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interviewC dans l'air (sur YouTube)· 10 septembre 2025 10 min

Lecornu arrive... et Retailleau ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Orange est là. ... - C.Roux: Bonsoir.

Bienvenue. S.Lecornu arrive à Matignon.

Celui qu'on appelle "le chouchou du président" va devoir trouver les moyens de passer un budget. En attendant, la question est posée: que va devenir B.Retailleau?

Il est en première ligne aujourd'hui pour faire face au mouvement "Bloquons tout". Pour en parler, N.Schuck.

Vous êtes grand reporter au journal "Le Point". Vous publiez ce livre. Un premier portrait du "nouvel homme fort de la droite", selon vous. - N.Schuck: Il est désormais le chef du parti et un peu maître de son destin.

Il est assez vraisemblable qu'il reste au gouvernement. En coulisses, B.Retailleau et celui qu'il appelle son impresario, G.Larcher, président du Sénat, ont beaucoup milité pour la nomination de S.Lecornu qui, je le rappelle, est un ancien de la famille LR. - C.Roux: Qu'est-ce qu'il lui faut pour monter la marche de plus et aller à Matignon?

Est-ce qu'il veut vraiment aller à Matignon? - N.Schuck: Pas vraiment.

A la dernière démission, cela aurait pu avoir lieu, mais non. Ils auraient pu aller chercher les modérés du RN, mais ils se sont aperçus que ceux-là ne voulaient pas. - C.Roux: On va revenir sur son ambition personnelle.

Un mot sur sa relation avec E.Macron. - N.Schuck: Ca, c'était avant l'été.

Ca s'est considérablement durci depuis, entre eux. Ses dernières paroles cet été ont été presque un crime de lèse-majesté. E.Macron, au début, a un peu découvert B.Retailleau.

Il ne le connaissait pas. - C.Roux: Et est-ce que B.Retailleau a une forme d'admiration, de respect pour E.Macron? - N.Schuck: Il m'a raconté leur premier entretien.

Je l'ai vu à de nombreuses reprises et je le connais depuis un certain temps. Il m'a dit qu'il avait en face de lui quelqu'un qui connaissait merveilleusement bien ses dossiers. Ca l'a fasciné de voir la puissance de feu d'E.Macron.

Pour autant, leurs zones d'union politique sont très différentes. - C.Roux: Dans votre livre...

Vous avez rencontré au cours de votre enquête B.Retailleau. Vous êtes revenue sur ses années vendéennes, vous avez rencontré ses proches, les grands barons de la droite.

Vous évoquez sa foi, sa relation très discrète avec sa femme. Qu'est-ce que vous avez découvert du personnage? Moi, j'ai appris des choses du personnage, par exemple ses goûts musicaux éclectiques.

A 22h, il se lève de tous les dîners pour aller bosser et travailler son logiciel intellectuel. Vous qui le connaissez bien, qu'est-ce que vous avez découvert? - N.Schuck: Un rapport plus contrarié à l'imagination que je ne l'imaginais.

C'est quelqu'un qui a besoin de se sentir légitime pour accéder à un poste. Il ne se dit pas ce qu'il doit faire pour magouiller et arriver à un poste...

Aujourd'hui, je pense que ce virus de l'ambition est chez lui. Ce n'est pas le virus de la présidentielle. Je ne sais pas si c'est parce qu'il en a envie ou si c'est pour faire plaisir à son entourage, à tous les gens qui croient en lui.

Plusieurs de ses proches m'ont dit que ce n'était pas lui qui allait décider. S'il est en situation, il devra y aller. - C.Roux: Une anecdote...

Il vous dit qu'il ne sait pas s'il en a envie. Un week-end, il sort du cinéma avec son épouse, quelqu'un l'interpelle et lui dit: "Bruno, président!" Ca l'a mis mal à l'aise. - N.Schuck: C'est compliqué pour lui et aussi pour son épouse car ils se disent que c'est une drôle de vie. - C.Roux: Dans votre livre, vous revenez sur le logiciel politique de B.Retailleau.

On a vite fait de le ranger dans la catégorie conservateur, d'expliquer que sur certaines positions, il peut être proche du RN. C'est intéressant de voir quelles relations il entretient, notamment avec le RN qui, pour lui, reste le FN de la famille Le Pen. - N.Schuck: Il faut être très clair là-dessus.

En ce moment, quand on entend L.Wauquiez qui envisage de ne pas censurer un gouvernement RN, cela interpelle sur les rapports entre la droite et l'extrême droite. Lui est très clair.

Il a une opinion de M.Le Pen et de J.Bardella qui est très dure.

Il dit que leur programme économique n'est pas possible. Bardella, pour lui, n'est pas au niveau au vu des faiblesses du personnage pendant la campagne électorale de 2024. Clairement, sa stratégie, c'est celle de N.Sarkozy en 2017: il veut siphonner le réservoir de voix du RN, clairement.

Il veut les annexer avant de se faire annexer. - C.Roux: Il est plus conservateur sur les valeurs. - N.Schuck: J'ai recensé tous ses votes, toutes ses déclarations pour savoir ce qu'il pensait effectivement.

Je pense que c'est son plafond de verre électoral: c'est un conservateur libéral à la mode britannique. Sur les questions des moeurs, les questions de société, il a des opinions très tranchées. Il a voté contre le texte de loi qui prévoyait l'interdiction des thérapies de conversion pour les jeunes homosexuels et les jeunes trans.

Il a des positions dures qu'il assume parfaitement. Après, il sait très bien que cela pourrait être compliqué si, un jour, il était candidat pour être président. C'est quelqu'un qui a ses opinions.

Elles sont très arrêtées. Il a une foi paroissiale, pas prosélyte du tout. Il a fait son temps au Sénat, qui est le temple du compromis et de la conciliation. - C.Roux: Vous rappelez qu'il aimait discuter avec P.Buisson, le conseiller de N.Sarkozy.

N.Sarkozy a une forme d'estime pour le tempérament de B.Retailleau. - N.Schuck: J'ai été étonnée par l'énergie qu'il a mise quand il est arrivé à son poste. - C.Roux: Dans le livre, vous racontez quelques scènes.

Il est capable d'énormes colères? - N.Schuck: Il est sanguin.

Il peut avoir des coups de sang quand les choses ne tournent pas comme il l'avait imaginé. Son expression préférée, c'est: "Putain, merde." Il y a quelque temps, il y avait eu des négociations très dures avec E.Borne.

Et, lors d'une soirée, alors que E.Ciotti était président de la droite, lui disait qu'il fallait trouver un compromis. Lui tapait sur la table et avait tenu des propos très durs. - C.Roux: A vos yeux, est-ce qu'il a construit une relation avec les Français au ministère de l'Intérieur? - N.Schuck: Oui, avec les Français de droite.

On l'a vu très clairement. Je considère qu'aujourd'hui, c'est le nouvel homme fort de la droite. Toute sa relation avec les Français en général reste à construire. - C.Roux: En tout cas, c'est passionnant.

C'est très détaillé. On découvre un personnage qu'on connaît assez peu. Ca s'appelle "Le Cardinal".