Inflation : comment consommer autrement ?
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Temps de parole
- Invité40 %
- Présentateur21 %
- Présentateur 221 %
- Auditeur4 %
- Auditeur 24 %
- Auditeur 34 %
- Auditeur 43 %
- Auditeur 52 %
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Un tiers des Français ont déjà réduit leurs dépenses de produits dits essentiels, et pas seulement la nourriture, les médicaments aussi, ce qui est évidemment inquiétant. Conséquence de l'augmentation des prix liée à la guerre en Iran, les factures des Français ne cessent de grimper, le diesel n'a jamais été aussi cher, à plus de 2,30€ le litre, c'est une flambée historique. Alors au Téléphone Zone, ce soir, nous vous demandons si vous avez déjà modifié vos habitudes de consommation, que ce soit à la pompe ou au supermarché. Envisagez-vous par exemple un covoiturage pour vos prochains trajets, y compris sur votre lieu de travail. Quelles conséquences également pour vos projets de vacances ?
Cette séquence inflationniste vous incite-t-elle à réfléchir à une autre façon de consommer ? Et puis on en profitera d'ailleurs pour s'intéresser au sens et à la finalité de cette société dite de consommation. Alors venez-nous faire part de vos témoignages, de vos questions. On vous attend, 0145 24 7000, ou bien via l'appli Radio France. Le téléphone va sonner jusqu'à 20h.
Avec un premier témoignage ou une première question de Jean-Louis qui nous appelle de Marseille.
Bonsoir Jean-Louis. Bonsoir Eric, bonsoir à vos invités. Je voulais vous faire part effectivement de mon avis. Selon moi, une guerre prolongée au Moyen-Orient nous imposerait de consommer autrement, nous créant ce que j'appellerais une vie tout en moins. Moins de déplacements en utilisant pour ceux qui le peuvent le télétravail, mais aussi moins de loisirs ou moins loin. Moins de consommation non essentielle, ce qui peut faire débat sur le foie, avec des conséquences économiques tout en plus. Plus d'entreprises en difficulté, de fourmage, de déficit, de toits en hausse, d'endettement, de fractures sociales aussi.
Créant une spirale récessive classique dans une économie de consommation comme la nôtre. Bien. Merci de ce premier témoignage. Je sentais que vous commenciez à lire vos notes. Alors là, je vous coupe. Merci de ce premier témoignage, Jean-Louis de Marseille. Avec ce soir, deux invités pour vous répondre. Hervé Elbrun, vous êtes professeur à l'ESCP Business School. Vous êtes aussi co-directeur de l'Observatoire Marc Imaginaire de la consommation et politique à la Fondation Jean Jaurès. Vous êtes l'auteur de plusieurs ouvrages, notamment « Peut-on consommer mieux ? » paru en 2020.
Et Franck, l'EUD, directeur des études et de recherche au CREDOC, le Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie. Je vais me tourner vers vous, Hervé Elbrun, parce que vous avez signé, supervisé en tout cas, un ouvrage, justement, qui était intitulé « Peut-on consommer autrement ? » Alors, notre auditeur nous dit « Consommer autrement, c'est forcément consommer moins. » Vous avez un autre point de vue, je pense.
En fait, notre société consumériste, elle s'appuie sur l'idée d'abondance. Et derrière l'idée d'abondance, il y a l'idée de remplissage. Il faut remplir un caddie, remplir des estomacs, etc. Et en même temps, on est très attiré par toutes les philosophies orientales, autour du vide, etc. Donc, de l'évidement. Et puis, cette société, elle est aussi construite autour de l'idée qui a été promue par le libéralisme au XVIIIe siècle, qui est le libre choix de l'individu. Et d'ailleurs, le libre choix de l'individu, qui d'ailleurs a orienté notre idée de la liberté.
Parce qu'en fait, la liberté, la notion de liberté politique, elle vient, comme l'a montré une philosophe américaine qui s'appelle Sophia Rosenfeld, de l'idée de choix qui s'origine notamment dans le choix quand on achète. Alors qu'en fait, pour les anciens, la liberté, c'était le fait de ne pas dépendre du libre arbitre d'autrui. Donc, cette question du choix, elle s'est imposée dans la société de consommation. Et le problème, c'est que c'est une fiction parce que beaucoup de nos choix de consommation sont régis par des effets de structure, donc par des effets de système, notamment des hypermarchés, des autoroutes, des systèmes logistiques, etc. Et surtout par des routines.
Et en fait, si on veut changer le système de consommation, en fait, il faut changer toute la structure, c'est-à-dire l'articulation, production, distribution, consommation. La consommation, ce n'est pas simplement le fait d'acheter. C'est tout un ensemble de pratiques par lesquelles on va échanger du sens et de la valeur avec d'autres personnes. On consomme toujours avec les autres, pour les autres et par rapport aux autres. Donc, c'est un ensemble de pratiques socialisées. Mais quand on réfléchit à ce qu'on fait le matin quand on se lève, se laver les dents, prendre un café, prendre un petit déjeuner, etc.
Donc, ce sont des pratiques culturelles et socialisées, mais qui sont engrammées dans des routines. Et donc, en fait, on va dire deux tiers des pratiques de consommation sont l'objet de décisions automatiques. Et donc, c'est à tout ça qu'il faut repenser.
Et on redéfinira avec vous, Benoît Elbrun, on redéfinira ce qu'est cette société. J'ai changé de prénom entre temps, mais c'est la société du choix, vous voyez, c'est bien. Benoît Elbrun. Franck, l'EVD, je rappelle que vous êtes directeur d'études et de recherche au Credoc. Quels sont les premiers réflexes de consommation des Français face aux hausses des prix en général ? On commence à renier sur quoi ? Alors, en fait, il n'y avait pas de général jusqu'à 2022, parce qu'on a vécu pendant 40 ans ou depuis les années 70, en tout cas, sans vraiment hausse des prix, sans inflation importante. Et donc, il a fallu réapprendre ce qu'était l'inflation et comment s'y préparer.
Et là, ce qui est assez symptomatique cette fois-ci, donc deux ans après le dernier épisode, ce nouvel épisode d'inflation qu'on a connu, c'est que les gens réagissent très vite. Il y a une sorte d'apprentissage qui s'est fait et qui amène à ce que... Ben, on voit que les prix de l'énergie augmentent et on se dit, ben, je vais déjà aller remplir l'essence ou le gasoil dans ma voiture parce que comme ça, je serai sûr d'en avoir. Donc, il n'y aura pas de pénurie pour moi. Et puis, je vais bénéficier des prix avant qu'ils montent trop. Donc, premier élément, c'est cette notion de ne pas avoir de pénurie et essayer de trouver le prix le plus bas tant que le...
On s'adapte pour l'instant plus qu'on ne se prive. Alors, ça, c'est le premier élément. Deuxième élément, une fois qu'on a parlé de l'énergie, où c'est vraiment là qu'on a des augmentations de prix importantes aujourd'hui, on se dit, mais la dernière fois, ça a augmenté sur l'alimentaire. Donc, il faut que je fasse attention à l'alimentation dès aujourd'hui. Et donc, du coup, on se dit, c'est quoi les produits sur lesquels je pourrais jouer ? Il y a des produits qui coûtent cher. La viande, le fromage, le poisson. Et donc, je vais tout de suite réduire sur ces produits-là parce que je me dis, je mets un peu d'argent de côté, une poire pour la soif, pour les foies d'après.
Et puis, on va regarder l'évolution des prix et on va se dire, si là, ça augmente trop, je vais réduire. Et je vais, pour faire ça, multiplier mes fréquentations des magasins. Avant, j'y vais, j'y allais une fois par semaine. Et bien là, je vais peut-être y aller deux fois ou trois fois. Et je vais mettre les magasins en concurrence pour que, dès qu'il y en a un qui fait un anniversaire, qui me propose une promo ou ainsi de suite, et bien, je vais aller chez lui. Donc, il y a une hyper réactivité des gens aux promotions qu'on va leur proposer. Je me retourne vers vous, Benoît Elbrun. Que signifie pour vous d'aller acheter en cherchant l'effet d'aubaine, finalement ?
Ça prend quel sens ? L'effet d'aubaine, c'est d'aller chercher toujours la meilleure opportunité. Et d'ailleurs, le marketing a inventé la notion de consommateur, en fait, qui est un atome, donc qui est isolé, qui n'a aucune loyauté à l'égard d'un fournisseur, contrairement à la notion de client. Et ça, c'est une invention assez récente. Et donc, l'idée, c'est que, effectivement, comme l'a dit Franck, on voit une multiplication, par exemple, d'enseignes fréquentées. C'est-à-dire qu'on a une enseigne de référence, mais on va aller chercher en fonction des coupons de réduction.
Et en fait, ce que ça montre, c'est qu'au-delà de l'effet de contrainte, la consommation devient un véritable travail. Il faut chercher de l'information, on va chercher des bons de réduction, etc. Donc, en fait, on accrédite l'idée que la consommation est devenue un travail. Et ce qui est important, c'est que tous les individus ne sont pas égaux par rapport à des capacités d'effet d'aubaine, parce qu'il faut des compétences. Ces compétences, on les apprend dans la famille, on les apprend à l'école, savoir comparer, savoir compter. Le bon plan, c'est-à-dire le système D, ça montre l'intelligence des consommateurs qui vont contourner les effets de structure.
Mais pour ça, il faut avoir un certain nombre de compétences. Tout le monde ne les a pas. Et en fait, je rappelle une chose qui est difficile peut-être à accepter, mais les gens pauvres ont tendance à acheter plus cher que les gens qui ont des revenus aisés, parce que les gens qui ont des revenus aisés ont plus de capacités de négociation, peuvent anticiper, peuvent stocker, peuvent épargner, et donc ont une plus grande liberté.
On ne prête qu'aux riches, au final, ça s'avère ?
Je ne sais pas si on prête qu'aux riches, mais ce que je veux dire, c'est que là, c'est pour ça que moi, j'ai toujours défendu l'idée qu'il fallait éduquer les citoyens à la consommation, notamment à partir de l'école primaire, en expliquant à des enfants comment décoder un packaging, comment décoder une publicité, les emmener dans les magasins pour comprendre comment est implanté un rayon et pourquoi se faire naguer quand on achète en tête de gondole. Et avoir une distance un peu critique
sur ce que l'on a devant nos yeux, évidemment. On va retourner au standard. Charlotte nous attend. Bonsoir, Charlotte.
Oui, bonsoir.
On vous écoute.
Alors du coup, moi, je suis vétérinaire rurale, donc vétérinaire pour les vaches, les chiens et les chats, en Dordogne. Et donc là où je suis, sans voiture, c'est juste ingérable. Et en fin de compte, on ne peut pas s'en passer. Donc même si le prix du gasoil est à 2,50 euros le litre, on n'a pas le choix. Moi, par exemple, ce matin, j'ai été à une heure et demie de chez moi, donc du coup 90 kilomètres quasiment, et aller et retour. Et il n'y a pas le choix. Quand vous avez une vache qui est malade et dans un endroit où il n'y a pas de vétérinaire et tout, il faut le faire. Et ce coup, on ne peut pas forcément le reporter. Après, c'est sur nos clients, sur nos patients, en contre.
Donc, moi, ça me fait gentiment rire parce que c'est vrai que je viens de Paris initialement, mais maintenant, je suis en Dordogne. Mais quand j'entends dire, oui, il faut utiliser les transports en commun ou marcher, oui, quand on a ses distances à parcourir, même juste pour aller faire ses courses et tout ça, ce n'est pas gérable. En fait, surtout qu'on n'a pas de chemin, on n'a pas de transport en commun. Donc, eh bien, sur les sens ou sur la voiture, oui, moi, j'aurai la volonté. Quand je rends visite à ma famille en région parisienne, je ne fais que marcher. J'explose mon compteur iPhone. Mais sinon, ici, chez moi, en Dordogne, ce n'est pas possible, malheureusement.
Donc, c'est bien joué de vouloir faire des économies. Mais en concret, ce n'est juste pas possible.
Merci beaucoup de ce témoignage, Charlotte. Et je précise, effectivement, vous l'avez fait que vous habitez en Dordogne. Benoît Elbrun, vous le disiez. Chacun n'a pas les mêmes chances en fonction de son salaire, en fonction de là où il habite. Chacun n'a pas les mêmes réactions
face à l'augmentation des prix. D'abord, merci à Charlotte de nous rappeler que tous les métiers ne sont pas remplacés par l'intelligence artificielle. Ça, c'est le premier point. Deuxièmement, le gasoil, c'est un bien inflammable au sens propre et figuré. Parce que les Français sont capables de descendre dans la rue pour l'augmentation du gasoil. Parce que c'est considéré comme une dépense contrainte. Je rappelle que deux tiers des Français sont dépendants de leur voiture pour aller travailler. Donc, ça, c'est fondamental. Effectivement, quand on parle de consommation, on parle souvent des Parisiens. Ce n'est pas là que ça se passe. C'est en province, notamment dans les petites villes.
Donc, il faut considérer, effectivement, que si le prix du gasoil augmente, ça va affecter ce qu'on appelle le budget arbitrable, c'est-à-dire ceux qui restent au ménage quand on va retirer du budget disponible les dépenses précontraintes, les abonnements, l'énergie, etc. Et donc, on en revient à cette idée de la liberté, du choix et de l'autonomie. Parce qu'en fait, pourquoi est-ce que c'est crispant, cette situation ? Parce qu'on se rend compte que notre liberté de choix se restreint de plus en plus parce que le budget arbitrable, finalement, ça me nuise. Franck Lebedet ?
Ce que Charlotte nous dit, c'est qu'on n'est pas tous égaux en fonction de l'endroit où on vit. Dans les données qu'on peut voir par rapport à la vulnérabilité, par rapport au carburant, on a en moyenne 10% des gens qui vont avoir, à certains moments dans l'année, des difficultés à payer ces dépenses en carburant pour pouvoir se déplacer. 10% en moyenne. Et quand on regarde pour les agriculteurs, on est à 32%. Quand on regarde pour les gens qui sont hors zone rurale, on est à 31%. Donc, on voit bien que là, il n'y a pas du tout d'égalité. Quand on est dans les grandes villes, c'est 4% des gens qui ont ce problème-là. Donc là, ça pose très clairement le débat.
Et ça rappelle que les Gilets jaunes étaient souvent dans ce qu'on appelle la périurbaneité. Et ce sont des périurbains. Ces Gilets jaunes qui s'étaient mobilisés à 1,50€ le litre de gasoil. Vous vouliez réagir ?
Non, je veux réagir parce qu'il y a ici un point qui est important. C'est la différence entre la perception et la réalité. Parce que quand on regarde l'évolution de la structure du budget des Français, on s'aperçoit qu'évidemment, il y a une modification. Par exemple, l'alimentation qui est représentée, un tiers représente aujourd'hui 13 à 14%. Mais surtout, moi, ce qui me frappe, c'est que le poste énergétique n'a pas changé depuis 5%. C'est moins de 9%. Donc là, on va augmenter à 9,5%. Mais quand on regarde les chiffres, on va agglomérer le logement et l'énergie. Donc, on va arriver à 25%. En fait, c'est le logement qui a explosé au cours des 50 dernières années, mais pas l'énergie.
Donc, ça veut dire que, certes, il y a un problème réel, mais surtout, il y a un problème de perception. Et donc, c'est ça aussi qu'il faut expliquer, c'est que, encore une fois, tout ça, c'est lié à des effets de structure, et notamment, on parlait des transports en commun. C'est-à-dire que ce sont des choix auxquels les citoyens n'ont pas accès. Donc, si on veut changer le système, il faut renforcer toutes les formes de démocratie délibérative qui vont permettre aux citoyens, comme ça a été pas le cas dans la Convention citoyenne pour le climat, qui malheureusement n'a pas eu des faits, d'exprimer des choix. C'est ce que j'allais vous dire,
les actions citoyennes, souvent, passent à l'as par le politique qui n'en tire pas toujours les... Oui, mais pourtant,
on ne s'en sortira que par des actions délibératives.
Franck Le Bédé, y a-t-il des études qui mesurent le potentiel de souffrance des Français ? Est-ce qu'ils sont prêts à accepter ? Je parlais des Gilets jaunes tout à l'heure. Alors, c'est pareil. Sur ces études-là, en fait, quand on demande aux Français s'ils sont heureux, dans l'ensemble, c'est relativement stable à travers les décennies. On peut avoir des moments où, en fait, dans sa vie, on ne se sent pas bien. On voit qu'il y a des questions quand même qui se posent, là, après la Covid, sur les jeunes. Mais c'est un mélange de situations individuelles et de possibilités de se projeter, en fait, dans l'avenir.
C'est-à-dire que ce que Benoît explique, c'est qu'en fait, on a une sorte de société qui est organisée autour d'une promesse où on a dit aux gens tu vas bien travailler et puis, enfin, tu vas bien faire tes études, ce qui te permettra d'avoir un métier et puis de bien travailler et d'avoir un salaire correct et ce salaire, il te permettra de consommer. Mais en soi, la finalité de la vie, elle pourrait être autre chose que la consommation. Et là, en mettant ça en avant, cette consommation, on a permis aux gens d'accéder à un certain niveau de bien-être, de bonheur, matériel particulièrement. Mais il y a bien d'autres dimensions qui peuvent expliquer le bonheur.
Oui, niveau d'ailleurs auquel on s'habitue, c'est ce qu'on appelle le tapis roulement édonique. En fait, on ne s'aperçoit pas que notre niveau de confort s'améliore d'année en année. C'est pour ça que le pouvoir d'achat augmente, le revenu disponible augmente, mais on a l'impression qu'il diminue. Mais simplement, pour compléter ce que dit Franck, l'INSEE a deux séries de mesures. Il y a une mesure objective sur les privations matérielles. Donc, en fait, on mesure 13 types de privations matérielles. Et si on estime qu'il y a plus de 5 privations matérielles, on est dans une situation de pauvreté.
Alors, la privation, c'est par exemple avoir deux paires de chaussures, c'est pouvoir inviter des gens à la maison, c'est pouvoir chauffer son logement. Et donc, il y en a 13. Et donc là, on objective, en fait, la pauvreté. Donc, je rappelle que ça concerne 12,7% des Français. La pauvreté ? Oui, ce chiffre est en augmentation. Donc, c'est-à-dire des gens qui ont plus de 5% 5 points de souffrance. Et après, on mesure une autre chose qui est beaucoup plus subjective. Donc là, on est dans la perception, c'est les difficultés financières, c'est-à-dire à financer un crédit, à finir les fins de mois, etc. Et là, on est plutôt à 22%. Bon. Mais, voilà.
Donc, ça veut dire que ça s'inscrit quand même dans un contexte, je le rappelle, de paupérisation de la société française qui touche l'ensemble des sociétés européennes. Ce n'est pas simplement la France.
Catherine est en ligne au Standard de France Inter. Bonsoir, Catherine.
Oui, bonsoir. Eh bien,
on vous écoute.
Bon, merci de m'écouter. Moi, je voulais juste témoigner d'une... Je suis dans une démarche de transformation, en fait, me concernant. Il y a quelques années, il n'y a pas si longtemps, d'ailleurs, j'ai vécu l'expérience de la voiture partagée. J'ai partagé une voiture avec une amie pendant trois ans et c'était vraiment très agréable et moi, ça me semblait beaucoup plus cohérent avec ma façon de vivre. Donc, on partageait les frais, l'assurance, tout ça, et on s'est retrouvées toutes les deux. Donc, ça, c'était super et après, j'ai décidé d'arrêter la voiture, par exemple, parce que j'ai découvert un réseau local de transports en commun et que je fais beaucoup de vélos.
Moi, je suis à Saint-Nazaire, c'est hyper facile de faire du vélo et tout me va bien, en fait. J'aime aussi ne pas être esclave de la bagnole, c'est-à-dire au niveau du coût financier, au niveau des pannes, au niveau de ce que coûte aujourd'hui une voiture avec toutes ses gadgets et une réparation coûte un bras, il faut quand même le dire. Donc, moi, tout ça, j'avais envie de sortir de ça et je m'y retrouve aujourd'hui vraiment très bien. J'ai un pouvoir d'achat qui augmente parce que je fais gaffe à des choses et attention, je ne suis pas militante, je ne suis pas là pour convaincre. Pour moi, au départ, c'était explorer d'autres façons de vivre et voir si ça me plaît.
Je n'ai plus de télé, je n'ai plus de four, enfin, je n'ai plus de voiture, il y a plein de choses que je n'ai plus mais si ça m'avait manqué, j'aurais repris. Mais ça m'a rendu heureuse, en fait.
C'est un beau témoignage. Mais votre copine, elle est heureuse aussi ou pas de se faire abandonner de la sorte ?
C'est trop jose peut-être. Merci beaucoup de ce témoignage, Catherine, qui à Saint-Nazaire a donc vécu l'expérience du partage et on entend derrière son témoignage, Franck Le Bédé pour le Crédoc, une notion de déconsommation, presque de décroissance. Ça, encore court ? On en entend beaucoup parler il y a quelques années, on en parle un peu moins. Alors, décroissance, on pourra revenir dessus mais ce qui est intéressant dans ce que dit l'auditrice, c'est que il y a 30 ans, quand on faisait nos enquêtes au Crédoc sur qu'est-ce qui est heureux, il y avait avoir, détenir, posséder, qui étaient des mots qui étaient importants. Et là, c'est le partage de l'auditrice.
Une belle maison et là, justement, ce qu'on voit dans nos enquêtes, c'est partage, on est sur l'émotion, on est sur des sentiments qui sont beaucoup plus présents. Il y a toujours la nécessité d'avoir un minimum de choses mais on ne passe plus nécessairement son bonheur par cette notion de détenir et de posséder. Une question sur l'art de consommer. Je me retourne vers vous, Benoît Elbrun. En fait, nous achetons, nous détruisons et nous rachetons. C'est ça le principe de la société dite de consommation ?
Non, le principe de la société de consommation, c'est la stimulation permanente et en fait, ça vient de l'invention de la mode au XVIIe siècle par Louis XIV, c'est-à-dire l'idée qu'on va toujours aller chercher la nouveauté donc ce qu'on va appeler l'obsolescence de style. C'est parce que je disais que nous achetons, nous détruisons.
Voilà, et après on détruit alors effectivement on détruit parce que depuis on a inventé les produits jetables mais ce n'était pas le cas à l'époque donc derrière ça il y a évidemment toute la problématique du recyclage mais encore une fois il faut faire attention parce que la possession c'est un mécanisme psychologique très important dans la formation des enfants c'est-à-dire que les enfants dès 2 ou 3 ans comprennent ce qui est à eux donc la notion de mien est assez vite comprise donc il ne faut pas non plus détruire la notion de possession ce qu'il faut c'est ne pas corréler la possession et l'accumulation donc il faut sortir d'une logique d'accumulation je rappelle que chacun d'entre nous possède de l'ordre de 10 000 objets à la maison on ne se rend pas compte oui donc il faut sortir de ça et là la piste qui a été évoquée c'est effectivement l'économie de la fonctionnalité c'est-à-dire utiliser davantage que posséder donc ça c'est une piste mais qui nous ramène encore une fois une question qui est que la souveraineté du consommateur c'est pas simplement la liberté individuelle de choisir ça concerne la répartition entre les biens communs et les biens privatifs et c'est ça la réflexion qu'il faut mener c'est un choix politique sachant qu'en France il n'y a pas de politique de la consommation il n'y a pas de ministre de la consommation nous avons un ministre du pouvoir d'achat ce n'est pas un sujet politique il faut le mettre à l'agenda politique
le pouvoir d'achat vous avez aussi écrit contre la notion
du pouvoir d'achat tout à fait
ce que nous cache le mythe du pouvoir d'achat c'était le titre de votre livre en quoi est-ce un mythe et même vous écriviez une obsession rendue
trop entendue dans le débat public parce que en fait une société d'abondance c'est une société qui n'est plus capable de promettre une augmentation des salaires donc du coup le discours va se déplacer sur le prix bas donc depuis la fin des années 50 on s'aperçoit qu'il y a une rhétorique du prix bas qui est utilisée par les politiques mais surtout par les distributeurs et en fait ce que j'ai expliqué dans ce petit ouvrage c'est que c'est un mythe parce qu'un mythe en fait c'est un récit culturel c'est une histoire qu'on se raconte sans repenser les fondements et en fait mettre ensemble la notion de pouvoir et la notion d'achat pour moi ça n'a aucun sens c'est un oxymore ce qui est important c'est le pouvoir de vivre c'est à dire c'est de permettre à des individus d'avoir une existence décente et ça passe par des activités de consommation au sens large qui sont effectivement l'achat de biens essentiels ou nécessaires comme les biens alimentaires mais aussi la capacité de se déplacer l'éducation la santé les biens culturels c'est tout ça la consommation on parle de consommation culturelle et donc en fait c'est pour ça qu'il faut bien considérer que ce qui est important c'est pas le pouvoir d'achat c'est le revenu disponible le revenu disponible il augmente et dans le revenu disponible on va notamment intégrer les prestations sociales parce qu'il faut savoir que tout un ensemble d'activités de consommation je pense la santé et l'éducation en France sont gratuites sur le pouvoir d'achat Franck Leued
tout ça ça marche cette question de pouvoir d'achat telle que Benoît le présente quand en fait on a des prix qui sont relativement faibles ce qu'on a connu sur une période très longue entre les années 1980 et en gros 2008 et même maintenant et ça s'est fini avec la crise des subprimes et ça s'est fini voilà à ce moment là une première fois puis ensuite avec donc l'inflation qu'on a connue en 2021 2022 2023 jusqu'à 2023 et donc là du coup si on en connait une autre il se passe un truc où les gens se disent vous me dites que j'ai du pouvoir mais à l'arrivée j'en ai pas et par contre ce que j'ai c'est du vouloir pendant quelques années il y avait cette notion de j'ai du pouvoir d'achat mais il n'est pas si fort que ça et j'ai un vouloir d'achat qui est beaucoup plus fort et on a un système qui insuffle ce vouloir cette envie ce désir nous sommes toujours sollicités pour acheter toujours sollicités par la publicité par des nouveaux produits des nouveaux services qui sont proposés et donc à un moment à un autre si vous avez une notion de pouvoir que vous mettez en avant mais que parce que les revenus n'augmentent que très peu et parce que les prix d'un seul cas augmentent fortement vous avez non pas une déception mais vraiment du côté des gens des revendications qui vont être fortes Alice nous appelle bonsoir Alice vous êtes à l'antenne
bonsoir merci de prendre mon appel je suis vraiment ravie de enfin pouvoir partager une idée ça fait assez longtemps que j'essaye
on est content de l'entendre
alors on sait très bien comment on était on n'arrive pas à toucher une voiture noire tellement elle est chaude et une voiture blanche on peut l'idée que enfin moi l'utilisation que je fais j'ai en fait chez moi un rideau noir que je mets sur les barres de rideaux et ce rideau noir en fait absorbe les rayons du soleil et chauffe voilà il faut en fait le mettre à une dizaine de centimètres de la fenêtre pour que l'air puisse circuler autour et en fait ça peut être un rideau plus ou moins épais moi j'emploie une doublure un tissu en doublure il y en a pour à peu près 3 euros 4 euros le mètre et donc ça permet un tout petit peu à la lumière de passer si on n'est pas chez soi et qu'on veut en profiter on peut mettre un rideau un peu plus opaque ce sera encore plus efficace mais voilà je reviens d'avoir travaillé mon appartement il est tout à fait tiède alors que j'ai éteint le radiateur et je connais des personnes qui font ça dans le Jura où même s'il neige dehors enfin s'il y a de la neige dehors il fait vraiment froid ce système fonctionne complètement on peut éteindre le chauffage
et il fait chaud chez vous merci beaucoup de ce témoignage grâce à ce rideau noir qui absorbe la chaleur Benoît Elbrun vous en parliez aussi consommez autrement c'est un peu le système de la débrouille parfois
là c'est typiquement l'intelligence de la consommatrice si je puis dire c'est à dire le système D et ce qui est intéressant c'est que là on est face à une pratique c'est à dire qu'on fait quelque chose donc quand je parlais tout à l'heure de la consommation comme travail c'est l'idée qu'il faut aussi que les gens retirent une fierté de faire des choses qui vont affecter leur modèle de prédation et donc ça c'est vrai pour le rideau mais ça peut être la cuisine la pâtisserie la broderie etc l'autoproduction c'est un élément fondamental pour redonner justement de l'autonomie aux personnes la fierté de faire des choses et de donc de se sentir moins dépendant de tout un système de production
et d'avoir au final moins de frustration donc ce qui est l'objectif Nathalie nous appelle des Alpes-Maritimes bonsoir Nathalie
oui bonsoir merci de prendre mon témoignage donc il y a beaucoup de choses qui ont déjà été dites mais moi je voudrais revenir sur la consommation ma façon de consommer donc depuis plusieurs années j'ai porté une réflexion notamment par rapport à l'environnement et à la surconsommation que j'avais par rapport aux vêtements notamment et je m'en trouve très heureuse je ne me sens pas du tout privée bien au contraire j'ai réduit mon temps de travail parce que j'ai des besoins qui sont moins importants et par contre j'attache une très grande importance à l'alimentation et à mon confort chez moi donc voilà et par contre ce qui m'agace ce sont que toutes les inflations tous les impacts que nous avons liés aux guerres liés au Covid ne soient pas pris par les politiques et qu'il n'y ait pas vraiment voilà de comment dire
de solutions proposées par les politiques on en parlera peut-être tout à l'heure à la fin de cette émission
citoyenne malgré tout ce qu'on a pu proposer et voilà nous sommes toujours pris au piège pour certains de devoir prendre effectivement leur voiture parce qu'on n'a pas le choix
merci de ce témoignage Nathalie dans les Alpes Maritimes Franck Le Bédé notre auditrice Nathalie dans les Alpes Maritimes elle a pris conscience de la surconsommation et j'ai entendu que parmi les premiers gestes ça a été celui de moins acheter de vêtements le vêtement c'est la première ligne budgétaire qu'on peut supprimer c'est une ligne budgétaire sur laquelle les consommateurs jouent beaucoup en effet depuis la fin des années 2000 on est sur un système sur lequel les français dépensent moins en vêtements ils dépensent moins en vêtements parce qu'on leur propose des vêtements à moins cher donc il n'y a pas qu'une diminution des quantités mais il y a eu l'arrivée de la fast fashion d'abord et puis ensuite maintenant de l'ultra fast fashion qui amène à ce que les prix ont diminué sur ces produits-là et puis il y a aussi le vieillissement de la population française qui fait que quand on a 20 ans on sort plus on est plus en relation avec les autres on a envie d'avoir plus de vêtements différents quand on en a 40 on a déjà un peu passé cette dimension-là l'INSEE montre que c'est à partir de 35-40 ans que toutes choses égales par ailleurs on a une diminution de nos dépenses de vêtements et quand on en a 60 c'est encore plus le cas on achète moins donc avec le vieillissement de la population française structurellement on a des dépenses de vêtements qui diminuent acheter moins de vêtements et acheter des vêtements de seconde main c'est aussi un marché en plein essor oui
alors d'ailleurs le témoignage de Nathalie montre bien qu'il ne faut pas agglomérer l'austérité et la sobriété c'est-à-dire que acheter moins ça ne veut pas dire qu'on est dans un contexte d'austérité de privation ça veut dire qu'on va mieux profiter des objets alors la seconde main effectivement c'est un marché qui se développe je lisais un article hier je crois dans les échos qui expliquait que Vinted est aujourd'hui le premier distributeur de vêtements en France de vente d'hécathlon qui habillait spécialiste de la seconde main spécialiste de la seconde main donc ça veut dire quoi ça veut dire que c'est une pratique qui n'est pas nouvelle donc on recycle quelque chose qui existait mais qui va sans doute se généraliser et donc ça veut dire que encore une fois la consommation peut être une source de revenus c'est-à-dire qu'on a des jeunes qui vivent aujourd'hui de revenus de revente de vêtements sur Vinted et ça veut dire quelque chose de très important à mes yeux c'est que pour que ce système fonctionne il faut des produits de qualité et donc ça veut dire qu'on va devoir fabriquer peut-être moins d'objets moins de vêtements mais plus qualitatifs vous avez conscience
que ce n'est pas du tout la direction que l'on prend en ce moment on parlait de Chine ou de Tému et autres qui apportent des t-shirts à bas prix
oui mais parce que parce qu'effectivement ça c'est une alternative à ce que je suis en train de dire mais de façon générale il faut bien comprendre qu'on a une équation à résoudre qui est la raréfaction des ressources le fait qu'on veut quand même construire une société plus équitable et le fait qu'il faut aussi construire de la valeur économique pour préserver le travail donc ça veut dire que mécaniquement il faut s'habituer au fait que le prix des produits va augmenter structurellement au cours des prochaines années et donc ça veut dire que ça ne peut fonctionner que si on partage mieux la valeur et les ressources et si on a des produits qui sont plus qualitatifs et oui et c'est ça le projet politique
je n'ai pas le sentiment que ce soit l'équation qui se dessine mondialement en tout cas en ce moment non mais ce n'est pas pour ça qu'il ne faut pas pousser vous avez raison de le dire ici merci de le dire ici Franck Leudé l'économie de l'occasion ça peut être vertueux on peut avoir des gens qui le font avec une dimension environnementale dominante en disant on va faire attention à l'économie des matières premières des ressources on voit quand même que notamment dans les périodes d'inflation mais aussi en dehors c'est aussi un moyen de continuer à consommer beaucoup en disant quelque part je fais rouler mon budget donc à un moment j'achète et puis ensuite je revends et ça me permet de racheter donc on a cette notion là qui est fondamentale aujourd'hui et qui explique plus à mon sens le développement de l'occasion que le simple fait de dire qu'on va jouer la sobriété Nicolas nous appelle d'Angers bonsoir Nicolas bonsoir Eric vous êtes à l'antenne
je me retrouve je voulais vous dire que je me trouve totalement dans les propos qui viennent d'être prononcés à l'instant et plutôt que chine moi j'adore les jeans par exemple 1083 et je voulais ajouter un petit témoignage vous dire que nous on cherche à acheter une maison on habite en Angers on vit en appartement et un de nos on adore la proximité mais un de nos un de nos critères c'est vraiment de pouvoir ne pas dépendre d'une voiture ou même de deux voitures et de pouvoir faire un maximum de choses en proximité en s'étant doté de vélos à sciences électriques et de vélos cargo et ça met du temps mais on y croit on ne lâche pas les bras on ne baisse pas les bras et puis on fait ça pour nous mais également pour nos enfants voilà c'était simplement un petit témoignage
merci de ce témoignage on l'a un petit peu évoqué mais enfin c'est un peu la tendance des appels de ce soir dans les choix de vie parce que c'est le mode de vie qui change aussi et je me retourne vers vous Benoît Elbrun ne pas dépendre de la voiture et développer la proximité
oui mais là on voit bien dans ce témoignage que c'est aussi une question de volonté d'initiative personnelle et c'est en conjuguant ces initiatives personnelles que l'on va réussir à changer le modèle moi j'y crois beaucoup un dernier mot
on n'a pas le temps de prendre l'auditeur mais sur l'acte de l'achat inutile parce que ça fait du bien à la tête
qui veut dire un mot sur l'achat inutile c'est ce sur quoi une ancienne comme Action capitalise Action ancienne préférée des français c'est l'idée que chez Action même quand j'ai des difficultés pour boucler les fins de mois je peux encore acheter des choses inutiles
vous avez cité Action je suis obligé de citer peut-être Normal qui est une autre enseigne dans les cosmétiques par exemple
alors Lidl c'est différent c'est différent
ça attire quand même le public Lidl mais on en parlera plus tard
mais ce que je veux dire c'est que je peux acheter un produit dont je ne connaissais pas l'existence avant d'entrer dans le magasin ce qui va me persuader que je ne suis pas réduit à la nécessité et ce qui nous rappelle une idée fondamentale c'est que dans la consommation il y a toujours en jeu la question du prestige quelle que soit sa classe sociale de montrer qu'on n'est pas réduit au statut animal et qu'on existe et qu'on est capable d'avoir justement d'acheter des choses qui sont inutiles
merci d'avoir rappelé la notion de prestige et merci à tous les deux d'avoir répondu aux auditeurs d'avoir répondu brillamment aux auditeurs de France Inter le téléphone sonne c'est terminé grand merci à Charline Legris Mathias Volant Benjamin Ducy à la technique ce soir il y avait Fabrice Desmaz Mélissa Etrois Geoffrey Roblin et à nouveau venu Lucas Lecoustre Merci d'avoir regardé cette vidéo