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Podcast / conversationFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 27 octobre 2023 10 minComplaisantActualité / polémiqueImmigration & asileSécuritéInstitutions & élections

Israël-Palestine : les mots de la guerre 13/18 · Intifadas, l'heure de la révolte

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Chapitres

Questions et réponses

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  • 0:22OuverteRéponse directe

    Que signifie le mot intifada ?

  • 5:53ComplaisanteRéponse directe

    Mais alors, il faut rappeler, parce que là aussi, c'est compliqué, c'est un territoire israélien, mais le fait d'y pénétrer est perçu comme étant...

  • 7:42OuverteRéponse directe

    Et on s'attendait à ce qu'il y ait une troisième intifada, parce qu'on pensait que, finalement, c'était devenu, en quelque sorte...

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:24Invité politiqueFait
    « Intifada, c'est un mot arabe qui littéralement vient du verbe intifada ou yantafidou qui veut dire se soulever, se rebeller, se rebiffer. »
  • 0:42Invité politiqueFait
    « Au demeurant, dans l'actualité moyenne orientale, c'est un mot qui a gagné une valeur de copyright dans le cas palestinien à deux reprises, à la fin des années 80 et puis après en 2000. »
  • 1:21Invité politiqueFait
    « La première intifada date de décembre 1987, ça se maintiendra quasiment pendant six ans, un peu plus de cinq ans. »
  • 1:33Invité politiqueFait
    « Ça s'arrêtera en fait avec la signature des accords d'Oslo en 1993. »
  • 1:50Invité politiqueFait
    « Grosso modo, par un jour de décembre 1987, un israélien se fait attaquer au couteau. »
  • 1:58Invité politiqueFait
    « Et puis deux ou trois jours après, un camion israélien rentre dans une voiture palestinienne, tue quatre personnes. »
  • 3:00Invité politiqueFait
    « Et d'ailleurs, un des autres noms de l'intifade de 1987, c'est la guerre des pierres. »
  • 3:25Invité politiqueFait
    « Disons que dans les années, on va dire fin des années 60, début des années 70, après la guerre des six jours, Israël dans un premier temps va être à peu près cool, sur le marché du travail, va laisser les palestiniens nouvellement occupés accéder au marché du travail israélien. »
  • 3:56Invité politiqueFait
    « Ils vont avoir des salaires de misère, ils vont être humiliés à longueur de journée. »
  • 4:31Invité politiqueFait
    « La situation est un peu différente en 2000, quand démarre la deuxième intifada, ce qu'on a appelé aussi l'intifada de l'Aqsa, donc la mosquée qui est sur l'esplanade des mosquées à Jérusalem. »
  • 4:57Invité politiqueFait
    « Deux ans avant 2000, donc, le Likoud apparaît, créé entre autres par Ariel Sharon, ancien ministre de la Défense qui avait mené tambour battant l'invasion israélienne de 82, un personnage haut en couleur, très à droite, qui n'a jamais caché son hostilité, on va dire, primaire pour les Palestiniens et les Arabes en général. »
  • 5:30Invité politiqueFait
    « Ce groupe militant libanais, qui a réussi, pour la première fois dans l'histoire du monde arabe, à repousser l'armée israélienne, à récupérer, donc, son territoire, à libérer les banques. »
  • 5:46Invité politiqueFait
    « Et là encore, l'étincelle qui met le feu aux poudres, c'est la visite d'Ariel Sharon, le fameux, sur l'esplanade des mosquées, en toute provocation, il faut le dire. »
  • 7:19Invité politiqueFait
    « J'en marque aussi énormément d'enfants en prison. On les laisse croupir. Et puis voilà, il n'y a pas d'avocat, il n'y a pas de procès. »
  • 8:30Invité politiqueFait
    « Les accords d'Abraham, ils ont été négociés sans les principaux concernés, sans les Palestiniens. »

Temps de parole

  • Invité politique91 %
  • Présentateur9 %

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0:00
Présentateur

Les mots du conflit israélo-palestinien, Aurélie Daher, enseignante chercheuse à Paris Dauphine et à Sciences Po Paris, on vous doit le Hezbollah, mobilisation et pouvoir aux presses universitaires de France. Que signifie le mot intifada ?

0:24
Invité politique

Intifada, c'est un mot arabe qui littéralement vient du verbe intifada ou yantafidou qui veut dire se soulever, se rebeller, se rebiffer. Après ça peut être contre tout et n'importe quoi, ce n'est pas obligatoirement contre une force d'occupation, c'est un mot qui est très générique. Au demeurant, dans l'actualité moyenne orientale, c'est un mot qui a gagné une valeur de copyright dans le cas palestinien à deux reprises, à la fin des années 80 et puis après en 2000. Il a été utilisé par la suite dans d'autres situations, on l'a utilisé au Liban, on l'a utilisé en Irak pour décrire des moments où effectivement ça chahutait un peu dans la rue, où on avait au moment des printemps arabes, etc.

On a pu voir apparaître ce mot-là, mais on a bien vu que ça n'a pas pris, parce que l'habitude a fait que désormais intifada, c'est un terme qu'on réserve aux palestiniens et qu'on réserve à un certain mode de soulèvement palestinien. La première intifada date de décembre 1987, ça se maintiendra quasiment pendant six ans, un peu plus de cinq ans. Ça s'arrêtera en fait avec la signature des accords d'Oslo en 1993. Là, les palestiniens diront qu'on arrête, au demeurant les israéliens aussi. Ce qui se passe, c'est la chose suivante, ça démarre presque sur un malentendu. C'est ça qui est assez particulier sur cette première intifada.

Grosso modo, par un jour de décembre 1987, un israélien se fait attaquer au couteau. Et puis, deux ou trois jours après, un camion israélien rentre dans une voiture palestinienne, tue quatre personnes. Les israéliens diront que c'était un accident de la route. Côté palestinien, on dit que c'est une vengeance pour ce qui s'est passé deux jours contre le citoyen israélien. Et puis, ça a commencé à bouger dans un camp de réfugiés qui se situe au nord de Gaza. Et puis, au début, les israéliens vont se dire, bon, ça bouge un peu, mais rien de grave. Demain matin, tout le monde retournera au boulot. La vie reprendra son cours. Sauf que non, ça ne va pas reprendre son cours.

Là, démarre un vrai soulèvement multiforme de la part des palestiniens, qui va évidemment amener des réponses multiformes aussi côté israélien. Et c'est à cette époque-là qu'on va voir aussi arriver, pour la première fois sur les écrans, les images mythiques, désormais complètement bien connues, de ces jeunes palestiniens, adolescents, jeunes adultes qui sont là, avec le visage couvert, la tête couverte de la keffie, et qui attaquent des tanks israéliens à coups de pierres, à coups de cocktails molotov. Et d'ailleurs, un des autres noms de l'intifade de 1987, c'est la guerre des pierres. On l'appellera aussi la guerre des pierres.

Alors, le contexte, il faut aussi, il faut comprendre en fait pourquoi est-ce qu'il y a eu ce soulèvement. Évidemment, donc l'incident que j'ai mentionné, c'est ce qu'a mis le feu au barrique de poudre. Mais ça faisait un moment que la frustration palestinienne s'accumulait. Disons que dans les années, on va dire fin des années 60, début des années 70, après la guerre des six jours, Israël dans un premier temps va être à peu près cool, sur le marché du travail, va laisser les palestiniens nouvellement occupés, accéder au marché du travail israélien.

Et puis très rapidement, ils vont se rendre compte que ça ne fait pas sens sur le plan politique, et puis ça ne fait pas le sens non plus sur le plan économique. Et là, les conditions de travail des palestiniens sur le marché israélien, leurs conditions de travail vont sérieusement se détériorer. Ils vont avoir des salaires de misère, ils vont être humiliés à longueur de journée. Le racisme israélien, ils vont se le prendre dans la figure sous toutes les formes et à toutes les occasions. Il y a aussi le fait que, par exemple, pour aller travailler, sortir de son camp de réfugiés, pour aller au boulot, il faut passer par un certain nombre de checkpoints, ou grosso modo, on vous fait traîner.

Enfin bon, bref, il y a comme ça une frustration qui s'accumule. Et puis, il y a donc en 87, on se dit qu'il n'y aura pas vraiment de sortie à cette situation si on ne bouge pas. La situation est un peu différente en 2000, quand démarre la deuxième intifada, ce qu'on a appelé aussi l'intifada de l'Aqsa, donc la mosquée qui est sur l'esplanade des mosquées à Jérusalem. Là, la situation est un peu différente. Autant Oslo, au début des années 90, avait donné de l'espoir, des deux côtés de la barrière, israéliens comme palestiniens, on s'était dit, bon, justement, il y a une alternative aux armes. Autant, en 2000, on est, à un moment où le processus de paix bat sérieusement de l'aile.

Deux ans avant 2000, donc, le Likoud apparaît, créé entre autres par Ariel Sharon, ancien ministre de la Défense qui avait mené tambour battant l'invasion israélienne de 82, un personnage haut en couleur, très à droite, qui n'a jamais caché son hostilité, on va dire, primaire pour les Palestiniens et les Arabes en général. Ce type-là, donc, crée le Likoud. On est dans une situation où le processus de paix est bloqué. Et puis, quelques mois avant, on a le Hezbollah, donc, ce groupe militant libanais, qui a réussi, pour la première fois dans l'histoire du monde arabe, à repousser l'armée israélienne, à récupérer, donc, son territoire, à libérer les banques.

Et là, chez pas mal de Palestiniens, on se dit, mais s'ils y sont arrivés, pourquoi pas nous ? Et là encore, l'étincelle qui met le feu aux poudres, c'est la visite d'Ariel Sharon, le fameux, sur l'esplanade des mosquées, en toute provocation, il faut le dire.

5:53
Présentateur

Mais alors, il faut rappeler, parce que là aussi, c'est compliqué, c'est un territoire israélien, mais le fait d'y pénétrer est perçu comme étant...

6:02
Invité politique

Effectivement, parce qu'alors, effectivement, les Israéliens géraient l'esplanade, qui est quand même un lieu de culte chez les musulmans. Le vendredi, on aime bien aller y prier, sauf qu'en réalité, c'est complètement régulé par les autorités israéliennes. Donc, c'est eux qui font le flicage, qui a le droit d'aller prier, qui n'a pas le droit d'aller prier. Quel jour vous pouvez aller prier ? Éventuellement, cette semaine, on a décidé que pour des raisons de sécurité, il n'y a pas d'accès à l'esplanade, etc. Donc, encore une fois, frustration qui s'accumule chez les Palestiniens.

Et puis, tout d'un coup, on voit ce ministre, ancien ministre de la Défense, fondateur de ce parti droite dure, se balader en toute impunité sur l'esplanade. Donc, on considère en plus qu'il souille un espace religieux musulman. Il se balade avec ses hommes. Ben, hop, là, on est reparti pour un deuxième tour. Alors, dans le cas, dans ce deuxième épisode, je veux dire, de l'intifada palestinien, les réactions palestiniennes vont aussi changer. Dans le premier cas, on avait des Palestiniens qui se battaient avec des pierres, avec des cocktails Molotov. On a eu aussi quelques incursions en territoire israélien. On attaquait parfois des civils.

On attaquait, donc, on a eu des attaques contre des bus, etc. Les Israéliens, de leur côté, c'était blocus, c'était bombardement, c'était rafle. J'en marque aussi énormément d'enfants en prison. On les laisse croupir. Et puis, voilà, il n'y a pas d'avocat, il n'y a pas de procès. Mais là, quand même, de la seconde intifada, le côté palestinien, on monte quand même d'un cran, c'est beaucoup plus militarisé. Et puis, évidemment, ça fait le jeu du Hamas, au détriment de l'autorité palestinienne de l'OLP.

7:42
Présentateur

Et on s'attendait à ce qu'il y ait une troisième intifada, parce qu'on pensait que, finalement, c'était devenu, en quelque sorte...

7:49
Invité politique

Le modus operandi classique des Palestiniens. Là, c'est plus compliqué, parce que le Hamas, grosso modo, gagne des points à travers le fait que l'autorité palestinienne est extrêmement critiquée, côté palestinien. Pendant longtemps, notamment, je pense, aux années 2000, il y avait des vrais débats entre les deux. C'était au niveau, en termes de popularité. Il y avait vraiment des moments... Il y avait vraiment deux clans, je veux dire, chez les Palestiniens. Il y a ceux qui croyaient encore au processus de paix, qui s'accrochaient à l'autorité palestinienne. Et puis, il y a ceux qui disaient, ça ne sert à rien. À part les armes, il n'y a absolument aucune solution au problème.

Et puis là, c'est vrai qu'il n'y a plus du tout de processus de paix. Les accords d'Abraham, ils ont été négociés sans les principaux concernés, sans les Palestiniens. Et puis, il y a aussi une inquiétude à voir les Israéliens avancer dans leur normalisation avec beaucoup de pays arabes, notamment des pays arabes qui, pendant très longtemps, ont soutenu les Palestiniens et notamment les ont soutenus aussi financièrement. Je pense à l'Arabie Saoudite, les pays du Golfe. Et donc là, c'est sûr que le Hamas apparaît, en tout cas pour maintenant beaucoup de Palestiniens, comme...

Ce n'est certainement pas l'option idéale, mais grosso modo, à part celle-là, si on ne la prend pas, c'est le génocide ou en tout cas c'est la mort à petit feu dans le silence le plus complet. Et notre bourreau, lui, pendant ce temps-là, est en train d'être normalisé aux quatre coins du monde arabe. Donc, non, l'intifada, ça ne servira plus à rien ou en tout cas ce sera une action trop douce, j'ai envie de dire, ou en tout cas pas assez forte pour rappeler au monde qu'on est là, rappeler au monde notre situation et puis finalement avoir un vrai levier à la fois sur la politique palestinienne et puis sur la politique régionale.

9:29
Présentateur

Merci beaucoup Aurélie Daher. Je rappelle le nom de votre ouvrage Le Hezbollah, mobilisation et pouvoir aux presses universitaires de France.