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Podcast / conversationFrance Culture — Affaires étrangères (sur Site radio)· 21 juillet 2026 59 minPortrait personnelImmigration & asileInstitutions & électionsSolidarités & familleEurope & international

[DÉCOUVERTE] Toussaint Louverture : l’esclave qui a dit non | 3/5 · La révolte des oubliés de 1789

Source d'origine 5 locuteurs

Audio original de l'émission.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 25 %Attaque 1 %Défensif 3 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 43:47InvitéFait
    « l'assemblée nationale reconnaît et déclare que les hommes de couleur et nègres libres doivent jouir ainsi que les colons blancs de l'égalité des droits politiques »
  • 44:14Locuteur 6Fait
    « nous déclarons au nom de l'assemblée nationale et du roi que nous ne connaîtrons désormais que deux classes d'hommes dans la colonie de Saint-Domingue : les citoyens sans aucune distinction de couleur et les esclaves »
  • 53:18InvitéFait
    « je suis tous en ouverture c'est moi qui ai commencé cette lutte »
  • 53:36InvitéFait
    « aux gens de couleur méfiez-vous des français ils vont vous trahir suivez-moi plutôt c'est moi qui ai le porte-parole pour la liberté générale »

Temps de parole

  • Présentateur70 %
  • Invité9 %
  • Invité 28 %
  • Invité 33 %
  • Invité 43 %
  • Locuteur 72 %
  • Invité 52 %

0,2 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Présentateur

France Culture Je suis Toussaint L'Ouverture. Mon nom s'est peut-être fait connaître jusqu'à vous. J'ai entrepris la vengeance de ma race. Je veux que la liberté et l'égalité règnent à Saint-Domingue. Je travaille à les faire exister pour le bonheur de tous. Il a dit « Je suis Toussaint L'Ouverture. Je viens venger la race. Joignez-vous à moi pour lutter pour la liberté et l'égalité. » J'ai Toussaint L'Ouverture. C'est le moment où il se présente à un certain moment face aux autres. Déjà, Toussaint L'Ouverture est sur une ligne politique claire concernant l'abolition. Grande traversée Toussaint L'Ouverture de Saint-Domingue à Haïti. L'esclave qui a dit non. Troisième épisode.

La révolte des oubliés de 1789. Stéphane Bonnefoy dit « Fille Marianne ».

1:15
Invité

Article 1er. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune. Article 2. Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression.

1:44
Présentateur

Une des conclusions logiques qu'on peut prendre en écoutant le discours des droits de l'homme, c'est que c'est incompatible avec l'esclavage. Laurent Dubois, historien. Si on est esclave à Saint-Domingue et on entend parler de ça et on lit ça et on entend ces mots, on peut très vite se dire « Bon, mais ça veut dire qu'on ne peut pas être esclave. » Bien sûr, il y a beaucoup en France qui n'arrivent pas à cette conclusion, mais je pense qu'à Saint-Domingue, il y en a beaucoup qui arrivent très vite à cette conclusion.

2:12
Invité

Nous vous écrivons la présente au milieu des flammes, des assassinats et de toutes les horreurs dont nous sommes entourés depuis le 23 août dernier.

2:19
Présentateur

Jean-Pierre Poincignon, négociant à Saint-Domingue, le 10 septembre 1791.

2:26
Invité

Ce jour, divers assassinats furent commis dans la plaine. Et le lendemain, les esclaves ont levé l'étendard de la révolte. Ils ont massacré tous les blancs qui sont tombés entre leurs beaux et mis le feu à toutes les sucreries des quartiers de Limonade, de la Petite-Anse, du quartier Morin, de la Plaine du Nord et du Limbaix. On compte environ 230 sucreries incendiées. Les quartiers de la Grande-Rivière, de la Soufrière, de la Cule et du Port Margaux sont également la proie des flammes. Tous les jours, nous apprenons de nouveaux malheurs. Bâtiments, moulins, plantations, ils incendient tout.

3:15
Présentateur

Oui, ils ne s'attendaient pas à un tel déferlement, à une telle détermination, une telle violence, qui ne faisait que répondre à celles que nous recevions depuis trop longtemps, ici et ailleurs.

3:42
Invité

Nous sommes jour et nuit sous les armes depuis le 23 août, pour préserver la ville du Cap. Nous avons envoyé des forces dans les campagnes, mais le nombre de révoltés est si grand, et le nôtre si petit, que nous ne pouvons les presser vigoureusement. Nous estimons qu'il y a 200 blancs de tués sur 2000 nègres, mais cela ne nous donne aucun avantage. Et en continuant sur cette proportion, les rebelles resteraient vainqueurs. Quand ils entendent parler leur maître de liberté, ces idées leur montent à la tête. Et maintenant, ils n'ont plus l'esprit de soumission. Caroline Fick, historienne.

C'est une prise de conscience, une prise de conscience qui va aboutir à l'insurrection, deux, trois ans plus tard, mais les conditions doivent être propices à cette insurrection, à cette révolte. Une révolte doit être organisée. Une révolte qui n'a pas les chances de réussir va être reportée. Mais durant toutes ces années 89, 90, 91, toute la colonie est en turbulence. La structure administrative de l'ancien régime est effondrée. Les idéaux de la Révolution française arrivent par bribes à Saint-Domingue, souvent déformées, évidemment. Dominique Rogers, historienne.

La déclaration du droit de l'homme et du citoyen, qui affirme dans son article premier que nous sommes tous libres et égaux, les hommes naissent libres et égaux en droit, elle va interpeller aussi bien les esclaves que les libres de couleur. Les planteurs ont eu à cœur, dans les premières années de la déclaration, c'est le 26 août, 1759, c'est vraiment les tout débuts de la Révolution, d'essayer de limiter l'accès à ces informations avec cette idée que, potentiellement, ça donne des idées.

5:54
Présentateur

Et le système de l'information, du lien d'information avec la métropole, est totalement verrouillé par les autorités coloniales. Bernard Guineau, historien. C'est-à-dire que la déclaration des droits de l'homme, par exemple, elle était envoyée aux colonies, mais elle était bloquée. Tout de suite. Parce que l'Assemblée coloniale n'en voulait pas. Elle ne voulait pas, évidemment, que les informations puissent être mal interprétées. Il faut être très précis quand on parle des affrontements à Saint-Domingue. Marcel Dorigny, historien, 3 février 1994.

Il y a d'une part les colons, il y a les blancs, qui revendiquent, non pas l'indépendance, mais une autonomie, une autonomie interne qui leur permettrait de faire chez eux les lois qui leur conviennent. Voilà, ça c'est un élément du débat. L'autre élément, bien entendu, c'est la question, la revendication des hommes de couleur libre, des mulâtres et des affranchis, qui ont un statut intermédiaire, qui ne sont pas esclaves, mais qui n'ont pas la plénitude des droits, ni civils, ni politiques, et qui revendiquent l'égalité avec les blancs.

Ces hommes de couleur libre, qui à Saint-Domingue représentent une population presque aussi importante que celle des blancs, on approche de l'équilibre démographique, ce qui inquiète beaucoup les blancs. Les hommes de couleur libre sont, pour une partie d'entre eux, bien entendu, propriétaires. Propriétaires de terre, propriétaires d'esclaves. Donc ils sont dans une situation, à tout point de vue, intermédiaire. Leur statut de propriétaire d'esclaves en fait des maîtres. Mais leur statut d'homme de couleur libre les place à un rang d'infériorité juridique et politique vis-à-vis des blancs. Donc il y a ce clivage potentiel qui va exploser en 90-91 entre blancs et hommes de couleur libre.

Et puis il y a la question de l'esclavage. A Saint-Domingue, la situation est au bord de l'explosion de la rupture. A 500 000 esclaves, c'est énorme. Chaque plantation presque est un foyer potentiel d'insurrection. Insurrection qui éclate de façon sporadique, mais qui deviendra insurrection générale à partir de la fameuse nuit du bois Caïman, donc de la fin août 1791. Pour Saint-Domingue, la révolution, c'est 1791.

Ce qui se passe pendant deux ans, entre 89 et 91, c'est que des personnes comme Julia Raymond, Vincent Auger, qui sont des planteurs très riches, qui sont de descendance européenne et africaine, on pourrait dire, c'est-à-dire qu'ils ont des ancêtres esclaves, ils font partie de cette communauté de libres et de couleurs, eux, ils veulent avoir les mêmes droits que les Blancs à Saint-Domingue. Il y a tout un régime, en fait, raciste, enfin un régime de loi raciste, qui leur exclut d'une certaine manière, notamment des droits politiques. Et au début de la révolution française, c'est ça le problème qui se pose, en fait.

C'est-à-dire, est-ce que ces personnes-là vont avoir l'accès aux nouveaux droits politiques qui émergent à travers la révolution française ? Et en fait, le début du combat, c'est le combat de l'égalité raciale, qui n'est pas un combat anti-esclavagiste. Alors, ça peut être un peu compliqué, mais c'est ça, en fait. C'est-à-dire qu'eux, ils ont envie que parmi l'élite, il n'y ait pas de différence à cause de la couleur de peau. Et ils ont des alliés en France, la Société des Amis des Noirs, etc., qui sont avec eux sur ce point-là. Mais ils s'affrontent finalement à un refus, même à ce niveau-là. Et donc, en fait, on n'aborde même pas la question des réformes de l'esclavage.

On ne peut même pas arriver à un compromis avec les planteurs autour des droits, des libres de couleurs, qui sont vus par beaucoup comme un danger, disons, quelque part, ou des compétiteurs. Donc, en fait, il y a très, très peu de mouvances. Et en fait, ce qui se passe, c'est que l'élite esclavagiste de l'île, qui est composée à la fois de blancs et de libres de couleurs, est elle-même divisée, ne réussit pas à consolider leur propre unité. Et cette division-là, ça, bien sûr, ça ouvre des portes aussi aux insurgés qui sortent de l'esclavage.

9:43
Invité

Le processus révolutionnaire commence quelque part avec les blancs, qui refusent de rester à la place qu'on leur a assignée, se poursuit avec le combat des libres de couleurs, qui est un combat qui se fait à Paris, mais que c'est un combat qui se fait aussi à Saint-Domingue. Vous voyez quelqu'un comme Vincent Auger, il est exécuté, on lui coupe la tête, elle est mise en terre sur des poteaux devant le début de la route qui mène au cap. Donc il y a vraiment une répression qui est particulièrement méprisante, odieuse, etc. Et ça, ça va participer à un phénomène de radicalisation de la population.

10:23
Présentateur

J'avais pourtant prévenu certains colons parmi mes connaissances. Je leur avais bien dit que dans cette lutte des classes, leur inflexibilité leur serait fatale.

10:38
Invité

Auger et son deuxième chavane, qui était un membre de la milice, d'ailleurs, était exécuté sur la place publique, leurs têtes coupées, comme exemple. Les tensions étaient à leur sommet. Ces événements se sont déroulés au début de l'année janvier-février 1991. Ça va créer une ouverture, parce que les répercussions de l'exécution de Auger et Chavane, les répercussions en France sont énormes. Il a fallu faire face, vraiment, finalement, à la question de couleur. Ils ne voulaient pas toucher à cela avant, parce que si on donnait des doigts pleins aux gens de couleur, ça ouvrirait la question de l'esclavage. Le mot esclavage était tabou. On ne voulait pas le prononcer.

Et en étouffant la question pour les gens de couleur, ils pensaient étouffer toute discussion de l'esclavage, parce qu'il y avait quand même la société des Amis des Noirs, dont le porte-parole était l'abbé Grégoire, qui prônait l'abolition, mais une abolition graduelle. Mais Condorcet aussi était pour l'abolition, mais pour lui, ça aurait pris quelque chose comme 20 ans avant. C'était graduel, parce qu'il fallait les préparer à la liberté.

12:18
Présentateur

La prise d'armes d'Augé, en octobre 1790, l'exécution d'Augé qui va impulser beaucoup le mouvement des libres de couleur, la révolte des libres de couleur. Puis, il y a la révolte des esclaves du Nord, de la plaine du Nord. Mais en parallèle, quand on est dans la région de Port-au-Prince, sur la plaine du cul-de-sac, on s'aperçoit qu'il y a d'autres formes de révolte, parce que là, les esclaves sont moins en position démographiquement dominante. Donc, le mouvement va être impulsé à la fois par les libres de couleur qui combattent les colons blancs, et par les colons blancs qui combattent les libres de couleur. Donc, chacun d'entre eux va essayer de mettre les esclaves dans...

de faire révolter, par exemple, les ateliers du voisin, qui est en même temps un concurrent. Trop de privilèges et de misères juxtaposées. Trop de tensions entre les classes, les couleurs de peau. Trop de divisions. Et puisque toute cette domination paraissait ne jamais avoir de fin, ou alors, graduellement, d'ici quelques décennies, comme le pronostiquaient les plus optimistes, il ne nous restait plus qu'à provoquer l'étincelle pour que tout s'embrase enfin.

13:49
Invité

Les esclaves de la partie nord démarrent leur mouvement dans un moment où il y a tellement de lutte entre les blancs et les libres de couleur qu'il y a une opportunité à saisir. Et on le sait, dans les grandes révoltes jamaïcaines, à chaque fois, les esclaves se révoltent quand l'armée, les troupes anglaises ou les troupes britanniques sont moins nombreuses, parce qu'elles sont allées ailleurs, etc. Et donc, on voit le même schéma qui se reproduit à Saint-Domingue. Toussaint, façonné par un long esclavage au manège de la flatterie et de la dissimulation, sut masquer ses sentiments et dérober sa marche, et n'en fut qu'un instrument plus terrible dans les mains des organisateurs.

14:33
Présentateur

Général Carverso, 7 septembre 1801

14:37
Invité

Ce fut lui qui présida l'Assemblée où il fit proclamer les chefs de l'insurrection. Jean-François, Biassou, et quelques autres que leur taille, leur force et d'autres avantages corporels semblaient désignés pour le commandement. Pour lui, faible et chétif, et connu de ses camarades sous le nom de Fatrabaton, il se trouvait honoré de la place de secrétaire de Biassou. C'est de ce poste obscur où il se plaça lui-même que caché derrière le rideau, il dirigeait les fils de l'intrigue, organisait la révolte et préparait l'explosion. Il savait lire et écrire. Et c'était le seul.

15:23
Présentateur

C'est comme si toutes les révoltes passées, avortées, s'étaient rassemblées ici, à Saint-Domingue. Toussaint Louverture, il a créé un réseau dans le nord d'Haïti. Et en fait, c'est ça qui est important. C'est-à-dire que Louverture, il a des liens très proches avec beaucoup de gens qui sont sur les plantations en certain nombre de commandeurs, des personnes dans les villes, des marchands, etc. Donc, en fait, la raison pour laquelle, quand il s'implique dans les révoltes, il a une certaine capacité de devenir de plus en plus important, c'est en partie parce qu'il porte avec lui déjà une série de relations qu'il avait tissées avant la Révolution.

« Oui, je crée des ponts entre des mondes qu'on pensait irréconciliables. Et pourtant, j'y parviens. » Il a tout un réseau, et c'est pour ça qu'il a 200 commandeurs qu'il peut réunir, deux semaines à peu près avant le soulèvement, sur l'habitation Le Normand de Mésy. Là, s'est faite la réunion des chefs, la réunion des maîtres d'atelier, de ceux qui avaient un poids dans un atelier. L'historien Jacques Duconna. Ce n'est pas difficile, il ne faut pas chercher loin. Il y a les commandeurs qui ont l'habitude de commander des ateliers de 200-300 esclaves, parfois. Ce sont des chefs de guerre, c'est comme un officier.

Vous avez les cuisiniers qui ont la parole du maître, c'est-à-dire le gérant, la plupart du temps qui est présent. Le propriétaire, s'il est là, parce qu'il y a quand même des propriétaires qui vivent là, donc le cuisinier, lui, c'est un homme de confiance, parce qu'il peut vous empoisonner à tout moment. Alors ça, c'est quelqu'un d'important. Le cocher, qui connaît tous les chemins, qui sait par où il faut passer, qui sait tout ce que fait le maître, etc. Tous ces gens-là sont les amis et les connaissances de tout ça, ils les réunissent, ils sont 200. Et c'est la seule révolution d'esclaves qui a pu réussir dans le monde. Pourquoi ? Parce qu'elle était organisée.

On n'a pas une seule révolution d'esclaves à citer qui est réussie. La seule et la première, c'est celle de Saint-Domingue. Parce qu'elle était organisée. Et ce qui est intéressant dans cette révolte de 91, c'est qu'elle est organisée par ceux, enfin, les planteurs auraient imaginé ceux sur lesquels ils pouvaient avoir confiance absolue, quoi. Ceux qui géraient leur plantation quelque part pour eux. Et donc, même en 91, on voit qu'il y a une strate de la plantation qui deviennent les leaders. Alors c'est un peu logique, puisque c'est des gens qui ont un certain pouvoir et on pourrait dire qu'ils ont un leadership sur les plantations.

Le fait qu'ils tournent contre le régime de la plantation est un des moments les plus frappants. Et je pense que ça, ça aussi, c'est un peu ce qui inspire Toussaint L'ouverture. L'ouverture, il est un peu... Cette catégorie-là, c'est un peu la catégorie avec laquelle il a pas mal en commun, puisqu'il avait joué ce rôle-là d'ailleurs, un peu de ce type de rôle à différents moments. On pourrait les appeler les élites de la plantation quelque part. Donc voilà, en fait, ce groupe-là qui se crée en groupe de pouvoir et groupe politique à partir de l'insurrection de 91, c'est ça qui est vraiment la grande transformation, en fait.

Parce qu'avant ça, il y a, par exemple, des planteurs qui donnent des armes à leurs esclaves et ils disent on va aller combattre avec d'autres personnes, vous me suivez, en fait, c'est-à-dire. Mais avec 91, il y a les esclaves eux-mêmes qui se constituent en, disons, un mouvement proprement politique avec leur propre but. Et c'est ça que le tournant de 91, et enfin, c'est le tournant aussi dans la vie de Toussaint-Louverture, c'est cette transformation. À partir de ça, et de plus en plus, d'ailleurs, c'est ce groupe-là qui va devenir peut-être le plus important dans la politique de la colonie puisqu'ils sont, au moins en principe, ils peuvent être la grande majorité de la population.

19:19
Invité

Toussaint fit choix de ses plus intimes amis. Jean-François Papillon, Georges Biasso, Bookman Dutti et Jeannot Bulet.

19:31
Présentateur

Céligny Ardouin, historien haïtien, 1841.

19:37
Invité

Les conjurés se réunirent et se distribuèrent les rôles. Plus rusé que les autres, Jean-François obtint le premier rang. Biasso le second. Bookman et Jeannot, plus audacieux, se chargèrent de diriger les premiers mouvements. Toussaint se réserva le rôle d'intermédiaire entre les conjurés et les moteurs secrets de l'insurrection. Ils ne voulaient d'ailleurs se prononcer que lorsqu'ils pourraient être assurés du succès de l'entreprise. Ma place est ici,

20:07
Présentateur

pour l'heure, dans l'ombre, derrière les chefs. Je ne partage pas toujours leur stratégie, mais je reste le premier défenseur de l'émancipation. le plus ardent. Je ne suis plus Toussaint-Breda. Ce nom que les Blancs m'ont donné, afin que je n'oublie pas que j'ai été leur propriété. Je suis Toussaint. Toussaint, l'ouverture, le nom que je me suis donné. La grande réunion des cochers et commandeurs qui va coordonner le mouvement de révolte, parce que c'est un mouvement coordonné, quand vous avez toute une plaine qui s'enflamme au même moment, ça n'arrive pas par hasard. Ça, ça a lieu sur l'habitation de le Normand de Messie, le 14 août 1791. Jean-Louis Donadieu, historien.

Mais, pour toute révolte, quelle qu'elle soit, il faut un signal. Il faut un coup de starter. Bon, là, en l'occurrence, ça va démarrer de l'habitation Noé. L'habitation des Manqués. Ça, c'est clair et net. On a plusieurs témoignages qui se recoupent. Et c'est arrivé à la sucrerie des Manqués, qui est la sucrerie du Comte de Noé. Dans la dizaine d'années avant la Révolution, vous allez avoir une augmentation des surfaces plantées en canne à sucre qui va être extrêmement importante. C'est de l'ordre de 13 hectares par an, en plus, avec une équipe, un atelier, qui ne va pas augmenter, en effectif, au contraire, qui va diminuer.

C'est-à-dire que la charge de travail, à un moment donné, va devenir clairement insupportable. C'est-à-dire, en termes clairs, les gars n'en pouvaient plus. On était arrivé à un tel niveau de saturation, de fatigue, que les coups de fouet encaissaient, encaissaient, et encore encaissaient, les épuisaient. Et surtout, et ça n'apparaît pas dans les documents, mais on peut le comprendre assez facilement, c'est qu'il y avait une colère qui était en train de monter et qui va s'exprimer de la façon la plus brutale qu'il soit, puisque l'habitation des manqués sera le lieu où va partir le signal de la grande révolte de la plaine du Cap au mois d'août 1791. Mais tout se tient.

Ces habitations sucreries sont les unes à côté des autres, donc dans un espace en gros d'une quinzaine de kilomètres de longueur, vous avez toutes les grandes habitations qui font la gloire de la plaine du Cap. En plus, c'est une plaine, donc les communications sont très faciles. Quand ça a commencé à se répandre, personne n'a pu l'arrêter. Il y a eu beaucoup de réunions préparatoires. Le mois d'août, on est à une période où les travaux de la canne à sucre sont moins importants. Donc c'est une période aussi où les rassemblements nocturnes, les rassemblements d'esclaves pour se divertir, etc., étaient importantes.

Et c'était des réunions qui étaient strictement interdites par le pouvoir colonial, donc qui prenaient un air de clandestinité. Il faut voir que tout le monde vit dans la peur de l'autre aussi. Il y a ça. C'est-à-dire que les esclaves ont la peur du maître et de la répression et les maîtres vivent dans une véritable terreur de soulèvement d'esclaves. Donc tout ça donne une atmosphère psychologique un peu particulière qui a pu donner naissance à des reconstitutions un peu fantasmées.

23:33
Invité

Dans la nuit du 14 août 1791, au milieu d'une forêt appelée Bois Caïman, située au Morne Rouge dans la plaine du Nord, les esclaves teurent une grande réunion en vue d'arrêter un plan définitif de révolte générale.

23:53
Locuteur 6

Dantes-Bellegarde, Histoire du peuple haïtien, 1953.

23:59
Invité

Ils étaient là environ 200 commandeurs, délégués de divers ateliers de la région. L'assemblée était présidée par un nègre, Boogman, dont la parole enflammée exaltait les conjurés. Avant de se séparer et afin de sceller les engagements pris, on procédait à une cérémonie impressionnante. Il pleuvait avec rage. Tandis que l'orage grondait et que les éclairs sillonnaient le ciel, une négresse de haute stature apparut brusquement au milieu de l'assistance. Elle était armée d'un long couteau pointu qu'elle faisait tournoyer au-dessus de sa tête en exécutant une danse macabre et en chantant un air africain que les autres répétaient en chœur prosternait la face contre terre.

On traîna ensuite devant elle un cochon noir qu'elle éventra de son couteau. Le sang de l'animal fut recueilli dans une gamelle de bois et servit tout écumant à chaque délégué. Sur un signe de la prêtresse, tous se jetèrent à genoux et jurèrent d'obéir aveuglément aux ordres de Buchmann, proclamé le chef suprême de la révolte.

25:11
Présentateur

Alors Toussaint, il organise effectivement cette réunion des 200 commandeurs cochés, etc. Alors l'armée de Bézy et l'autre cérémonie de bois caïmans, elle ne se fait pas là du tout parce qu'il n'y a pas de caïmans là-haut dans les mandes. Et c'est donc un bois noyé qui apparaît sur une carte à côté de l'habitation Breda, de l'autre côté de la rivière du Cap où il y a des marées et là il y a des caïmans. Donc c'est le bois caïmans. Et en bas là, dans ce espace marécageux du bois caïmans, on fait la fête de vaudou qui va précéder le soulèvement et tous ceux qui mourront comme ça mourront dans la religion vaudou qui est en même temps avec une base très proche du catholicisme par certains côtés.

C'est une manière de faire la fête avant d'aller à la mort et on se livre au loa, c'est-à-dire les saints. Chaque loa du vaudou L-E-W-A en créole a un correspondant dans les saints catholiques. En fait, c'est la religion cachée des esclaves. C'est la cérémonie du bois caïmans. Là, ils ont consolidé la décision d'aller incendier toutes les habitations. Le sociologue Lainé Curbon. Ça a été un moment capital. On est en 17-11. Là, certains bouquements nous prendraient la parole. Dit-on,

26:32
Invité

mais on n'a pas la preuve. Bonjet qui fait soleil, qui clairait nous en haut, qui soulevait la main, qui fait l'orage grondé. Bonjet là, vous attendez. Caché dans un nuage, lui là, lui gardait nous. Lui ouait tout ça blanc fait. Bonjet blanc mandait crime, et pas nous, vous voulez bien fait. Mais un jet là, qui si bon ordonne nous vengeance, lui va conduire à nous. Il va nous assistance. Jeter pour dire un jet blanc, qui soulevait gluant en genou. Kouté libéré, kapalé, non ké nous tout.

27:11
Locuteur 10

qui fait soleil, qui clairait nous, qui soulevait en haut. Bonjet qui fait soleil, un dieu là, qui s'y mou, nous en nous. Bonjet qui fait soleil, qui clairait terre.

27:46
Présentateur

L'une des forces du système esclavagiste, c'est de placer les esclaves les uns à côté des autres en dehors de leur ethnie, mais ils essaient de retrouver leur ethnie. Ils essaient de le retrouver. Leur ethnie, puisqu'ils ont perdu le contact avec les parents, avec le lignage, l'individu devient dépossédé complètement de tout lien, de tout lien social, il est dépersonnalisé. Donc, c'est un process de repersonnaliser, de refondation, de soi qui se passe avec le recours au vaudou. Et donc, ça va devenir de plus en plus offensif au fur et à mesure que la violence est devenue plus importante dans l'île.

Évidemment, elle va devenir plus importante étant donné ce que produit cette zone-là, la zone du Nord, comme richesse. Et donc, le système va produire un certain nombre de lois, de règlements, de contrôles. Il va devenir chaque jour plus violent au fur et à mesure que les esclaves réagissent aussi, au fur et à mesure que les esclaves résistent. D'ailleurs, la possibilité que l'insurrection ait lieu comme un acte collectif, c'est parce que déjà, il y a eu un pacte conclu entre les esclaves au cours d'une cérémonie pour pouvoir s'assurer que tout le monde vise la même chose au moment de l'insurrection. et le vaudou a servi à créer ce pacte entre eux, les uns et les autres.

Toute cette culture des esclaves qui sont en lutte pour leur liberté, il faut comprendre que du point de vue matériel, ils sont très démunis, ils n'ont rien. Sudir Azhar et Singh, historien. Qu'est-ce qu'ils peuvent conserver qui leur donne une force ? C'est leur culture d'abord, c'est leur langue, c'est leur croyance religieuse, mais c'est aussi leur croyance spirituelle. Et leur croyance spirituelle leur donne une force remarquable parce que très souvent leur croyance spirituelle leur disent que tous les manquements matériels auxquels ils font face n'ont aucune importance parce qu'elles sont compensées par leur force spirituelle.

Donc, la spiritualité joue un rôle absolument fondamental dans la construction de la révolution haïtienne et les historiens du Vodou insistent aujourd'hui et je pense qu'ils ont raison sur la particularité du Vodou haïtien. C'est-à-dire que le Vodou existait déjà en Afrique mais c'était une religion qui était pratiquée par toutes les différentes couches de la société par les nobles autant que par les esclaves et il n'y avait pas nécessairement une dimension anti-esclavagiste.

Ce qui est particulier au Vodou de Saint-Domingue c'est qu'il se développe dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle spécifiquement et je dirais presque ontologiquement dans cette perspective de la lutte contre l'esclavage. Donc, c'est une religion et une forme de spiritualité qui est intrinsèquement anti-esclavagiste et c'est pour ça que cette religion joue un rôle si fondamental dans l'essor de la révolution à Saint-Domingue. Le 14 août c'est le moment où la cérémonie de Blois-Caimant a lieu. Elle aurait précédé l'insurrection d'une semaine ou d'une dizaine de jours mais on ne sait pas exactement.

Maintenant, toutes les révolutions ont aussi des dimensions mythologiques et c'est un peu comme, disons, la prise de la Bastille. La prise de la Bastille dans la réalité la Bastille n'avait que quelques prisonniers en juillet 1789 et du point de vue strictement politique et militaire la prise de la Bastille ne représentait rien. Mais dans l'imaginaire de la révolution française la prise de la Bastille représente tout parce que ça devient le symbole d'une émancipation et d'un avenir nouveau. C'est comme ça qu'il faut voir Blois-Caimant.

Pas nécessairement ou uniquement comme un événement qui aurait été porteur d'un sentiment révolutionnaire encore que, comme je vous ai dit, cette cérémonie a joué un rôle fondamental mais elle joue un rôle encore plus important dans l'imaginaire révolutionnaire. Et l'imaginaire révolutionnaire est un imaginaire très important.

32:30
Invité

C'est une organisation extrêmement précise puisqu'en 4 jours un tiers des habitations de la Plaine du Nord sont détruites. Je crois 1200 Café Icaire plusieurs centaines de sucreries et donc c'est détruit de manière systématique en 4 jours. C'est ce rouleau compresseur d'août 1791 dans la Plaine du Nord. Destruction matérielle effectivement destruction humaine. un millier de morts chez les Blancs dans cette première phase, 15 000 chez les Noirs donc bien davantage. Le combat a été par certains côtés inégal. Mais on a un groupe de 100 000 personnes qui derrière leurs 200 commandeurs sont effectivement partis et n'ont jamais lâché l'affaire. Et toute la Plaine du Nord est prise le 30 septembre.

Donc ça a été on a détruit brûlé, on a ravagé de façon ce que plus jamais on ne puisse faire du sucre. Alors de fait on en fera après mais en tout cas il y a cette volonté de ne pas revenir en arrière et de mettre un terme notamment à cette activité sucrière qui est détesté par les esclaves parce que extrêmement difficile.

33:30
Présentateur

Les planteurs sont attaqués, sont tués et il y a une destruction vraiment très très axée notamment sur la machinerie des sucreries qui est particulièrement haïe.

Donc quelque part c'est vraiment une guerre contre la plantation des sucreries qui avait été une forme d'oppression disons pour les esclaves quand même très très très très forte puisque c'est un travail très très brutal et voilà donc on brûle les cannes on détruit les machineries de la sucrerie ils essayent de prendre le cap français il y a d'ailleurs une réunion de l'assemblée coloniale à ce moment là c'est une des raisons d'ailleurs pour lesquelles ils planifient la révolte à cette période là ils n'arrivent pas à prendre la ville du cap à ce moment là ils vont finalement en 93 ce serait une situation différente et donc à partir de là la ville reste disons dans la main des planteurs les réfugiés de la plaine du nord vont dans cette ville à partir de la ville on peut voir la plaine qui brûle partout il y a quelques documents qui disent qu'on pouvait lire par exemple un livre avec la couleur des lueurs des flammes qui étaient partout

34:27
Invité

le pays est jonché de cadavres qui n'ont pas été enterrés les nègres ont laissé les blancs sur des pieux qui les relient à la terre

34:38
Présentateur

panphile de la croix

34:39
Invité

1819 les troupes blanches qui ne font plus de prisonniers mais tuent tout ce qui est noir ou jaune abandonnent les nègres morts à même le sol on en tue beaucoup et ils semblent se reproduire de leurs cendres

34:53
Présentateur

quelques circonstances qui vont être importantes d'abord l'île de Saint-Domingue est sur une île l'autre côté de l'île est espagnole et les espagnols eux vont aider les insurgés parce que pour eux c'est un abrutage ils se disent tous que peut-être ils pourront même conquérir reconquérir d'ailleurs Saint-Domingue puisque au début c'était une colonie espagnole longtemps avant et donc en fait ça c'est très important c'est-à-dire les insurgés en fait ce qui se passe c'est que et Toussaint L'Ouverture est clé dans tout ça il commence à se mettre à s'allier avec les espagnols et donc les espagnols donnent des armes aux insurgés et c'est dans ce contexte-là que Toussaint L'Ouverture commence à surgir parce que lui il a cette expertise de négocier avec les espagnols et donc en fait quand on imagine la géographie de la colonie il y a le cap français qui est tenu disons par le gouverneur les français qui est fortifié au sud dans la région des grandes plantations une grande partie de ça est contrôlée par les insurgés qui de là jusqu'à la frontière avec l'Espagne contrôlent le territoire et à partir de l'Espagne reçoivent des armes et d'ailleurs Toussaint L'Ouverture à un moment il devient un officier espagnol toutes les plantations deviennent quelque part des camps militaires de ce mouvement révolutionnaire à la fin de 91 et malgré des combats il y a des combats quand même acharnés dans certains cas beaucoup d'insurgés qui sont tués mais quand même ils arrivent à tenir et à la fin de 91 c'est une nouvelle réalité qui s'impose sur l'île à partir de cette révolte dans le nord le régime français doit négocier avec ça

36:26
Invité

En décembre 91 on a essayé parce qu'à un moment donné c'est bien beau de se révolter où est-ce qu'on va ? Il faut très simplement se poser les bonnes questions et là il y a une tentative pour voir le gouverneur essayer de trouver un compromis ils arrivent avec 300 affranchissements notamment des membres de leur famille etc donc que les leaders puissent devenir des libres de couleur Oui je me souviens des négociations

36:50
Présentateur

avec les maîtres blancs à qui on demandait de faire peu de concessions l'émancipation de quelques dizaines de familles à peine ils refusèrent comme s'il ne s'était rien passé tous ces sacrifiés ce saccage de la plaine du nord nous ne pouvions pas en rester là non nous devions aller plus loin quitte à reprendre les armes

37:21
Invité

Évidemment les négociations avec les autorités sont arrivées à un impasse alors Toussaint avait proposé plutôt de réduire à 60 le nombre d'affranchissements et ne revendiquaient pas l'abolition totale ou l'abolition générale

37:45
Présentateur

Leur revendication c'était les trois jours de repos Ils entendent parler de liberté fondamentalement pour eux c'était on travaille quatre jours et puis on veut trois jours pour soi la liberté pour soi s'occuper de sa famille se reposer et aussi c'est très important

38:07
Invité

cultiver les petits jardins Le gouverneur dit non et quand ils reviennent en indiquant les propositions alors ils ont descendu à 50 les leaders reviennent voir leur base si l'on peut dire et là la base refuse c'est là où je dis qu'au-delà des figures de l'homme providentiel de tout ce qu'on veut on a une base servile qui s'élevait certes les livres de couleur sont très importants dans le processus mais que ce qui a fait la différence c'est cette masse servile qui a refusé finalement d'accepter des petits compromis comme on pouvait faire parfois des révoltes il n'y a pas des mutineries bon ok on transige et puis on y arrive très souvent dans le petit marronnage bon on se rend compte au bout de quelques semaines que ce n'est pas si efficace on va voir le curé on va voir la grand-mère du maître un voisin pour négocier donc on avait l'habitude de ces allers-retours là il n'y a pas d'aller-retour et donc très très tôt on a des esclaves qui refusent de rentrer dans le rang et de perdre les gains de leur et qui croient aussi suffisamment en eux pour ne pas accepter de revenir dans l'esclavage les combats reprennent

39:12
Présentateur

donc à partir de octobre 91 et novembre 91 on commence à voir l'influence de Toussaint-Louverture dans le camp des insurgés de façon assez claire il n'est pas encore tout à fait au devant c'est Jean-François et Biassou qui sont surtout en négociation avec les planteurs et les gouverneurs mais on voit que l'ouverture pousse aux négociations et pousse son compromis avec le régime français pendant la même période il est en train de tisser des liens avec le régime espagnol les espagnols leur donnent des armes et vont être importantes dans les armes pour la révolution et donc on voit déjà l'ouverture jouant un peu des deux côtés travaillant avec les espagnols et puis poussant aux négociations avec les français et je pense qu'à cette époque là il commence à dessiner un peu son projet c'est-à-dire que les débuts d'un projet sinon de liberté générale au moins un projet de transformation et de pouvoir dans le contexte de l'île Ma position change je deviens quelqu'un Donc Toussaint Breda l'origine de la plantation il était sur la plantation Breda donc au départ il s'appelle Toussaint Breda quand il apparaît brièvement et c'est après juillet 92 je crois que c'est en septembre 1792 qu'il sort de l'ombre et qu'il apparaît au premier plan dans une déclaration à l'Assemblée Coloniale et il dit je suis l'ouverture mais au-delà qu'est-ce que ça veut dire l'ouverture je suis l'ouverture donc vraisemblablement il avait déjà ce surnom est-ce que c'est référence à un système militaire l'ouverture c'est l'offensive ou bien est-ce que c'est la référence à sa capacité de diplomate de négociateur l'ouverture c'est le compromis je sais pas et il s'en est jamais expliqué mais à partir de là il n'est plus Toussaint Breda il est Toussaint Breda l'ouverture la complexité à la fois et en même temps la dissimulation quand même le fait qu'il n'est pas dans la transparence jamais jamais c'est le propre également justement des hommes politiques un peu remarquables quand même c'est qu'ils ont toujours deux trois coups en réserve donc voilà ça fait partie de la complexité du personnage ouais j'entends souvent dire cela que j'ai été un être complexe voire dissimulateur mais à bien y réfléchir tenant compte des enjeux de la violence de la situation avais-je le choix il entre en révolution ça nous savons spécifiquement parce qu'il n'est pas visible en août 1789 il est peut-être à Boicaïman mais cela n'a pas été documenté il reste à Breda pour au moins un mois il permet d'ailleurs à la famille de Bayon de Libertas de pouvoir quitter la colonie je crois qu'il envoie un membre de sa famille avec l'épouse de Bayon de Libertas pour permettre son évacuation c'est à partir de septembre qu'il entre en révolution et très rapidement il sera repéré par Biasu et deviendra son secrétaire et à partir de 92 début 93 il commence à nouer des liens militaires et son groupe de combattants initialement est relativement limité mais c'est un groupe qui se développe assez rapidement et lorsque j'ai retrouvé un document qui date de 1795 qui est signé par la plupart des officiers qui sont avec l'ouverture et on voit déjà tous les grands noms sont là des salines tous les grands généraux et commandants de la révolution haïtienne sont déjà avec l'ouverture à ce moment-là loi relative aux colonies et aux moyens d'y apaiser les troubles Paris le 4 avril 1792

43:44
Invité

l'assemblée nationale reconnaît et déclare que les hommes de couleur et nègres libres doivent jouir ainsi que les colons blancs de l'égalité des droits politiques ils seront admis à voter dans toutes les assemblées paroissiales et éligibles à toutes les places

44:02
Présentateur

le 17 septembre 1792 les commissaires légers félicités sont au naxe Étienne Paul Vurel et Jean-Antoine Hélo proclament

44:14
Locuteur 6

invariablement attachés aux lois que nous venons faire exécuter nous déclarons au nom de l'assemblée nationale et du roi que nous ne connaîtrons désormais que deux classes d'hommes dans la colonie de Saint-Domingue les citoyens sans aucune distinction de couleur et les esclaves

44:33
Invité

Les libres de couleur à partir de 1792 ont effectivement obtenu la totalité des droits ils l'obtiennent dans un contexte où on a depuis août une révolte d'esclaves que l'on n'arrive pas à arrêter et il y a à ce moment-là une prise de conscience des planteurs que si on veut arrêter la révolte des esclaves il faut s'allier avec les libres de couleur on a besoin de tous les hommes valides de tous les hommes efficaces les libres de couleur ce sont pour certains les hommes en tout cas ce sont des miliciens c'est des gens qui participent à la lutte contre les marques donc on se dit on ne peut pas ne pas recourir aux libres de couleur donc dans ce contexte-là à Paris on décide de leur donner la citoyenneté complète

45:14
Présentateur

l'effet politique l'effet politique va être finalement de rendre possible la victoire des libres de couleur qui avaient été refusées avant par des planteurs et voilà donc c'est ça le changement finalement ce ne sera pas assez puisque même cette égalité va certainement améliorer le lien entre le gouvernement français et les libres de couleur qui sont importants parce qu'ils sont une grande partie de la force militaire qui peut être utilisée contre les insurgés mais je dirais que peut-être déjà c'est un peu trop tard à cette époque-là les insurgés sont maintenant trop trop forts je vais dire en parenthèse qu'un des éléments vraiment fascinants dans tout ça c'est qu'il y a énormément d'esclaves qui sont nés en Afrique et un certain nombre qui avaient été combattants en Afrique qui eux ont amené une connaissance militaire des stratégies militaires qu'ils vont utiliser donc en fait cette force militaire est trop forte la France il faut le dire de façon directe ils sont dans l'incapacité de réprimer la révolte militairement ils n'ont pas cette possibilité en fait et donc ils doivent négocier Sontonax et Paul Vorel ils sont envoyés en 92 ils sont armés avec la décision que les libres du couleur ont tous les droits maintenant enfin on leur donne accès aux droits politiques et l'idée c'est que Sontonax et Paul Vorel vont pouvoir unifier l'élite de la colonie donc les planteurs et les libres du couleur pour réprimer la révolte et pour donc rétablir l'ordre et pour défendre la colonie et voilà donc c'est ça un peu leur mission ils arrivent dans la colonie et ils vont voir assez vite que c'est pas vraiment possible et puis il y a tout simplement la grande pression des insurgés et de toute une ouverture qu'il y a de plus en plus d'hommes qu'il y a des armes qui viennent du côté espagnol qui sont simplement qui sont simplement une armée les espagnols février 1793 rentrent dans le conflit avec la France donc ils ouvrent leurs frontières aux troupes noires aux troupes insurgées qui vont être intégrées dans l'armée espagnole avec des titres Jean-François ça va être le plus haut gradé mais tout sans l'ouverture à ce moment là est connu comme major c'est-à-dire un grade important donc ils se replient sur la frontière espagnole la frontière espagnole s'ouvre et ils vont s'intégrer dans l'armée espagnole qui les soutenait avant qui leur donnait des munitions des vivres et il y avait une contrebande extrêmement importante l'intérêt c'était de déstabiliser la république pour les espagnols fin 92 parce qu'il n'y a pas de république avant Lorsqu'il s'allie aux espagnols par exemple des espagnols qui sont des esclavagistes donc il peut sembler paradoxal que l'ouverture qui se bat contre l'esclavage s'allie à la monarchie espagnole qui déclare la guerre à la France après l'exécution du roi en 1793 donc cela peut sembler paradoxal mais lorsqu'on regarde disons la période espagnole de l'ouverture on voit une chose essentielle c'est que l'ouverture utilise les espagnols essentiellement pour consolider son propre pouvoir il fait le service minimum lorsqu'il s'agit de faire des proclamations où il affirme son allégeance à la monarchie espagnole mais en fait il utilise cette période pour consolider ses forces militaires développer en fait le contrôle des territoires qui sont sous son contrôle et moi je pense qu'en fait qu'il préparait déjà l'échappée de 1794 parce que lorsque ça bascule et qu'il rejoint la république française cela se fait très vite et il prend les espagnols par surprise je suis tout ça à l'ouverture c'est moi qui le premier levait l'étendard de l'insurrection contre la tyrannie 8 août 1793 c'est à moi d'y travailler comme étant le premier porté par une cause que j'ai toujours soutenue je ne puis céder le pas ayant commencé je finirai aujourd'hui à m'entendre avec le recul je ne dirai pas mieux Sontonax et Paul Vorel Sontonax d'ailleurs avait certaines on l'a retrouvé plus tard avait des sympathies abolitionnistes il était anti-esclavagiste lui-même ils vont indépendamment développer une politique qui n'a rien à voir avec ce qu'on leur a demandé de faire mais qui finalement transforme l'histoire de Saint-Domain de France et du monde c'est que très vite ils vont se dire que finalement s'ils veulent défendre la colonie pour la France ils doivent créer une alliance avec les insurgés avec Toussaint-Louverture et d'autres et en particulier en 93 avec les anglais qui attaquent les espagnols qui attaquent il y a un moment où les planteurs il y en a de plus en plus qui eux se disent que finalement avec la France qui deviennent de plus en plus radical avec les jacobins qui montent au pouvoir avec de plus en plus de discours abolitionnistes en France que pour eux ce serait mieux d'être anglais que de rester français et donc il y a un groupe de planteurs de plus en plus grands qui se disent que finalement ce sera mieux simplement d'accueillir les anglais de s'allier avec eux et comme ça ils pourront avec l'aide des anglais réprimer l'insurrection et garder l'esclavage sortir de la France révolutionnaire et devenir anglais sont en axe et Paul Vorel comprennent ça et à un certain moment ils décident que pour protéger la colonie pour la France ils vont s'allier avec les insurgés et ils invitent un certain nombre d'insurgés à se battre pour la France contre les anglais contre les planteurs qui sont alliés avec les anglais contre les espagnols et s'ils se battent pour la France on va les libérer en fait et très vite ça s'accélère et finalement ils déclarent une émancipation générale c'est-à-dire qu'ils décident qu'à Saint-Domingue il n'y a plus d'esclavage que tous les esclaves sont libres et qu'ils vont se battre donc pour la France

51:29
Invité

Sauf qu'il y en a beaucoup Toussaint aussi se méfier de cette offre venant d'un commissaire civil qui n'était pas le roi c'était pas une loi du gouvernement c'était juste eux qui ont décidé on va vous affranchir si vous venez se battre pour nous pour la république mais en même temps Toussaint qui a pris de plus en plus d'autonomie dans les rangs de Biassou et de Jean-François s'est proclamé comme porte-parole de la liberté générale aussi

52:12
Présentateur

On s'est beaucoup questionné sur mon attitude Pourquoi n'avais-je pas sauté sur la proposition du commissaire Sontonax et changer de camp une nouvelle fois comme on me l'a si souvent reproché Pour être sincère je n'avais alors pas plus confiance dans les espagnols dont les intérêts étaient si différents des nôtres que dans les français qui voyaient leurs plus beaux joyaux filer vers d'autres mains Nous ne pouvions compter que sur nous-mêmes pour atteindre notre but Toujours le même depuis ce jour du mois d'août 1791 La liberté

53:02
Invité

Alors il a dit et là c'était son fameux déclaration du 29 août 93 en même temps que Sontonax où il dit je suis tous en ouverture c'est moi qui ai commencé cette lutte et il s'adresse aux gens de couleur dans cette proclamation il dit aux gens de couleur méfiez-vous des français ils vont vous trahir suivez-moi plutôt c'est moi qui ai le porte-parole pour la liberté générale Lui il parle alors qu'il est encore avec les espagnols

53:57
Présentateur

Il faut probablement distinguer entre ce qu'il dit et ce qu'il pense Ce qu'il dit reste un peu fluide encore que lorsqu'on lit précisément les déclarations qu'il publie en 1793 on voit clairement que lorsqu'il s'adresse aux noirs et lorsqu'il dit je suis tous un ouverture vous avez peut-être entendu parler de moi dans ce discours-là il parle très clairement d'émancipation c'était un peu plus compliqué d'en parler publiquement lorsqu'il était allié aux espagnols donc c'est pour ça qu'on ne sait pas très bien à quel moment dans le contexte de la révolution de 1791 il prend position publiquement mais moi je pense que l'ouverture était quelqu'un qui était convaincu depuis très longtemps de l'injustice de l'esclavage simplement la question qui se posait à lui c'était quel serait le moment opportun d'affirmer son opposition au système esclavagiste et surtout quel serait le moment opportun du point de vue tactique d'aucuns m'auront jugé trop conciliant avec les blancs trop dur avec mes frères mais certains ont bien voulu considérer que je marchais sur un fil tendu au dessus d'un précipice nous avions réalisé ce qu'aucune autre révolte n'avait réalisé avant nous cependant nous n'étions qu'au début du chemin une nouvelle force et qui allait devoir trouver sa place dans une société elle aussi nouvelle je crois qu'à ce moment là mon souci premier était de préserver l'avenir un avenir où les blancs auraient leur place malgré tout ce que nous avions enduré pour finir j'aimerais dire que je n'ai jamais eu un culte immodéré pour la vengeance ni la violence d'ailleurs c'est ma nature

56:27
Locuteur 7

c'était

57:00
Présentateur

Toussaint Louverture de Saint-Domingue à Haïti l'esclave qui a dit non troisième épisode la révolte des oubliés de 1789 avec Jacques Lecona Caroline Fick Lainec Hurbon Sudir Azarissing Jean-Louis Donadieu Bernard Guénaud Laurent Dubois Dominique Rogers Emile Abusolombo et Toussaint Louverture avec les voix de Roberto Jean Quentin Bayot David Mijoux Carvin Saint-Fort Rose Martin Laurent Lederer Emmanuel Vilsen dit poète-brasseur le musicien Claude Saturne et le chanteur James Germain Merci à Rodrigo Marcelin pour les ambiances sonores d'Haïti Ina Samia Djedai Documentation musicale Antoine Vuillose Documentation Anne-Lise Signoret Prise de son Nicolas Mathias Manuel Couturier Eric Boisset Mixage Manuel Couturier Coordination Christine Bernard Responsable éditorial Emmanuel Laurentin Une grande traversée de Stéphane Bonnefoy réalisée par Diffi Mariano A suivre dans le quatrième épisode Le prix de l'abolition Et c'est

58:37
Locuteur 7

Côté j'aime Mouaïe Mouaïe