Kevin Mauvieux, député RN de l'Eure | La politique et moi
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
-Mon invité a la politique dans le sang. A 10 ans à peine, il voulait devenir maire de sa commune. A 18 ans, il a pris sa carte à l'UMP pour finalement rejoindre le Rassemblement National.
Générique ...
Bonjour, Kévin Mauvieux. -Bonjour. -La 1re prise de parole d'un député dans l'hémicycle, c'est difficile, il y a souvent la voix qui tremble, la bouche sèche, la sueur au front, et puis, quand on a des notes à la main, on voit la feuille qui tremble.
J'ai voulu voir comment c'était pour vous. J'ai les images, c'était pendant le projet de loi sur le pouvoir d'achat face à La France Insoumise. *-Permettez-moi de vous renommer le groupe "enfumage".
Vous prétendez défendre le pouvoir d'achat des Français et en réalité, ça fait pas longtemps qu'on a commencé à voter, mais tout ce qui va dans le sens du pouvoir d'achat, vous votez contre. Vous êtes encore là pour faire le cirque, faire un maximum d'amendements, être visibles. Mais les électeurs ne s'y tromperont pas.
Ils vous voient, et ils voient que vous êtes contre tout ce qui peut augmenter le pouvoir d'achat. Que ce soit vos mesures ou pas, vous votez contre. -Vous parlez sans notes, vous avez une voix parfaitement posée.
Vous semblez très à l'aise, comme si vous aviez fait ça toute votre vie. -Non, je n'ai pas fait ça toute ma vie, mais... -Vous avez des prédispositions pour vous exprimer en public ? -Peut-être que dans la nature de chacun, on a tous une prédisposition pour quelque chose.
Certains sont plus artistiques que d'autres. Peut-être que j'ai une prédisposition pour prendre la parole devant un public. -Parce que vous n'aviez pas de vraie carrière politique avant ce jour-là, avant votre élection à l'Assemblée.
Vous avez eu un engagement local dont on va parler, conseiller municipal d'opposition. -Ce qui a fait la réussite de cette prise de parole, c'est que j'ai juste parlé avec mes tripes. Quand on m'a proposé d'être candidat aux élections législatives, je me suis posé la question, et j'ai toujours été motivé par mes convictions.
J'ai toujours défendu, au sein de ma famille et de mon entourage, mes convictions. Ce jour-là, j'étais dépassé par le fait de pas pouvoir agir pour les Français, par une NUPES qui bloquait. En fait, je me suis levé et j'ai parlé avec mes tripes. -Alors, cette prise de parole n'est pas passée inaperçue, parce que dans les jours qui ont suivi, on a commencé à vous voir dans les médias, alors que la consigne au sein du Rassemblement National, c'était que les petits nouveaux se fassent discrets pour apprendre le métier et laissent la parole à ceux qui s'étaient déjà engagés auprès de Marine Le Pen dans son équipe de campagne à la présidentielle.
Qu'est-ce qui s'est passé ? On vous a donné un bon de sortie ? -Je ne sais pas si c'est un bon de sortie, mais à la rentrée, au mois de septembre, on m'a dit : "Est-ce que tu veux tenter les médias ? "T'as une bonne prise de parole "dans l'hémicycle." -Donc vous avez été repéré, quand même, à ce moment-là ? -Oui, certainement.
J'avais eu des compliments après cette prise de parole et celles que j'avais faites pendant ce texte pouvoir d'achat juste après l'élection, Des compliments m'avaient été remontés. J'avais surpris par ma façon ou mon aisance à parler dans l'hémicycle. Donc, on m'a proposé, en septembre, de tester les médias.
On a commencé par une petite radio, on a commencé avec LCP et ça a fonctionné. De fil en aiguille, j'ai fait plus de médias. Ca a abouti à ma nomination de porte-parole du groupe Rassemblement National, le vendredi du week-end des Estivales à Beaucaire. -En réalité, vous avez fait des apparitions télé avant d'être député, dans un autre registre, en tant que candidat à des jeux télé.
Vous avez commencé par "Le Juste Prix" avec Lagaf', Il y a eu "Les 12 coups de midi", "Que le meilleur gagne", "Tout le monde veut prendre sa place". Vous n'aimez pas un peu prendre la lumière ? -Non.
Pour comprendre pourquoi j'ai fait ces jeux, pour être clair...
Effectivement j'ai commencé, avec "Le Juste Prix" parce que j'ai grandi dans une famille populaire et on se retrouvait devant "Le Bigdil" quand j'étais enfant, on regardait "Le Bigdil" le soir. J'ai toujours eu envie de jouer avec Vincent Lagaf', mais à mes 18 ans, Vincent Lagaf ne faisait plus "Le Bigdil" mais "Le Juste Prix". J'ai voulu participer pour déconner, et puis, pour une raison que j'ignore, j'ai été pris, j'ai participé, j'ai perdu.
Ce qu'on ne sait pas avant, c'est que quand vous faites un jeu et que vous êtes plutôt apprécié, on vous en propose d'autres. Donc, j'en ai fait d'autres. -D'autres députés ont fait des jeux télé. -C'est possible. -Karl Olive en a fait plus que vous.
Il est aussi passé dans cette émission. On a trouvé des images. Son but, c'était de faire des jeux pour remplacer l'animateur. -Ah oui, d'accord !
J'en étais pas là. -Mais vous avez un autre point commun avec lui. Vous avez tous les deux un père ouvrier, et grandi dans un milieu populaire.
Vous l'avez déjà évoqué et vous l'assumez, vous le revendiquez. -Je le revendique car ce n'est pas le cas de toute la classe politique, mais après, on ne choisit pas d'où on vient. Et je le revendique dans le sens où je trouve que c'est une force.
Par exemple, je vais présenter un texte pour apporter un complément de revenu aux étudiants qui travaillent. Combien de députés pourraient porter cette loi en l'ayant vécue ? Moi, j'ai travaillé pour payer mes études. -Vous avez exercé des métiers très différents avant d'arriver à l'Assemblée.
Vous avez été caissier dans un supermarché pour payer vos études, vendeur de voitures, animateur à Eurodisney, conseiller bancaire, assureur...
Il y a un point commun à tous ces métiers ? -Oui, c'est le lien avec les gens. C'est un lien différent selon les métiers.
A la caisse, vous n'êtes pas commercial mais vous aidez les gens. Vous êtes aussi une oreille attentive parce que vous avez plein de gens, souvent âgés, qui n'ont que vous comme contact dans la journée. Eurodisney, c'est du spectacle, mais c'est du contact en permanence. -Est-ce qu'il n'y a pas aussi un côté vendeur, commercial...
Besoin de convaincre ? -Oui, il y a un fil rouge dans tout ça et qu'on retrouve même dans le rôle de député. C'est l'envie de convaincre.
Moi, je fais partie... -Quand on vend des assurances, quand on vend des voitures... -Oui, je fais partie de...
Je sais que tout le monde ne le pense pas. Mais je fais partie de ceux qui disaient toujours que pour être un bon commercial, il faut aimer le produit qu'on vend, parce que le but, c'est de convaincre. La voiture, ça n'a pas duré, parce que j'étais pas fan de voitures.
L'assurance, ça allait. Aujourd'hui, je suis convaincu par les idées que je défends, j'aime aller au contact, convaincre. Effectivement, c'est un fil rouge. -La politique vous a intéressé dès la primaire.
Vous vous étiez fixé un objectif surprenant : devenir maire de votre commune, Pont-Audemer. Qu'est-ce qui vous faisait rêver, là-dedans ? -C'était pas forcément du rêve, parce que c'est un grand mot.
Je voulais pas être maire pour être maire, mais parce que j'avais, dès l'école, cette appétence pour être délégué, etc. Je voulais défendre les gens, améliorer le quotidien et Pont-Audemer, j'ai toujours vécu là-bas. C'est une ville que j'aime et que j'ai toujours voulu améliorer.
Donc, dès mes 10 ans, alors que j'étais dans un milieu pas très politisé, je me disais : "Je serai maire. "J'ai de l'ambition pour ma ville." -A 15 ans, vous êtes séduit par Nicolas Sarkozy et son "travailler plus pour gagner plus" à la présidentielle 2007.
A 18 ans, vous prenez votre carte à l'UMP. Pourquoi l'UMP et pas le FN, à l'époque ? -Parce qu'à l'époque, j'ai été séduit par le discours de l'UMP et le discours de Nicolas Sarkozy, qui était un vrai discours de droite, un discours de fermeté, d'autorité, qui mettait le travail en avant avec le "travailler plus pour gagner plus" qui m'avait beaucoup séduit.
On le disait, j'ai grandi dans un milieu modeste, ouvrier...
J'ai appris qu'on avait rien sans rien et qu'il fallait travailler pour gagner de l'argent. J'ai toujours voulu mettre la valeur travail au centre. Donc c'est cette campagne de Nicolas Sarkozy qui m'avait attiré. -Vous avez milité au sein des Républicains jusqu'en 2022-2021.
Vous avez été élu conseiller municipal de Pont-Audemer. Laurent Wauquiez vous a même félicité pour un de vos discours lors d'un meeting. Qu'est-ce qui vous a éloigné de la droite ? -Ce qui m'a éloigné de la droite et de LR, c'est leur rapprochement avec la macronie.
Quand Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir, dès le début, j'ai dit que je m'opposais à Emmanuel Macron, le représentant indirect de François Hollande. Je sentais un petit peu cette arrogance qui naissait dans ce parti. Mais les LR ont quand même continué à entretenir des relations.
Dans mon département, l'Eure, on a Bruno Le Maire, Sébastien Lecornu. Dans la région, Edouard Philippe... -Des ex-membres de la droite ayant rejoint Emmanuel Macron. -Oui, qui n'ont pas fait l'objet d'attaques virulentes du parti par rapport à leur départ.
Les LR sont devenus si proches de la macronie, et on le voit aujourd'hui, que je ne pouvais pas rester. -Donc, vous avez rejoint le Rassemblement National tardivement, en février 2022, quelques mois avant les législatives. Ca peut donner l'impression d'une forme d'opportunisme.
Vous n'avez pas eu ce que vous vouliez du côté des Républicains, vous êtes allé voir le RN, qui cherchait des candidats aux législatives. -Non, car si j'avais rejoint le RN pour les élections, déjà, j'y serais allé, plus tôt, parce qu'il y aller en février 4 mois avant l'élection, c'est un peu fort de café, et je les aurais rejoints dès que j'ai quitté LR. J'ai quitté LR pour les raisons que j'ai citées.
J'ai attendu avant de rejoindre le RN parce que je voulais m'imprégner du programme. Je voulais m'assurer que tout ce que les médias vendent sur le RN était faux. Quand tout ça a été fait, février 2022, j'imaginais pas du tout être candidat aux élections législatives.
Je voulais juste participer à la campagne de Marine, qui me semblait être la meilleure pour incarner la France d'aujourd'hui. Mais il y avait absolument aucune envie derrière, en rejoignant le RN. Il y a un an et demi, qui pouvait dire que des départements comme l'Eure basculeraient au Rassemblement National ?
Pas grand monde, donc ça aurait pas été un très bon calcul. -Vous êtes en politique pour aider les gens, sauf que vous siégez dans l'opposition. Vous vous sentez utile en tant que député ? -On se sent utile parce que même si ce n'est pas nos amendements ou nos propositions qui sont votés, comme on est le 1er groupe d'opposition, on peut mettre une pression sur le gouvernement.
La remise carburant est arrivée parce qu'on a mis la pression. Le gouvernement n'en voulait pas. Les chèques pour aider les gens qui se chauffent au bois ou au fioul, c'est la même chose.
Plus récemment, le harcèlement scolaire, Gabriel Attal qui en fait sa cause, qui a demandé à ce que les harceleurs changent d'école plutôt que la victime, c'est ma proposition de loi déposée au printemps. Donc on ne vote pas nos textes parce que ça fait pas bien, mais ils s'en inspirent, comme l'interdiction de l'abaya. Tout ça, c'est des textes et des idées qui viennent du RN, qui sont de bon sens et qui finissent par aboutir. -On va passer à notre quiz.
Je vous explique. Je commence une phrase et c'est à vous de la compléter. Etre le premier Kévin élu à l'Assemblée, c'est... -Je suis le premier et demi parce qu'on est rentrés à deux en même temps, mais... -Oui, c'est vrai. -C'est gratifiant et c'est valorisant.
Ca permet de montrer qu'en France, l'escalier social fonctionne toujours. L'escalier, pas l'ascenseur. -C'est quand même un symbole pour vous. -C'est un symbole signifiant.
Kévin, Jordan, c'était des prénoms associés à des classes modestes, populaires. Je n'en suis pas convaincu, mais ça y a toujours été associé. Donc, je suis persuadé que c'est le symbole que quand on se donne les moyens de monter sur l'escalier de l'ascension sociale, on peut le faire. -Si j'étais gendarme...
Vous aviez passé le concours de l'école de gendarmerie. Vous l'aviez réussi, mais vous y avez renoncé. -Si j'étais gendarme, je ne serais sûrement pas là aujourd'hui, puisqu'on ne peut pas faire les deux en même temps. -Il y a un devoir de réserve. -Oui, mais il y a aussi de grandes chances...
Vu le contexte actuel, malheureusement, j'aurais sûrement démissionné, peut-être pour m'engager en politique et pour défendre les forces de l'ordre et la gendarmerie qui sont délaissées. -L'Assemblée, c'est comme un jeu télé... -Oh là là...
L'Assemblée, c'est comme un jeu télé, il y a des caméras et des micros. Mais alors, par contre, à l'issue, ce qui est à gagner, ce n'est pas une vitrine, c'est l'avenir de la France. -Ce sera le mot de la fin.
Merci d'être venu dans l'émission. -Merci à vous. Merci.
SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA
Kévin Mauvieux