Colère des agriculteurs : "Notre objectif n'est pas de bloquer la France", assure Arnaud Rousseau
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 0:37FerméeRéponse directe
Ces actions vont-elles avoir lieu ?
- 1:21OuverteRéponse directe
À quoi les Français doivent-ils s'attendre exactement ?
- 1:36RelanceRéponse directe
Pas de blocage ? Pas d'autoroutes bloquées ?
- 2:07OuverteRéponse partielle
Est-ce qu'il y a des risques de blocage, de panne, de pénurie ?
- 2:40FerméeRéponse directe
Quand vous dites qu'on reprend la route, c'est qu'on remonte sur les tracteurs et on y va ?
- 3:05RelanceRéponse partielle
La France est isolée en Europe sur le Mercosur ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:47Invité politiqueFait
« nous allons nous mettre en route comme nous l'avions indiqué, ou plutôt reprendre la route comme nous l'avions indiqué à partir de lundi prochain »
- 1:05Invité politiqueFait
« ce Mercosur, cet accord commercial qui lie une partie des États d'Amérique du Sud à l'Europe, risque d'avoir pour l'agriculture des conséquences dramatiques »
- 1:16Invité politiqueFait
« On n'est pas là pour les ennuyer. Parce que tout le monde a des problématiques aujourd'hui. »
- 1:50Invité politiqueFait
« On est là pour leur dire qu'on est fiers de les nourrir et que continuer à produire en France, ça a du sens. »
- 2:43Invité politiqueFait
« Oui, absolument. On va aller dans tous les départements, à l'initiative des départements. »
- 2:59Invité politiqueFait
« Et on espère que l'ensemble des pays européens vont nous rejoindre parce que le sujet n'est pas un pays, un sujet français est un sujet européen. »
- 3:20Invité politiqueFait
« Vous avez raison, mais l'Allemagne et l'Espagne, ça n'est pas l'Europe. Nous sommes 27. »
- 3:28Invité politiqueFait
« Les Roumains, par exemple, viennent de dire qu'ils étaient hostiles à cet accord. »
- 5:50Invité politiqueFait
« L'urgence, aujourd'hui, ce sont les trésoreries des exploitations. »
- 5:59Invité politiqueChiffre
« On a eu la plus faible récolte de blé en France depuis 40 ans. »
- 6:05Invité politiqueChiffre
« On a eu des vendanges qui sont de l'ordre de moins 25% en France, avec des pics à moins 60, moins 70% »
- 7:41Invité politiqueFait
« la ministre a annoncé des prêts de trésorerie, mais au moment où on se parle, on ne connaît ni le moment, ni le taux, ni la durée. »
- 8:02Invité politiqueFait
« On nous indique qu'elle sera probablement discutée au Sénat au mois de janvier. »
- 8:40Invité politiqueFait
« moi l'objectif qui m'avait été fixé, ce n'est pas de contrôler les agriculteurs, c'est de faire en sorte qu'on obtienne des résultats. »
Temps de parole
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- Présentateur 23 %
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Il est 7h48, Sonia De Villers, votre invitée ce matin et présidente de la FNSEA, principale syndicat d'agriculteurs en France. Bonjour Arnaud Rousseau. Bonjour Sonia De Villers. La colère des agriculteurs monte depuis un mois, une génie s'éventrée par un loup déposé devant une sous-préfecture du Doubs, une veillée funèbre à la mémoire de l'agriculture française en Corrèze, des chrysanthèmes pour les éleveurs des Vosges abandonnés par l'actalis. Votre syndicat et les jeunes agriculteurs avaient appelé à des actions nationales une fois les semis d'hiver terminés. On y est, ces actions vont-elles avoir lieu ?
Oui, nous allons nous mettre en route comme nous l'avions indiqué, ou plutôt reprendre la route comme nous l'avions indiqué à partir de lundi prochain, parce que va s'ouvrir au Brésil le G20. Et vous savez, vos auditeurs qui ont parfois le sentiment que l'agriculture a beaucoup obtenu, ne voient pas forcément ou n'ont pas conscience que ce Mercosur, cet accord commercial qui lie une partie des États d'Amérique du Sud à l'Europe, risque d'avoir pour l'agriculture des conséquences dramatiques. De quoi parle-t-on ? On parle de bœuf aux hormones, on parle de poulet accélérateur de croissance.
Et vous voyez, nous, on est attaché à l'idée européenne parce que les politiques agricoles sont des politiques européennes.
Alors, on va y revenir au Mercosur, mais vous dites des actions nationales à partir de lundi. À quoi les Français doivent-ils s'attendre exactement ?
Alors d'abord, le premier message est qu'on n'est pas là pour les ennuyer. Parce que tout le monde a des problématiques aujourd'hui. Et nous, très clairement, à la FNSEA, avec les jeunes agriculteurs, ce qu'on veut, c'est interpeller les pouvoirs publics sur ce sujet.
Ce que ça veut dire ? Pas de blocage ? Pas d'autoroutes bloquées ?
Aujourd'hui, on ne cible pas les autoroutes. On aura l'occasion de le dire puisqu'on a une conférence de presse cet après-midi dans laquelle on détaillera nos actions. Ce que je veux faire passer comme message, c'est qu'on n'est pas là pour ennuyer les Français. On est là pour leur dire qu'on est fiers de les nourrir et que continuer à produire en France, ça a du sens.
Les Français en question se souviennent qu'il y a un an, on annonçait le siège de la capitale, le blocage du marché de Rungis, de nombreuses autoroutes bloquées, il y a eu de la casse, il y a eu des incendies. Arnaud Rouchot, on est à quelques semaines des courses de Noël. C'est le plus gros chiffre d'affaires pour les commerçants alimentaires de l'année. Est-ce qu'il y a des risques de blocage, de panne, de pénurie ? En fait, c'est quand même ça la question que tout le monde se pose.
C'est aussi une grosse période pour les agriculteurs parce que les produits festifs viennent de nos fermes. En tous les cas, on souhaiterait qu'ils continuent à venir de nos fermes. Et donc, vous savez, nous, on est des gens rationnels. Ce qu'on veut, c'est attirer l'attention des pouvoirs publics. Et on a besoin du soutien des Français pour dire que l'Europe ne doit pas être une passoire et qu'elle ne peut pas importer des produits qui ne respectent aucun de nos standards. On ne veut pas d'une agriculture qu'on se refuse à produire en Europe et en France.
Mais ça veut dire quoi ? Quand vous dites qu'on reprend la route, c'est qu'on remonte sur les tracteurs et on y va ?
Oui, absolument. On va aller dans tous les départements, à l'initiative des départements. Parce que vous savez, l'agriculture, c'est d'abord le terrain qui commande. Donc, on sera dans tous les départements à partir de lundi pour quelques jours pour faire entendre, au moment du G20 au Brésil, la voix de la France. Et on espère que l'ensemble des pays européens vont nous rejoindre parce que le sujet n'est pas un pays, un sujet français est un sujet européen.
Là, vous avez peu de chance parce que l'Allemagne et l'Espagne, par exemple, la France est isolée en réalité en Europe. L'Allemagne et l'Espagne n'attendent qu'une chose, c'est d'avoir des débouchés commerciaux en Amérique latine.
Vous avez raison, mais l'Allemagne et l'Espagne, ça n'est pas l'Europe. Nous sommes 27. Et un grand nombre d'États membres font aujourd'hui le constat qu'une agriculture importée qui ne respecte aucun de standards ne correspond pas à l'idée qu'ils sont de l'Europe. Les Roumains, par exemple, viennent de dire qu'ils étaient hostiles à cet accord. Et chaque jour qui passe, parce que chacun a sa place...
Mais vous savez, la ministre est hostile à cet accord. Emmanuel Macron est hostile à cet accord, en réalité. Et ils vont tout faire pour qu'il ne soit pas signé en l'État. 600 parlementaires français, c'est du jamais vu, viennent de signer un texte pour dire qu'ils sont hostiles à cet accord. À l'initiative de Yannick Jadot, vous avez rarement des positions communes, mais là, elles sont très claires. Donc vous allez bloquer la France pour un dossier sur lequel la France n'a peut-être pas la main ?
On ne va pas bloquer la France, comme je vous l'ai indiqué. Notre objectif n'est pas de bloquer la France, n'est pas d'affamer la France, comme j'ai pu l'entendre dans d'autres radios. Nous, ce qui compte, encore une fois, c'est de porter cette ambition d'une Europe qui n'est pas une passion. Et puis on a d'autres urgences.
Vous contrôlez votre base ? Vous savez, par exemple, un Jérôme Bale, qui est cet agriculteur qui a été très médiatisé l'année dernière, il n'est pas syndiqué. Il n'a jamais été syndiqué. Des paysans comme lui qui s'inquiètent et qui disent déjà depuis plusieurs semaines le Mercosur, ça, ça va être le ferment de la colère, ça sera la ligne à pas dépasser. Vous n'avez pas de contrôle sur eux ?
Non, mais vous savez, les agriculteurs sont des gens qui sont terriblement attachés à leur liberté, à leur indépendance. Donc en fait, nous, on essaie de dire ce qu'est la ligne politique et d'encadrer les choses. Et je crois qu'on est très clair quand on dit qu'on ne veut pas d'une Europe passoire, parce qu'on parle du Mercosur, mais on pourrait parler de l'Ukraine, on pourrait parler des dangers que représentent aujourd'hui les positions de la Chine, notamment sur les vins et spiritueux, de ce qui va se passer aux Etats-Unis. Donc nous, on donne des consignes, ensuite le terrain adapte.
C'est-à-dire que Donald Trump risque d'augmenter les droits de douane et que pour écouler les vins et les cognac français, ça risque d'être très douloureux.
Nous, on redit qu'on ne souhaite pas d'atteinte aux biens et aux personnes, c'est ce qu'on a dit au printemps, et après chacun prend ses responsabilités.
Vous entendez la ministre de l'Agriculture qui dit « pas de casse, pas d'incendie, pas de violence, sinon les agriculteurs vont finir par rompre le lien fragile qui les unit aux Français ? »
Oui, mais ce lien, d'abord, je ne crois pas qu'il soit fragile. Je crois que les Français sont attachés à leur agriculture, à ce qu'ils mettent dans leur assiette. D'autre part, moi, je dis à la ministre « agissez », parce que c'est votre rôle. Et là, on parle du Mercosur, mais il y a bien d'autres sujets.
Alors justement, c'est ma question. En gros, sans vouloir trop simplifier la situation, est-ce que les agriculteurs français sont dans une meilleure situation ou dans une situation pire que l'année dernière, à la même époque, quand ça a explosé ?
Alors, les choses ont évolué. D'abord, ce qui demeure, c'est la problématique du revenu. L'urgence, aujourd'hui, ce sont les trésoreries des exploitations. C'est comment font un certain nombre d'exploitants pour passer l'hiver après un été catastrophique, ce qui est nouveau depuis le printemps.
En quoi il est catastrophique l'été ?
On a eu la plus faible récolte de blé en France depuis 40 ans.
À cause des conditions météo ?
Entre autres, on a eu des vendanges qui sont de l'ordre de moins 25% en France, avec des pics à moins 60, moins 70%, par exemple, quand on est dans les vins du Jura. On a eu des maladies sanitaires sur nos troupeaux. Vous savez, cette maladie de la langue bleue, entre autres, qui touche les ovins et les bovins, les moutons et les vaches, qui a impacté très durement les agriculteurs cet été. Et puis, on a un élément de politique. On a dissous l'Assemblée nationale.
Et attendez, parce que sur les épidémies, il y a eu une polémique sur les vaccins. C'est-à-dire que beaucoup d'éleveurs reprochent aux autorités sanitaires de ne pas avoir livré les vaccins à temps. Vous confirmez ?
Oui, on a eu du délai sur les vaccins, notamment sur cette fièvre cataralovine, la langue bleue de sérotype 3. On a eu quelques semaines de délai. Et ces délais ont été catastrophiques, puisque vous savez, ça a été endémique, ça s'est déployé très très vite. Voilà, donc aujourd'hui, on est en train de rattraper ce retard. Mais les dégâts sont là. Et les dégâts doivent être indemnisés.
Mais le gouvernement a agi. Est-ce que vous n'avez pas l'impression que les Français se disent qu'on a fait beaucoup pour les agriculteurs, que la hausse sur la fiscalité du gaz d'ozle non routier a été abandonnée, que le calcul des retraites agricoles a été modifié, que des dizaines de millions d'euros ont été débloqués, que la ministre a annoncé des prêts bancaires à court terme à taux très bas, qu'elle a annoncé des prêts bancaires à plus long terme garantis à 50% par l'État pour limiter les risques pour les exploitations, et qu'elle s'attèle activement à démêler ce millefeuille administratif que vous suppliez depuis des années de voir simplifier ?
On est au cœur du sujet, Sonia Duvillère, parce que vous avez raison, il y a eu beaucoup d'annonces de fait, et tout ce que vous dites est absolument juste. La réalité, et on va prendre l'exemple par exemple de la trésorerie, la ministre a annoncé des prêts de trésorerie, mais au moment où on se parle, on ne connaît ni le moment, ni le taux, ni la durée. Et donc vous voyez, ce qui compte pour les agriculteurs, c'est que ce soit très concret. Un autre élément, entre ce qui a été dit au printemps et ce qui se passe aujourd'hui, il y a eu la dissolution.
Ah donc vous n'avez toujours pas la loi ?
La fameuse loi d'orientation agricole ? Oui, mais c'était un sujet majeur du printemps. Aujourd'hui, les agriculteurs l'attendent. On nous indique qu'elle sera probablement discutée au Sénat au mois de janvier. Et donc vous voyez que, je comprends que vos auditeurs se disent que les agriculteurs exagèrent parce qu'on leur annonçait beaucoup de choses, mais la réalité, c'est qu'au fait, concrètement dans nos cours de ferme, au moment où on se parle, beaucoup de choses ne sont pas mises en œuvre.
Bon, donc vous diagnostiquez une colère et un mal-être chez les agriculteurs et je repose ma question, c'est-à-dire, est-ce que vous allez pouvoir contrôler tous ces paysans, toutes ces paysannes, tous ces agriculteurs, ces agricultrices partout en France qui s'apprêtent à reprendre leur tracteur ?
Vous savez, moi l'objectif qui m'avait été fixé, ce n'est pas de contrôler les agriculteurs, c'est de faire en sorte qu'on obtienne des résultats. Et encore une fois, les agriculteurs se définiront, ils sont bien assez grands pour le faire. Ce qu'ils attendent de nous, leurs responsables professionnels, et vous avez raison de dire que tous les agriculteurs ne sont pas syndiqués, ce qu'ils attendent de nous, c'est qu'on soit efficace pour obtenir des résultats.
Merci Arnaud Rousseau.