Agriculteurs : Macron veut des prix planchers - L’Édito - C à vous - 26/02/2024
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Questions et réponses
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D'ici trois semaines, un prix plancher sera-t-il instauré pour les produits agricoles ?
- 0:49OuverteRéponse directe
Que penser des prix planchers pour les productions agricoles ?
- 3:01OuverteRéponse directe
Les prix planchers pourraient-ils être appliqués aux produits exportés ?
- 3:28OuverteRéponse directe
Peut-on réinstaurer des prix planchers au niveau européen ?
- 3:44OuverteRéponse directe
Qui paiera le surcoût des prix planchers ?
- 3:57RelanceRéponse directe
La proposition de Macron est-elle moins démagogique que celle de la France Insoumise ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:19PrésentateurPromesse
« Il y aura un prix minimum, un prix plancher. »
- 0:23PrésentateurFait
« L'indicateur qui est défini dans une filière, on va repartir sur la construction du prix de l'avant. »
- 1:00InvitéFait
« Les États-Unis, par exemple, définissent des prix de référence pour chaque filière avec des paiements compensateurs aux agriculteurs si le prix du marché passe en dessous du prix officiel. »
- 1:55InvitéFait
« Les prix garantis de François Mitterrand ? Pas du tout. »
- 2:17InvitéFait
« Ces prix garantis européens incitent à produire toujours plus, à fabriquer des excédents. »
- 3:24InvitéFait
« La réponse est non parce qu'on est dans un marché unique, donc c'est impossible. »
- 3:35InvitéFait
« Ça semble invraisemblable compte tenu aujourd'hui de la disparité des coûts de production au sein de l'ensemble européen. »
- 4:03InvitéFait
« La proposition de la France Insoumise, ça venait à dire que nous avions des produits les plus chers d'Europe et que donc les produits d'Europe allaient venir à l'intérieur de nos frontières. »
- 4:56InvitéFait
« Les lois EGALIM 1, 2 et 3 qui sont déjà sur la table, c'est d'une certaine façon la volonté de fixer un prix d'achat par la transformation et derrière par la grande distribution qui soit basé sur les coûts de production. »
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Vous l'avez rappelé, Emmanuel Macron a fait un certain nombre d'annonces. Il s'est notamment engagé, ça a créé la surprise, sur un prix plancher. Ça, c'était face aux agriculteurs qui l'interpellaient.
D'ici à trois semaines, quand je dis on ne va pas se tourner les pouces ou se les gratter, d'ici à trois semaines, on rentrera encore plus dans le détail, moi je prends un engagement ici. Il y aura un prix minimum, un prix plancher. C'est-à-dire que l'indicateur qui est défini dans une filière, on va repartir sur la construction du prix de l'avant, ce sera un prix plancher en dessous duquel le transformateur ne peut pas l'acheter et donc en dessous duquel, après derrière, le distributeur ne peut pas vendre. C'est ça qui manque. L'indicateur, il sera filière par filière et il constituera ce prix.
La question des prix planchers, c'est l'objet de l'édito de Patrick Cohen. Que penser de ces prix planchers pour les productions agricoles ? À première vue, c'est la solution la plus simple et la plus efficace pour que les paysans soient rémunérés au juste prix, pour que leurs produits ne soient pas soumis aux dictates des distributeurs ou des industriels. Ensuite, ça existe ailleurs. Les États-Unis, par exemple, définissent des prix de référence pour chaque filière avec des paiements compensateurs aux agriculteurs si le prix du marché passe en dessous du prix officiel. Système mis en place après la crise de 1929 il y a près d'un siècle.
Enfin, en France, Emmanuel Macron n'est pas le premier président à promettre des prix agricoles garantis. François Mitterrand, 1982, à propos de la création des offices agricoles par filière. Ces offices par produit, c'est une proposition à laquelle, personnellement, j'ai beaucoup cru, auquel je crois toujours. Je dis même que j'aurais voulu qu'on s'engageait davantage sur la formule des prix garantis. Les prix garantis. François Mitterrand, qui n'a jamais mis les pieds dans un salon d'agriculture en 14 années de présidence, c'est Jacques Chirac qui a imposé la tradition et le marathon. Et ça a marché, les prix garantis de François Mitterrand ? Pas du tout.
Bon, alors c'était le moment où le cadre européen commençait à dérailler. Je résume cette longue histoire. L'Europe agricole, dès sa création, instaure un système de fixation des prix. Ils sont révisés chaque année par les ministres à Bruxelles. Une cinquantaine de prix chaque année, comme ça, avec des prix élevés pour encourager les productions déficitaires et des prix bas pour décourager les productions excédentaires. Mais globalement, ces prix garantis européens incitent à produire toujours plus, à fabriquer des excédents.
C'est ainsi que l'Europe s'est retrouvée, les plus anciens s'en souviennent, dans les années 80, avec des montagnes de beurre et de lait en poudre, des stocks à ne savoir qu'en faire. D'où l'instauration en 84 des quotas laitiers. Avant la réforme de la PAC en 92, la politique agricole commune qui a fait disparaître progressivement les prix garantis et rétablit la loi du marché, la France a bien tenté de maintenir une régulation pour le bœuf jusqu'en 2003 et pour le lait jusqu'en 2008. Mais les recommandations de prix décidées au sein de chaque interprofession ont été considérées comme des ententes illicites, contraires aux droits de la concurrence et donc interdites en Europe.
Et on pourrait y revenir aujourd'hui ? Alors ça soulève beaucoup de questions. D'abord sur le calcul du prix et le périmètre d'application. Est-ce qu'on tient compte de la zone géographique, du type de production, de la taille de l'exploitation ? Ce n'est pas le même coup de revient. Est-ce que ce prix plancher s'appliquerait aussi aux produits destinés à l'export ? Et est-ce qu'on envisage alors une taxe sur les produits importés pour les mettre au même niveau de prix que les nôtres ? La réponse est non parce qu'on est dans un marché unique, donc c'est impossible. Est-ce qu'on essaie de réinstaurer des prix planchers au niveau européen, comme ça a pu exister avant ?
Alors ça semble invraisemblable compte tenu aujourd'hui de la disparité des coûts de production au sein de l'ensemble européen. Enfin, qui devrait payer le surcoût ? Grande question après deux ans d'inflation où les consommateurs étaient bien davantage demandeurs de plafond que de planchers. Je le rappelle, à propos de ces prix planchers proposés notamment par la France Insoumise, vous critiquez une proposition démagogique. Est-ce qu'elle est moins démagogique aujourd'hui portée par le président Emmanuel Macron ? Et on reprendra les questions que pose Patrick dans une seconde.
Pardon, ce n'était pas du tout la même proposition puisque la France Insoumise proposait de fixer non pas un prix par rapport à un référentiel coût de production qui serait la matière première agricole, mais il proposait de fixer un prix global, c'est-à-dire de dire le lit de lait dans les supermachés sera à tel tarif. Deuxième élément, il ne proposait aucune formule de révision de prix. Je vous donne un exemple. Au début de la crise ukrainienne, le prix des céréales n'était pas du tout... Avant la crise ukrainienne, le prix des céréales n'était pas celui qui était après. Donc on disait en pluriannuel, voilà le prix qu'on fiche. Donc il y avait une forme de rigidité.
Deuxièmement, ce n'était pas du tout la formule qui est proposée par le président de la République et sur laquelle nous devons travailler, parce que Patrick Cohen a raison, il y a un certain nombre de questions qui peuvent se poser. J'ajoute que les lois EGALIM 1, 2 et 3 qui sont déjà sur la table, c'est d'une certaine façon la volonté de fixer un prix d'achat par la transformation et derrière par la grande distribution qui soit basé sur les coûts de production. Et donc l'idée de ce prix plancher, c'est de fixer un prix de coût de production qui soit mis d'accord entre les filières.
Et c'est vrai que ça pose des questions parfois géographiques, selon la taille des exploitations, mais d'avoir un prix en deçà duquel on ne peut pas rémunérer la matière première agricole aux agriculteurs. C'est ça. On rentre par la matière première agricole et en cela, on continue ce qu'on fait depuis 2017 et 2018 sur la question d'EGALIM. Est-ce que ce serait uniquement pour les produits destinés à la grande distribution ? 40% à peu près ? Non, alors vous avez raison, je pense qu'on a un sujet, parce qu'on parle souvent de la grande distribution et je ne suis pas en rade parfois de dire des choses sur ce sujet-là, mais je pense que la restauration hors domicile pose des questions.
Alors il y a ce qu'au fond les collectivités, on a besoin aussi de travailler mieux sur ce qu'on avait indiqué dans la loi, qui n'est pas encore à l'œuvre 20 et 30% de produits bio ou produits locaux dans la restauration collective. Ça, c'est les collèges, les lycées et dans les sphères de l'État ou autres. Et puis deuxième élément, on a besoin de travailler effectivement sur la restauration hors domicile, parce que dans la restauration hors domicile, il y a quelque chose qui n'est pas à l'œuvre sur la question d'une rémunération par la matière première agricole.
Est-ce que ça laisse entendre qu'il y aura une sorte de convention, conférence annuelle ou trimestrielle, où on dirait la viande elle vaut tant, le lait il vaut tant ? Ça, c'est ce que craint par exemple Arnaud Rousseau, le président de la FNSE ? Mais ce n'est pas l'objectif. L'objectif, c'est de dire on prend la filière, prenons la filière lait, on essaye de calculer avec la filière lait, parce que c'est les producteurs qui vont nous dire ce qu'est un prix de référence, à partir duquel et en deçà duquel on ne peut pas aller pour rémunérer la matière première agricole. Et après, on fait la marche avant avec les transformateurs et les distributeurs.
Aujourd'hui, c'est ce qu'on avait posé comme jalons dans Egalim, mais il y a un certain nombre d'endroits où nous n'avons pas assez d'indicateurs, et un certain nombre d'endroits où la construction de prix ne se fait pas comme ça. Je vais vous donner un exemple, j'ai vu parfois des anciennes, je ne vais pas les citer parce que ce n'est pas le sujet de la polémique, où le prix de vente dans le supermarché était le prix théorique d'achat de la matière première agricole sur le marché, sur le port. Donc il y a quelque chose qui ne va pas, donc il y a quelque chose qui ne s'est pas construit dans le prix logiquement.
Et donc, d'avoir des indicateurs de coût de production qui soient lisibles, qui soient calculés partout, sur lesquels on se met d'accord, et vous avez raison, il y aura un sujet de la référence et toute exploitation ne se vaut pas selon la taille et la nature. Et donc c'est ce travail-là qui a été confié aussi, y compris, et au gouvernement, il y a des parlementaires, pour regarder les écueils que ça pose, éventuellement regarder les sujets européens que ça peut poser. Et le sujet de la concurrence européenne. Absolument, les sujets européens que ça peut poser. C'est-à-dire que si on monte le prix trop haut, évidemment, on ira... C'est ça acheté ailleurs.
On viendra s'échapper chez nos voisins. Les Espagnols ont mis quelque chose en place qui relève de ça. Alors, s'ils l'appellent prix garanti, je ne sais plus la formule, j'en parlais avec mon collègue espagnol. Eux aussi, ils cherchent quelque chose de l'ordre d'un coût de production et d'un indice qui permettent de dire on construit à partir de ça. Et il y a des sujets européens. Il n'est pas question, c'est en cela d'ailleurs que j'assume tout à fait mes propos, j'essaie de réfléchir avant d'affirmer des choses.
La proposition de la France insoumise, ça venait à dire que nous avions des produits les plus chers d'Europe et que donc les produits d'Europe allaient venir à l'intérieur de nos frontières. Ce n'est pas ça le sujet. Après, il faut que la valeur ajoutée se répartisse dans la chaîne de valeur. Mais vous ne construisez pas une souveraineté alimentaire française ou européenne si vous ne rémunérez pas le producteur au moins sur un prix qui se construit à partir des coûts de production.