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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 31 mai 2021 8 minComplaisantActualité / polémiqueSécuritéInstitutions & électionsSolidarités & familleÉconomie & entreprises

Gaspard Estrada : "Le gouvernement colombien ne prône pas l'apaisement, mais la répression"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 70 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:20OuverteRéponse directe

    Bonjour Gaspard Estrada.

  • 1:44OuverteRéponse directe

    Alors pour qu'on comprenne bien ce qui se passe, on va rembobiner l'histoire. Le point de départ, c'est quoi ? C'est une réforme fiscale ?

  • 2:56OuverteRéponse directe

    Et pourtant, il a retiré cette réforme, il y a renoncé, et les manifestations continuent. Donc là, c'est vraiment, clairement, une contestation du pouvoir conservateur qui est en place.

  • 4:09OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qu'il reprochait exactement au gouvernement et au président Ivan Duque ? Quels sont les points de sa politique qui suscitent le plus la crispation ?

  • 4:24OuverteRéponse directe

    Oui, les comptes officiels, c'est une soixantaine de morts, mais il y a certaines associations qui disent qu'il y en a eu plus.

  • 5:25OuverteRéponse directe

    Et est-ce qu'il y a quand même une opposition politique forte, solide face à Ivan Duque ou pas du tout ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:14PrésentateurChiffre
    « Une soixantaine de morts depuis le début, dont une quinzaine ce week-end. »
  • 1:51Invité politiqueFait
    « le gouvernement a proposé au Parlement une réforme fiscale qui touchait non seulement les ménages les plus aisés, mais aussi les classes moyennes et les classes moyennes basses »
  • 2:12Invité politiqueFait
    « cette réforme qui allait toucher énormément de personnes en Colombie »
  • 2:30Invité politiqueFait
    « des personnes qui travaillent dans le secteur informel, dans ces classes moyennes basses, seraient touchées de plein fouet par cette réforme fiscale »
  • 2:44Invité politiqueFait
    « Le ministre des Finances a démissionné, la ministre des Affaires étrangères a, elle, également rendu son tablier. »
  • 4:20Invité politiqueFait
    « Je pense tout d'abord à la réponse qui est apportée à ces manifestations, et notamment cet usage immodéré des forces armées. »
  • 4:29Invité politiqueFait
    « il y a aussi des disparus qui ont été dénoncés par des ONG, comme Human Rights Watch ou le Haut Commissariat des droits de l'homme des Nations Unies. »
  • 4:41Invité politiqueFait
    « il y a une insatisfaction beaucoup plus générale par rapport à la manière dont la Colombie a fonctionné jusqu'à présent »
  • 4:51Invité politiqueFait
    « les réponses qui sont apportées par les gouvernements successifs ne répondent plus aux besoins de la société colombienne »
  • 5:36Invité politiqueChiffre
    « Gustavo Petro est en tête dans tous les sondages. »
  • 6:37Invité politiqueFait
    « Il y avait eu ce processus de paix signé par l'ancien président Juan Manuel Santos. »
  • 6:54Invité politiqueFait
    « Il a, au contraire, été très dur, ferme, que ce soit avec les FARC, que ce soit avec les oppositions. »

Temps de parole

  • Invité politique80 %
  • Présentateur20 %

1,3 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Présentateur

Le président colombien en appelle à l'armée pour tenter d'éteindre la contestation qui agite le pays depuis un mois. Des soldats se sont déployés à Cali, la troisième ville du pays. C'est là qu'ont eu lieu les premières manifestations, qui sont souvent violemment réprimées par la police. Une soixantaine de morts depuis le début, dont une quinzaine ce week-end. Et l'ONU réclame une enquête sur ces violences. Bonjour Gaspard Estrada. Bonjour. Vous êtes le directeur exécutif de l'OPALC, c'est l'observatoire politique de l'Amérique latine et des Caraïbes, un observatoire qui est rattaché à Sciences Po Paris. Ça fait un mois que ça dure, mais là, avec l'envoi de soldats, un cap a été franchi.

0:34
Invité politique

Oui, oui, et malheureusement on voit mal comment les choses vont, disons, s'apaiser, compte tenu de la dynamique qui a été déclenchée, je pense en bonne partie, par l'action du gouvernement qui prône, non pas le dialogue, mais surtout la répression, et qui reste sourd aux demandes, que ce soit de la société civile colombienne, que des organisations internationales, puisque la haute commissaire pour les droits de l'homme, Michel Bachelet, a demandé que le gouvernement prenne des mesures, justement pour changer de braquet compte tenu de cette situation.

1:12
Présentateur

Et là, il n'y a plus de dialogue, plus de négociations possibles, les deux camps ne se parlent plus ?

1:16
Invité politique

Alors non, il existe un dialogue, il y a un forum de négociations entre le comité des grévistes et le gouvernement, mais dans les faits, les priorités gouvernementales vont plutôt à l'envoi de l'armée, plutôt qu'à entamer une démarche de dialogue qui soit sérieuse. Donc très clairement, on voit bien que la réponse gouvernementale n'est pas celle de l'apaisement, et ça c'est une mauvaise chose pour la Colombie.

1:44
Présentateur

Alors pour qu'on comprenne bien ce qui se passe, on va rembobiner l'histoire. Le point de départ, c'est quoi ? C'est une réforme fiscale ?

1:51
Invité politique

Voilà, il faut avoir à l'esprit que le gouvernement a proposé au Parlement une réforme fiscale qui touchait non seulement les ménages les plus aisés, mais aussi les classes moyennes et les classes moyennes basses, et cette réforme qui allait toucher énormément de personnes en Colombie, a fait face à une énorme vague de contestations compte tenu de la situation de la Colombie, qui est tout d'abord un pays très inégal, mais aussi qui a été rudement touchée par la pandémie, et notamment des personnes qui travaillent dans le secteur informel, dans ces classes moyennes basses, seraient touchées de plein fouet par cette réforme fiscale, d'autant plus que nous sommes dans un gouvernement qui est en fin de mandat, qui est impopulaire, et de ce point de vue-là, c'était une très grave erreur politique du président Doquet.

Le ministre des Finances a démissionné, la ministre des Affaires étrangères a, elle, également rendu son tablier. Malheureusement, cela n'a pas mis fin aux contestations et aux protestations.

2:56
Présentateur

Et pourtant, il a retiré cette réforme, il y a renoncé, et les manifestations continuent. Donc là, c'est vraiment, clairement, une contestation du pouvoir conservateur qui est en place. Bien au-delà de ce problème de réforme fiscale.

3:07
Invité politique

Oui, oui, cette réforme fiscale, elle a révélé une très profonde insatisfaction au sein de la société colombienne, et notamment de la jeunesse. Une jeunesse qui s'était déjà manifestée depuis le début du mandat d'Ivan Duquet à la présidence. Avant la pandémie, donc en 2018, en 2019, plusieurs universités avaient été bloquées. La jeunesse était déjà mobilisée dans la rue. Mais aujourd'hui, on voit bien que cette insatisfaction est beaucoup plus profonde. Elle est partagée par des parents entiers de la société colombienne. Il n'y a pas que les jeunes qui manifestent, c'est ce que vous nous dites. Voilà, exactement, c'est un mouvement qui est plus large.

Et aujourd'hui, on sent bien qu'il y a une très grande insatisfaction. Il y a aussi une élection présidentielle qui s'annonce l'année prochaine, donc en mai 2022. Et donc, dans cette perspective-là, c'est vrai que le gouvernement a du mal, puisqu'il est en fin de mandat, il est impopulaire, sa propre coalition est divisée vis-à-vis de la réponse qui peut être apportée à ces manifestations. Et le gouvernement n'a pas de marge de manœuvre budgétaire.

4:09
Présentateur

Qu'est-ce qu'il reprochait exactement au gouvernement et au président Ivan Duque ? Quels sont les points de sa politique qui suscitent le plus la crispation ?

4:17
Invité politique

Je pense tout d'abord à la réponse qui est apportée à ces manifestations, et notamment cet usage immodéré des forces armées.

4:24
Présentateur

Oui, les comptes officiels, c'est une soixantaine de morts, mais il y a certaines associations qui disent qu'il y en a eu plus.

4:29
Invité politique

Bien entendu, il y a aussi des disparus qui ont été dénoncés par des ONG, comme Human Rights Watch ou le Haut Commissariat des droits de l'homme des Nations Unies. Mais je pense qu'il y a une insatisfaction beaucoup plus générale par rapport à la manière dont la Colombie a fonctionné jusqu'à présent, et le fait que la Colombie est un pays inégal, que les réponses qui sont apportées par les gouvernements successifs ne répondent plus aux besoins de la société colombienne. Et c'est un phénomène qu'on ne voit pas uniquement en Colombie. Au Chili, il y a aussi dans cette assemblée constituante, les partis ont été complètement mis de côté.

Et on voit bien, par exemple, dans ces manifestations, que ce ne sont pas les organisations politiques qui portent ces manifestations, mais bien la société civile, la jeunesse. Donc on voit bien qu'il y a un problème en Colombie quant à la canalisation des insatisfactions sociales. Et est-ce qu'il y a quand même une opposition politique forte, solide face à Ivan Duque ou pas du tout ? Alors, le candidat de l'opposition qui était arrivé au deuxième tour contre Ivan Duque en 2018, Gustavo Petro, est en tête dans tous les sondages.

5:40
Présentateur

Lui, c'est quoi sa couleur politique ? Il est de gauche.

5:41
Invité politique

Il est de gauche. Et donc dans toutes les configurations de deuxième tour, il serait confortablement élu si les élections avaient lieu aujourd'hui. Cela étant dit, ce n'est pas les acteurs politiques aujourd'hui qui sont en tête des mobilisations. Il pense que c'est un élément qu'il faut avoir à l'esprit, puisque moi je pense qu'il y a une vraie insatisfaction compte tenu, en fait, par rapport aux institutions. Et ça, je pense que c'est un élément qu'il faudra avoir en tête, puisque certes, Gustavo Petro est en tête des intentions de vote, mais rien ne dit qu'à l'avenir, ces sondages se maintiendront.

6:15
Présentateur

Est-ce que vous avez été vous-même surpris par cette crise ? Est-ce que le pays est habitué à ce genre de contestation ?

6:23
Invité politique

Alors, les mouvements sociaux existent depuis longtemps en Colombie. C'est aussi un pays qui a vécu une guerre, avec les FARC, une guerre très dure. Il y avait eu ce processus de paix signé par l'ancien président Juan Manuel Santos. Mais je pense que, disons que la réaction du président Ibn Duque est assez prévisible, puisque dès le début de son mandat, il a, un, voulu remettre en cause certains éléments de ce processus de paix. Il a surtout envoyé un signal, au lieu de penser au dialogue, et encourager le dialogue, et voilà, les échanges entre des partis adverses. Il a, au contraire, été très dur, ferme, que ce soit avec les FARC, que ce soit avec les oppositions.

Et malheureusement, on voit bien que tout ce qui se passe, toute cette séquence politique, c'est la continuation de cette stratégie qui, au lieu de prôner le dialogue, prône la fermeture. Et malheureusement, je pense qu'aujourd'hui, Duque paye les conséquences, en fait, de cette stratégie politique.

7:28
Présentateur

Merci beaucoup pour votre analyse, pour votre explication sur cette crise profonde en Colombie. Gaspard Estrada, je rappelle que vous êtes directeur exécutif de l'Observatoire politique de l'Amérique latine et des Caraïbes, et vous est-il invité du 5-7 ? France Inter