Le numérique au service de notre santé : échange avec des chercheurs à l’institut Imagine.
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- 0:15F. VidalFait
« L'objectif, c'est d'être capable de coordonner et de structurer toute la filière numérique en santé. C'est un enjeu de souveraineté. »
- 0:30F. VidalChiffre
« C'est un investissement de plus de 380 millions sur ce projet Val-de-Grâce, dont 193 millions qui pourront être apportés au travers de la loi de programmation de la recherche. »
- 3:00Voix non identifiéeFait
« La France est leader mondial dans les logiciels de santé grâce à Dassault Systèmes. »
- 3:30Voix non identifiéeChiffre
« 60% des essais cliniques de Covid sont faits sur nos plateformes. 60%. 2 équipements médicaux sur 3 sont faits sur les plateformes Dassault Systèmes. »
- 9:00E. MacronFait
« On doit être à la fois pragmatiques et exigeants. Et donc derrière, ils ont aidé aussi à développer OVH, d'autres solutions beaucoup plus françaises progressivement corrigées. »
- 11:00E. MacronChiffre
« Il y aura, dans ces 25 milliards, 5 milliards vraiment consacrés à la santé, plus toutes les synergies avec ce qui est concentré et consacré justement à l'intelligence artificielle, au numérique. »
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-F. Vidal : M. le président, M. le ministre, c'est un très grand plaisir pour moi de vous présenter en fait ce qui a été imaginé autour du projet sur le numérique au service de la santé, qui s'installera prochainement au Val-de-Grâce, mais pour lequel nous avons déjà un lieu préfigurateur qui pourra être soutenu et financé dans le coeur du plan de relance, et j'y reviendrai.
L'objectif, c'est d'être capable de coordonner et de structurer toute la filière numérique en santé. C'est un enjeu de souveraineté. C'était votre ambition, notamment lorsque vous avez annoncé le plan IA, et au-delà lorsque vous nous avez donné comme projet de faire de la France et de faire de la souveraineté française dans le domaine du numérique en santé l'un des leadeurs mondiaux.
Donc c'est le coeur de ce projet. C'est un projet qui a la particularité de réunir sur le même lieu à la fois de la formation initiale et continue, des activités de recherche, des entreprises de toute taille. La capacité aussi d'y adjoindre des associations de patients.
Voilà. Faire de ce lieu unique et co-construit, et je pense que c'est important, il ne s'agira pas de mettre les choses les unes à côté des autres, mais bien de co-construire ensemble ce lieu. En faire un endroit où on pourra commencer ses études et puis finalement en sortir en créant sa propre boîte avec donc cette création de valeur.
Et puis bien sûr les laboratoires de recherche, puisque vous l'avez vu dans la séquence précédente, toutes les startups qu'on vous a présentées sont issues des laboratoires de recherche, et de cette coopération entre le public et le privé. Ces 5 fondateurs qui ont cru dans ce projet, et donc, je les salue, c'est bien sûr l'Inserm, c'est l'université Paris Sciences et Lettres, c'est l'Inria, c'est aussi bien sûr le Health Data Hub, et puis l'Agence numérique en Santé, qui sont les fondateurs de ce projet et de ce lieu. Et puis les partenaires qui ont déjà fait confiance à ce projet, qui sont aussi ici évidemment au premier rang desquels le CNRS, la PHP, mais aussi France Biotech, qui va représenter l'ensemble des startups, Sanofi, Dassault Systèmes, et puis Welight, et Biogen, qui sont aussi les premiers partenaires.
L'objectif, c'est vraiment que nous puissions, sur la base de ce que vous avez vu et des attentes qui ont été exprimées, eh bien faire de la France ce leader mondial sur l'usage du numérique en santé. Vous l'avez vu, ça prend toutes les formes. On a évidemment l'algorithmique, on a aussi tout ce qui concerne l'imagerie.
On a l'interprétation, on a comment faire en sorte que la qualité des soins puisse être améliorée par ces aides aux diagnostics que peut représenter l'intelligence artificielle. Et bien sûr, tout ceci est accompagné, et je les salue, par le SGPI, et Guillaume Boudy est là, et puis je pense qu'on doit avoir aussi la BPI et Nicolas, qui doivent être là, et qui nous accompagnent. C'est un investissement sur le site du Val-de-Grâce qui donnera ce rayonnement et cette visibilité qui de par son positionnement permettra aussi de faire travailler tout l'écosystème francilien et au-delà, puisque vous l'avez vu aussi lorsqu'on a visité les laboratoires ce matin, la recherche française évidemment est une recherche collaborative, coopérative, qui fonctionne en réseau au niveau national, au niveau européen et au niveau international.
C'est un investissement de plus de 380 millions sur ce projet Val-de-Grâce, dont 193 millions qui pourront être apportés au travers de la loi de programmation de la recherche, et puis un cofinancement par nos partenaires privés. Donc voilà, M. le président, en quelques mots, l'objectif en fait de ce projet que nous vous présentons aujourd'hui.
Merci beaucoup. -E. Macron : Merci beaucoup.
On veut surtout vous entendre sur à la fois les ambitions, les contraintes que vous voyez encore et les choses qu'il faudrait améliorer. La parole est libre. Allez-y. -Voilà.
Pour l'Inserm, comme Frédérique Vidal a cité l'Inserm comme fondateur. Donc M. le président, Mme la ministre, M. le ministre, nous sommes partenaires de ce projet depuis le départ, parce que la recherche va vraiment bénéficier d'une mutation majeure avec l'arrivée du numérique.
Il y a déjà beaucoup de numérique dans notre recherche. Mais on voit avec les données massives de santé, on voit avec les dispositifs médicaux bénéficiant de traitements rapides. Je crois que vous avez vu Mickael Tanter qui vous a présenté des percées majeures sur les ultrasons.
Les données de cohorte, la simulation. Et je voudrais juste donner un exemple un tout petit peu à côté de la recherche en santé qui est la recherche fondamentale en biologie. On a eu une percée majeure la semaine dernière sur la biologie fondamentale grâce à une intelligence artificielle de Google malheureusement qui a résolu un grand problème de la recherche qui était de passer de la séquence primaire, c'est-à-dire l'enchaînement des acides nucléiques dans une protéine à la fonction.
Et c'était un mystère que tous les biologistes présents ici avaient devant eux depuis 50 ans qu'on fait de la biologie structurale. Et ça a été résolu par une intelligence artificielle. Et je pense qu'avoir plus de numérique à notre disposition à toutes les échelles qui ont été évoquées par Frédérique Vidal pour accélérer notre recherche, pour donner un nouvel élan, et ce lieu sera un élan formidable pour accélérer cette diffusion de ces technologies.
Ca va nous permettre de faire des découvertes importantes dans tous les domaines dont se préoccupe l'Inserm : les maladies infectieuses émergentes, parce que c'est l'actualité, les maladies mentales, les maladies chroniques. Et donc c'est pour ça que nous voulions vraiment être au coeur du projet. Merci. -M. le président, bonjour.
Mme la ministre, M. le ministre, L'université PSL. PSL pour Paris Sciences et Lettres, comme vous le savez, et membre fondateur et autour de la table depuis le début effectivement, comme Inserm, comme Inria, de ce projet.
Les enjeux sont majeurs autour de la santé, et des problèmes de santé en général. C'est la multidisciplinarité, pluridisciplinarité dont on parle tout le temps. On en parle tout le temps, mais que fait-on ?
Comment forme-t-on notamment nos cohortes d'étudiants, les futurs acteurs de la santé au sens très large ? Et donc ce qui nous a énormément motivés dans la participation à ce projet qui s'appelle maintenant Paris Santé Campus, et c'est très bien. C'est le fait qu'avec PSL, et il n'y a pas que PSL, je parle des universités qu'on appelle Idex, enfin voilà, qui sont vraiment multidisciplinaires.
Il n'y avait pas vraiment d'universités en France qui soient réellement à tous les niveaux multidisciplinaires au sens du dialogue entre les savoirs. Tous les savoirs sont présents. Et on voit que l'apport, l'apport avec nos partenaires...
Vous avez, je crois, vu Mickael Tanter qui avait déjà un institut, enfin, installé un institut autour de physique et médecine pour dire bref, avec les aspects technologiques. C'est un laboratoire qui est implanté dans les locaux de l'ESPCI Paris mais qui sont fortement soutenus par l'Inserm. Il y a le projet Prairie, inutile de vous en dire plus, qui est porté notamment avec Inria, SNRS, et puis nous apportons aussi un projet de l'Ecole normale supérieure, qui s'appelle Qbio, en biologie quantitative.
Et sur l'ensemble de ces projets de recherche, on voit bien que ce sont toutes les disciplines importantes pour la santé qui sont convoquées. Biologie bien sûr, biologie médecine, mais aussi physique chimie, informatique et puis les SHS, les sciences humaines et sociales. Le campus situé sur le lieu actuel du Val-de-Grâce va bénéficier, par la proximité avec ce qu'on appelle le campus Montagne Sainte Geneviève de PSL, va bénéficier d'un apport de toutes les sciences.
D'une grande partie des sciences humaines et sociales : philosophie, anthropologie histoire. Et à travers un des directeurs adjoints de l'école normale, Frédéric Worms, on travaille aujourd'hui beaucoup sur l'accompagnement en termes de... comment dire ?
D'action publique, des dialogues entre sciences, action publique et citoyens sous une forme qui, aujourd'hui s'appelle quelque chose comme démocratie sanitaire. Enfin quelque chose comme ça. Point je crois extrêmement important, c'est encore une fois, et c'est ça le message, le dialogue entre la multidisciplinarité au sens du dialogue entre les savoirs, et pas des silos opposés côte à côte où chacun fera sa partie, qui apporte énormément.
Et bien sûr, Mme la ministre vient de le dire, avoir une université comme membre fondateur, on ne sera pas la seule université dans le paysage, mais ça garantit le fait qu'il y aura des étudiants en formation sur ce campus. Merci, M. le président. -M. le président, Mme et M. le ministre, la crise dans laquelle nous sommes, la crise Covid a ce paradoxe, à mon avis, d'être la première crise qui est aussi drivée par les données.
On a mouliné des données dans tous les sens. On a travaillé avec l'Inserm, on a travaillé avec l'Inria. L'Inria est allée dans le bâtiment d'à côté avec le SAMU pour monter des modèles prédictifs.
Donc je pense que c'est la première fois qu'on travaille autant sur les données. Et pour autant, le paradoxe, c'est qu'à autant de données manquantes, il y a autant de questions sur lesquelles quand le ministre de la Santé nous pose des questions, on ne sait pas répondre sur des questions qui paraissent évidentes sur les lieux où on se contamine, etc. Donc on voit à la fois qu'on a mis le doigt dans les data scientistes, les médecins, les épidémiologistes travaillent ensemble, et à la fois, un énorme chemin à parcourir pour pouvoir répondre plus vite aux questions.
Donc les hôpitaux, les hospitaliers, l'ensemble de ces acteurs sont plus que demandeurs pour être contributeurs travaillés. On a une occasion formidable avec le Val-de-Grâce, qui est rue Saint-Jacques, d'avoir un axe parisien rue Saint-Jacques qui va du Val-de-Grâce à l'Hôtel-Dieu où il y a des malades, où il y a le plus grand incubateur qui s'appelle Biolabs, qui va commencer à s'installer au début de l'année, où il y a des cohortes de patients. Et donc entre ces deux projets, je pense qu'il peut y avoir un projet qui met la plaque parisienne vraiment très élevée au niveau d'indépendance et de souveraineté, avec des acteurs qui, je pense, ont gagné 10 ans dans la manière de travailler ensemble au cours des 6 derniers mois.
Et tout l'enjeu, c'est de tenir les années qui viennent pour qu'on ne reparte pas chacun de notre côté, ni qu'effectivement on soit axés là-dessus. Et si je me permets de rebondir sur ce qu'a dit Alain Fuchs notamment, on a effectivement maintenant de la philosophie, du droit, des sciences sociales et humaines qui viennent s'impliquer là-dessus qui sont la condition de l'acceptabilité de progrès et du bon usage des données, et je pense qu'on a ça devant nous. Et en tout cas, on est tous partie prenante pour pouvoir le faire. -Bonjour, M. le président.
Je voudrais faire un rebond sur le sujet donné et poser 3 questions qui me semblent essentielles : la souveraineté des données. La 2e chose, c'est les plateformes. Le phénomène de plateformisation de tous les secteurs.
Et le 3e, c'est la réalisation d'écosystèmes de startups avec une dynamique qui soit à la fois sociétale et économique. Alors sur le premier point, et je voudrais vous révéler un secret. La France est leader mondial dans les logiciels de santé grâce à Dassault Systèmes.
Comme vous le savez, je sais que vous le savez, M. le président, j'ai investi 6 milliards l'année dernière pour acquérir les plus grandes bases de données du monde sur les essais cliniques. Et 60% des essais cliniques de Covid sont faits sur nos plateformes. 60%. 2 équipements médicaux sur 3 sont faits sur les plateformes Dassault Systèmes.
Donc merci de m'avoir invité l'autre jour à votre initiative souveraineté européenne du numérique avec la chancelière Merkel. Parce que le problème qui se pose désormais devant nous est sérieux. Il se pose en des termes suivants : première chose, les données de santé sont-elles des données souveraines ?
Et caractérisent-elles comme elles caractérisent une population ? Elles constituent un périmètre aussi critique que les fréquences, l'espace terrestre ou mer. Et qu'il n'est pas question que ces données se retrouvent sur des plateformes qui pourraient être exploitées même de manière bienveillante, mais en perdant le levier que représente l'apport de ces données dans son contexte souverain.
Ca, c'est la première question. Et je dirais que l'opération pilote Health Data up n'a pas démontré une grande crédibilité à ce sujet. Le 2e problème, et je pense que c'est un problème dual aussi sérieux que le militaire et le civil.
Le 2e problème, qui n'est donc plus un problème technique, mais un problème politique et économique. Comme vous le savez, 10 avions sur 10 sont faits avec nos logiciels. 6 voitures sur 10.
Nous sommes leader mondial dans la santé. Il va bien falloir en tirer partie et être fier d'avoir une plateforme française et une société européenne qui puissent tirer avantage de ceci. Alors évidemment, on n'est pas dans des logiques de relations, et c'est le 2e problème, des logiques de relations entre business.
Il y a l'aspect régalien de la santé, et il y a l'aspect business. Ce qui conduit à des processus de décision extrêmement complexes de fait. Un peu comme pour les équipements militaires d'une certaine manière.
Ce qui n'est pas le cas dans beaucoup d'autres industries. Donc ce deuxième sujet va nécessiter de réinventer la notion de partenariat public privé, et la notion de responsabilité d'un Etat dans la politique et les directives sur la souveraineté. Le 3e sujet concerne l'exploitation de ces données.
Alors évidemment, je pense que tout le monde devrait se réjouir en France et en Europe que le propriétaire de 20 années de données cliniques, qui permet aujourd'hui de faire des bras virtuels de contrôle, qui permet aujourd'hui, pour vous donner une idée, de gérer à peu près 3 à 4 milliards d'images dans le monde sur des diagnostics de santé. En 2015, le système de santé français avait généré à peu près 70 millions d'images. Donc c'est pas un problème pour nos bases de données de générer et de manager ces milliards de données.
Il y a une politique de partage nécessaire, parce qu'il faut révéler un écosystème évidemment qui soit à la fois performant et économiquement viable. Mais je pense qu'on a une piste unique à jouer en France et en Europe. C'est de changer complètement l'équilibre de santé en faisant qu'on puisse exporter.
Exporter nos pratiques, pas nos publications nécessairement, mais nos pratiques, nos outils, nos plateformes, comme on l'a fait dans l'industrie. Voilà 3 sujets qui me semblent vraiment à l'ordre du jour. Et ce que je pense, après 35 ans de transformation de l'industrie manufacturiale du monde, ce que je pense, c'est que nous avons moins de 5 ans pour prendre des positions sérieuses, car après, nous aurons perdu les données.
Et ça sera trop tard. Donc je crois que ces 3 questions concernent toutes les personnes ici présentes, mais sont à traiter dans un contexte que je dirais politique et économique. Et je vous remercie d'avoir pris le lead sur la souveraineté numérique, mais ce n'est pas un problème uniquement numérique.
C'est désormais un problème plus sophistiqué et plus fin. Et je vous remercie d'ailleurs qu'on ait pu converser sur ce sujet, et je sais que vous vous êtes bien renseigné en juin dernier quand vous nous avez fait le plaisir de votre curiosité pendant 45mn pour comprendre ce qui se passait, mais je pense que c'est quelque chose que je ne peux pas résoudre seul. Mais quand je vois comment les autres pays progressent, je tire le signal d'alarme sur la lenteur de ces décisions.
Merci de votre attention. -E. Macron : laquelle en particulier ?
Qu'est-ce qui est critique ? -Vous savez, le débat sur les données ouvertes, il ne peut pas être ressorti du débat de la souveraineté des données. Donc il y a des positions politiques à prendre.
Je prends l'exemple de ce que nous avons fait récemment avec Météo Covid dans le Grand Est avec Jean Rottner. Nous avons mis la plateforme à disposition du Grand Est pour avoir un croisement entre les flux de personnes, les flux de commerces, et les situations de santé. Pour récupérer des données anonymisées de santé, ça a été le problème le plus compliqué.
Parce qu'aujourd'hui, le système marche mal. Or ces données de santé, c'est pas pour les distribuer, c'est pour en faire une synthèse et offrir des services intelligents et nouveaux. Donc je pense qu'une politique est nécessaire sur ce sujet et qu'aujourd'hui, il y a beaucoup de débats et après il y a le choix de la souveraineté des plateformes.
Je rappelle quand même que nous avons fait une plateforme qui est la première à avoir le label ANSSI en termes de sécurité, et qui est localisée en France dans une ancienne base militaire avec les sécurités qui vont bien. Je le fais aussi aux Etats-Unis pour le Pentagone. Mais quand vous regardez les plateformes américaines, les lois américaines...
Tout le monde connait le CLOUD Act, les lois américaines, il n'est pas très acceptable que ce soit les plateformes américaines qui soient utilisées pour des données souveraines. Donc voilà un sujet concret. Le 2e sujet, c'est évidemment le partage des données et puis le 3e sujet, c'est la politique de mise en oeuvre de tout cela.
Vous avez un acteur français leader mondial. Il faut pas rater l'opportunité. -M. le président, Mme et M. le ministre, je suis directrice de Health Data Hub. donc je me permets de rebondir.
Alors j'avais pas prévu de parler de la plateforme technologique. Et je voudrais quand même revenir sur l'intérêt pour nous de participer en tant que membre fondateur à ce projet Paris Santé Campus. Donc on est une structure toute jeune.
On a seulement un an. Comme vous le savez, on a été créés dans la suite des travaux de Cédric Villani et de votre allocution au Collège de France au printemps 2018. En 2 ans de travail intensif, on a mis en place notre offre de service.
Ce qu'on cherchait à faire, c'est accompagner des projets qui vont créer les solutions numériques pour améliorer la qualité des soins demain en utilisant des données de santé. Aujourd'hui, on accompagne 40 projets. Un quart de ces projets ont été autorisés par la CNIL qui a instruit notamment les aspects sécuritaires de la plateforme qu'on utilise.
Ces projets sont conduits avec tous nos partenaires. Donc un grand nombre d'institutions qui sont aujourd'hui ici présentes. J'aimerais vous donner un exemple concret.
Donc un projet qui est conduit par une médecin de l'HEGP, en partenariat avec l'Inria. L'objectif, c'est de développer des outils d'identification automatique des organes sur des images en échographie, et identifier les pathologies du rein et du foie automatiquement. Le Health Data Hub met à disposition une ingénieure qui a permis d'automatiser les outils d'extraction des images à des systèmes de stockage.
Ca a permis de sortir 80 000 images en deux mois au lieu de deux ans. On accompagne aussi des projets qui vont appuyer à la gestion de la crise sanitaire. Donc on en a une dizaine et il y en a deux qui viennent d'être autorisés par la CNIL.
Ils sont conduits par des startups qui travaillent avec l'Inserm d'une part, avec des CHU aussi. Ils vont chercher des facteurs prédictifs dans les données de l'assurance maladie qui ont cette spécificité en France de pouvoir reconstruire des parcours de soins en entier avec toutes les consommations de soins. Donc on va peut-être pouvoir comprendre les parcours des personnes qui développent des Covid graves et qui sont amenées à être hospitalisées.
Donc grâce à la réunion de masses de données et leur croisement au sein du Health Data Hub, on va pouvoir accompagner davantage de projets comme ça, mais on reste un service. Un service à disposition de l'écosystème. Donc des acteurs qui sont à l'origine de la collecte des données et de ceux qui vont l'utiliser.
C'est pour ça que pour nous, participer à Paris Santé Campus, ça paraît assez naturel. Mais c'est aussi une opportunité dont je mesure le potentiel, puisqu'on va réunir sur le même site physique tous ces acteurs. Donc ça va vraiment permettre de catalyser, intensifier les collaborations.
Et au plan international, on voit que la compétition est extrêmement féroce. On peut être assez contents des progrès qu'on a réalisés ces dernières années. Néanmoins, si on veut tirer notre épingle du jeu en intelligence artificielle, en santé, on a très peu de temps pour s'organiser au plan national et au plan européen.
On a la stratégie européenne des données qui se met en place avec la création des espaces communs de données, notamment dans le secteur de la santé. On y participe. Le Health Data Hub anime la réponse française à cette action conjointe avec les partenaires qui sont ici présents.
Et la marque Paris Santé Campus, ça va nous permettre d'incarner cette unité et cette démarche nationale claire et visible. Sur l'aspect peut-être que je peux développer un tout petit peu pour la plateforme, on n'aurait pas pu construire cette plateforme aussi rapidement si on avait travaillé avec d'autres partenaires. Mais on ne travaille pas qu'avec un clouder américain.
On travaille avec une dizaine de partenaires, dont des partenaires français, notamment sur des solutions de sécurité qui sont intégrées dans la plateforme. On vient de réaliser un audit par la DINUM, dans le cadre des financements qui nous sont accordés. Et dans la vie publique de la DINUM, il est inscrit que le niveau de sécurité est inégalé. -M. le président, Mme la ministre, M. le ministre, tous les ingrédients sont réunis pour pouvoir faire de la France le leader de la santé numérique, de la santé digitale.
Comme l'a dit tout à l'heure, Bernard Charlès, la question du temps est absolument majeure. La question d'être capable de concentrer les énergies, de les aligner dans le cadre d'une stratégie, est également majeure. Ce sont des questions d'écosystème, pas de manière désincarnée, mais avec des acteurs qui s'engagent ensemble dans des lieux, parce que la machine à café, c'est important.
Etre en capacité au quotidien de travailler ensemble, c'est important pour avancer sur la recherche, parce que comme l'a dit Alain Fuchs, les questions de pluridisciplinarité, d'interdisciplinarité. Etre capable de monter des équipes combinant des sciences humaines, des médecins, des numériciens, ce n'est pas simple, mais nous savons le faire. Nous sommes plusieurs à savoir le faire.
Des questions de développement technologique de plateformes souveraines, comme il a été dit tout à l'heure. Les infrastructures logicielles sont critiques pour la santé. Et vous avez eu un exemple tout à l'heure me semble-t-il de ce que sait faire la France.
Inria, le CEA, des universités, pour construire ces infrastructures qui nous permettent d'avoir la maîtrise de notre politique de santé et de nos données. Les partenariats publics, privés, ça a été également mentionné. Dans un écosystème, il faut être capable d'innover sur la manière de travailler ensemble entre acteurs publics, entre acteurs privés, comme nous avons su le faire lors des derniers mois au service de l'Etat, au service de la Direction générale de la santé avec Dassault Systèmes, avec Orange, avec Capgemini, j'espère que je n'oublie personne, pour construire TousAntiCovid, StopCovid, et bien sûr la création de startups technologiques.
Vous avez, là également, vu des exemples tout à l'heure, de cette recherche action, naturellement, de ces partenariats industriels, sortent naturellement des startups technologiques qui, si elles sont dans un écosystème d'investissement, ils sont localisés au contact de notre industrie nationale, garderont la valeur ici pour renforcer notre souveraineté. Donc pour toutes ces raisons, Inria est pleinement engagé aux côtés de nos autres partenaires dans cette dynamique, qui a été accélérée, comme l'a dit tout à l'heure Martin Hirsch, par les derniers mois qui ont montré que la recherche publique savait se mobiliser massivement aux côtés des partenaires hospitaliers pour procurer des solutions aussi de court terme en réponse à une crise sanitaire. Merci, M. le président. -M. le président, bonjour à tous.
Donc je suis à l'agence du numérique en santé. Donc la directrice de l'Agence du numérique en santé. Cinquième partenaire.
Et juste pour rebondir avec ce qui vient d'être dit au préalable. Nous, on est une agence qui fait un peu de la régulation sur les données, sur les échanges. Et je crois que ce qui est très important sur ce qu'on a entendu, c'est qu'aujourd'hui, il faut qu'on développe ces échanges.
Il y a la feuille de route du numérique en santé qui a été lancée l'année dernière dans lequel on est pleinement impliqués. Il ne faut pas faire croire aux gens que c'est pas sécurisé. On a une politique générale de sécurité des systèmes d'information.
Il faut qu'on continue à développer (Coupure de son) (...) Et comme l'a dit M.
Martin Hirsch, la Covid finalement nous a boostés pour travailler ensemble. On a réussi à normer les données pour faire des remontées qui ont été utilisées par Santé publique France. Mais ça a été très compliqué.
Et donc il faut se servir de cet élan pour continuer. Nous on fait aussi des partenariats avec des industriels dans le cadre du numérique de l'argent qui a été mis sur le développement du Ségur pour le... le développement du numérique, excusez-moi.
Il va y avoir beaucoup d'argent qui va être mis pour aider les industriels, pour travailler avec eux, pour développer ce numérique en santé. On sera un des acteurs phares de ce projet aussi. Et nous, on est très contents, moi, je suis hyper à fond sur mon projet d'entreprise pour se servir de ce campus pour porter une image de partenariat.
De partenariat avec le privé, de dire : "Nous, il faut qu'on soit exemplaires "pour développer des usages "dans un cadre avec les instituts de recherche et dans un cadre européen aussi." Voilà. Merci beaucoup, M. le président. -E.
Macron : Merci à vous. Oui ? -M. le président, dire quelques mots sur l'écosystème qui entoure ce campus, parce que l'Université de Paris n'est pas fondateur de ce campus, mais en tout cas, elle a une force en recherche médicale extrêmement importante qui se situe donc tout autour.
Et juste pour dire, donc imaginer est un des joyaux de ce secteur médical de l'Université de Paris, pour dire qu'il y a une attention particulière également sur la partie de l'installation d'entreprises et de pépinières. On est très attentifs, parce qu'effectivement, il y aura une production importante. Et actuellement, l'innovation trouve des financements, mais trouve assez peu en fait de locaux pour s'installer.
Donc on a plusieurs pépinières, et on est évidemment aidés par les collectivités, les tutelles pour installer des pépinières d'entreprises et des entreprises. Mais je pense que ce campus aura l'intérêt aussi de pouvoir faire ce lien très fort entre les startups, les entreprises et des entreprises plus mâtures qui sont capables d'aider aussi la croissance des startups. Donc voilà.
Je voulais attirer l'attention sur le fait que sur ce campus, il est vraiment important d'avoir une part importante dédiée aux entreprises. Merci beaucoup. -Oui.
Bonjour, M. le président, Mme la ministre, M. le ministre.
Je représente France Biotech, et donc, on s'est associés à ce projet en tant que partenaires, parce que vous savez qu'il y a une très forte dynamique entrepreneuriale dans le domaine de la santé, 1 700 entreprises en France. 700, 800 BioTech, 700, 800 MedTech et le reste en E-santé. Et donc je crois beaucoup en ce projet.
Ca a été abordé sur notamment la notion de digitalisation des parcours de soin et d'accès en fait à l'ensemble du parcours de soin. Et pour nous, ça peut être extrêmement important en termes de compétitivité et d'attractivité de pouvoir matérialiser ces parcours de soins complètement, de pouvoir, évidemment, pour le système de santé, exprimer ces besoins de façon beaucoup plus précis. Et pour nous, c'est aussi la possibilité de positionner nos offres de façon idoine par rapport à ces parcours de soin et d'identifier les trous dans la raquette dans ces parcours de soins et de pouvoir positionner nos offres de façon idéale par rapport à cela.
Et donc nous, on s'est associés à cela pour justement bénéficier de ça. Et je pense qu'il n'est jamais trop tôt pour qu'on arrive à avoir ce type d'informations pour nous qui vont être extrêmement critiques en termes de positionnement de nos solutions. Voilà.
Je voulais partager ça. -M. le président, 2 mots pour le CNRS.
Si je disais rien, on se dirait que le CNRS n'est pas intéressé. Non pas que nous prenions les choses avec hauteur, contrairement à ce que je pourrais laisser penser. (Rires) Le CNRS n'est pas membre fondateur, mais il est partenaire de l'ensemble des institutions qui participent à ce projet.
Et je voudrais juste insister sur 2 points si vous le permettez. Le premier, ça a déjà été dit, c'est le partage des données. Je crois qu'on a vraiment des efforts à faire à la fois d'un point de vue législatif, mais aussi d'un point de vue comportement quasiment individuel.
Et je pense qu'à un moment, il faudra taper du poing sur la table en expliquant que si des données sont obtenues avec de l'argent public, elles doivent être rendues publiques, au moins à partir d'un certain temps. Ca se fait dans d'autres domaines. Et je crois que là, il y a vraiment un effort à faire.
Et le 2e point, je voudrais réinsister sur l'importance des sciences humaines et sociales. Je pense que la mise en place du numérique dans la santé questionne même notre contrat social. Ca pose la question de l'équilibre entre les droits individuels, les droits collectifs.
On le voit dans la crise actuelle. Et je pense, ce sont vraiment des sujets sur lesquels il faut que les sciences humaines et sociales aient toute leur place dès le début, et pas juste à la fin, on dit : "Ah oui ! Au fait, on a oublié de s'interroger." Je pense qu'il faut savoir impliquer les sciences humaines et sociales, et aussi également, être capable d'avoir des interactions profondes avec la société civile.
Je crois que tout ça, ça fait partie des challenges qui sont devant nous et auxquels le CNRS apportera sa contribution avec plaisir. -E. Macron : Merci beaucoup. -Merci à tous.
M. le président, si vous voulez... -E.
Macron : Non. Merci beaucoup. Merci aux fondateurs et à l'ensemble des partenaires.
Je remercie aussi la ville de Paris et la région qui sont activement partenaires de ce projet aux côtés du gouvernement et toutes les agences dans le financement, et aussi la pensée de sa structuration, et puis merci aux partenaires privés. Je trouve que d'ailleurs avoir cette discussion à l'institut Imagine n'est pas innocent. Parce qu'en quelque sorte, vous avez été pionniers dans la capacité à trouver de la souplesse, de la rapidité et à casser, on l'a très bien vu aujourd'hui avec vous, les barrières qu'il peut y avoir.
On a de l'excellence académique dans notre pays. On a une formidable chance, c'est la recherche clinique. Et malgré tout, un lien qu'il y a pas dans tous les pays entre justement celles et ceux qui soignent et celles et ceux qui cherchent.
Et la présence de l'AP ici si active le montre. Mais on a nos rigidités françaises qu'on connaît. Et il y a pas de fatalité.
Je pense que tout ce qui a été fait avec l'institut, ensuite avec les IHU, les Idex et ce qu'on a continué à financer, peut passer un cap par des logiques de sites, comme celles qu'on va justement développer. Et j'aime bien la synergie en effet, celle du Val-de-Grâce qui a été évoquée, mais plus largement si on dézoome, celle aussi avec Paris-Saclay, et l'ensemble des organismes, et puis celle des réseaux qu'il y a derrière. Parce que chacun des projets qui nous ont été montrés aujourd'hui, on a très bien vu qu'il y a au fond derrière, des réseaux disciplinaires avec d'autres organismes et labos de recherche, des organismes ici présents.
D'autres services justement compétents, qui dans les domaines et spécialités, travaillent en réseau à Strasbourg, Bordeaux, Lille, Grenoble, Nice, le dernier pour les deux ministres évidemment, Marseille et autres. Et je pense que ça, c'est très important, c'est cette logique de décloisonnement, et je dirais plus réticulaire. On arrive à gagner de la rapidité aussi, parce qu'on est en réseau.
Paris Santé Campus, pour moi, c'est un projet extrêmement important qui s'inscrit dans l'ambition que nous nous sommes donnée de consolider notre position historique en matière de santé. Il y a ici des grands industriels de santé qui sont là pour témoigner de ce que la France doit porter demain, et réussir aussi à montrer que le numérique sera un levier de ce développement. Alors vous avez fait un travail remarquable, et je vous remercie, durant ces dernières années, qui va nous permettre maintenant, à partir du début de l'année prochaine de passer à une phase d'accélération avec d'abord un site transitoire, puis un développement.
Un projet de 400 millions à peu près de financement, mais qui s'inscrit dans une ambition française que la loi de programmation pluriannuelle de la recherche a portée. Parce qu'il y aura, dans ces 25 milliards, 5 milliards vraiment consacrés à la santé, plus toutes les synergies avec ce qui est concentré et consacré justement à l'intelligence artificielle, au numérique, et au fond à l'interdisciplinarité que vous avez parfaitement évoquée. L'unité de lieu, elle doit permettre, vous avez utilisé la métaphore connue de la machine à café.
On a vu ici ce puits de lumière formidable, mais en fait les intelligences circulent, ça crée des connexions partout. Et je pense que cette unité, elle va nous permettre de créer de la connexion entre justement le soin, les équipes de formation, les équipes de recherche, les équipes de réflexion. Et pour moi, au coeur de Paris, mettre cette ambition est extrêmement important.
Et ça correspond à notre vocation et à ce que je veux qu'on puisse bâtir pour, au fond, la France en 2030. Vous l'avez très bien dit, mettre la formation dès le début, avec la recherche et avec tous les aspects cliniques, et je dirais organisationnels. C'est comme ça qu'on aura...
D'abord qu'on créera la plus de synergies et qu'on arrivera à maximiser si je puis dire tout ce qu'on peut faire en santé numérique, parce que ce qu'on va découvrir a des impacts pour mieux traiter. Ce qu'on va découvrir évidemment doit être pensé dans un cadre éthique, politique, démocratique, ça a été très bien rappelé, mais ça aura aussi beaucoup de conséquences organisationnelles pour la gestion de notre hôpital d'aujourd'hui et de demain. Et on l'a vu, on a eu un formidable accélérateur d'organisation avec cette crise.
On doit consolider là-dessus. Plus on a de la donnée, plus on arrive à la penser vite et à l'intégrer avec des gens qui pratiquent tous les jours, plus on pourra transformer et bâtir au fond ce qu'est l'hôpital, l'organisme de recherche de demain. Et donc je crois beaucoup à ces synergies je dirais comportementales, organisationnelles, au-delà que toutes celles qui sont évidentes et que vous avez parfaitement rappelées.
Ensuite, l'autre décloisonnement, c'est évidemment public/privé avec des grands groupes et des acteurs historiques, à la fois de l'imagerie, du logiciel et de la santé, qu'il s'agisse d'ailleurs de bio production, BioTech, ou évidemment de tout ce qui est matériels médicaux, parce qu'il y a un continuum là aussi qu'il nous faut penser sans aucune rupture. On le sait très bien. Et nos défauts, ça avait été parfois de rompre avec toute une stratégie d'accélération du financement public, on l'a mis dans la stratégie de notre programmation.
Privé, avec les fameux fonds Tibi qu'on avait laissés un peu plus d'un an, on a remobilisé l'argent des institutionnels vers le financement de nos startups pour faire en bon français ce qu'on appelle le SkalUP, c'est-à-dire les aider à accélérer. Parce que dans un domaine comme la santé, et en particulier la santé numérique, la rapidité d'accès aux financements lourds est extrêmement importante, et donc la capacité à créer facilement, mais surtout à se développer et à lever des Tibi de plus en plus importantes est clé. Et on a plusieurs de ces fonds, je crois 9 fonds Tibi qui sont consacrés dans le contrôle de France Biotech évidemment à tout ce domaine de la santé, et donc ça, c'est une autre synergie qui va permettre d'être développée autour de ce site.
Et enfin, il y a tous les aspects que vous avez évoqués, qui sont à la fois éthiques et de souveraineté. Et moi, je vois dans la santé un formidable levier pour repenser en quelque sorte, comme on a commencé à le faire avec l'intelligence artificielle, le numérique dans ce cadre. C'est-à-dire au service des citoyens.
Et donc en utilisant la rapidité, qui est indispensable, vous l'avez très bien rappelé. Si on veut être compétitifs, si on veut être les leaders, si on veut apporter des solutions structurantes, on doit aller plus vite et plus fort que les autres dans une logique française et européenne. Et donc c'est ce qui fait que quand il y a pas de solution française, ils ont une raison d'aller chercher des clouders américains.
Parce qu'ils peuvent pas rattraper en 6 mois un retard de 10 ans. Ce qui est vrai aujourd'hui, c'est qu'on doit être à la fois pragmatiques et exigeants. Et donc derrière, ils ont aidé aussi à développer OVH, d'autres solutions beaucoup plus françaises progressivement corrigées.
Et je crois que ce qu'il faut faire nous, c'est être à la fois réalistes, et donc ne pas perdre de vitesse, et très exigeants en matière de souveraineté, c'est-à-dire bâtir une souveraineté européenne, parce que c'est le bon cadre d'action. Ca, c'est ce qu'on va faire avec en particulier la commission, et la directive qui arrive sur les services digitaux, qui va nous permettre, pour la santé, mais plus largement pour le numérique, de progressivement réduire notre dépendance aux Anglo-Saxons, plus spécifiquement en matière de contrôle de nos données, et donc de construction d'un cloud européen véritable et de nos propres régulations. Ca, je pense, c'est très important, parce qu'aujourd'hui, nos citoyens ont cette préoccupation, elle est légitime.
Enfin, ça a été très bien dit, aujourd'hui, on fait la recherche mondiale sur des systèmes de recherche qui sont américains, sur des clouds américains, et aujourd'hui, tous nos citoyens échangent de la donnée même sans le savoir sur du cloud américain. Pourquoi ? Parce qu'on est en train de consolider nos solutions propres, grâce au travail de nos organismes de recherche et nos acteurs, et on en devait pas perdre en vélocité pour autant.
Et donc la souveraineté, je pense, va se construire autour de ce projet aussi, parce qu'il en sera un des emblèmes, et ça va nous permettre aussi de penser et poser le cadre éthique. Et vous l'avez très bien dit. On a vu pendant toute cette crise à chaque fois, comme on rentrait en tension sur les sujets de l'intime, des libertés individuelles, quand on a des contraintes collectives qui sont posées.
Moi, je suis convaincu qu'on aura de plus en plus ces sujets qui vont arriver, parce qu'on rentre dans une ère qui est liée aussi à la mondialisation des flux, des circulations, où l'articulation entre l'individuel et le collectif va être de plus en plus forte. Tout est imbriqué. Mais aussi sera posée la question de savoir comment je protège mon intimité et celle de mes données, et je ne fais pas obstacle à la création de solutions collectives qui sont meilleures pour tout le monde.
Et ça, ça se pense dans un cadre de régulation, mais ça se pense dans un cadre éthique, philosophique. Et je crois que le partenariat qui est fait justement autour de ce projet est absolument essentiel. Il doit être transparent, il doit être posé, parce que sinon, notre grand risque, c'est de voir arriver un nouvel obscurantisme.
Et il est là. C'est pas de la politique fiction que je fais. Le complotisme qu'on voit à l'oeuvre, l'espèce de nouveau relativisme qui prend, y compris le pays de Pasteur et des lumières, parfois à la gorge, qui dans d'autres démocraties est encore plus virulent.
On ne peut y répondre qu'en mettant justement de la transparence, de l'intelligence et cette réflexion interdisciplinaire qui, à un moment, permet de poser ce cadre. Ca, je pense que ça sera votre défi, et il est clé. Et je pense qu'on doit aussi dans ce cadre d'ailleurs repenser, c'est ce que vous faites, mais nos objectifs en termes de sécurité et en termes de contrôle des libertés.
Et donc on aura un gros travail aussi à faire en lien avec tout ce que vous faites avec à la fois l'Anssi et la CNIL, qu'il ne faut pas oublier, parce qu'ils ont aujourd'hui défini des protocoles dans lesquels vous vous inscrivez, mais ils sont les acteurs de la protection des libertés individuelles et de la protection de souveraineté de toutes ces données qu'on aura, si je puis dire, à manipuler. Je ne veux pas être plus long, mais je vous remercie infiniment en tout cas pour cette mobilisation, la création je crois de ce site extrêmement innovant. Et je pense qu'on est collectivement en train de consolider au fond la capacité à casser les chapelles et les corporatismes.
Moi, je suis très optimiste sur la France de dans 10 ans. Très optimiste. Parce que je pense qu'on a une force de résilience incroyable, que nous sommes un pays d'inventivité, qu'on est un pays de création, de recherche, qu'on vient de se redonner, avec une loi exceptionnelle, les moyens de cette recherche, comme on ne l'avait jamais fait sur le plan financier.
Je pense que nous, notre maladie génétique, si je puis dire, ce sont les corporatismes. Et on le sait. Et donc le défi, ce que vous êtes en train de faire sur ce site, c'est de casser les corporatismes en mettant les gens ensemble qui vont découvrir qu'il n'y a aucune raison d'avoir de la méfiance réciproque.
Je pense que c'est le plus grand accélérateur d'intelligence et d'innovation. Donc merci pour ça, et on sera à vos côtés à fond. Merci beaucoup. (Applaudissements)
Emmanuel Macron