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interviewC dans l'air (sur YouTube)· 22 novembre 2025 10 min

Plan de paix américain : l'Ukraine piégée ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

ZzzQuil Sommeil ... - A.Casse: Bonsoir.

V.Zelensky dit non au plan de paix américano-russe alors que D.Trump lui donne jusqu'au 27 novembre pour se décider.

Des négociations vont avoir lieu dès demain en Suisse entre les Ukrainiens, les Américains et les Européens. G.Fenwick, bonsoir.

Vous êtes spécialiste des questions internationales. Votre livre, "Volodymyr Zelensky, l'Ukraine dans le sang", est publié aux éditions du Rocher. On va d'abord écouter les mots très graves du président ukrainien. - V.Zelensky: En ce moment, nous vivons l'un des moments les plus difficiles de notre histoire.

La pression sur l'Ukraine est l'une des plus dures. Le pays pourrait être confronté à un choix des plus difficiles: soit le risque de perdre un partenaire clé, soit un hiver extrêmement rigoureux, avec d'autres risques... - A.Casse: Les mots sont forts, les images aussi.

Qu'est-ce qui vous marque le plus? - G.Fenwick: Le fait qu'il mentionne la dignité et la liberté.

Il fait cette réponse dans un moment déterminant pour l'Ukraine, le jour de la liberté et de la dignité. Quelque part, vous avez une boucle qui est bouclée. Il est devant le bâtiment présidentiel.

C'est aussi ce qu'il avait fait après la tentative d'invasion à grande échelle. Il était descendu dans la rue. Quand il dit qu'il est là, il montre que l'Etat, que l'institution est là.

Il faut lire ce discours, cette allocution dans son ensemble. Les mots sont très forts. Il appelle à l'unité dans un moment où il se sent abîmé par un scandale de corruption qui impacte l'image que les Ukrainiens ont de lui, la confiance qu'ils sont prêts à lui accorder. - A.Casse: Ce n'est pas un hasard si ce plan de paix est proposé maintenant, alors qu'il est englué dans un scandale de corruption? - G.Fenwick: Absolument.

V.Zelensky n'a jamais été dans un moment aussi difficile. C'est le terme qu'il emploie dans ce discours.

Ce scandale touche notamment la protection des infrastructures énergétiques, qui devait être gérée par un personnage qui est un copain, pardonnez-moi l'expression, de V.Zelensky. Ils ont monté ensemble la boîte de production qui porte le nom du quartier dans lequel ils ont grandi.

C'est un odieux personnage, qui est d'ailleurs parti de l'Ukraine pour échapper à l'arrestation. Voilà pour l'affaire de corruption qui touche l'infrastructure énergétique, à un moment où on demande aux Ukrainiens de subir des coupures d'électricité, parce que l'infrastructure est durement touchée par les Russes. De plus, la situation militaire est difficile. - A.Casse: A Zaporijia, notamment. - G.Fenwick: Oui.

Les Russes poussent fort. Les soldats ukrainiens ont dû sortir de Pokrovsk. La situation militaire, le président englué dans un scandale de corruption...

Diplomatiquement, Zelensky est sur une ligne de crête. A gauche, il y a la dignité de son pays, à droite, les liens avec un allié essentiel: les Etats-Unis de D.Trump. - A.Casse: D.Trump a donné un compte à rebours à Zelensky pour qu'il se décide sur le plan de paix américano-russe, en 28 points.

Certains insistent sur quelques passages, notamment l'article 3. On retrouve cette expression anglaise, "it is expected". Certaines parties du plan ont été directement dictées par V.Poutine? - G.Fenwick: On dirait que c'est écrit de la main d'un proche de V.Poutine, qui a manifestement dialogué avec S.Witkoff, un proche de D.Trump.

Quand on lit ce plan, on se dit que ce n'est pas un chemin honorable en direction d'une cessation des hostilités, mais une exigence de capitulation qui serait imposée à l'Ukraine, tant la plupart des points paraissent aberrants. Vous avez mentionné cet impératif calendaire. Jeudi prochain, c'est un jour important pour D.Trump, parce que c'est Thanksgiving.

Pourquoi est-ce important pour la géopolitique? - A.Casse: Parce que c'est un moment où on se réunit en famille? - G.Fenwick: C'est une célébration de l'entente entre les pèlerins et les Amérindiens, un moment de partage très important.

D.Trump va prendre l'avion pour aller à Mar-a-Lago. Il n'a pas envie de travailler.

Il veut que cette affaire soit close d'ici là. Mais attention, on sent qu'il y a tout de même une marge de négociation. - D.Trump: A un moment donné, il va devoir accepter quelque chose.

Dans le bureau Ovale, il n'y a pas si longtemps, j'ai dit: "Tu n'as pas les cartes en main." Je pense qu'il aurait dû accepter un accord il y a un ou deux ans. - A.Casse: Il est à côté du nouveau maire de New York, qui prendra ses fonctions en janvier.

Dans les mots de D.Trump, qu'entendez-vous? Une forme de chantage? - G.Fenwick: Oui.

Dans cette démarche, il est prorusse parce qu'il est pressé, pas parce qu'il est idéologiquement acquis au monde russe, à la cause de la nouvelle Russie promue par V.Poutine. Il veut que cette histoire soit derrière lui.

Il comprend que le chemin le plus court pour classer ce dossier, c'est de forcer les Ukrainiens à capituler, leur imposer une mauvaise paix, histoire de cocher cette case. - A.Casse: En coulisses, qu'est-ce qui se joue?

Que sait-on de l'accord et comment a-t-il été négocié? Demain, il y a une réunion qui doit se tenir à Genève. D'abord, les Ukrainiens et les Américains vont se rencontrer, mais on dit finalement qu'il y aura aussi les Européens. - G.Fenwick: Oui.

La paix en Ukraine ne peut pas se faire sans les Ukrainiens. L'Ukraine, c'est en Europe. Ca ne doit pas se faire sans les Européens non plus.

Il est donc important que les conseillers, les "sherpas", comme on les surnomme, soient effectivement là quand tout ce beau monde, notamment les Ukrainiens, emmenés par une délégation constituée par Zelensky, qui a signé un décret permettant à ces gens-là de discuter de l'avenir de l'Ukraine, au nom de l'Ukraine...

Ce qui va se jouer, c'est le "damage control". Vous avez ouvert l'émission en disant que le président Zelensky avait dit "non". En réalité, il est plus malin que ça.

C'est plutôt un "oui, mais". Il faut donc reprendre ce plan point par point. Les clauses sont dangereusement vagues.

Il faut y injecter de la substance. - A.Casse: A chaque fois, ça nous semble impossible, mais c'est toujours V.Poutine qui a le dernier mot. - G.Fenwick: Pas forcément.

Comme le fait remarquer un diplomate européen de manière anonyme, nous sommes déjà, nous, les Européens, passés par cette phase douloureuse. On a le sentiment que les Américains ne sont pas loin de vendre la peau des Ukrainiens aux Russes dans leur dos. Quelque part, on a acquis une certaine expérience en matière de rattrapage et de renégociation. - A.Casse: Imaginons que le 27 novembre soit vraiment le jour de vérité.

Si Zelensky dit "non", que va-t-il se passer? - G.Fenwick: Militairement, diplomatiquement et économiquement, nous ne sommes pas capables de les remplacer.

Ca va donc être un réveil très douloureux qui va sonner pour la 250e fois et qui doit provoquer un réveil général, nécessitant des choix politiques douloureux pour tout le continent. Il faudra bien s'y conformer afin de répondre présent à ce moment où l'histoire avec un grand H toque à notre porte. - A.Casse: C'est quoi, ce choix douloureux? - G.Fenwick: Des choix économiques afin de réindustrialiser, d'apporter des éléments concrets, pour faire en sorte que l'Ukraine possède une armée solide, correctement équipée, et aussi faire comprendre aux Russes qu'ils n'ont pas intérêt à venir chatouiller