Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
Discours / meetingRenaissance (sur YouTube)· 19 octobre 2016 117 minAutoproduitFond programmatiqueÉconomie & entreprisesSolidarités & familleImmigration & asileCulture, médias & sport

Meeting à Montpellier du 18 Octobre | Emmanuel Macron

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 91 %Attaque 6 %Défensif 3 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 6:05PrésentateurFait
    « Aucun mouvement politique, depuis des décennies, n'avait entrepris ce travail qui a débouché sur 100 000 conversations pour capter ce que sont nos réelles préoccupations. »
  • 7:36PrésentateurFait
    « Au Mans, deuxième étape du diagnostic, nous avons affirmé combien le sentiment d'insécurité, notamment pour les femmes, était réel. »
  • 10:45InvitéChiffre
    « Savez-vous qu'ici, en Occitanie, nous n'avons pas de déficit commercial ? Nous exportons plus qu'on importe, notamment grâce aux avions de Toulouse et grâce aux vins de l'Hérault. »
  • 13:21InvitéChiffre
    « Il y a en France 48 000 décès par an attribués aux particules fines. »
  • 17:57InvitéChiffre
    « Savez-vous qu'ici, dans l'Hérault, un jeune sur trois de moins de 30 ans vit en deçà du seuil de pauvreté ? »
  • 18:12InvitéChiffre
    « Le suicide est la troisième cause de mortalité chez les agriculteurs alors que c'est la huitième pour les Français pris dans leur ensemble. »
  • 18:39InvitéChiffre
    « La mortalité infantile est beaucoup plus élevée dans les Outre-mer qu'en métropole. Trois fois plus en Guadeloupe. »
  • 19:21InvitéChiffre
    « En 2015, nous avons constaté deux actes et agressions antisémites par jour. »
  • 19:33InvitéChiffre
    « En 2015, trois fois plus d'actes anti-musulmans. »
  • 44:49Invité politiqueFait
    « Ce sont deux frères, deux Français. Ils s'appellent Fabien et Jean-Michel Klein. »
  • 45:44Invité politiqueFait
    « Son nom est Moed Altrad et il est aujourd'hui français. »
  • 47:40Invité politiqueFait
    « Faut-il ici rappeler que le tiers de ceux qui partent de notre pays pour faire le djihad ne sont pas nés musulmans. »
  • 47:48Invité politiqueChiffre
    « Près de 20% des engagés volontaires de l'armée de terre sont d'origine étrangère si l'on remonte une génération. »
  • 1:06:28Invité politiqueChiffre
    « Nous avons 10% de chômeurs »
  • 1:02:47Invité politiqueChiffre
    « une montagne de dettes de plus de 30 milliards d'euros »
  • 51:48Invité politiqueFait
    « Si la population mondiale vivait comme nous vivons aujourd'hui, il nous faudrait trois planètes pour satisfaire nos besoins en ressources naturelles. »
  • 1:11:15Invité politiqueFait
    « Daesh, ça n'est pas l'islam. »
  • 1:11:40Invité politiqueFait
    « Daesh, c'est un projet totalitaire d'extermination qui frappe notre pays en raison de son rôle, de son histoire, de ce que nous sommes »
  • 1:29:27Invité politiqueFait
    « Ce sera de faire que les Français de confession musulmane soient toujours plus fiers d'être français que fiers d'être musulmans. »
  • 1:34:55Invité politiqueFait
    « Je veux ici vous le dire, face au défi du temps, l'éducation et la culture sont nos armes. »
  • 1:42:47Invité politiqueFait
    « Accueillir les réfugiés. C'est notre responsabilité historique. »
  • 1:45:18Invité politiqueFait
    « L'humanité dans le traitement des réfugiés ce n'est pas laisser croire que nous accueillerons tout le monde. »
  • 1:46:02Invité politiqueFait
    « Notre vocation universelle exige aussi que la France soit européenne parce que le rêve d'Europe c'est un rêve français. »
  • 1:46:51Invité politiqueFait
    « La démocratie parce que nous nous rebâtirons cette Europe qu'en consultant nos peuples, en leur demandant quels projets ils sont prêts à faire avancer. »
  • 1:49:22Invité politiqueFait
    « Ce n'est pas un hasard si la COP 21 s'est déroulée à Paris, qu'elle a été un succès que si peu anticipé. »
  • 1:50:07Invité politiqueFait
    « Nous devons utiliser la force de notre diplomatie, l'étendue de son réseau, la singularité de la voix que nous portons à travers le monde pour devenir le fer de lance du combat pour la transition énergétique et écologique. »

Temps de parole

  • Emmanuel Macron69 %
  • Présentateur14 %
  • Invité7 %
  • Invité 27 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:31
Invité

C'est avant tout personnel. Je me suis dit c'est cool aussi d'aller parler politique avec des gens qui ne nous ressemblent pas. On parle souvent politique avec notre famille, nos collègues de travail, les amis de la fac ou des choses comme ça. Donc on est dans une sorte d'entre-soi où on a à peu près tous les mêmes idées. Les politiques, ils proposent des choses mais sans consulter les citoyens. Et cette démarche d'Emmanuel Macron d'aller au contact des gens, de voir vraiment ce qu'eux ils veulent, c'est ça qui m'a tout de suite plu. C'est la raison pour laquelle je me suis engagé surtout. L'avantage de ce mouvement, c'est qu'on n'avait rien à vendre en fait.

On n'était pas là pour vendre un produit ni vendre Emmanuel Macron. On était là pour aller écouter les gens et vraiment avoir leur ressenti sur leur vie, sur ce qu'ils pensent du pays, sur ce qu'ils pensent de la politique. Et est-ce qu'ils avaient un espoir que cela change ou est-ce que pour eux tout était terminé ? Il s'est arrivé plusieurs fois, on nous disait non, non, pas de politique, je ne veux pas parler de politique. Et là, on leur disait non, je ne suis pas là pour vous vendre un programme, je ne suis pas là pour vous vendre une personne, je suis là pour prendre votre avis, vous écouter et juste avoir votre avis sur l'état de la France aujourd'hui.

Et là, les portes s'ouvraient et les gens nous parlaient. Et je trouvais que c'était très intéressant parce qu'on se rend compte qu'aujourd'hui, et ça on l'a vu plusieurs fois, il y a plusieurs reprises, les Français ont juste envie qu'on écoute ce qu'ils ont à dire et ils n'ont pas envie d'écouter ce que les politiques ont à dire. Et je crois que la Grande Marche est différente pour ça. Mais s'exprimer, c'est déjà le début d'une solution, s'exprimer et au moins parler. Parce qu'après, quand on se tait, ça engendre la frustration et après des votes extrémistes.

Le fait de faire un diagnostic, je pense qu'il y a longtemps qu'on n'avait pas fait ce travail, c'est finalement de retourner sur le terrain. On l'avait abandonné le terrain, il faut être très clair. Quand on allait sur le terrain, c'était pour dire aux gens ce qui était bien pour eux. On savait ce qui était bien pour eux, on connaissait les solutions, sauf que ça ne marche plus. Et ce que je trouve intéressant et, en une fois, de rafraîchissant, c'est qu'on retourne sur le terrain en essayant d'y aller sans a priori. Et ça, c'est très nouveau. Ce n'est jamais arrivé. De mémoire de Français, ce n'est jamais arrivé une démarche pareille.

Donc a priori, ça va coller aux attentes des Français, sans démagogie justement. C'est ça qui est très nouveau. Ce ne sera pas de la démagogie, ça sera pédagogique.

3:20
Présentateur

Bonsoir, je m'appelle Richard Ferrand, je suis député du Finistère et compagnon de marche d'Emmanuel Macron depuis le début. Je ne sais pas si vous vous rendez compte, mais ce soir, la salle est pleine. Nous sont plus de 1500 réunis à Montpellier. Et c'est très impressionnant. Alors après Strasbourg et Le Mans, nous nous retrouvons ici ce soir pour la troisième étape de la restitution. Du diagnostic de la grande marche. Je veux d'abord remercier les élus de l'Hérault, de la région, de nous avoir rejoints ce soir à Montpellier.

Je veux aussi remercier les parlementaires engagés depuis le début, qui viennent ici de toutes les régions de France, témoignés par leur présence, de la solidité, de leur engagement. Merci à vous qui venez de partout. Et par pur chauvinisme, je rajouterai que nous sommes trois bretons. C'est nous qui venons de loin quand même. Bien. Mais surtout, merci à vous toutes et à vous tous d'être là. Vous démontrez par votre présence votre intérêt pour notre vie politique et votre intérêt pour l'engagement citoyen. Je voudrais en quelques mots vous rappeler le sens de notre démarche. Voici sept mois à un mien Emmanuel Macron créé en marche. À la base, des constats simples pourvus qu'on les nomme.

Trop de blocages, trop d'a priori, trop de corporatisme, trop d'appareils ruinent la confiance en l'action publique. Trop de compromis à minima, trop de petits arrangements empêchent de répondre aux défis qui surviennent. Trop d'esprits de boutique tarient le débat d'idées. Trop de communication évitent les débats, les débats de fond et évitent que se posent les questions auxquelles nous devons trouver les réponses qui s'imposent. Mais le choix d'En Marche, justement, a été de demander à ces militants, à ces marcheurs, d'aller à la rencontre des Françaises et des Français. Pas pour leur demander d'approuver un programme, mais pour établir ensemble un diagnostic.

Et aucun mouvement politique, depuis des décennies, n'avait entrepris ce travail qui a débouché sur 100 000 conversations pour capter ce que sont nos réelles préoccupations, nos réelles priorités, et non pas celles qui nous sont imposées par l'actualité ou par les sondages. Je veux remercier d'ailleurs ici les marcheuses et les marcheurs qui ont fait cet extraordinaire travail. Ce soir, nous nous y étions engagés. Nous venons rendre des comptes. Nous venons vous rendre des comptes.

A Strasbourg, nous avons clairement dit que la société politique, c'est-à-dire le monde des partis, devait cesser d'exiger que tout change pour tout le monde, sans jamais exiger que rien ne change pour cette société politique et ses élus nationaux. Bref, notre idée est simple. Nous ne pouvons pas continuer avec une société politique qui a transformé une fonction, la plus noble qui soit, en une profession dont le seul but serait de transformer le CDD démocratique en CDI de notable. Au Mans, deuxième étape du diagnostic, nous avons affirmé combien le sentiment d'insécurité, notamment pour les femmes, était réel.

Combien un sentiment d'inutilité à la société ou d'empêchement d'agir était profond dans la société française. Et trop de talent, trop d'énergie ne parviennent pas à se déployer. C'est pourquoi, à la France qui subit, nous opposons une France qui choisit. Ceci appellera la modification concrète, précise, détaillée d'une série de règles et de principes qui permettront de libérer des initiatives dans les secteurs privés comme dans le secteur public. Ce soir, Coralie et Aziz François vont nous présenter les éléments du diagnostic qui ressortent de la Grande Marche et portent sur les enjeux du vivre ensemble.

À Strasbourg, nous avons voulu pointer la France qui subit, au Mans, la France qui choisit. Et Emmanuel Macron a développé les pistes pour la rénovation de la vie politique et son engagement pour une société du choix. Ce soir, nous voulons évoquer la France qui est unie avec Coralie et Aziz François, auxquelles je dis de venir me rejoindre ici.

9:10
Invité

C'est aussi très très beau. Donc, merci d'être là ce soir. Alors, ce soir, nous allons vous présenter les échanges que nous avons eus avec les Français durant la Grande Marche et qui ont un trait à la vie ensemble. Alors, la vie ensemble, c'est quoi ? La vie ensemble, c'est tout ce qui nous tient. C'est tout ce qui nous lie. Mais c'est aussi, Coralie, tout ce qui peut nous divider. C'est juste Aziz. Et le premier élément important, c'est que les grandes transformations qui sont en cours créent beaucoup de doutes, que ce soit le numérique, la mondialisation ou le réchauffement climatique. Pour le dire plus simplement, avant, le changement signifiait le progrès.

Désormais, tandis que certains continuent d'y lire une chance, d'autres considèrent que c'est un risque qu'il vaut mieux ne pas prendre parce qu'ils voient qu'ils pourraient y perdre. Alors, d'un côté, nous avons entendu, par exemple, dans la bouche de César, 25 ans, que la France subit la mondialisation. Toutefois, d'autres nous ont aussi souligné que cela nous a permis d'exporter. Savez-vous qu'ici, en Occitanie, nous n'avons pas de déficit commercial ? Nous exportons plus qu'on importe, notamment grâce aux avions de Toulouse et grâce aux vins de l'Hérault. C'est vrai, et nous avons aussi entendu parler de numérique. Et là-dessus, beaucoup de choses ont été dites.

Et parfois, elles se posent. Exemple, Gérard de Montpellier, tiens. Pour qui, la révolution numérique peut apporter un complément de salaire ? Alors que pour beaucoup d'autres, les emplois qu'elle détruit ne sont pas compensés par ce qu'elle crée. Ce qui fait débat, c'est vrai. Nous l'avons ressenti durant cette grande marche. Mais à ce débat, quelque part, tout le monde a raison. Tout le monde a raison parce que ceux qui craignent de ne pas trouver leur place, à juste titre, ont raison de craindre car les conséquences sont largement imprévisibles. Cela va toucher tout le monde. Imaginez qu'à horizon 20 ans, 50% des emplois seront totalement automatisables.

Mais le numérique, ce n'est pas que cela. Et heureusement. Il y a aussi des aspects positifs. Imaginez, Coralie, que 50 euros par internaute et par mois sont économisés. Juste le fait de faire des comparations de prix les font baisser. C'est juste, Aziz. Et pour certains d'entre nous, le fait de devoir changer de modèle de consommation est un espoir synonyme de création d'emplois et d'activités. Mais c'est quand même sur l'environnement que nous avons entendu les inquiétudes les plus profondes. Nous avons un témoignage, celui de Frédéric, 48 ans, qui donne un exemple assez fidèle. L'état dans lequel on met la planète me terrifie.

La pollution des océans, les abattoirs, la pollution en Chine, les athlètes des JO qui se baignent dans la merde de la baie de Rio, ça va nous retomber sur la tête. En réalité, ça nous retombe déjà sur la tête. Il y a en France 48 000 décès par an attribués aux particules fines. Alors, on a un peu l'impression que toutes ces grandes transformations coupent notre pays en deux. D'un côté, ceux qui considèrent que c'est une opportunité, et de l'autre, ceux qui considèrent que c'est un risque. C'est pour cela, Aziz, que désormais, nous pouvons dire que le changement nous divise. C'est vrai, c'est vrai.

C'est vrai parce que, face à ces grandes transformations, nous avons le sentiment de ne plus pouvoir compter sur la société pour nous protéger. Nous craignons d'être livrés à nous-mêmes. Prenons le cas de Laurence, 57 ans, de Nantes, et qui nous exprime ceci. Ma plus grande inquiétude, c'est la dépendance physique. C'est de devenir handicapée. La société n'a rien prévu. Et il y a beaucoup de mouroirs. On le voit, c'est la crainte d'être individuellement mal protégé face aux risques, face aux soins optiques, face aux soins dentaires et autres encore. Et cette crainte, elle est largement fondée.

Elle est largement fondée parce qu'aujourd'hui, plus on est pauvre, et plus on est exposé à ces risques. Donc, un seul exemple, une personne sur trois renonce à acheter les lunettes dont elle a besoin, juste par manque de moyens. Et Coralie, la santé, finalement, ça ne devrait pas être un luxe. C'est vrai, Aziz. Et dans le même sens, nous avons aussi beaucoup entendu parler des retraites. Dans la bouche de Philippe, 51 ans, il nous a demandé. Et dans une quinzaine d'années, quand sera-t-il du régime des retraites ? Qu'est-ce qui nous attend ? Il y a donc aussi une crainte collective sur la pérennité même de notre système.

Cela vient du fait que les politiques n'ont pas su répondre à nos inquiétudes. Il y a eu cinq réformes des retraites ces vingt dernières années. Et apparemment, cela ne nous a pas tellement rassurés. Au contraire. Mes amis, le pire, c'est que nous constatons des inquiétudes bien plus profondes. Nous voyons l'effritement de cette volonté même du vivre ensemble. Oui, nous craignons que la fin de tout ce qui nous relie les uns aux autres. Pendant la Grande Marche, on a entendu beaucoup de mots « durs », « assistés », « profiteurs », « pistonnés ». Ce qui illustre le constat que nous sommes de plus en plus « durs » à l'égard de ceux qui ne s'en sortent pas. Nous voyons bien.

Nous regardons souvent au midi à notre porte. Et l'exemple le plus touchant nous vient de Thomas, de Tours. Pour lui, ceux qui demandent le RSA ont peur d'avoir le statut d'assisté. Ce à quoi répond Taha de Paris, et un peu amèrement d'ailleurs, que certains profitent des aides pendant que les autres travaillent. Et pourtant, quelle est la réalité de tout cela ? La réalité, c'est que la fraude sociale, elle est 50 fois moins forte que la faude fiscale. 50 fois. Et on le voit bien. On le voit bien. Il n'y a pas tellement de profiteurs en bas de l'échelle sociale. Ce n'est pas eux qui coûtent cher au pays. Ce n'est pas eux qui coûtent cher à la société. Loin de là. C'est juste.

Et il y a aussi tout ce que nous avons entendu pour les oublier. Les cris d'alarme de ceux que l'on oublie collectivement. Il y a les agriculteurs, les jeunes précaires, les personnes d'outre-mer, les personnes en situation de handicap. Beaucoup de Français se sentent oubliés. Et souvent, c'est à raison. Parce que la pauvreté a explosé chez les jeunes. Savez-vous qu'ici, dans l'Hérault, un jeune sur trois de moins de 30 ans vit en deçà du seuil de pauvreté ? Savez-vous que le suicide est la troisième cause de mortalité chez les agriculteurs alors que c'est la huitième pour les Français pris dans leur ensemble ?

Parce que les jeunes en situation de handicap sont un sur deux à déclarer avoir déjà été victime de discrimination. Et Aziz, la mortalité infantile. La mortalité infantile est beaucoup plus élevée dans les Outre-mer qu'en métropole. Trois fois plus en Guadeloupe. Regardez à l'écran. Oui, oui. Et nous avons bien ressenti cette crainte des tensions communautaires. Cyrielle, 31 ans. Sa plus grande inquiétude, c'est l'antisémitisme. Mariamma, de Haute-Vienne. Pour elle, les Français deviennent de plus en plus fermés et racistes. Pourtant, ces tensions, elles restent minoritaires. En 30 ans, les mariages mixtes ont été multipliés par deux.

Mais même minoritaires, ces tensions ont tendance à être de plus en plus violentes. En 2015, nous avons constaté deux actes et agressions antisémites par jour. Toujours en 2015, trois fois plus d'actes anti-musulmans. Coralie, les attentats sont passés par là. Oui, et dans ce contexte difficile, la plupart des Français nous ont répondu quelque chose qui ressemble à plus près à « Heureusement qu'il y a la famille ». Pour résumer, nous pourrions dire en une seule formule « Nous sommes malheureux en société, mais heureux parmi les nôtres ». Mais cela ne suffit pas. Nous ne voulons pas seulement nous replier sur la sphère privée. Nous aspirons à autre chose.

Nous aspirons à un projet de société, à une société plus en adéquation avec ses valeurs. Et précisément, il y en a trois particulièrement importantes à nos yeux. La première, c'est la laïcité. Clément, 18 ans, en Haute-Loire, nous a dit « Ce qui marche en France, c'est la laïcité qui assure le vivre-ensemble et le partage des cultures, mais aussi la neutralité des institutions. Quant à la plus grande source d'espoir d'Ibrahim, 31 ans, Val-de-Marne, c'est l'application concrète de la laïcité. En revanche, nous n'avons trouvé aucune trace des polémiques sur le voile à l'université, ni de celles sur les menus de substitution. Pourquoi, Aziz ?

Parce qu'en réalité, nous savons très bien distinguer ce qu'est la laïcité de ce qu'elle n'est pas. En France, 70% des petites villes proposent déjà des repas de substitution. Et pour la plupart, c'est le cas de très longue date. Effectivement, la deuxième valeur que nous partageons, et qui résume d'ailleurs si bien le thème de ce soir sur le vivre-ensemble, c'est la solidarité. Et un seul témoignage le résume si bien. C'est Raphaël qui nous vient de Nantes. Il nous dit à la troisième question de la Grande Marche « Qu'est-ce qui marche en France ?

» Sa réponse touchante, c'est « Mon grand-père est parfaitement bien soigné, avec des coûts impressionnants, alors qu'il était juste un simple ouvrier. » On le voit, cette solidarité, c'est l'ambition d'offrir un accès égal aux biens les plus essentiels, la santé. Alors que seulement 50% des dépenses publiques aux États-Unis sont publiques. En France, c'est 80%. Et on en est fiers. On en est fiers. C'est là le cœur même de notre pacte social. C'est le cœur de notre pacte social. Et on en est fiers, Coralie. Merci, Asie, c'est juste. Et au cœur de notre modèle social, sais-tu qu'il y a une troisième valeur que nous partageons très largement ? L'égalité. Eh oui, l'égalité.

Il y a une réponse représentative de toutes les autres à ce sujet. C'est celle de Régis, 65 ans. Voilà ce qu'il nous a confiés. Ma plus grande source d'espoir, une plus grande égalité entre les gens, avec des écarts de salaire diminués. Il y a des chiffres inacceptables, ou trop haut, ou trop bas. Nous avons même un attachement très singulier à cette valeur. Les inégalités nous sont insupportables. Elles nous révoltent. Et c'est sans doute grâce à cela que notre système de redistribution est l'un des plus efficaces de l'OCDE, comme vous pouvez le voir à l'écran. Alors voilà, Asie, voilà les valeurs qui nous unissent. Elles sont fortes, et elles sont partagées.

C'est vrai, elles sont fortes, elles sont partagées, mais surtout, elles doivent nous permettre de construire un avenir ensemble. Ensemble ! Je veux vous l'entendre dire, ensemble ! Merci beaucoup, merci Montpellier !

24:07
Présentateur

Mesdames, Messieurs, merci à Coralie, qui est de l'héros, à Aziz, qui est des Yvelines, qui ont présenté avec enthousiasme, ferveur, cette dernière partie du diagnostic. À ce stade, je voudrais que nous prenions ensemble la mesure de notre situation politique. À l'échelle du temps récent, à l'échelle de l'histoire immédiate, nous sentons tous, confusément, que quelque chose s'enraye. Nous avons un ancien président enregistré à son insu, et nous avons un président en activité qui se laisse enregistrer de son plein gré. Mais nous savons que les bavardages ne peuvent pas tenir lieu de pensée, et les commentaires ne peuvent pas se substituer à l'action.

Nous savons tous que l'avenir de notre pays exige hauteur de vue et un comportement grandi par le suffrage universel. La confiance qu'exprime le suffrage universel impose un effet à celui qui le reçoit de se grandir. Et c'est vrai, comme l'a récemment dit François Fillon, qu'il est difficile d'imaginer le général de Gaulle mis en examen. Mais c'est vrai aussi qu'il nous est difficile d'imaginer François Mitterrand confessé sans contrôle par interview interposée. Et c'est pour nous l'occasion de comprendre que l'histoire et l'actualité n'ont que rarement à voir ensemble.

Au cœur de mutations géopolitiques, technologiques, climatiques, sociétales, c'est une régénération et une renaissance dont nous avons besoin. Et c'est à nos yeux l'inverse du jeu des primaires. À droite, elle mobilise un ancien président et deux anciens premiers ministres, comme si aucun autre talent ne pouvait advenir, comme si la légitimité reposait sur l'ancienneté dans le système et sur l'accumulation des échecs. Quant à la primaire de la gauche, elle ne mobilise guère pour l'instant que des candidats qui ont en commun de déplorer le bilan du sortant et de vouloir réorienter le Parti socialiste.

À nos yeux, En Marche, tout cela ne mène nulle part et ne permet pas de tracer un chemin clair. Alors il nous incombe, et c'est très difficile, d'expliquer partout qu'il faut changer de paradigme, qu'il faut changer de logique, que les clivages ont bougé et que le système tel qu'il est est à bout de souffle. Et on ne peut pas décemment se contenter d'un Front national à 30% de 5 millions de chômeurs en se disant simplement qu'un coup, c'est la gauche, un coup, c'est la droite, et que l'alternance sert ou desserre alternativement les mêmes qui ont tous échoué. Alors je sais bien que pointer les problèmes, il ne suffit pas à les régler.

Et les réponses à ces problèmes passent par des solutions qui sont parfois d'inspiration diverses, parfois très étatistes, quand c'est nécessaire, parfois libérales, quand c'est utile. Mais ce que nous voulons, c'est ce qu'a enseigné le diagnostic, ce sont des solutions, pas des dogmes, pas des promesses. Or, ceux-là même, qui portent des discours simplistes et des solutions toutes faites, savent pourtant bien que les défis et les complexités du monde ne se résument pas aux annonces qu'ils font chaque jour, en rafale, primaire oblige. C'est pourquoi, nous, loin des primaires, nous marchons notre chemin. Mon cher Emmanuel, je le disais tout à l'heure, tu as fondé En Marche, voici sept mois.

Nous sommes aujourd'hui près de 90 000 venus d'horizons et de sensibilités différentes. Plus de 6 000 Français ont envoyé un chèque pour nous aider. Et partout, nous recevons de puissants encouragements à persévérer. Et cela, d'ailleurs, il serait grand temps que les parlementaires progressistes s'en aperçoivent et nous rejoignent s'ils ne veulent pas rater le train de l'histoire. À Lyon, tu as affirmé ce que pouvait être l'Europe, comme réalité et non comme rêve. Ensemble, nous avons décrypté, grâce au diagnostic de la Grande Marche, ce que les Français entendent encore de la politique, car ils n'en désespèrent pas.

Ensemble, depuis quelques mois, nous travaillons à créer une alternative et posons cette ambition de rénover tout à la fois le système politique et la prise en compte du quotidien. Alors oui, il s'agit d'une forme de révolution démocratique dont chacun sent la nécessité, mais dont nous avons, nous tous ensemble, l'audace. Il nous reste, bien sûr, à convaincre. Et soyons francs, plus grand monde ne veut rejouer en 2017 le match électoral de 2012. Chacun sent que la primaire de la droite porte le passé et celle de la gauche, la nostalgie des misillusions perdues.

Mais pour faire revivre un espoir, il t'incombe, mon cher Emmanuel, de donner le cap, de casser les préjugés colportés ici ou là, d'apporter la preuve que ta vision, notre vision de la France et du monde, nos valeurs, le respect pour chacun et la considération pour tous fondent une alternative, une démarche nouvelle. Les Français nous demandent, ils nous l'ont dit pendant toute cette grande marche, les Français nous demandent de faire se lever une espérance. Nous devons donc nous lever, nous devons nous mettre debout, mettons-nous debout, mettons-nous en marche, c'est maintenant, nous sommes prêts.

32:27
Emmanuel Macron

Bonsoir à toutes et tous. Merci à vous d'être venus si nombreux. et j'ai une pensée aussi pour celles et ceux qui n'ont pas pu rentrer, je crois, il y en a encore quelques petites centaines qui attendaient et qui ne s'étaient pas forcément inscrits. Je veux m'excuser auprès d'eux. Je suis très heureux d'être ce soir à Montpellier, très heureux d'être avec vous pour, au fond, clôturer cette première étape. J'étais tout à l'heure avec votre maire, Philippe Sorel, et je le remercie de nous accueillir à La Payade, dans un des quartiers de Montpellier.

Et ce n'est pas un hasard, au fond, si nous venons clôturer cette étape ici, cette phase de diagnostic, ce travail sérieux, parfois austère, mais indispensable. Viendra en novembre, pour En Marche, le temps du plan de transformation et les premières solutions. Parce qu'au fil de nos réunions publiques, et cela a été parfaitement rappelé à l'instant par Richard et puis par nos amis, Aziz et Coralie, nous avons non seulement pu mesurer ce que les Françaises et les Français exprimaient, mais pu tirer aussi les premières conclusions à Strasbourg, sur la vie engagée, au Mans, sur la vie quotidienne. Et nous voilà donc réunis ce soir pour parler de la vie ensemble.

Alors, ce n'est pas un hasard si nous nous retrouvons à Montpellier pour parler de la vie ensemble. Je veux remercier toutes celles et ceux qui sont venus de l'Hérault, du Gard, de l'Occitanie, mais aussi de toutes les autres régions de France. Et Richard l'a fait à l'instant, manifestez-vous, vous avez raison, des régions voisines et moins voisines. La France est là, celle qui a envie de se mettre en marche, celle qui a envie d'avancer. Et plusieurs élus ont fait l'amitié de venir et de nous rejoindre dans votre belle ville de Montpellier. Richard Ferrand les a évoqués. Je veux à nouveau les remercier.

Et je veux avoir un mot plus particulier pour notre ami François Patria, qui, il y a quelques semaines, a eu un très grave accident et fait aujourd'hui sa première sortie avec nous. Bravo à toi. Alors, pourquoi Montpellier, pour parler de cette France qui unit ? Parce que c'est une ville dont le dynamisme est le fruit de son histoire, de cette force qu'il y a ici et qu'on perçoit au bout de quelques pas, d'une volonté aussi, celle de Georges Frèche, dont Philippe Sorel, de ce point de vue, est le digne héritier. Une ville qui compte un très grand nombre d'étudiants ayant fait le pari de l'avenir et qui, au fond, a cette histoire millénaire de villes, de grandes villes universitaires.

Une ville dont le cadre de vie et l'audace architecturale font des envieux et des émules. Une ville dont les résistances, mais aussi la générosité, ont marqué l'histoire. Une ville d'accueil, ouverte dès le Moyen-Âge aux Juifs comme aux musulmans venant de toute la Méditerranée. Une ville ouverte aux Huguenots comme aux Français revenant d'Algérie. Une ville qui a fait le choix de l'ouverture, de la diversité. En somme, une ville française. Non loin d'ici, à 80 km, une autre ville, elle a fait le choix de la fermeture. Son maire ne cesse de désigner des boucs émissaires à la vindicte populaire comme si la haine de l'autre allait la guérir de son malheur ou de ses doutes. Béziers.

Une ville française aussi. Alors, au fond, avec ces deux villes, on pourrait faire un résumé de la France d'aujourd'hui. Certaines villes réussissent dans la mondialisation. Elles sont accueillantes et optimistes. D'autres territoires, faute peut-être d'un dynamisme initial, n'ont pas su prendre ce tournant. Ils se replient sur eux-mêmes, doutent. Ils voient leurs industries peu à peu dépérir. Et parce que, peu à peu, ils perdent l'espoir, des pans entiers de leur population sont tentés d'adhérer aux idées des plus extrêmes. À ceux qui leur disent, au fond, que tout cela, c'est la faute de l'autre, de la mondialisation, de l'Europe, de l'étranger.

Et puis, il y a aussi d'autres territoires, ces territoires ruraux, qui vivent dans le combat du désenclavement, dans ces batailles du quotidien, qui subissent parfois, eux aussi, les conséquences d'une mondialisation qui n'est pas toujours comprise, mais qui regorgent de talents, d'énergie, d'innovation. Et puis, nous le savons bien, il y a aussi cette France des quartiers, souvent construits dans les années 1960, qui se sont paupérisés, ghettoisés. Ils constituent le cadre de vie de ceux qui ne peuvent aller ailleurs, souvent ceux qui sont arrivés, les derniers dans notre pays. Ce sont les territoires du chômage massif, de la délinquance, qui de jour en jour s'aggravent.

Ce sont aussi des territoires qui regorgent de vitalité, de projets, d'une envie de faire, d'innovation, d'une envie de changer les choses. Alors oui, il y a toutes ces Frances si différentes. Notre devoir, ce n'est pas d'opposer ces Frances. Notre volonté, c'est de les réconcilier. Réconcilier, réconcilier, pour retrouver notre cohésion, pour retrouver notre capacité à nous projeter en Europe, dans le monde. Alors, pour y parvenir, l'urgence, c'est d'abord de dénoncer les discours anxiogènes, déclinistes, véhiculés à dessein par une large part de la classe politique. de lutter contre les fantasmes alimentés par ceux qui ne comptent que sur la peur pour être élus.

De combattre aussi les contre-vérités répétées à longueur de débats, celles qui prétendent que notre pays serait au bord du précipice, que notre société serait au bord de la guerre civile, que la France serait au bord de l'effondrement. car dans le même temps, tous ceux qui tiennent ces discours si anxiogènes, ces oiseaux de malheur, que proposent-ils pour lutter contre ce désastre ? Le repli brutal, la haine de l'autre ou les petits changements ? Tous nos responsables politiques dessinent une élection placée sous le signe de la fragilité nationale. Vous l'entendez partout. Et j'ai pour ma part la conviction intime qu'ils se trompent et qu'avec eux, ils trompent les Français.

Parce qu'ils commettent une faute historique. Oui, les temps sont durs. Oui, l'histoire est tragique. Oui, nous avons nous-mêmes fait le constat des difficultés, des blocages. Nous les avons nommés et nous continuerons à le faire pour les regarder en face. Mais non, la France n'est pas menacée de disparition. Parce que depuis des siècles et des siècles, nous nous tenons aux premières places du monde. Parce que nous avons surmonté des épreuves incomparablement plus difficiles. Parce que nous disposons d'atouts inégalés, une démographie dynamique, une capacité d'intégration éprouvée, un patriotisme culturel inégalé, un État solide, des services publics enviés par tous.

La France est forte parce qu'elle est là, forte de son histoire, forte de son présent. parce que nous sommes une puissance économique, une puissance scientifique, une puissance militaire, une puissance culturelle, autant qu'à berceau d'invention et d'innovation. C'est ça, la France ! Alors oui, j'en ai la conviction. La France n'est pas fragile et les Français peuvent être fiers de ce qu'ils sont. Et je suis indigné par les responsables politiques trop nombreux, de tous bords, qui au fond considèrent les Français comme des enfants qui auraient une mentalité d'assiégé, indignés qu'ils entretiennent chez nos compatriotes. Cette médiocre estime de soi ce manque de confiance en leur force.

La France qu'ils dessinent, elle est repliée sur elle-même, rabot gris, celle que j'aime est ouverte. La France qu'ils dépeignent est frileuse, peureuse. Celle que j'appelle de mes voeux est confiante, conquérante. Parce que oui, nous avons des difficultés et nous les connaissons et nous les affronterons ensemble. Mais ces difficultés, ce n'est pas notre fragilité. Ces difficultés, elles ne justifient aucun défaitisme. Au contraire, parce que tous ces défis, nous les relèverons parce que nous savons aussi que ce pays est fort et se tient droit. C'est ça la France. Car au fond, car au fond, qu'est-ce qu'être français ? Qui est français ?

Ces deux frères, par exemple, qui ont habité longtemps à Toulouse, dans le quartier du Mirail. C'est là qu'ils se sont convertis à l'islam le plus radical. Ils ont ensuite quitté la France pour la Syrie. On ne sait pas où ils sont aujourd'hui. C'est par leur voix que Daesh a revendiqué les attentats du 13 novembre 2015. Ce sont eux que nous avons entendu se réjouir d'avoir des centaines de victimes. Ce sont deux frères, deux Français. Ils s'appellent Fabien et Jean-Michel Klein. Et cet autre homme, né à Raqqa, en Syrie, un jour de 1948, qu'il ne connaît pas lui-même. Il est arrivé en France, les poches vides. Il a fait ses études ici, à Montpellier. Il a obtenu un doctorat en informatique.

Il est devenu salarié. Il a créé son entreprise. Il a été nommé entrepreneur mondial de l'année en 2015. Et surtout, j'aurais dû le dire tout de suite, il est devenu président du Montpellier Héro Rugby. Son nom est Moed Altrad et il est aujourd'hui français. Et il y en a beaucoup d'autres comme Moed, qui sont français, nés en France, qui ont formidablement réussi, les Bertins, les Simon, avec qui j'étais tout à l'heure, les Joséphine, les Sophie, tant d'autres. Mais pourquoi deux enfants passés par l'école de la République sont-ils devenus des terroristes, tandis qu'un Syrien débarquait en France sans rien est-il aujourd'hui l'un des plus beaux modèles de réussite de notre pays ?

Ces deux histoires, elles disent beaucoup de ce qu'est la nation, de ce qu'est la France. On peut d'être en France, être français, avoir passé toute son enfance à l'école de la République, avoir bénéficié de notre mode de vie, de notre modèle social et haïr la France. Détester ce qu'elle incarne, détester les personnes qui nous entourent et avec qui l'on a grandi, au point de vouloir les détruire. Faut-il ici rappeler que le tiers de ceux qui partent de notre pays pour faire le djihad ne sont pas nés musulmans.

Dans le même temps, on peut naître à des milliers de kilomètres d'ici et tomber passionnément amoureux du projet français et vouloir tout faire, braver l'océan, la misère, les violences pour intégrer notre société, y réussir et aimer la France à proportion de la taille de ce combat parce qu'il était tellement difficile et rejoindre notre idéal pour le faire vivre. Et faut-il aussi rappeler que près de 20% des engagés volontaires de l'armée de terre sont d'origine étrangère si l'on remonte une génération. Toutes les représentations que nous avons trop souvent, elles sont fausses parce que la France, ce sont ses trajectoires qui sont parfois nos défaites mais aussi nos plus belles réussites.

Et au fond, au fond, ces histoires, ces exemples prouvent clairement une chose, la France, ça n'est pas une identité fixe, fermée, repliée sur un passé, fantasmée. la France n'est pas non plus une idée à laquelle on songe de manière abstraite. La France, c'est une volonté. C'est notre volonté. Et il n'y a que ça qui la tient. Car la France, depuis tant de siècles, nous ne l'avons pas simplement reçue en héritage. à chaque fois, nous l'avons faite. À chaque fois, nous avons résisté. À chaque fois, nous l'avons voulu. À chaque fois, nous l'avons réinventé. C'est ça, la France. Et je vais vous dire le fond de ma pensée.

Être Français, ça n'est pas seulement une question de droit du sol, de droit du sang, de droit d'asile ou de papier d'identité. Pour moi, toutes celles et ceux qui s'engagent pour la France, qui veulent la France au quotidien, tous ceux-là sont Français. Alors, la question que nous devons nous poser ce soir, la seule qui vaille, celle qui décidera si nous voulons réussir ou nous effacer, elle est assez simple. Quel Français voulons-nous être ? Parce que je le redis, la France, c'est une volonté. La volonté d'abord de ne laisser personne au bord du progrès.

Parce que pour que la France reste la France, nous devons repartir à la conquête du progrès, de notre histoire et d'un progrès qui profite à tous. C'est la nouvelle prospérité que nous devons construire. Parce que sans progrès, où chacune et chacun trouvera sa place, on ne peut pas prétendre à la cohésion sociale, on ne peut pas prétendre à justement répondre à ses doutes, on ne peut pas prétendre à une vraie cohésion. Parce qu'aujourd'hui, nos sociétés sont profondément menacées par des inégalités. Les inégalités économiques et sociales, mais aussi des inégalités de destin.

Puisque de plus en plus, nos origines sociales, ethniques et géographiques déterminent notre réussite à l'école ou dans le monde du travail. C'est cela la France bloquée. C'est cela la France injuste. C'est cela la France qui devient insupportable pour tant de nos concitoyens, qu'ils habitent dans les territoires ruraux les plus enclavés ou dans les quartiers qui, eux aussi, bâtissent de cet enclavement social, parfois ethnique, parce qu'il faut appeler un chat, un chat. Je vous l'ai dit la semaine dernière, je crois profondément à une société du choix, c'est-à-dire une société libérée des blocages de tous ordres, d'une organisation datée où nous serions plus aptes à choisir nos vies.

Mais cette société ne se tient pas naturellement. Son risque, ce serait la dislocation. Elle doit être portée, portée par une volonté politique forte, parce que vouloir le progrès, c'est vouloir une nation entreprenante et exigeante qui assure une place à chacun, parce que c'est cela l'histoire de notre pays. Ce que je crois, en effet, c'est que si nous voulons régler le problème des inégalités, l'un de nos principaux défis, il nous faut d'abord produire dans un monde qui a profondément changé. C'est pour cela que je défends le changement de notre modèle productif qui doit s'adapter à une économie de l'innovation.

En la matière, l'État a un rôle important à jouer parce que la France s'est toujours construite ainsi. Mais pas un État colbertiste, interventionniste, à l'excès. Un État contemporain qui définit des règles stables, lisibles, claires pour tous afin de pouvoir entreprendre, prendre des risques, oser, s'organiser. Un État qui encourage, qui accompagne celui qui ose, entreprend, innove, plus qu'un État qui contrôle et sanctionne quand on échoue. Un État qui permet à celles et ceux qui sont le plus loin, sur le plan géographique ou sur le plan social, de pouvoir prendre des risques, de pouvoir entreprendre, de pouvoir trouver leur place dans notre société.

Un État qui empêche que ne se constituent des rentes injustifiées. Un État qui garantit avec l'Union européenne notre souveraineté économique véritable en intervenant lorsque la concurrence est déloyale, en permettant justement aux entreprises, aux travailleurs d'être protégés quand ils sont les victimes d'une concurrence déloyale qui vient de l'autre bout du monde, qu'elle soit en matière d'acier, en matière de pneumatique ou dans tant d'autres sujets, de protéger les secteurs stratégiques lorsqu'ils sont parfois menacés. Un État qui défend le long terme dont notre pays a besoin. Parce que bien souvent, les acteurs économiques, les marchés ont une obsession, celle de l'immédiateté.

Elle a ses justifications, mais elle exerce trop souvent sa tyrannie. Et l'État doit savoir, là aussi, accompagner les transformations du long terme, accompagner les transformations profondes dont nos sociétés ont besoin. Et aujourd'hui, nous devons, là aussi, savoir revoir en profondeur notre façon de produire, comme je l'évoquais, et en particulier au moment où la transition énergétique est un défi majeur. Regardons la réalité en face. Si la population mondiale vivait comme nous vivons aujourd'hui, il nous faudrait trois planètes pour satisfaire nos besoins en ressources naturelles.

Si certains persistent à la nier, si certains continuent d'agir pour servir leurs intérêts de court terme, pour parfois dire le contraire de ce qu'ils ont dit il y a encore quelques années, alors je vous le dis, nous courons à notre perte. Nous courons à notre perte parce que nous ne serons pas à la hauteur du défi moral qui est le nôtre. Pour nos enfants comme pour nous-mêmes, nous courons à notre perte parce que nous ne serons pas à la hauteur des engagements qui sont les nôtres en Europe et sur la scène internationale, mais nous courons à notre perte parce que tout simplement, nous n'aurons pas accompagné, créé ce changement indispensable qui de toute façon est inexorable et est là.

Et donc l'État a un rôle central à jouer en la matière pour envoyer les bons messages aux acteurs, pour investir et favoriser l'innovation, pour soutenir nos entreprises petites et grandes qui nous entraîneront vers une économie bas carbone, pour renforcer la fiscalité environnementale et inciter les acteurs économiques à changer de comportement. Voilà comment nous renouerons avec le progrès, avec cette société du choix, avec plus de liberté, mais en même temps des règles claires, assumées, de long terme pour toutes et tous. Toutefois, la France que nous voulons, ce n'est pas simplement une société qui consacre les plus forts.

C'est une société qui leur permet de réussir et d'être plus forts encore demain et d'en entraîner d'autres. Mais c'est aussi un pays, une nation qui accompagne ceux qui tentent et parfois échouent, qui permet de prendre des risques sans risquer de tout perdre et qui ne protège pas seulement ceux qui sont déjà protégés. Voilà pourquoi je crois qu'il faut refonder la sécurité sociale pour créer les nouvelles sécurités individuelles dont notre pays a aujourd'hui besoin. Là aussi, regardons les choses en face, pas par catastrophisme ou par volonté de se complaire dans ce constat.

Nous avons 10% de chômeurs, des carrières de moins en moins linéaires, des jeunes qui ont de plus en plus de difficultés à entrer dans le monde du travail, des Françaises et des Français peu qualifiés qui sont cantonnés dans une périphérie avec peu de droits, peu d'accès à une vie normale. Une révolution qui va percuter tous ces métiers, bouleverser le travail, en particulier à cause du numérique. Notre système, conçu avec solidité et pertinence au sortir de la Seconde Guerre mondiale, n'est plus adapté à notre monde. Ce ne sont pas des rafistolages dont nous avons besoin. Ce n'est pas une énième discussion pour changer tel ou tel paramètre.

Ce n'est pas un énième débat que nous avons depuis trop de décennies pour nous apercevoir que ce système qui est organisé de manière au fond statutaire, qui est financé uniquement sur le travail, ne permet plus de répondre à une société du mouvement qui souffre du chômage de masse depuis plus de trois décennies. Regardons-le en face ! Et au fond, le bon débat n'est pas entre celles et ceux qui voudraient repasser la retraite à 65 ans ou la laisser à 62, avoir tant de trimestres ou tant d'autres.

Nous savons que ce système est fatigué, qu'il ne répond plus aux attentes contemporaines, qu'il ne permet pas de répondre aux défis du chômage de masse puisque ça fait 30 ans que nous, au fond, le réformons par petites touches. Nous savons qu'il ne répond pas à nos défis démographiques. La seule question qui doit nous être posée, c'est comment serons-nous efficaces pour ne laisser personne au bord de la route, pour être sûrs que chacune et chacun trouve sa place, mais dans une société et une économie profondément différentes de celles d'hier. Notre défi, c'est de refonder sur l'individu, sur son parcours de vie, ses sécurités.

Ce n'est plus le travailleur en fonction de son statut, de sa catégorie qui doit être protégé, mais chacun d'entre nous. Et vous le savez très bien dans cette salle, vous savez d'ailleurs les inefficacités de ce système et vous en savez les injustices. Selon que vous travaillez dans une PME sous-traitante, un grand groupe, la fonction publique, que vous êtes en intérim ou que vous avez accès au CDI, vous les savez, cette injustice, on les mesure dans le quotidien et elles sont devenues insupportables. Que l'on soit en emploi ou au chômage, que l'on soit salarié ou indépendant, on devrait tous avoir droit au même droit. C'est cela le cœur de la démarche.

On devrait tous pouvoir bénéficier de la même protection sociale qui nous permet de faire face au grand risque de la vie, à commencer par celui du chômage. Ce que je crois, c'est que l'État, plus que les partenaires sociaux, devrait en être le garant. car c'est bien l'État dépositaire ultime de l'intérêt général qui doit s'assurer que personne n'est laissé de côté. Nous devons retrouver ce sel de l'intérêt général, la saveur et l'intensité de ce mot. Aujourd'hui, il n'est plus logique que face à un risque aussi largement répandu que le chômage, notre système repose sur un mécanisme d'assurance totalement indépendant de la sécurité sociale.

Car si le problème est aussi largement répandu, c'est bien d'un système de solidarité dont nous avons besoin, un système auquel chacun doit contribuer et chacun doit pouvoir user. Voilà pourquoi je pense que les pouvoirs publics devraient reprendre à leur charge, la stratégie et les décisions relatives à l'UNEDIC. Parce qu'ils ne peuvent pas simplement être les commentateurs permanents de compromis qui ne viennent pas. Parce qu'ils ne peuvent pas simplement rester les garants silencieux d'une montagne de dettes de plus de 30 milliards d'euros. Parce qu'ils ne peuvent pas être uniquement les spectateurs du compromis de la dernière chance qui cherchent à rafistoler un système en péril.

Nous devons, sur ce sujet, prendre nos responsabilités pleines et entières. Voilà aussi pourquoi je pense que les pouvoirs publics doivent remettre de l'ordre dans le système de formation professionnelle, en simplifier l'accès pour tous, clarifier les rôles, porter une stratégie nationale claire et permettre et permettre à toutes et tous d'avoir accès à ce système et en particulier ceux qui en ont le plus besoin, c'est-à-dire les travailleurs les moins qualifiés. Parce que aujourd'hui, ce sont ceux-là les victimes de l'instabilité permanente, ce sont ceux-là les victimes de la complexité d'un système dont ils ne connaissent au fond pas le point d'entrée.

Là aussi, nous devons prendre nos responsabilités, être claires. Logiquement, cela implique que notre système de protection sociale soit moins financé par des cotisations sociales assises sur le travail et plus par l'impôt. Il faut que le financement de notre protection sociale refondée porte davantage sur la consommation, la pollution ou d'autres revenus que ceux du seul travail. le faire de manière claire et enfin assumer parce que les inégalités du financement actuel qui en sont les victimes.

Toutes celles et ceux qui ne vivent que de leur travail, qui n'ont pas accès à la croissance mondiale, qui ne peuvent pas bénéficier de parts de marché à conquérir à l'international et qui n'ont pas de placement, qui ne vivent pas d'autres revenus que de ceux du quotidien. Ce sont les classes moyennes françaises, ce sont les salariés, ce sont les artisans, ce sont les commerçants. C'est cette France-là qui, aujourd'hui, perd de ce mécanisme de financement.

C'est cette France-là qu'il faut aider, c'est cette France-là qu'il faut reconnaître dans son travail, c'est cette France qui veut vivre au fond de son travail et qu'il faut pleinement reconnaître et parce qu'un tel financement, c'est celui qui permet aussi de faire face à la concurrence parfois déloyale, c'est celui qui permet aussi de pleinement réussir dans la compétition mondiale, c'est celui qui permet de retrouver la voie de cette nouvelle prospérité. Alors oui, ces sécurités individuelles, nous les devons aussi aux plus faibles et aux plus pauvres parce que nous devons là aussi voir la réalité en face.

Nombre de chômeurs de longue durée sont exclus du marché du travail depuis longtemps, parfois des décennies et nous ne pourrons pas tous les réinsérer en quelques années, leur redonner une place. Pour autant, ils ne sauraient être laissés sur le bord de la route. Nous leur devons solidarité et considération. Et j'insiste sur ces deux mots parce qu'au fond, on a trop souvent pensé dans notre société que donner de l'argent, c'était suffisant comme preuve de solidarité, que donner de l'argent à celles de ceux qui ne s'en sortent plus, qui sont les plus fragiles, c'était au fond pour soldes de tous comptes. Non.

La solidarité, c'est évidemment de permettre de subvenir à leurs besoins de manière plus claire, plus simple qu'aujourd'hui.

Mais la considération, c'est de leur donner un rôle, de les reconnaître pleinement dans leur handicap quand ils en ont un, dans leurs impossibilités quand ils en ont, de les protéger parce que c'est notre devoir à tous, mais aussi de leur permettre de retrouver un rôle dans la société lorsque cela est possible avec des activités d'intérêt général utiles pour la collectivité qui leur permettront aussi progressivement de retrouver une place dans celle-ci, de retrouver une dignité et de s'apercevoir que cette place, c'est ce qui fait aussi la vie ensemble, c'est ce qui nous tient ensemble et que l'argent n'est pas tout.

Voilà quel doit être le rôle de l'État à mes yeux, non pas présent partout, mais fort, implacable, là où il est indispensable, c'est-à-dire assumant ses choix, les portant, les expliquant, les donnant à voir sur le long terme. Cette nation bienveillante et exigeante, elle impose l'implication de tous dans le cadre d'un nouveau partage démocratique. Les syndicats ont un rôle fondamental à jouer dans les branches, dans l'entreprise, pour construire les bons compromis, pour trouver les équilibres au plus près des réalités du terrain, au plus près des réalités économiques partout dans notre pays. Et sur ce point, l'État doit savoir aussi parfois se faire plus discret.

Les entrepreneurs ont un rôle à jouer afin d'articuler avec les performances opérationnelles la responsabilité sociale et environnementale. Parce que l'entreprise, ce n'est pas qu'un regroupement de capital, c'est une collectivité humaine qui partage un projet, qui le partage dans la durée et qui le porte. Enfin, les collectivités territoriales ont un rôle fondamental à jouer aussi dans cette nation bienveillante et exigeante en déployant des politiques publiques concrètes, en phase avec les besoins, en les adaptant là aussi aux réalités géographiques du terrain, en portant les formations nécessaires, en portant les politiques de développement, les équilibres et les aménagements.

La France, c'est une volonté. Cette volonté du progrès donc retrouvé, du progrès qui donne une place à chacun. La France, c'est aussi la volonté de ne pas laisser la religion nous diviser et de rester une terre de liberté. Face à tous ceux qui tiennent boutique de nos angoisses collectives, il faut rappeler quelques principes simples. le premier essentiel. Daesh, ça n'est pas l'islam. Daesh, c'est un projet totalitaire d'extermination qui frappe notre pays en raison de son rôle, de son histoire, de ce que nous sommes et qui suppose une réponse militaire implacable. Et cette réponse est aujourd'hui en cours.

Et pour y répondre, nos forces armées, courageusement, sont pleinement impliquées chaque jour, chaque nuit sur le terrain au péril de leur vie. Daesh suppose aussi, comme je le disais la semaine dernière, à repenser en profondeur l'organisation de nos forces de l'ordre et de notre renseignement. Mais Daesh, ça n'est pas une religion. Le second principe simple, c'est que la religion en France, ça n'est jamais un problème en soi, quelque religion que ce soit. parce que dans notre pays, précisément, chacun est libre et doit être libre partout, de croire ou de ne pas croire. Chacun est libre de pratiquer ou pas une religion avec le niveau d'intensité qu'il désire en son fort intérieur.

Parce que la laïcité, nous ne le répéterons jamais assez, c'est une liberté avant d'être un interdit. la laïcité, la laïcité, c'est un texte de tolérance. Elle est faite pour permettre à chacun de s'intégrer dans la vie en commun. Pas pour mener une bataille contre telle ou telle religion en particulier, pas pour exclure, pas pour montrer du doigt. Comment peut-on demander à nos concitoyens de croire en la République si certains se servent de l'un de nos principes fondateurs, la laïcité, pour leur dire qu'ils n'y ont pas leur place ? Comment voulez-vous faire ? Je veux ici le redire avec force ce soir à Montpellier, en France, aucune religion n'est un problème.

Ce qui est un problème en revanche, et je le dis avec la même force, avec la même conviction, ce sont certains comportements placés sous le signe du religieux quand ils sont imposés à la personne qui les pratique. Aucune obligation, aucune pression, aucune coercition n'est acceptable, car si la liberté de conscience est totale, l'intransigeance quant au respect des lois de la République, elle, est absolue. Et c'est précisément parce que nous saurons tenir cette exigence sur nos principes pour ne jamais laisser confondre.

Et cette exigence sur l'application de la laïcité telle qu'elle est, celle de 1905, pas celle qui exclut, c'est précisément parce que nous aurons collectivement cette rigueur, cet attachement que nous pourrons avancer et tenir ensemble. En France, il y a des choses qui ne sont pas négociables. On ne négocie pas les principes élémentaires élémentaires de la civilité. On ne négocie pas l'égalité entre les hommes et les femmes. On ne négocie pas la liberté. Mais aujourd'hui, le problème, ça n'est pas la laïcité. C'est pour cela que vous ne m'avez jamais entendu prendre part à certains débats qui voulaient, au fond, mettre la laïcité à tous les plats, quels que soient les sujets. Non !

Le cœur du débat qui est posé à notre société, il faut le regarder en face. C'est l'islam. C'est la question que nous devons aborder avec exigence, ensemble, de manière dépassionnée, dans un débat complexe et rigoureux. C'est ça. On n'a pas besoin de tout confondre. La question, la question, elle est au fond très simple, vous savez. et ça n'est pas innocent de le dire sur ces terres. Nous avons un choix, il nous a plusieurs fois été posé dans notre histoire.

C'est le choix de savoir si nous voulons combattre une religion, si nous voulons l'exclure, si nous voulons dire que le problème, c'est l'islam et le désigner comme ennemi, ou si nous voulons plutôt construire sa place dans la nation française en la reconnaissant pleinement, en l'assumant en l'aidant pleinement à s'intégrer. Ce choix, il nous a été posé à de multiples reprises et nous nous sommes parfois trompés. Nous avons parfois choisi le pire. Nous avons parfois décidé de nous diviser. Ces terres s'en souviennent, Huguenot, les terres des Cévennes, vos villes et vos villages, elles s'en souviennent de ces guerres.

Parce qu'à un moment donné, nos rois, un roi, a décidé de ne pas poursuivre l'entreprise d'Henri IV et au fond de ne pas donner cette place à celles et ceux qui étaient différents dans leur foi, les protestants. Le choix fait de les exclure, de les pourchasser, de dire que c'était le problème, nous l'avons fait. la France a été mise à feu et à sang. Elle a connu la famine. Elle a connu le pire. Elle a failli se morceler à tout jamais à cause de ce choix, à cause de cette décision, à cause, au fond, de cette volonté trop simple d'exclure, de désigner un coupable et de l'anéantir. Alors, la question qui nous est posée, alors la question qui nous est posée aujourd'hui, elle est simple.

Est-ce que notre République, est suffisamment forte, est suffisamment adulte, est suffisamment responsable, nourrie de son histoire, pour décider d'intégrer pleinement l'islam en France, de lui donner sa place, de lui reconnaître sa place, de connaître et de reconnaître tous les problèmes aussi qui sont posés et de le faire de manière adulte, pacifique, responsable ? Où voulons-nous céder à celles et ceux qui nous promettent le pire ?

Notre choix, notre choix, nous, je veux vous le dire, il est simple, c'est de tirer les leçons de l'histoire, c'est de ne pas tomber dans le jeu de la division interne, de ne pas d'ailleurs tomber dans le jeu que Daesh nous tend, parce qu'ils n'attendent que cela, cette guerre civile. j'ai entendu l'appel des 41 personnalités françaises de confession musulmane publié au cœur de l'été. J'ai rencontré et échangé avec beaucoup d'entre elles.

Je pense comme elle que la solution est d'abord de revoir l'organisation de l'islam en France pour permettre aux musulmans d'être représentés, pour leur permettre de s'engager, pour leur garantir de pouvoir financer plus facilement et de manière indépendante les lieux de culte, pour soutenir des prédicateurs respectueux des règles de la République. Parce que si l'État est neutre, ce qui est le cœur même de la laïcité, nous avons le devoir de permettre à chacun d'exercer dignement sa religion. si nous voulons vraiment organiser l'islam en France, laissons les Français musulmans prendre leurs responsabilités en toute transparence.

Aïdons-les en sortant aussi de nos réflexes historiques, de nos défiances. Aïdons-les en coupant les ponts à des organisations parfois occultes, à des modes de financement inacceptables, à des comportements tout autant inacceptables. Ne cédons rien sur le terrain. Parfois, cela a été fait par facilité. Si nous voulons aider les Français de confession musulmane à prendre leurs responsabilités, à organiser l'islam en France, aidons-les à gagner ce combat d'un islam éclairé, car ce combat, c'est aussi le nôtre.

et ce combat que nous devons mener ensemble, c'est un combat contre l'islam radical, un islam qui veut interférer dans certains quartiers sur la chose publique et qui se pense comme prévalant sur la République et ses lois. Comment faire ? D'abord, de manière très simple, non pas en proposant de nouveaux textes, de nouvelles lois, elles sont là, nous les avons, mais en les appliquant, en démantelant les associations qui prêchent la haine de la République, la haine de nos valeurs, la haine de ce que nous sommes et de ce qui nous tient. parce que ces associations mènent partout, auprès des jeunes, une bataille culturelle.

N'ayons pas peur, nous aussi, de conduire une lutte implacable contre elles. Et je le dis là avec autant de force que tout à l'heure. Je suis pour cette bienveillance exigeante que j'évoquais. Je suis pour la laïcité de 1905. Mais dans le même temps, nous avons sur le terrain des combattants de cette laïcité, des combattants des droits des femmes, des combattants des règles de la République. Et si nous ne sommes pas implacables sur le terrain contre celles et ceux qui ne respectent pas la République, alors nous abandonnons ces combattants. Et ça, c'est tout autant inacceptable. J'ai vu, hier, encore, la fondatrice de la brigade des maires.

Ces femmes font un travail formidable sur le terrain pour défendre nos principes, nos valeurs, ces valeurs que vous avez applaudies tout à l'heure. Et ne pas être implacable partout où l'islam radical prévaut. C'est les abandonner. C'est au fond les laisser se démener avec un autre totalitarisme. C'est les laisser défendre seules la République qui est la nôtre. Alors oui, partout sur le terrain, nous devons, sur ce point, être implacables dans les faits, agir et nous engager. Ensuite, il faut soutenir massivement ces quartiers. Parce que ces quartiers, pourquoi en sont-ils parfois arrivés là ? C'est parce que nous les avons délaissés.

Parce que la République les a abandonnés, soit pendant longtemps par une politique de peuplement, comme on l'a évoqué, en concentrant les nouveaux arrivants, leurs enfants, en concentrant les difficultés sociales et économiques. Mais même ensuite, lorsque nous avons voulu répondre à ces défis, nous avons eu une politique au fond de quartier. Nous avons rénové l'urbanisme. C'est une nécessité absolue. Et un travail remarquable a été fait dans beaucoup d'endroits. Mais nous avons simplement travaillé sur des territoires, en assignant à résidence ces mêmes Françaises et Français.

Alors disons, on va vous refaire le quartier, on va vous donner des droits, des aides, mais vous n'aurez pas les accès. Pour vous, l'accès à l'école du centre-ville ne sera pas permis. Pour vous, l'accès, bien souvent, par les transports en commun au centre-ville, à la culture, ça ne sera pas permis. Pour vous, l'accès à un stage à l'université, ce sera très difficile. Pour vous, l'accès à un emploi là, il ne faut pas en demander trop. C'est ça ce qui s'est passé aussi. Et donc, oui, dans ces quartiers, nous avons laissé les artisans d'un islam radical faire leur oeuvre, faire leur miel de la frustration de nos jeunes, de la frustration des Français.

Voilà pourquoi, en même temps que nous démantelons les associations, en même temps que nous devons être fermes et durs, nous devons réinvestir nos quartiers pour redonner à leurs habitants des opportunités, pour leur redonner de la mobilité, pour soutenir le travail des maires, des conseillers municipaux dans les territoires relégués qu'ils prennent leurs risques, qu'ils ne transigent en rien pour défendre les principes de la nation, pour remettre de la culture, des services publics, de la sécurité, pour nous appuyer sur un formidable réseau d'associations qui existe aussi dans ces quartiers.

Et nous l'avons encore vu tout à l'heure à La Payade où des associations formidables font au quotidien un travail pour, au fond, retisser les liens, redonner des perspectives, permettre des petits espoirs du quotidien, mais qui sont cette résistance de chaque jour, cette résistance dont nous avons besoin. Et donc, oui, nous devons mener une véritable intégration économique, sociale, culturelle, parce que c'est là aussi que se joue ce combat de manière indissociable.

Et la République doit savoir recréer ses mobilités, doit savoir recréer ses accès, doit savoir recréer cette reconnaissance, parce que pour beaucoup de ces jeunes, c'est aussi la reconnaissance, quelle que soit leur religion, quelle que soit leur origine, de leur place dans le récit national, de leur héros, de ce qu'ils ont été à notre histoire, de ce qu'ils ont fait pour la France. Et je vous le dis ce soir, notre mission, elle sera difficile, elle prendra du temps, elle sera exigeante avec toutes et tous. Ce sera de faire que les Français de confession musulmane soient toujours plus fiers d'être français que fiers d'être musulmans.

parce que la France, c'est cette volonté et c'est cette volonté de transmettre notre culture et nos valeurs. Albert Camus, quel plus beau passeur entre les cultures et entre les rives de notre Méditerranée. Albert Camus, lorsqu'il a reçu le prix Nobel en 1957, le prix Nobel de littérature, avait pris la peine et cette lettre est connue, elle a été plusieurs fois rappelée, d'adresser quelques lignes à son instituteur. On vient de me faire un bien trop grand honneur que je n'ai ni recherché ni sollicité, écrivait-il. Mais quand j'ai appris la nouvelle, ma première pensée après ma mère a été pour vous.

Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j'étais, sans votre enseignement et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivé. Ce qu'on sait moins, c'est qu'Albert Camus a reçu la réponse de son instituteur qui, à son tour, lui écrit « Je crois, durant toute ma carrière, avoir respecté ce qu'il y a de plus sacré dans l'enfant, le droit de chercher sa vérité. » Voilà au fond résumé mieux que je ne saurais le faire l'importance, la puissance de la transmission. Parce qu'on n'est rien, on ne devient personne tant que l'on n'a pas accepté de recevoir, tant que l'on n'a pas accepté d'apprendre ce que d'autres eux-mêmes ont appris avant nous.

On ne construit pas la France, on ne se projette pas en elle si on ne s'inscrit pas dans cette lignée de la France éternelle. Avec ses racines, ses héros, sa culture, son imaginaire, avec les Clovis, les Henri IV, les Napoléons, les Dantons, les Gambetta, les De Gaulle et les Jeanne d'Arc, avec les soldats de l'an 2 et les tirailleurs sénégalais, avec toutes celles et ceux qui ont marqué l'histoire de notre pays. là aussi, en sachant la réconcilier. Parce qu'au fond, quand on regarde cette histoire, notre histoire, on le voit bien. La France, c'est un bloc. On ne peut pas vouloir être français et vouloir faire table rase du passé.

On ne peut pas vouloir être français et choisir simplement une partie de cette histoire. parce que notre histoire, notre culture, tout ce que les générations précédentes ont à nous transmettre, c'est notre socle commun. C'est ce qui nous tient ensemble. C'est le début de notre avenir.

Et c'est pour cela que, oui, les héros de la République, qui sont toujours les héros contemporains, ce sont bien ces passeurs, ces passeurs de savoir, l'instituteur, l'enseignant, le professeur, l'apprenneur, le maître d'apprentissage, le chef d'entreprise qui parfois, lui aussi, enseigne un geste, celui qui dirige une association, toutes celles et ceux qui décident, comme le sont aussi les élus, de donner du temps à quelqu'un d'autre pour passer cet héritage, pour passer cette culture, pour passer ce que nous sommes. Et donc...

Et l'on voit bien au fond dans cet échange entre Camus et son professeur ce qu'il y a d'absurde à séparer l'école de la culture, à considérer l'école comme un moyen et la culture comme une fin, à ne pas voir que les deux sont également nécessaires pour vivre libre et que les deux sont également nécessaires à tout le monde. Nous vivons dans un système qui prétend que de l'éducation de tous est assuré et qui se satisfait en même temps de laisser la culture pour quelques-uns. Je veux ici vous le dire, face au défi du temps, l'éducation et la culture sont nos armes.

C'est avec la bataille des Jean Zé, des André Malraux que nous devons renouer, celle des Jean Villard, la bataille de ceux qui, au fond, reconnaissent que vibrer à la vue du cirque de Gavarnie ou à la lecture d'une page de Stendhal, c'est communier avec l'âme de notre pays. et que cette communion, ça n'est pas un luxe réservé à quelques-uns, ça n'est pas un accès qui ne serait pas permis à tous, non. Au fond, cette communion, elle n'a rien d'élitiste.

Cette communion, elle est tout aussi forte pour chacune et chacun d'entre nous et notre devoir, c'est bien de permettre à chacune et chacun d'entre nous de lire ses pages, de voir ses paysages, d'être ému à ses spectacles, c'est cela notre devoir. Et l'intensité de cette culture commune, ce qui nous réunit, est tout aussi fort lorsque nous vibrons à l'unisson de l'équipe de France de football ou de l'équipe de France de rugby, devrais-je dire aussi. Parce que la transmission, la transmission de notre culture pour chacune et chacun dans chaque endroit du pays, elle n'est jamais innocente. Parce que c'est à chaque fois une fenêtre ouverte.

Vous savez, je repense souvent à ce fabuleux passage de la symphonie pastorale d'André Gide. Vous savez, c'est l'histoire de cette jeune fille aveugle au fond qu'un pasteur va transformer, à qui il va faire découvrir tant de choses. Le moment du récit le plus émouvant, celui qui donne son titre au livre. C'est ce moment unique où il emmène cette jeune fille aveugle au concert. Cette jeune fille modeste qui n'avait jamais eu accès à la culture découvre la symphonie pastorale de Beethoven et elle en décrit les couleurs. Elle met des mots sur la symphonie pastorale que le pasteur lui-même n'avait jamais eus. Elle dit des mots que les autres ne connaissaient pas. Elle dit son émotion.

Mais au fond, elle communie avec toutes et tous ce qu'est notre expérience commune. Elle communie avec un des plus beaux trésors de notre culture commune. Elle vibre à la même chose que vous et moi. Elle détruit toutes les différences qu'il y avait à ce moment-là entre elle et les autres parce qu'elle est forte de cette émotion partagée et parce que cet homme lui avait tendu cette main, lui avait permis cette expérience. C'est ça la culture. La culture, c'est notre arme. C'est notre arme contre la division. C'est notre arme contre la radicalisation. C'est notre arme contre la résignation.

Et la France, enfin, c'est une volonté et une volonté d'être au monde, d'être universelle parce que c'est cela la France. La France, elle ne sait jamais penser sans penser aux autres. C'est ce qui, parfois, je dois bien le dire, nous rend insupportables aux yeux d'autrui. Mais c'est ce qui fait en même temps que nos voisins, lorsque la France ne s'exprime pas sur tel ou tel sujet, se disent, mais que fait la France ? Où est sa voix ? Parce que nous nous sommes construits de telle sorte que notre rêve, notre rêve français, a toujours été en même temps un rêve d'universel. Nous avons toujours pensé le monde.

Il n'y a pas beaucoup d'autres pays, vous savez, qui vibrent pour la survie de Benghazi, qui s'indignent du martyr d'Alep ou des crimes commis à Tombouctou. Mais en France, on le fait. Et cette manière d'être au monde a longtemps nourri le sentiment que notre pays avait une vocation, celle d'éclairer la marche du monde, celle de porter un message universel et humaniste, celle de conseiller à tous les autres de devenir comme nous, de se rapprocher de nous, de notre modèle, de nos valeurs.

C'est ce qui fait notre particularité, c'est ce qui fait aussi qu'aujourd'hui, alors que cette mondialisation nous ressemble moins, parfois ne porte pas nos valeurs, peut conduire certains au doute ou à vouloir, au fond, refermer les portes. Cette aspiration à l'universel qui fait la France, c'est aussi ce qui justifie que nous ne voulions pas être de cette France du repli. Je comprends les craintes, je comprends les incompréhensions, j'entends les colères, aussi, contre les dérives du monde. Mais je veux ici vous dire que la France n'est pas la France quand elle oublie sa vocation universelle. Jamais.

Et celle-ci impose avant tout que la France fasse sa part sur notre premier devoir universel, celui des réfugiés. C'est notre devoir. À quoi pourrions-nous prétendre alors que notre pays aujourd'hui se divise dans la peur de l'autre et que certains nous poussent à ne pas jouer notre premier devoir moral ? Vous pensez une seule seconde que la voix de la France sera entendue en Europe ou dans le monde quand nous donnons ce spectacle collectif ? Accueillir les réfugiés. C'est notre responsabilité historique. Nous sommes sur les bords de la Méditerranée. Que voulons-nous en faire ? Voulons-nous que cette mer, notre mer, le berceau de nos civilisations donne ce spectacle ?

Pensons-nous que cette Méditerranée qui a toujours été le lieu des brassages de nos constructions, de notre capacité à accueillir ? Et cette ville en est la preuve. Voulons-nous en faire d'un seul coup un lieu d'exclusion ? C'est cela notre responsabilité morale. C'est cela aussi les valeurs que porte la Méditerranée. Nous sommes sur les bords de la Méditerranée. Et de tous ces bords, dans cette salle, des femmes et des hommes sont venus d'Espagne, d'Algérie, du Maroc, de Tunisie, d'Italie, de Sicile. On les a toujours accueillis lorsqu'ils étaient réfugiés. C'est notre devoir. Accueillir des réfugiés, c'est notre responsabilité.

C'est pourquoi nous devons nous organiser pour réformer les conditions d'examen des très nombreuses demandes d'asile. Les délais d'examen des demandes doivent être considérablement abrégés pour que les personnes qui ont droit à la protection de la France puissent être accueillies, formées, prises en charge rapidement parce qu'elles y ont droit. Mais en même temps, au terme de cette procédure plus courte, plus efficace, toutes les personnes qui n'ont pas vocation à rester en France parce qu'elles n'ont pas le droit d'asile doivent être reconduites à la frontière.

Et je veux ici le dire sans faux semblants, l'humanité dans le traitement des réfugiés ce n'est pas laisser croire que nous accueillerons tout le monde. L'humanité ce n'est pas accorder des titres au compte-gouttes et laisser tous les autres demandeurs sur le territoire dans une situation de non-droit. L'humanité c'est assumer notre rôle, examiner rapidement les demandes et en tirer les conséquences pour les principaux intéressés. C'est cela notre responsabilité. Notre vocation universelle exige aussi que la France soit européenne parce que le rêve d'Europe c'est un rêve français. C'est pour cela que nous ne devons plus subir une Europe qui ne nous ressemble plus au fond.

N'oublions jamais ce qu'est la construction européenne, ce que nous en avons fait, nous, une construction politique inédite, quelque chose qui n'a jamais existé sur notre continent. C'est la première fois depuis 70 ans que notre Europe ne connaît pas de guerre parce que nous avons construit ce rêve d'Europe équilibrée, sans hégémonie, respectueux des uns et des autres. Alors certes, cette Europe n'est pas parfaite, je l'ai déjà dit. Elle doit savoir renouer avec deux valeurs cardinales au cœur de sa promesse, la souveraineté et la démocratie.

La démocratie parce que nous nous rebâtirons cette Europe qu'en consultant nos peuples, en leur demandant quels projets ils sont prêts à faire avancer et en avançant aussi de manière plus résolue, sans doute à quelques-uns. Mais la souveraineté parce que face aux transformations du monde, pour l'environnement, pour le numérique, pour les grandes migrations, l'Europe, c'est le vrai lieu de notre souveraineté. C'est là où nous pouvons aussi être puissants. Et parce que si la France veut continuer de se projeter dans le monde, elle doit avancer en Europe, rebâtir le projet européen avec détermination et là aussi ne rien céder à celles et ceux qui doutent.

Notre vocation universel, enfin, c'est de continuer de porter un message en dénonçant l'imposture de ceux qui prétendent protéger la France contre les changements, en renouant, au contraire, avec une économie forte, car c'est cela qui donnera de la force à notre voie. D'abord, nos réformes, notre capacité à nous tenir debout, à montrer que la France s'est avancée dans ce monde qui se transforme pour ensuite défendre nos choix collectifs, notre mode de vie, l'avenir de nos enfants et porter notre message. Parce que oui, la France, c'est aussi une série de messages dans le cours du monde. Ce sont des valeurs que d'autres ne portent pas.

C'est un message pour plus de justice, pour plus de long terme, dont nos démocraties ont besoin. C'est un message pour la culture et pour la transmission. C'est un message pour une alimentation de qualité et c'est un message pour la planète. Notre pays ne s'est jamais pensé en dehors de la planète. Et ce n'est pas un hasard si la COP 21 s'est déroulée à Paris, qu'elle a été un succès que si peu anticipé. Et on le doit notamment au président de la République, à Laurent Fabius et à Ségolène Royal. Mais nous devons continuer d'alerter, de dire que le changement climatique n'est pas une menace pour demain, que c'est une menace dès à présent.

Nous devons participer à convaincre encore le reste du monde que le nouveau capitalisme mondialisé n'est plus viable, qu'il ronge notre planète et que le statu quo nous mènera à notre perte. Nous devons utiliser la force de notre diplomatie, l'étendue de son réseau, la singularité de la voix que nous portons à travers le monde pour devenir le fer de lance du combat pour la transition énergétique et écologique, de la bataille pour l'environnement. Pas parce que ce serait un combat pour empêcher ou pour préserver, non, précisément parce que c'est un combat contre des excès mortifères, un combat pour notre avenir commun.

C'est cela, ce combat que nous devons mener et cette responsabilité, c'est une responsabilité française parce qu'elle s'inscrit dans la droite ligne de notre histoire dans le monde, dans la droite ligne de ce que la France a toujours représenté, c'est-à-dire un pays qui parle bien plus que pour lui-même, bien plus que pour l'Europe, bien plus que pour la défense de ses simples intérêts nationaux, non, notre pays c'est un pays qui a la prétention de parler au nom de l'humanité.

Voilà, mesdames et messieurs, mes chers amis, nous avons beaucoup de défis à relever, mais nous pouvons les relever, j'en suis sûr, parce que être français, c'est une volonté et parce que nous n'avons rien à craindre, parce que la France, ce n'est pas un château de cartes, elle nous tient ensemble depuis tant et tant de siècles et continue de nous tenir avec force, c'est cela notre pays. Et cette volonté, c'est ce qui fait qu'on peut être français avant de le devenir. Romain Katchev était français bien avant de devenir Romain Garry, dès les premiers jours où il arrivait avec sa mère de Russie, où il a commencé à écrire qu'il a décidé de s'engager dans l'armée française.

Ce n'est qu'ensuite qu'il a été naturalisé français. L'Asana Batili, qui a sauvé l'an passé une partie des clients de l'hyper-cachère, était français bien avant de recevoir la nationalité française. et Georges Charpak, qui s'est réfugié ici, à Montpellier, en 1942, était entré dans la résistance, avait obtenu la croix de guerre avant de devenir français. Voilà ce que c'est que d'être français. c'est une fidélité. La fidélité à la promesse d'émancipation que notre pays porte en étendard. Parce que la France, c'est une espérance. L'espérance du progrès. Une espérance que rien ne peut décourager.

Parce que la France, c'est un mouvement, un mouvement d'espoir, un mouvement que rien ne peut arrêter. parce que la France, la France, c'est une espérance. Parce que la France, c'est un projet. Et c'est le projet que je veux porter. Merci à vous. Merci à vous.