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Podcast / conversationC à vous (sur YouTube)· 12 novembre 2019 20 minComplaisantFond programmatiqueEnvironnement & énergieSolidarités & familleÉconomie & entreprisesInstitutions & élections

Le combat de François Ruffin - C à Vous - 12/11/2019

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 70 %Attaque 20 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 75 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:45OuverteRéponse partielle

    Est-ce que vous dessinez une sorte de grand soir écologiste ?

  • 2:44RelanceRéponse directe

    Est-ce que vous l'avez dit aux salariés de Whirlpool qui se sont battus à Amiens ?

  • 5:13OuverteRéponse directe

    C'est quoi, François Ruffin ? Une insurrection des occupations d'entreprises ?

  • 6:54RelanceÉludée

    Ce type d'action fait avancer quoi, François Ruffin ?

  • 10:07OuverteRéponse directe

    Vous n'y étiez pas. Est-ce que c'était une manifestation de soutien à la laïcité ?

  • 12:22RelanceRéponse directe

    On a gratté 15 millions d'euros sur l'aide médicale d'État. Vous confirmez ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:38Invité politiqueFait
    « les riches détruisent la planète »
  • 3:54PrésentateurFait
    « la Suisse a encore un site de production de lave-linges »
  • 5:35PrésentateurFait
    « le CETA, c'est le lobby du pétrole qui a imposé le traité de libre-échange avec le Canada »
  • 5:39PrésentateurFait
    « Le secret des affaires qui est passé aussi dans l'hémicycle, ce sont les lobbies de la chimie »
  • 12:31PrésentateurChiffre
    « ils ont gratté 15 millions d'euros sur l'aide médicale d'État »
  • 19:46PrésentateurChiffre
    « un panneau publicitaire comme ça, c'est l'équivalent au moins de la consommation d'un ménage pendant une année »

Temps de parole

  • Présentateur69 %
  • François Ruffin15 %
  • Locuteur 75 %
  • Locuteur 14 %
  • Locuteur 63 %
  • Locuteur 23 %

3,4 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Locuteur 7

Dimanche, la manifestation contre l'islamophobie a réuni 13 500 personnes à Paris.

0:05
Locuteur 6

L'appel avait été lancé après l'attaque de la mosquée de Bayonne. Il a tourné ensuite à la polémique et au débat politique. La marche contre l'islamophobie a rassemblé cet après-midi à Paris plus de 10 000 personnes. Stop à l'islamophobie, les manifestants scandent les slogans et dénoncent ce qu'ils appellent une stigmatisation grandissante des musulmans. A chaque fois, j'annume la télévision, c'est le foulard.

0:30
Locuteur 5

C'est un insigne qui crée la controverse. Lors de la marche contre l'islamophobie, un certain nombre de manifestants ont arboré cette étoile jaune en écho à celle portée par les Juifs durant la Seconde Guerre mondiale. Un symbole ici associé à un croissant de lune de la même couleur, un des emblèmes de l'islam.

0:46
Locuteur 7

Dans le cortège, aux côtés des milieux d'anonymes, le chef de file de la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, la sénatrice écologique Esther Benbassa, le patron de la CGT, Philippe Martinez, mais pas François Ruffin, le député de la France Insoumise qui avait signé l'appel à manifester publié dans Libération le 1er novembre dernier avant d'annoncer qu'il n'y participerait pas. François Ruffin est ce soir notre invité à l'occasion de la sortie de son livre « Il est où le bonheur ? » aux éditions Les Liens qui Libèrent. Bonsoir François Ruffin, merci de votre présence.

1:16
François Ruffin

Bonsoir François Ruffin, « Il est où le bonheur ? » 175 pages pour rouvrir un chemin pour la gauche, c'est écrit au dos du livre. « Il est où le bonheur ? » Réponse, vos réponses. Pas dans la surconsommation, pas dans le libre-échange, pas dans la croissance, pas dans le nouvel iPhone, le nouvel... j'ai du mal à le dire.

1:32
Locuteur 6

Vous avez un Samsung, vous.

1:33
François Ruffin

Le nouvel iPhone ou la 5G, pas dans les avions, pas dans la richesse, puisque, écrivez-vous, les riches détruisent la planète, pas même dans les petits gestes pour le climat qui ne servent à rien. Est-ce qu'on peut dire que vous dessinez ? Est-ce que vous dessinez, c'est une sorte de grand soir écologiste ?

1:49
Présentateur

Alors là, vous avez fait la liste de tous les pas. Il faudrait faire la liste des pours aussi. Moi, je le dis... Ah oui, il y a beaucoup de pas. Mais il y a beaucoup de pas, mais il y a beaucoup de pas en avant et il y a beaucoup de pours, il me semble. Je vais énoncer le principal pour pour moi, qui est le passage des biens vers les liens. C'est-à-dire que le progrès, il a longtemps été technologique. Et en gros, à partir des années 70, on voit que la croissance ne fait plus le bonheur. Elle ne participe plus à l'augmentation de l'espérance de vie, à la baisse de la mortalité infantile, ou même, subjectivement, à l'élévation du niveau de bonheur.

Et ça se voit dans l'ensemble des sociétés développées. Donc ça veut dire qu'à partir de ce moment-là, on vit quelque chose qu'on n'a jamais connu dans nos sociétés, dont on prend conscience, finalement, seulement peut-être puissamment aujourd'hui. C'est que c'est plus par le progrès technologique, c'est plus par les biens, c'est plus par le nouvel iPhone 11 connecté à un frigo. C'est plus ça, c'est plus ces gadgets-là qui feront notre bonheur. Et maintenant, c'est la qualité des liens qu'on entretiendra les uns avec les autres.

2:44
François Ruffin

Et est-ce que, par exemple, c'est plus dans les sèches-linges ? Est-ce que vous l'avez dit aux salariés de Whirlpool qui, eux, se sont battus à Amiens pour continuer de les fabriquer ?

2:52
Présentateur

Mais je l'ai dit, et je l'ai dit pendant la lutte des Whirlpool. J'avais des discussions, vous savez, l'avantage de ces luttes sociales-là, quand il y a un barnum qui est mis sur un parking et qu'on prend des cafés entre nous, c'est que ce sont des grands temps de discussion et des grands temps de discussion politique. Et aussi sur quelle vision on a de la société. Moi, je suppose quasiment qu'on ait des tracts bifaces, c'est-à-dire qu'il y a un tract une face qui est la défense des intérêts des salariés immédiatement.

Oui, parce que ce qui est mis en cause, et là, ce sont les actionnaires qui en décident, c'est qu'est-ce qu'ils vont devenir immédiatement, mais c'est où est-ce qu'on veut aller demain. Et quand je discute avec les salariés... J'étais d'accord avec vous. Oui, je leur demande.

3:26
Locuteur 7

Il fallait arrêter de fabriquer des saches-linges.

3:28
Présentateur

Je vais vous dire à quelles conditions. En effet, je leur demande, mais vous avez un sache-linge chez vous ? Non, on n'en a pas. Est-ce que vous estimez qu'on en a besoin, alors que le vent fait très bien ce travail-là depuis des milliers d'années ? Non, au fond, non. Mais en revanche, le lave-linge, moi, j'en ai besoin d'un. Jusqu'en 2002, que fabriquer Amiens... Il n'y a pas un jour à sécher le linge aujourd'hui. Mais que fabriquer Amiens jusqu'en 2002 ? Des lave-linges. Et en revanche, je souhaite qu'en France, il y ait des usines de production de lave-linges. Il faut savoir qu'en France, il n'y a plus une seule usine de production de lave-linges.

Alors que la Suisse a encore un site de production de lave-linges. Comment ça se fait que la petite Suisse, à elle, toute seule, a une usine de production de lave-linges et que nous, le grand pays qui est encore la France, n'en a plus ? On a laissé se vider sur le plan industriel. Et donc, je suis pour une politique industrielle qui tienne compte d'objectifs écologiques. Et dans ce cadre-là, il y a des produits dont il faudra dire collectivement, et ça ne sera pas aux actionnaires de décider. Ça ne sera pas aux actionnaires de décider ce qui est utile ou ce qui n'est pas utile, mais ça sera à nous d'en décider collectivement.

Et en revanche, ce qui nous est encore utile, de le mettre dans une production locale. Alors on voit bien la façon... Le plus près entre les marchés de production et les marchés de consommation. Parce qu'aujourd'hui, on éloigne. Qu'est-ce qui se passe ? C'est que les sèches-linges et les lave-linges, on continue à les produire. Mais on les produit les uns en Slovaquie, les marchés d'Europe du Nord, des Pays-Bas, de Belgique, de France, en gros. Et ça veut dire que c'est quoi ? C'est des dizaines de milliers de camions qui circulent sur les routes. C'est ça. Donc ça aurait un deuxième objectif écologique. C'est de réduire l'empreinte carbone par la réduction du trafic routier.

4:58
François Ruffin

On voit bien la façon dont vous faites converger les luttes sociales et la lutte écologique. C'est le cœur de votre livre. C'est ce que vous appelez la nouvelle lutte des classes. Le comment. Après, il y a quand même cette phrase « Rien n'arrivera, dites-vous, sans un débordement populaire ». C'est quoi, François Ruffin ? C'est une insurrection des occupations d'entreprises, de bâtiments publics ?

5:17
Présentateur

C'est vrai que mon modèle reste le front populaire. Et je parle d'un front populaire écologique. C'est-à-dire, à un moment, on ne peut pas avoir de vraies transformations dans la société s'il n'y a pas une pression qui s'exerce d'en bas. Il y a des intérêts en face. Je le dis, par exemple, le CETA, c'est le lobby du pétrole qui a imposé le traité de libre-échange avec le Canada. Le secret des affaires qui est passé aussi dans l'hémicycle, ce sont les lobbies de la chimie. Mais on va avoir, face à nous, si on veut une vraie transformation écologique, des tas d'intérêts, de puissance financière, du MEDEF, du Conseil constitutionnel éventuellement.

Il y aura un certain nombre d'intérêts qu'il faudra affronter. Si jamais, derrière, on a quelqu'un qui est isolé à l'Elysée, quand bien même il serait sincère écologiquement et socialement, s'il est isolé là... Il n'a pas les manettes ? Non, il n'a pas les manettes. Il n'a pas les manettes. Vous avez vu le dernier film de Costa Gavras sur Adults in the Room, sur la situation en Grèce ? Qu'est-ce qu'il est dit à un moment ? Il est dit « Ils vous tueront ». Parce qu'il s'agit là en Grèce, pas seulement de tuer la Grèce, mais de tuer une espérance et de tuer une expérience.

Si jamais, en France, demain, il y a une vraie volonté d'un Front populaire écologique, pour ainsi parler, ou quelque chose qui y ressemblerait, il y aura de la même manière à affronter la Banque centrale européenne, à affronter la Commission européenne, à affronter un certain nombre d'instances. Et à ce moment-là, il faudra une pression populaire, à la fois écologique et sociale, pour dire « Voilà ce que nous voulons. Nous voulons ça. »

6:42
François Ruffin

Et une pression coordonnée, plus coordonnée, par exemple, que celle des Gilets jaunes, qui a perduré sans débouchés politiques, sans véritable programme, sans leader, etc. Ou, je vais vous montrer l'actualité de cet après-midi, il y a eu une action violente tout à l'heure à l'Université de Lille, où l'ancien président François Hollande devait prendre la parole pour une conférence à Salle, a été investie par un groupe de militants de cette façon. Ce type d'action, dont on ne connaît pas exactement les auteurs, en tout cas, qui l'ont revendiqué, ça fait avancer quoi, François Ruffin ?

7:35
Présentateur

– Je n'en sais rien, mais ce que je veux dire, c'est que ça répond à une autre violence, quand même. Il faut savoir que le point de départ de ça, c'est l'immolation d'un étudiant…

7:43
Locuteur 7

– C'est un étudiant du Crous.

7:44
Présentateur

– Oui, par le feu, devant le Crous de Lyon. Et ça n'est pas quelque chose qu'on peut prendre à la légère. Est-ce qu'on doit le prendre pour une anomalie ou est-ce qu'on doit le prendre pour un symptôme d'une société qui ne propose plus d'espérance ? Je veux dire, quand il y a eu Yann Pallas en Tchécoslovaquie en 1969, ça a été pris comme un symptôme d'une crise politique. Quand il y a eu Mohamed Bouazizi en Tunisie, ça a été pris comme un symptôme d'une crise politique.

Et donc, je veux dire, il y a sans doute cette violence qu'on peut regretter ou non, mais il y a aussi une violence qui a été ressentie par cet étudiant et dont il est à crainte qu'il y ait d'autres étudiants qui la ressentent de la même manière. Et la question qu'on doit se poser, c'est quelle espérance on a à proposer à notre jeunesse. C'est ça la question que je pose dans mon livre. C'est que nous est-il permis d'espérer ?

Est-ce que la seule chose qu'on a proposée, c'est de dire, travaillez plus pour consommer plus, pour travailler plus pour consommer plus, et formatez-vous au maximum pour être dans un univers de concurrence permanent où vous êtes mal à l'aise et en guerre permanente les uns et les autres pour obtenir une survie ? Je ne sais pas si vous avez vu le film Joker. Deuxième citation cinématographique. Vous allez beaucoup au cinéma, François Ruffin. C'est vrai, je pense que, vous savez, on ne peut pas avoir des propositions politiques si on ne respire pas avec son temps. Et respirer avec son temps, c'est lire, c'est écrire, c'est rencontrer des intellectuels, c'est rencontrer des gens.

Donc, je ne vais pas faire comme si... Mais que vous inspire le film Joker ? Je m'y attendais, Joker, moi. Joker, c'est très vieux. Dans le début du film Joker, qu'est-ce qu'on voit ? On voit une personne qui est en mal-être personnel, qui va voir une assistante sociale et qui lui dit, mais vous vous rendez compte comment... Lui, il cherche à apporter du bonheur et de la joie dans la vie et il se heurte en permanence à la société. Et la dame, il dit, mais vous rendez... Vous voyez, oui, les gens sont de plus en plus inquiets, la société, elle est tendue, on est en tension permanente.

9:30
Locuteur 7

Il est devenu le symbole de beaucoup de révoltes dans le monde, le fameux Joker.

9:33
Présentateur

Et donc, je pense que...

9:34
Locuteur 7

Le vôtre aussi, alors.

9:35
Présentateur

Non, ce que je pense, c'est que... Je veux éviter Gotham City. Il nous faut éviter Gotham City.

9:42
Locuteur 6

C'est-à-dire que le monde s'embrase.

9:43
Présentateur

Mais oui, il nous faut détendre. Je pense que l'un des objectifs politiques centrales, aujourd'hui, devrait être de détendre les rapports sociaux. De voir comment on peut faire pour apaiser, pour que les gens, quand ils sortent dans la rue, ils ne se sentent pas jugés les uns par les autres et qu'ils ne se sentent pas dans une espèce de confrontation permanente. Donc voilà, il y a cet enjeu-là. Et voilà.

10:07
François Ruffin

Le défilé, François Riffin, contre l'islamophobie hier à Paris. Vous n'y étiez pas. Vous avez dit que le religieux, ce n'est pas votre truc. Et qu'il faut à tout prix, vous l'avez répété plusieurs fois, éviter les guerres de religion. Mais du religieux, il y en a eu, avant-hier, dans la manifestation, y compris dans la bouche d'un de ses organisateurs.

10:27
Locuteur 6

On dit un nom, on n'a pas. On dit un nom, on n'a pas. On ne passe pas cette expression religieuse pour une déclaration de guerre.

10:43
François Ruffin

Est-ce que vous êtes sûr que c'était une manifestation de soutien à la laïcité ?

10:46
Présentateur

En tout cas, moi, je pense que dans l'essentiel, la manifestation s'est bien passée. Et quand il y a des gens qui, pour beaucoup, vivent dans la peur, qu'ils viennent s'exprimer de cette manière-là, en faisant une manifestation, et ça, c'est l'un des moments de la manifestation, mais il y a eu plein d'autres choses à l'intérieur. Alors, je n'y étais pas, parce que je ne suis pas à l'aise avec ces questions identitaires, religieuses, c'est un fait. Et donc, je... Mais qu'elles soient de là ou d'ailleurs.

11:13
François Ruffin

– Y compris les étoiles jaunes, qui suggèrent une comparaison entre les musulmans de la France de 2019 et les juifs de 42.

11:18
Présentateur

– Je trouve, j'ai soutenu le mouvement des gilets jaunes. Et à l'intérieur du mouvement des gilets jaunes, vous pouviez aussi aller chercher des trucs qui ne vous plaisaient pas. Mais il ne faut pas réduire à ça. Et je pense que dans l'ensemble, les gens qui étaient là, c'est pour manifester une inquiétude. Si au moment où elle est manifestée, il y a une inquiétude qui se manifeste de cette manière-là, on dit, ben voilà, c'est pas bien ce que vous faites et tout ça, c'est comme ça qu'au contraire, on fait sortir du champ de la République. Et je crois qu'on doit être plutôt dans un moment d'accompagnement.

Ce que je veux dire, même de manière plus large sur ce thème-là, c'est que des millions de personnes dans ce pays ont voté pour Emmanuel Macron en pensant qu'il servirait de barrage, pas seulement à Marine Le Pen, mais à ses idées. Et le glissement qu'on peut redouter depuis le printemps est très significativement depuis le moment du grand débat, où il dit, on ne doit pas parler des questions de santé, mais en revanche, on va avoir un point entier sur les questions d'immigration. Où il dit, maintenant, on aura un débat sur l'immigration tous les ans. Où là, ces ministres placent le voile de manière récurrente au cœur du débat. Où on touche à la question de l'aide médicale d'État.

12:20
François Ruffin

Non, pas à l'aide médicale d'État, non. L'autre dispositif, non, non, pas à l'aide médicale d'État.

12:24
Présentateur

Alors, attendez, j'étais dans l'hémicycle la semaine dernière et je me suis bagarré sur ce point. Ils ont gratté, M. Patrick Cohen, on aura le droit à un fact-checking, ils ont gratté 15 millions d'euros sur l'aide médicale d'État.

12:34
François Ruffin

Oui, mais les principes d'attribution de l'aide médicale d'État ne sont pas remis en place.

12:37
Présentateur

Non, non, mais on vient gratter de l'argent sur l'aide médicale d'État. Bon, et de la même manière, on met en avant les quotas. Je veux dire qu'on est dans un temps où on vient toucher à des symboles et on vient, plutôt que de servir de barrage à Marine Le Pen et à ses idées, on a l'impression plutôt que ça soit un pont. Que dans ce temps-là, il y ait une réaction, je n'y étais pas, mais qu'il y ait une réaction d'inquiétude quand ça se traduit en plus par des tirs sur une mosquée avec un acte criminel, qu'il y ait une réaction à ce moment-là, ça ne me paraît pas non plus malsain.

13:11
François Ruffin

Ce qui est drôle, c'est qu'à la fin de votre livre, il y a une rencontre avec le journaliste Jean Biennebaum et le premier livre que vous citez en référence à la fin d'aide bibliographique, c'est celui de Biennebaum, Un silence religieux, qui pointait justement l'aveuglement de la gauche face à l'islam politique et se moquer du rien-avoirisme, c'est-à-dire l'idée que l'islamisme n'a rien à voir avec l'islam. Vous l'avez lu, j'imagine ?

13:30
Présentateur

Oui, mais au-delà de ça, moi, ce qui m'a intéressé dans le bouquin de Jean Biennebaum, c'est de se dire, au fond, comme la gauche a porté une espérance pendant un siècle, elle ne porte plus d'espérance. Je veux dire, moi, j'étais aussi dans le partage de la valeur ajoutée, dans « il faut aller gratter un petit peu au capital », dans une forme d'économisme de la justice. Et à partir du moment où on est strictement là-dedans, on ne porte plus d'espérance.

Et ce que dit Jean Biennebaum, c'est à partir du moment où ce n'est plus une espérance laïque qui est portée, ceux qui sont des exigeants, et il y a des exigeants dans notre société, qui ont rêvé du gilet jaune, il y en a peut-être qui vont à la mosquée, eh bien ça se traduit par une espérance qui n'est plus une espérance laïque, mais une espérance religieuse. Et je pense que, du coup, il y a la nécessité pour nous, la gauche doit répondre aux questions « qu'est-ce que le bonheur ? » « Qu'est-ce que la réussite ? » « Qu'est-ce que le progrès ? » Est-ce que réussir aujourd'hui, c'est porter une Rolex à 50 ans ? Non, ce n'est pas ça. C'est consommer moins, répartir mieux.

C'est des liens plutôt que des biens. C'est la décence commune plutôt que des rêves de millionnaires. Il nous faut avoir à nouveau un idéal à porter de bonheur, de réussite et de progrès.

14:37
François Ruffin

Alors pardon, je vais baisser un peu le niveau. Est-ce que le bonheur, c'est aussi de côtoyer Jean-Luc Mélenchon au sein de la France insoumise ? Est-ce que vous êtes à l'aise dans ce mouvement que Mélenchon a qualifié au moins une fois de gazeux et qui délivre parfois des échappées de gaz, si je puis dire, avec des militants, des responsables, qui s'éloignent en pointant l'absence de démocratie, le pouvoir d'un seul homme ? Jean-Luc Mélenchon, ça a été le cas aussi de Thomas Guénolé, qui a publié un livre et qui était notre invité la semaine dernière. Regardez.

15:06
Locuteur 1

Dès que vous exprimez des critiques en interne à la France insoumise, il va vous arriver, soit vous allez vous faire placardiser. C'est arrivé à Charlotte Girard dans le courant de l'été 2018. Elle a commencé à dire en interne que le fait de maintenir un rôle de Sophia Chikirou, qui fonctionne en symbiose avec Jean-Luc Mélenchon, comme prestataire dans les campagnes électorales de la France insoumise, ça posait un risque judiciaire dans le contexte de l'affaire du compte de campagne. Si vous voulez, on en parlera. Et à partir du moment où elle a dit ça, Charlotte Girard, elle, pas Sophia Chikirou, Charlotte Girard a été placardisé.

François Coq, il a été banni d'un simple tweet de Jean-Luc Mélenchon du jour au lendemain en le traitant de nationaliste, juste parce qu'il avait critiqué la ligne politique.

15:46
Présentateur

Vous me demandiez si mon bonheur était de côtoyer Jean-Luc Mélenchon à l'Assemblée nationale. Je vais vous répondre étrangement, mais oui. Oui, quand le mardi, avant les réunions de groupe, on a la chance de passer une demi-heure, trois quarts d'heure, et de parler ensemble d'histoire, de littérature, de philosophie, de peinture, et ainsi de suite. Moi, c'est vrai que ce n'est pas trop mon truc. C'est aussi ce que disait Thomas Guénolé avant de subir ce qu'il aurait dit. Oui, écoutez, moi, je pense que Jean-Luc Mélenchon et le groupe... Moi, je pensais quitter le groupe La France Insoumise au bout d'un mois, parce que je n'ai jamais été dans un parti. Je ne suis pas un homme de ça.

16:18
Locuteur 7

Qu'est-ce qui vous fait rester, alors ?

16:19
Présentateur

Ce qui me fait rester, c'est que franchement, je n'ai pas eu de bug majeur. Non, mais voilà, quand le premier jour, j'arrive en disant, moi, la cravate, excusez-moi les gars, mais je n'ai pas envie de la porter, Jean-Luc Mélenchon, qui est plutôt un habitué de la cravate, il dit, bon, ben ouais, c'est peut-être pas bête ce qu'il raconte Ruffin, mais bon, et sur l'urgence, sans la cravate... Oui, mais sur le fait de ne pas aller au Congrès à Versailles et écouter Emmanuel Macron, ben voilà, sur les positions... Mais tu ne parlais pas de politique avec Jean-Luc Mélenchon ? Le fait de...

ce qu'on fait du mouvement des Gilets jaunes, il y a des discussions qui sont des discussions intéressantes, et je n'ai pas l'impression que, mon point de vue, à l'intérieur du groupe parlementaire, La France Insoumise, c'est autre chose, mais qu'à l'intérieur du groupe parlementaire, que mon point de vue soit méprisé ou négligé. Bon, il y a des choses sur lesquelles vous n'êtes pas d'accord, parfois. Oui, ça arrive, mais franchement, vous savez, quand on se dit que... Mon objectif, c'est quand même de changer un petit peu la vie des Français, ou en tout cas de les faire respirer. Je dis, moi, j'ai une fonction spirituelle. C'est quoi ?

Les gens dans la rue me disent, vous nous faites mieux respirer, on se prend un bol d'air pur. Quand on a en face un système qu'on sent comme étant un peu oppressant, le fait d'avoir... Ce n'est pas des divergences mineures qui vont faire qu'on va faire éclater la machine, quoi.

17:30
Locuteur 7

Pierre.

17:32
Locuteur 2

Une petite chanson.

17:33
Locuteur 1

Les années en paix !

17:42
Locuteur 2

Vous devriez demander, évidemment, une adaptation à Stéphane Escher, parce qu'avouez que toute l'Assemblée chantant avec vous, urinez en paix, puisque c'est le titre du projet de loi que vous propose, la proposition de loi que vous faites à l'Assemblée, la loi adoptée à main levée après une chanson à l'unisson, serait magnifique. Sérieusement, vous le faites, vous, avec le sourire, dans le texte et dans la présentation, mais c'est un tracas que vous ne supportez plus dans la vie quotidienne, vous et ceux de vos collègues qui présentent avec vous le projet de loi.

18:13
Présentateur

Il y a une invasion publicitaire généralisée. Alors moi, je le vois à Gare du Nord. Auparavant, il y avait un panneau des départs, vous savez, qui fait tchic-tchic-tchic-tchic, avec les villes qui s'affichaient. Maintenant, c'est un immense panneau avec une Audi qui fait la pub de Audi. Il y en a 150 à Gare du Nord. Maintenant, dans les villes, par exemple, comme Caen, il y a 200 panneaux publicitaires qui s'installent sur les trottoirs. Sur M6, j'ai entendu, il y a des micro-publicités de 60 secondes, parce que comme ça, on n'aura pas le temps d'aller pisser et on est obligé de rester dans le canapé.

Et là, ça va jusque dans les toilettes, puisque dans les toilettes, il y a 2500 endroits en France où on a installé des écrans dans les toilettes pour que quand vous urinez, vous avez ça en face de vous. Vous savez ce que disait Poutine ? Ils viennent nous traquer jusque dans les chiottes, où on ira les traquer jusque dans les chiottes. Ben, eux, ils viennent. Donc, quand même, se dire que... C'était plus meurtrier avec Poutine. Oui, certes, certes. Mais bon, là, il y a même des capteurs à l'intérieur des écrans pour savoir si vous regardez ou pas la publicité. Et qui permet d'avoir un retour pour l'annonceur. Donc, je veux dire, c'est un espèce de Big Brother publicitaire.

Et je pense que, moi, je propose un certain nombre de mesures concrètes sur les métiers du lien, sur les transports, sur tout ça. Mais par ailleurs, il faut se défaire d'un imaginaire. Il faut se défaire de l'imaginaire publicitaire qui vous dit que si vous n'avez pas l'Audi, si vous n'avez pas la Rolex, si vous n'avez pas le 5 Vuitton, si vous n'avez pas tout ça, vous avez raté votre vie. Et ces nouveaux appareils publicitaires sont très pollueurs. Oui, en plus, il y a une pollution directe. Il y a une pollution indirecte. C'est le système de consommation-production que ça fait perdurer ou engendre.

Et ensuite, un panneau publicitaire comme ça, c'est l'équivalent au moins de la consommation d'un ménage pendant une année. Donc, c'est quand même pas nul. Et c'est une consommation que, y compris EDF, considère comme superflu, c'est-à-dire nuisible. Parce qu'en fond, même pendant les heures de pointe, ça continue de consommer beaucoup. Donc, on a fait une mesure sur le droit d'uriner en paix. Mais on en a aussi une autre sur, plus largement, la fin des panneaux publicitaires lumineux.

20:14
Locuteur 7

L'une des propositions de François Ruffin, une parmi d'autres, dans Il est où ? Le bonheur qui est à lire aux éditions du Lien qui libère. Merci beaucoup, François Ruffin. Vous restez avec nous.

Le combat de François Ruffin - C à Vous - 12/11/2019 — François Ruffin · Pourquijevote