Défaite de Viktor Orbán en Hongrie, échec des négociations sur l'Iran... Le "8h30 franceinfo" de Bruno Tertrais
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Bonjour Bruno Tertré. Bonjour. Merci d'être avec nous sur France Info. Bonjour Paul. Bonjour à tous. On va parler de l'échec des négociations entre l'Iran et les Etats-Unis. Quelles conséquences ? Mais d'abord la chute de Viktor Orban en Hongrie après 16 ans de pouvoir. Le Premier ministre a perdu les élections législatives et cède sa place à son opposant Peter Magyar dont le parti remporte 138 sièges sur 199 du Parlement. On l'écoute.
Nous avons fait tomber le régime d'Orban. Nous avons libéré la Hongrie. La Hongrie sera de nouveau un allié solide au sein de l'Union Européenne et de l'OTAN.
Le cœur de l'Europe bat plus fort en Hongrie, a tweeté hier soir Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission Européenne. Cette défaite, Bruno Tertré, c'est d'abord une très bonne nouvelle pour les Européens ?
Ah oui, c'est une bonne nouvelle pour l'Union Européenne parce que la Hongrie était un petit peu devenue la bête noire, le mouton noir, le pays qui bloquait notamment toute l'aide à l'Ukraine, le pays qui s'opposait par principe parfois à la quasi-totalité des initiatives prises par le Conseil ou la Commission. Et puis surtout, l'Union Européenne était devenue un peu le bouc émissaire des difficultés de la Hongrie, car M. Orban, s'il a certainement réussi sur le plan économique à augmenter sa fortune personnelle et celle de ses proches, n'a pas fait un triomphe, c'est le moins qu'on puisse dire, pour l'économie de son pays.
Il a été un grand thème de campagne, effectivement, c'était la corruption, mais pour revenir sur la question d'Agathe, qu'est-ce que ça change concrètement en Europe ce matin ? Alors, ce qui change très concrètement, c'est que la Hongrie n'est plus une force de blocage. La Hongrie va redevenir un pays comme les autres qui parfois fait des initiatives, parfois s'oppose, parfois approuve. Ça, c'est la première conséquence concrète, notamment encore une fois sur l'Ukraine et dans les relations avec la Russie.
La deuxième chose que ça change, mais c'est peut-être un petit peu moins concret, c'est tout simplement le fait que le signal politique envoyé, à savoir qu'un candidat qui est soutenu à la fois par la Russie et par les Etats-Unis de Donald Trump est un candidat qui perd, j'allais dire que c'est un signal politique important. Alors, ce n'est pas très concret, mais je crois que c'est très important pour la séquence politique des années qui viennent, que ce soit en Allemagne, au Royaume-Uni, en France ou ailleurs.
Symboliquement, c'est important, vous le dites, et d'ailleurs on va revenir sur le soutien appuyé que Donald Trump avait démontré pour Viktor Orban. Mais d'abord, vous parliez de la Russie. Viktor Orban, c'était le soutien de Vladimir Poutine dans l'Union Européenne. C'était un peu son cheval de Troie.
Ah oui, c'était un cheval de Troie. Et encore, le cheval de Troie, c'était masqué, alors que du côté de Poutine, c'était Poutine et Orban, c'était quasiment transparent. Mais c'était plus que transparent. Il y a eu quand même la révélation de ces enregistrements hallucinants, des conversations entre le ministre hongrois des Affaires étrangères et son homologue russe, où il se disait, je cite, je cite, il se disait, je suis à votre service, disait le hongrois aux russes. Le Washington Post, quand même. C'était quand même, voilà, ça, ça a été effectivement révélé par le Washington Post, qui est un journal peu suspect d'antipathie pour le trumpisme.
Et donc, c'était vraiment, oui, le cheval de Troie, mais un cheval de Troie totalement assumé. Le pays, ou plutôt le gouvernement de M. Orban, défendait les intérêts de la Russie en Europe. Et qu'est-ce que ça va changer ? On parle donc de l'Europe, mais qu'est-ce que ça va changer pour l'Ukraine ? Vous disiez qu'effectivement, après, il avait été bloqué 90 milliards d'euros. Qu'est-ce que ça va changer pour l'Ukraine, cette défaite de Victor Orban, après 16 ans au pouvoir ? Alors, ça ne va pas renverser le cours de la guerre en Ukraine. Simplement, chaque fois que l'Europe voudra faire un petit peu plus ou un petit peu mieux pour l'Ukraine, ça sera plus facile, ça sera plus fluide.
Il n'y aura pas ces séances assez baroques où on a vu, par exemple, M. Orban quitter la salle pour que les Européens puissent voter. Pourquoi est-ce qu'il faisait ça ? Parce que la Hongrie, comme tous les pays les moins riches de l'Union européenne, est aussi dépendante de l'Europe. C'est pour ça qu'Orban n'a jamais voulu quitter l'Union européenne, parce que, tout simplement, il y a les fonds structurels. Ce qu'on appelle les fonds structurels, c'est l'assistance collective aux pays les moins riches. C'est quelque chose dont a bénéficié la Hongrie.
C'est pour ça que c'est quand même un petit peu fort de café de voir un pays, un gouvernement plutôt, qui, pendant des années, s'est plaint l'Union européenne, alors qu'il continuait à recevoir les subsides de cette Union européenne. Je vous propose d'écouter un cri hier soir dans le métro de Budapest. Ça veut dire « Russes, rentrez chez vous ». Oui, alors, écoutez, ce qui est intéressant, c'est que ça nous rappelle ce qui s'est passé il y a 70 ans. En 1956, les Hongrois, dans la rue, disaient « Russes, rentrez à la maison ».
Et c'est pour ça que c'est aussi une bonne nouvelle, parce que, finalement, ce pays qui a tant souffert, justement, de l'impérialisme russe, a quand même retrouvé ses bons réflexes, les réflexes de 1956. Et les jeunes que l'on voit dans le métro, ce sont largement eux, à mon sens, qui ont fait tomber Orban. Pourquoi ? Parce que, comme dans beaucoup de pays, c'est souvent l'électorat le plus âgé, qui est le plus fidèle, qui vote le plus, et qui, donc, a fait le succès de M. Orban. Visiblement, les jeunes se sont déplacés en masse. Il y a un taux de participation qui devrait, nous, nous Français, nous faire rêver, d'ailleurs.
Un taux de participation qui ne peut s'expliquer que par la mobilisation en masse des jeunes qui ont dit non au système Orban. Je dis bien au système, parce qu'il ne faut pas croire que Peter Maguire est un candidat de gauche. Absolument pas. C'est plutôt un candidat de droite.
Et d'ailleurs, ça ne va pas être sur tous les sujets une rupture très franche avec Victor Orban. Sur l'immigration, il a une position très dure. Sur l'Ukraine, il refuse aussi de livrer des armes à l'Ukraine ?
Oui, alors il sera, à mon sens, c'est ce qu'il disait pendant la campagne, pour ne pas s'aliéner une partie de son électorat potentiel. Je pense qu'il ne sera certainement pas force de proposition et force motrice pour l'assistance à l'Ukraine, mais il bloquera beaucoup moins, parce qu'il sait que le message qu'il veut envoyer, c'est, entre guillemets, la Hongrie est de retour. Mais vous avez raison de le souligner, non seulement ce n'est pas un candidat de gauche, mais c'est un candidat qui appartenait, enfin c'est le futur Premier ministre, appartenait au parti de M. Orban. Donc c'est un conservateur. Il était marié à la ministre de la Justice, même.
Marié à sa ministre de la Justice, absolument. Voilà, donc ce n'est pas du tout un renversement politique au sens des grands choix idéologiques, mais la rupture se fait quand même beaucoup, là, sur un thème essentiel aujourd'hui aux yeux des Hongrois, c'est la lutte contre la corruption, parce qu'en 16 ans, M. Orban avait construit un système de prébande totalement inédite en Europe.
Donald Trump s'était lui-même impliqué dans cette campagne. Il était allé jusqu'à envoyer J.D. Vance, son vice-président, à Budapest pour soutenir le Premier ministre sortant dans la dernière ligne droite. Le vice-président américain qui avait appelé Donald Trump en plein meeting pour qu'il s'adresse aux Hongrois, ça avait donné ceci, on écoute.
J'aime la Hongrie et j'aime Victor. Je vais vous dire, c'est un homme fantastique. Souvenez-vous de ceci, il n'a pas laissé des gens prendre votre pays d'assaut et l'envahir comme d'autres l'ont fait et ont franchement ruiné leur pays. Il a préservé votre pays, il a gardé les Hongrois dans leur pays et il a fait un travail fantastique.
Le président américain qui essaye d'influer en direct sur une élection en Hongrie, pourquoi il a fait ça ?
Deux choses. D'abord, J.D. Vance est un petit peu le chanoir cette semaine. Chaque fois qu'il arrive quelque part, on va en parler. Effectivement, ce qui est très frappant dans ce qui s'est passé ces jours derniers, c'est la double ingérence à la fois russe et américaine directement, de manière tout à fait ouverte dans le scrutin, dans la campagne électorale. Et ça montre que finalement, même quand on s'y met à deux Trump et Poutine, non seulement ça ne marche pas, mais ça a peut-être même un effet repoussoir alors que Trump n'a pas ménagé sa peine. Il y a effectivement cet appel en plein meeting, mais il y a eu aussi les promesses d'assistance économique à la Hongrie.
Donald Trump a tweeté il y a trois jours, si M. Orban est renouvelé au pouvoir, alors toute la puissance économique des Etats-Unis sera mise au service de la Hongrie. Vous en rendez-vous compte ?
Malgré cela, ça n'a pas marché.
Malgré cela, ça n'a pas marché. Je trouve que c'est plutôt une bonne nouvelle pour la démocratie politique en général.
Et à travers Victor Orban, qu'est-ce qu'il cherchait Donald Trump ? Est-ce que c'était une façon de diviser les Européens ?
Alors pour le coup, je vais reprendre votre image du cheval de Troie. Pour J. Evans et Donald Trump, la Hongrie, c'était le pays modèle. D'ailleurs, vous savez, Steve Bannon, l'ancien conseiller de Trump, avait dit que Orban, c'est Trump avant Trump, puisqu'il était déjà là il y a 16 ans. Du point de vue idéologique, du point de vue de la manière d'exercer le pouvoir, c'était effectivement un Trump avant Trump. Et c'était perçu comme le post-avancé de la rupture civilisationnelle que J. Evans, notamment, mais aussi bien d'autres autour de Donald Trump, souhaitaient mettre en œuvre en Europe. C'est-à-dire la révolution idéologique que J.
Evans et Donald Trump appelaient de leur vœu en Europe, contre l'Union Européenne, contre les migrants, contre le wokisme, etc. Voilà, il y a toute une liste. Et elle était censée être, effectivement, d'abord et avant tout conduite par la Hongrie, la tête de pont de cette offensive.
Qui était un peu le laboratoire de cette politique-là.
Et oui, plus que le laboratoire, parce qu'au bout de 16 ans, vous n'êtes plus un laboratoire, vous êtes censé être un modèle.
Et ça a des conséquences en France aussi. C'est une mauvaise nouvelle pour le Rassemblement National, dont Victor Orban était le seul allié de poids sur la scène européenne ?
Je serais très prudent. Alors, c'est vrai que Marine Le Pen s'est déplacée, elle aussi, pour soutenir ouvertement Victor Orban. Mais je serais très prudent sur l'impact possible en France sur la campagne du Rassemblement National. Encore une fois, parce que les situations ne sont pas comparables. La victoire de ma guerre, c'est quand même, d'abord et avant tout, une victoire de la lutte contre la corruption. Nous ne sommes pas, que je sache, dans des situations analogues en France. Enfin, je veux dire, le Rassemblement National ne prône pas, que je sache, la corruption. Je ne crois pas qu'il faille en tirer trop tôt des leçons pour la France.
Même si, j'allais dire que, de manière optique, on voit que ce n'est pas forcément une bonne nouvelle d'être dans ce camp-là aujourd'hui. Mais dans une situation qui est très différente, parce que c'était l'usure du pouvoir aussi qui a... 16 ans de pouvoir. 16 ans de pouvoir. Donc, méfions-nous des leçons tirées peut-être de manière un peu active quant à l'avenir politique de la France. Orban, en quatre mandats, avait théorisé ce qu'il appelait la démocratie illibérale. Est-ce que sa défaite, c'est la fin de ce modèle ? Non, ce n'est pas la fin de ce modèle. Pourquoi ?
Parce que ce que l'on voit un peu partout en Europe, et ça continue à être le cas, c'est que dans les grands pays comme l'Allemagne ou le Royaume-Uni, les partis qui se présentent comme anti-système, qui sont des partis plutôt récents, comme l'Alternative Deutschland en Allemagne, comme le Reform UK au Royaume-Uni, de Nigel Farage, ce sont des partis plutôt récents, anti-système, et qui, eux, continuent d'avoir le vent en poupe. Donc, si vous voulez, la crise des partis politiques traditionnels, ceux qui ont gouverné l'Europe depuis 1945, elle reste là, y compris dans des très grands pays.
Et donc, voilà, je ne crois pas du tout qu'il faille en tirer comme conclusion que ce type de modèle politique n'a plus le vent en poupe et n'aura pas de succès à l'avenir.
Le 830 France Info, Agathe Lambret, Paul Larouturou. Avec Bruno Tertré, directeur adjoint de la Fondation pour la Recherche Stratégique, je rappelle l'un de vos derniers livres utiles en ce moment pour comprendre la situation géopolitique, la question israélienne aux éditions de l'Observatoire. On parle maintenant, Paul, des conséquences de l'échec des négociations entre l'Iran et les Etats-Unis. Donald Trump riposte.
Annoncière un blocus naval américain à partir de 16h, heure de Paris, aujourd'hui.
Nous mettons en place un blocus total.
Nous n'allons pas laisser l'Iran s'enrichir en vendant du pétrole à ceux qu'ils apprécient et pas à ceux qu'ils n'apprécient pas. Ça sera tout ou rien, c'est tout. Vous avez vu ce que nous avons fait avec le Venezuela ? Ce sera quelque chose de similaire, mais à une échelle bien plus importante. En réponse, Téhéran menace un tourbillon mortel, promett-il. C'est quoi cette idée de blocus du blocus ? Alors, j'avoue que je n'avais pas vu venir, comme on dit. Franchement, répondre à un blocage par un blocus, c'est quelque chose d'assez inédit.
L'idée, c'est de reprendre le contrôle du détroit d'Ormuz, alors que l'Iran, justement, en a pris le contrôle dans les faits après l'offensive américano-israélienne. Je suis très sceptique quant à la capacité de cette manœuvre à réussir, effectivement. Il va falloir faire le tri entre les navires qui vont ou viennent d'un port iranien. Je ne sais pas ce que va faire la marine américaine si un navire chinois, par exemple, veut entrer ou sortir pour aller vers un port iranien, puisque, je le rappelle, comme on le sait tous désormais, que la Chine achète 90% du pétrole exporté par l'Iran. Et puis, surtout, nous ne savons toujours pas si ce blocus va effectivement être mis en œuvre.
Pourquoi est-ce que je dis ça ? Parce que c'est censé être mis en œuvre aux alentours de 16h ou 17h, tout à l'heure, heure française. Mais Donald Trump nous a habitués à des revirements tactiques quasi quotidiens. Donc, il est possible qu'à 15h59, il dise « je donne une dernière chance à la paix ou à la diplomatie, aux conversations ». Il faudra voir, d'ailleurs, pardon, mais je suis obligé de dire, il faudra voir aussi, s'il n'y a pas, encore une fois, comme c'est systématiquement le cas avec Donald Trump, des soupçons de délit d'initié, parce que Donald Trump joue constamment avec les marchés.
Il y a eu quand même, à deux reprises ces dernières semaines, des éléments très troublants qui nous font penser que des gens savent ce que Donald Trump va dire dans quelques minutes et donc joue sur les marchés à la hausse, sur le prix du Paris, pour gagner des gens. Je ne suis pas en train de vous dire que Donald Trump ne fonctionne que vis-à-vis d'une stratégie vis-à-vis des marchés. Mais dans le système...
On l'avait vu sur les droits de douane. On l'avait vu sur les droits de douane.
Dans le système trumpien, la confusion est-elle entre l'enrichissement personnel du premier cercle et de lui-même, d'ailleurs, et, j'allais dire, l'enrichissement ou l'appauvrissement des États-Unis, qu'on est obligé de se poser cette question ? Tout ceci pour dire qu'à 16h, c'est comme la nuit d'il y a 4 ou 5 jours. La nuit de mardi à mercredi. Voilà, la nuit de mardi à mercredi. Nous ne savons pas encore ce qui se passera exactement. Quand il avait promis l'apocalypse. Rien ne réjouit davantage Donald Trump que d'avoir le monde entier qui retient son souffle et qui attend ses décisions.
Donc, nous ne savons pas encore si, effectivement, il y aura cette imposition théorique, en tout cas de ce blocus, à 16h.
À suivre. En attendant, c'est une conséquence du fait que les négociations entre l'Iran et les États-Unis ont échoué. Après 21h de discussion à Islamabad, le vice-président américain est rentré chez lui sur un constat d'échec. Il n'y a pas d'accord pour mettre fin à cette guerre. On écoute J.D. Vance.
Nous ne nous sommes pas parvenus à un accord. Et je pense que c'est une bien plus mauvaise nouvelle pour l'Iran que pour les États-Unis d'Amérique. Nous rentrons donc aux États-Unis sans avoir trouvé d'accord.
Il était prévisible, cet échec, Bruno Tertrain ?
Alors, pour moi, il était prévisible parce que la liste, quand vous compariez la liste des exigences américaines avec la liste des exigences iraniennes, on ne pouvait pas, on ne voyait pas là où il pouvait y avoir compromis ou couvergence. Les deux parties étaient tellement éloignées sur les points essentiels que, pour moi, c'était extrêmement douteux qu'on puisse arriver à un accord. Et puis, je crois aussi qu'il y a eu une sorte de malentendu. L'Iran pensait être en position de force et pensait que l'Amérique voulait absolument un accord pour terminer la guerre. L'Amérique de son côté, en tout cas l'Amérique de Trump, était probablement persuadée que l'Iran avait besoin d'un accord.
Et quand il y a ce type de malentendu avec des exigences aussi éloignées...
Chacun a surestimé ses forces, en quelque sorte.
Eh bien, je crois que c'est exactement ça qui s'est passé. Et qui gagne, pour vous ? Alors, pour l'instant, personne ne gagne. Non, franchement, il n'y a que des perdants. Mais s'il fallait absolument, Paul Larouto, en désigner un, je dirais que le pays qui a réussi à maintenir debout son régime après un mois de bombardement se voit comme gagnant et ce n'est pas totalement illégite. Et malheureusement, je crains qu'à ce stade, ça soit... S'il faut absolument en désigner un, c'est plutôt le régime iranien qui est gagnant.
Par ailleurs, Donald Trump, vous disiez que ses négociations avaient échoué. Et il a fait reposer ses négociations sur son vice-président, J.D. Vance, un homme qui s'était opposé à la guerre, certainement le plus anti-guerre dans son entourage. Ce n'est pas non plus un diplomate. Pourquoi ce choix ?
Alors, d'abord parce que c'est un homme de confiance. Ensuite, parce que ça lui permettait sans doute de faire accepter à J.D. Vance le fait d'entrer dans une séquence au risque de perdre la négociation, au risque d'un échec de la négociation dont il porterait aussi le chapeau. C'est-à-dire que quelque part, on le met dans le coup, on le mouille, J.D. Vance. Comme ça, ça l'empêche aussi de prendre trop ses distances avec la stratégie de Donald Trump. Il y avait aussi quand même, quand je disais que c'était un homme de confiance, ça veut dire que c'était une marque vis-à-vis des Iraniens de l'importance accordée à ces négociations.
Quand on envoie le duo, l'inénarrable duo, les Laurel et Hardy, la diplomatie américaine...
C'est comme ça que vous les appelez Steve Witkoff et Jared Kushner ?
Steve Witkoff et Jared Kushner qui ne comprennent rien à la diplomatie, qui connaissent les affaires mais qui ne connaissent pas la diplomatie.
On parle du gendre de Donald Trump et de son envoyé spécial qui est un promoteur immobilier, c'est ça ?
Absolument.
Aucune formation diplomatique ?
Non, et qui pour l'instant n'ont pas, c'est le moins qu'on puisse dire, fait preuve d'une... Enfin, il n'y a pas eu de triomphe diplomatique de la part de ce duo depuis un an, qu'ils sont à peu près partout, mouillés à peu près tout, partout au Proche-Orient, en Ukraine. Bon, voilà, une fois de plus, ils se sont plantés. Mais là, c'est vrai que c'est aussi... Là, pour le coup, il y avait la volonté de montrer qu'on prend les choses très au sérieux en envoyant le vice-président. Et puis, je dois dire qu'il y avait aussi une délégation importante avec des gens qui, pour une fois, connaissaient bien leur sujet.
Et puis, surprise majeure de ce week-end également, Vladimir Poutine, qui se dit prêt à participer à une médiation lors d'un appel avec le président iranien. Est-ce qu'il faut le prendre au sérieux, le président ? Il faut toujours prendre au sérieux ce que dit Vladimir Poutine, mais ça ne veut pas dire que lui-même est sérieux. Autrement dit, c'est toujours malin de la part de la Russie de se présenter comme homme de paix ou comme médiateur possible. Mais je crois qu'il ne faut pas confondre les causes et les effets. Mais ce n'est pas par manque de médiation qu'il y a eu un échec de cette journée de négociation. Et ce n'est pas de la provocation quand il propose ça ?
Ah mais si, mais j'allais dire que tout ce qu'il fait, c'est de la provocation. De toute façon, il a raison de le faire. C'est dans son intérêt. Ça permet de présenter la Russie, qui pourtant soutient toujours l'Iran, y compris probablement militairement en sous-main. Ça permet de présenter la Russie comme un pays qui est au-dessus de la mêlée, qui effectivement peut parler à la fois au leadership iranien et à la Maison-Blanche.
Ça c'est vrai, mais ça n'a aucune conséquence sur le fond, car le problème n'était pas le médiateur pakistanais qui a fait ce qu'on appelle de la diplomatie hôtelière, et qui l'a très bien fait d'ailleurs, c'est-à-dire qui a permis aux partis de se parler directement. De la diplomatie hôtelière. Et oui, c'est une expression classique qui consiste à dire que, par exemple, lorsque les Suisses ou le Vatican font de la médiation, eh bien on s'arrange d'abord pour que les deux partis ou les partis concernés puissent être bien reçus, puissent se parler en temps et en heure. On organise un petit peu la rencontre, mais on n'a pas un rôle central sur le fond.
Donc le problème n'était pas la médiation pakistanaise, et donc ce n'est pas une médiation russe qui va régler le problème.
Que va devenir ce cessez-le-feu qui est censé durer 15 jours, donc encore une dizaine de jours dans ce contexte ?
De toute façon, je crois qu'il est à peu près certain que les combats reprendront, pas forcément d'ailleurs dans 10 jours, ça sera peut-être avant, mais de toute façon là nous avons insisté à...
Vous ne voyez pas d'autres issues à ce que vous pensez que la guerre va reprendre ?
Je ne vois pas, je ne peux pas imaginer qu'il soit crédible dans les jours qui viennent, que la négociation reprenne et aboutisse à un cessez-le-feu durable qui satisfait les deux partis, encore moins à un accord qui mettrait un terme au conflit, je n'y crois pas à ce stade.
Malgré la pression en interne de l'opinion américaine sur Donald Trump ?
Oui, parce que cette pression pour l'instant n'est pas considérée, semble-t-il, à la Maison-Blanche, comme quelque chose qui soit un poids, un fardeau trop lourd à porter pour le président. Mais bien sûr, plus on s'approchera de l'été, plus on s'approchera de la campagne pour les midterms, pour les élections législatives, plus ça commencera à être difficile. Là-dessus, est-ce que pour la première fois, la base MAGA, la base électorale de Donald Trump, n'est pas en train véritablement de se retourner contre lui ? Parce qu'il n'y en a qu'une partie qui se retourne contre Trump.
Encore une fois, ce qui jouera surtout, c'est les perspectives éventuelles de défaite de nombreux candidats républicains aux élections de novembre, y compris et pas seulement des MAGA, si l'électeur américain voit que les conséquences de cette guerre deviennent trop lourdes à porter pour, et ce n'est pas seulement le prix du gallon d'essence, le prix du baril, comme on dit, ou le prix du plein à la pompe, mais ça sera les conséquences indirectes de cette crise. Si elles sont perçues comme étant trop lourdes, et que si Trump prend le chapeau, alors ça sera effectivement quelque chose...
Je vous interromps, pardon, parce que c'est le moment de la question qui a retrouvé sur les réseaux sociaux de France Info, aujourd'hui la question qui ose. Est-ce qu'on peut envisager sérieusement que Donald Trump est fou, comme le disent de plus en plus ouvertement certains, qu'il est déséquilibré ?
Alors, fou, c'est un diagnostic psychiatrique. Donc personne, ni vous, ni moi, ni quiconque de l'extérieur, ne peut porter ce diagnostic. Maintenant, il est vrai que tous ceux qui ont travaillé avec lui, y compris des gens parfois qui ont une formation à la psychanalyse, à la psychologie ou à la psychiatrie, disent oui, il a effectivement des troubles mentaux tout à fait significatifs. Est-ce que ça en fait un fou, quelqu'un qui est incapable de prendre des décisions rationnelles ? Pas forcément. Mais j'allais dire que finalement, est-ce que c'est la bonne question à poser ? Certains disent qu'il est parfaitement rationnel. Tout ce qu'il fait, c'est calculé. D'accord ?
D'autres disent qu'il est fou, c'est de la démence. Il est en train, effectivement, d'entrer dans un cycle de démence, y compris de démence sénile. Moi, je ne sais pas, mais je ne crois pas que cette question soit véritablement centrale. Ce qui compte à la fin, c'est est-ce qu'il est prévisible sur le long terme ? Est-ce qu'il est prévisible sur le court terme ? Je pense qu'il reste largement prévisible sur le long terme, mais que sur le court terme, c'est revirement permanent. Que ce soit une stratégie ou de la folie, finalement, peu importe. Ce qui importe, c'est le résultat.
Merci beaucoup Bruno Tertré d'avoir répondu aux questions de France Info. Je rappelle votre livre, La question israélienne, aux éditions de l'Observatoire. Merci Paul.
Merci, à demain. Merci, à demain.