Stéphane Travert, député apparenté au groupe EPR de la Manche | La politique et moi
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Il a longtemps milité à l'aile gauche du PS avant de rejoindre Emmanuel Macron. Mon invité a été un marcheur de la première heure, ancien ministre. Il est aujourd'hui apparenté au groupe Ensemble pour la République à l'Assemblée.
Générique Bonjour, Stéphane Travert. -Bonjour. -Vous faites donc partie de ceux qui ont cru dès le début en Emmanuel Macron et vous n'étiez pas très nombreux au Parti socialiste.
Votre première rencontre remonte à septembre 2014. C'était un des tout premiers déplacements du nouveau ministre de l'Economie, à l'époque, et il s'est rendu dans votre circonscription. Qu'est-ce que vous vous êtes dit en le voyant ce jour-là ? -C'est vrai que c'était son premier déplacement de ministre, alors il n'était pas tout à fait dans ma circonscription, c'était à côté, une autre circonscription dans le Sud-Manche, à Mortain, il est venu visiter la plus grande scop de France, Acome, où on fabrique de la fibre, et, moi, ce qui m'a marqué, c'est son approche des gens, le temps qu'il avait passé à discuter avec les salariés de la scop et puis son passage par le conseil municipal.
C'est une usine qui a vu défiler énormément de ministres, de personnalités et c'est le seul qui, avant de venir visiter l'entreprise, s'est arrêté pour saluer les maires et les élus locaux. -Ca a cassé des préjugés que vous pouviez avoir sur lui ou pas forcément ? -Non, mais c'était une prise de contact, une connaissance.
Et j'avoue que ce jour-là, j'ai eu le sentiment d'avoir affaire à quelqu'un qui était d'une rare intelligence, capable de fulgurance, qui avait une vision, et puis très abordable et très sympathique pour l'échange. Et quand il est reparti, nous nous sommes dit que nous nous reverrions parce que nous avions des sujets en commun. -Justement, tout est allé très vite, ensuite, pour vous.
Deux mois plus tard, vous vous êtes retrouvé rapporteur de la fameuse loi Macron en charge du volet de travail du dimanche, alors que vous faisiez partie de ce qu'on appelle "l'aile gauche" du PS, "les frondeurs", comme on les a appelés. Quel était votre état d'esprit quand vous avez accepté ce poste ? C'était pour surveiller le ministre qui avait un peu une vision libérale, on va dire, de l'économie ?
Ou est-ce que vous étiez déjà là pour servir l'homme, tombé sous son charme intellectuellement ? -Il n'y avait pas de surveillance, c'était porter des convictions qui étaient les miennes, notamment sur le travail du dimanche. Comment mieux protéger les salariés ?
Et c'est ce que nous avons fait dans la loi. Parce que... on a beaucoup glosé sur le travail du dimanche en disant qu'on voulait libéraliser et permettre à tout le monde de travailler le dimanche.
Ce n'était pas ça. C'était comment on protège mieux les salariés quand ils travaillent dans les zones touristiques internationales, quand ils travaillent tard, la réversibilité du volontariat pour travailler tard le soir ou le dimanche, la réversibilité du volontariat sur les gardes d'enfants, permettre à des salariés qui travaillent dans les magasins de bouche le dimanche matin de gagner un peu plus de salaire. -Quand même, votre mentor c'était Henri Emmanuelli, vous souteniez Benoît Hamon, vous estimiez que la politique de M.
Hollande n'était clairement pas assez à gauche. Comment celle d'Emmanuel Macron, qui était encore plus centriste, a pu vous séduire ? -Moi, je considère...
Je suis un homme de gauche sur les progrès, sur les solidarités, sur la justice sociale. Moi, je n'ai pas changé. Mais la gauche, elle, elle a beaucoup changé.
Elle a beaucoup évolué. Nous étions arrivés sur une période, à la fin du quinquennat de François Hollande, où, eh bien... la gauche se fourvoyait, quelque part, dans des combats qui étaient plus des combats personnels que des combats de fond.
Et là aussi, moi, j'ai souhaité marquer cette rupture et faire vivre ce que je pensais être des mesures de gauche et des convictions, de les faire vivre différemment et de les faire vivre avec quelqu'un qui portait aussi une ambition pour la France. -Vous n'avez pas attendu Emmanuel Macron pour vous engager en politique. Vous avez pris votre carte au PS à 18 ou 19 ans, je crois. -Dix-huit ans. -Qu'est-ce qui a déclenché cet engagement ? -Vous savez, un univers familial, des parents... militants, engagés syndicalement et, comme on dit chez nous, les chiens ne font pas des chats.
Et donc, c'est cette envie aussi, dès le plus jeune âge, dès mes années de lycée, de pouvoir m'engager dans la vie associative et puis dans la vie militante pour faire partager des convictions et faire vivre ces convictions autour du progrès, de la solidarité, de la justice sociale, d'une éducation, de la réussite éducative, de la réussite et de l'émancipation des individus. -A peine élu à l'Elysée, Emmanuel Macron vous a confié le ministère de l'Agriculture. Et là, les écologistes vous ont rapidement reproché d'être le porte-parole de la FNSEA sur la question du glyphosate et des néonicotinoïdes, cet insecticide tueur d'abeilles.
Yannick Jadot vous a même surnommé "ministre des lobbies". Est-ce qu'un ministre de l'Agriculture a le pouvoir de s'opposer au principal syndicat agricole, en l'occurrence la FNSEA ? -Un ministre n'est pas là pour s'opposer avec les organisations syndicales, il est là pour travailler avec elles dans leur pluralité et dans leur diversité.
La FNSEA est le syndicat majoritaire à l'époque, et il l'est toujours, d'ailleurs, aujourd'hui, et donc il y a un travail en commun à mener. Mais comme je l'ai mené dans les discussions avec la Confédération paysanne, avec la Coordination rurale, avec le MODEF, également, dont on ne parle pas suffisamment. Et derrière c'est une feuille de route, des politiques publiques à mener.
Emmanuel Macron, il m'a nommé pour porter les états généraux de l'alimentation, pour faire en sorte qu'on améliore le revenu des agriculteurs, pour préparer la maquette financière de la future PAC, pour mettre en place les plans de filière. -Vous avez travaillé sur tous ces dossiers, mais, en parallèle, vous avez ferraillé avec le ministre de l'Ecologie de l'époque, Nicolas Hulot. Vous avez été plusieurs fois désavoué publiquement par Edouard Philippe, par Emmanuel Macron, qui ont plutôt donné raison à Nicolas Hulot.
Et la presse y a vu des couacs de votre part. Rétrospectivement, vous avez commis des maladresses ? -Non, j'ai défendu des prérogatives, j'ai défendu...
Le ministre de l'Agriculture est là pour défendre une vision de la ruralité, défendre des agriculteurs qui, parfois, peinent à dégager du revenu. J'ai défendu la ligne politique qui était la mienne. -Alors, votre bras de fer avec Nicolas Hulot, il s'est conclu le 28 août 2018. dans le studio de France Inter, où le ministre de l'Ecologie était invité ce matin-là.
On va revoir un extrait de son interview. -Je ne veux pas donner l'illusion que ma présence au gouvernement signifie qu'on est à la hauteur sur ces enjeux-là. Et donc je prends la décision de quitter le gouvernement.
Ce n'est pas l'énergie qui me manque, c'est un travail collégial, c'est un travail collectif. Et puis, petit à petit, je n'ai pas réussi, par exemple, à créer une complicité de vision avec le ministre de l'Agriculture, alors que nous avons une opportunité absolument exceptionnelle de transformer le modèle agricole. -Alors, Nicolas Hulot, pour être tout à fait honnête, a cité bien d'autres raisons pour justifier sa démission, mais il vous a pointé du doigt.
Vous êtes un peu devenu le tombeur de Nicolas Hulot. Vos relations étaient mauvaises à ce point-là, avec lui ? -Pas mauvaises, mais disons que...
Je pense que le ministre de la Transition écologique, sociale et solidaire voulait des victoires rapides, des victoires politiques rapides. Mais quand vous êtes ministre de l'Environnement, comme à l'agriculture, vous êtes sur le temps long. Parce que vous devez conduire les transitions en agriculture, comme sur l'environnement.
Et c'est vrai qu'il a pu considérer que parfois, ces victoires politiques, il ne les obtenait pas suffisamment. Et puis parce que, moi, je dirais, avec la feuille de route qui était la mienne, je devais tenir un certain nombre d'engagements qui étaient ceux du président de la République et permettre aussi de réussir la transition pour les agriculteurs et de laisser du temps pour cette transition. C'était absolument essentiel.
Je pense qu'il aurait souhaité que ça aille plus vite, mais...
Après, il a pris cette décision. Moi, j'ai toujours travaillé pour le collectif. Vous ne m'avez jamais entendu dire des choses désagréables sur mes collègues au gouvernement, même si je pouvais avoir des désaccords, parce que j'avais le sens du collectif.
Ce jour-là, il ne l'a pas eu. -Alors, votre passage au ministère de l'Agriculture n'a pas duré éternellement. Vous êtes redevenu député.
Et à ce moment-là, vous avez mené un travail de l'ombre pour Emmanuel Macron en essayant de tisser un réseau d'élus locaux. C'était un enjeu stratégique à l'époque pour ce tout nouveau parti dans la perspective des municipales. Mais vous avez un peu disparu des radars médiatiques.
Vous êtes plus pour un travail de l'ombre ? -Moi, je ne cherche pas forcément à passer à la télévision, vous savez, l'essentiel est ailleurs. L'Essentiel, pour moi, est dans la Manche, c'est mon territoire d'élection, c'est là où je vis, là où j'ai ma famille, mes amis.
C'est là où est ma vie. Ensuite, le président de la République m'a demandé de travailler à la constitution d'un réseau d'élus, une fédération d'élus que nous avons constituée. Et c'est un travail qui se fait pas forcément dans l'ombre mais qui se fait de manière discrète et je l'ai fait à ma manière en parcourant tout le territoire, en allant visiter les départements, en allant rencontrer les élus pour essayer de les agréger à la fois autour de moi, pour tout simplement être des capteurs dont avait besoin le président de la République pour nous renvoyer un certain nombre d'éléments de ce qui était leur vie quotidienne et essayer avec eux de trouver des solutions. -Vous avez été un éphémère président de la commission des affaires économiques jusqu'à la dissolution, ça a duré quelques mois.
Cette présidence vous a échappé à deux voix près cet automne. Vous avez été un peu victime de la guerre des chefs entre Gabriel Attal et Laurent Wauquiez. Vous avez dit un jour, à propos de l'Assemblée nationale : "Si vous ne l'aimez pas, elle vous le rend." Vous l'aimez ? -Je l'aime. -Elle ne vous le rend pas très bien. -J'aime cette maison, bien évidemment, et elle me le rend bien à travers la relation que je peux avoir avec bon nombre de mes collègues, des gens qui travaillent ici.
Là, on est sur une péripétie politique, effectivement, avec des accords qui valaient en juillet, qui ne valaient plus, visiblement, au mois de septembre. C'est ainsi, mais nous ne sommes pas rancuniers, mais on a de la mémoire. -Il rit Depuis 2016, vous avez toujours servi.
Emmanuel Macron, on l'a vu comme ministre, comme homme de réseau, une fidélité qui est à toute épreuve jusqu'à fin 2023. Là, vous avez voté contre la loi immigration. Aujourd'hui, votre famille politique cohabite désormais avec la droite dans un même gouvernement.
Est-ce que vous vous retrouvez dans cette trajectoire politique du macronisme ? -Vous avez dit au début de l'entretien, que j'étais apparenté groupe EPR. C'est un signe aussi.
Et... il est nécessaire pour moi, sur un certain nombre de choses, de pouvoir se démarquer, de faire valoir une forme de liberté.
Non, je n'ai pas voulu... -Vous vous êtes un peu éloigné ? -Je ne suis pas éloigné d'Emmanuel Macron parce que je considère que je soutiens ce président de la République.
Je l'ai soutenu dès le début. Je sais pourquoi je suis là et je suis là encore pour lui et je continuerai à le soutenir jusqu'à la fin de son mandat. Maintenant, il y a la politique gouvernementale et je fais une différence entre ce que porte Emmanuel Macron, la manière dont il travaille, ce qu'il peut porter pour le pays et ce que ce gouvernement veut faire et va faire.
Et donc, j'exprime une forme de liberté, comme je l'ai fait. J'ai toujours été libre dans mes choix, comme je l'ai fait au moment de la loi asile et immigration, qui n'était pas, pour moi, une loi de la majorité de l'époque, mais une loi qui venait plutôt du Sénat et pour laquelle j'étais en désaccord complet. -On va conclure l'émission avec notre quiz Vous allez compléter les phrases que je vais vous proposer. "Dans la Manche, contrairement à Paris..." -On y vit au bon air. -C'est sûr que c'est moins pollué là-bas. "Quand je monte sur les planches..." Vous faites du théâtre régulièrement ? -Oui.
Quand je monte sur les planches, c'est une forme de... prolongement de ce que je suis. -Enfin, "Collectionner des Dinky Toys me permet de..." Les Dinky Toys, c'est... -C'est aller chercher la part de nostalgie qu'on a tous en nous. -Ca remonte à votre enfance ? -Oui, clairement. -Des voitures, plus ? -Oui, des petits modèles, comme ça.
Oui, oui. C'est très sympa. -Donc, vous avez gardé une part d'enfance en vous. -C'est ça. -Merci, d'être venu dans "La politique et moi." -Merci.
Générique
Stéphane Travert