez qu’un marteau, vous considérez tous les problèmes comme des clous à enfoncer. Comment penser et préparer la sortie de notre dépendance aux hydrocarbures, comment avoir un engagement écologique sincère quand vous baignez dans l’or noir ?
C’est aussi dans cette perspective qu’il faut lire cette nouvelle info sur la maison des Dassault. C'est-à-dire la perspective moins d’une corruption directe, ponctuelle, mais plutôt une question de réseaux, de copinages, d’interconnaissances. Selon Politico, en 2021, Agnès Pannier-Runacher, alors ministre de l’industrie, emménageait à Lens dans une maison appartenant à la famille Dassault, louée depuis 2017 par son nouveau compagnon, proche d’Olivier Dassault.
Pouvait-elle vraiment l’ignorer, comme le dit son entourage ? Le loyer était-il atténué ? Peut-on y voir une largesse de la famille Dassault ?
Toujours est-il, pour le dire synthétiquement, que la ministre de l’Industrie occupait une propriété de l’une des plus grande familles de l’industrie française. Je dis pas qu’il y a corruption directe et avérée, mais qu’il se dessine un portrait, une ambiance, un environnement de réseaux, de sociabilisté bourgeoise. Lorsque tu vas sur une ligne de production-han, c'est pas une punition-han, c'est pour ton pays, c'est pour la magie On retrouve ce profil chez de nombreuses personnalités de la macronie : HEC, l'ENA, Inspection des finances, aller-retour entre le privé/public.
L’intrication entre le haut personnel politique et les intérêts capitalistiques ne date pas d’aujourd’hui. Mais dans la macronie, il est célébré comme un modèle de bon fonctionnement. Dans un portrait paru dans Libé, la ministre parlait du gouvernement Macron en ces termes : «La plupart de ses membres ont eu une expérience professionnelle en dehors de la politique et leur légitimité est assise sur de vraies compétences.» En régime néolibéral il se produit comme une inversion, un retournement de la notion de corruption.
On l’entend classiquement comme la dégénérescence d'un modèle politique qui dégénère parce que ses agents n’ont plus pour fin l’intérêt commun, mais poursuivent l’intérêt particulier, soit le leur, soit l'intérêt particulier de groupes sociaux. Dans le néolibéralisme, les liens avec le privé, l’entreprise, l’argent deviennent signes de vitalité, d’efficacité. La fierté de travailler dans l'entreprise Dès lors c’est la séparation public/privé qui est pensée comme suspecte, car synonyme d’inefficacité, de corruption bureaucratique.
Il n’est pas étonnant que les affaires se multiplient, puisque ce qu’on appelle (ou ce qu'on appelait) corruption est ici érigé en modèle de bonne gouvernance. À la semaine prochaine
Agnès Pannier-Runacher