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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 30 juillet 2025 24 minComplaisantActualité / polémiqueJustice

Le journaliste Christophe Gleizes, détenu en Algérie, "résiste", confient ses parents

Source d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Défensif 100 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:50OuverteRéponse directe

    Comment va votre fils et beau-fils ? Avez-vous des nouvelles de son moral et de ses conditions de détention ?

  • 1:37OuverteRéponse directe

    Il est dans une cellule de 10 mètres carrés, c'est ça ?

  • 2:20OuverteRéponse directe

    Vous dites qu'il garde le moral. C'est ce que disent tous ses proches.

  • 2:26OuverteRéponse directe

    Francis, vous êtes un peu surpris qu'il se lève tôt et lise.

  • 3:05OuverteRéponse directe

    Vous, comment allez-vous ? Sa mère, son beau-père, son frère, ses amis ?

  • 3:47OuverteRéponse directe

    Parlez-nous de ce soutien, Thibaut Brutin, directeur général de Reporters sans frontières.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:14PrésentateurFait
    « Sept ans de prison ce matin, cela fait exactement un mois que Christophe Gleize, 36 ans, dort derrière des barreaux à la prison de Tiziouzou. »
  • 10:34InvitéFait
    « Il a été arrêté le 30 mai 2024, et sa condamnation à 7 ans est intervenue le 29 juin. »
  • 12:40InvitéFait
    « Ça met une sorte d'épée de Damoclès sur les journalistes qui se rendent dans leur pays. »
  • 13:30InvitéFait
    « Christophe, c'est un journaliste de terrain, d'investigation. »
  • 17:29InvitéFait
    « Son avocat, à l'époque, nous disait que le dossier était vide. »
  • 20:25InvitéFait
    « il a déjà, en quelque sorte, accompli une peine qu'il n'aurait certes pas dû accomplir, mais qui devrait déjà satisfaire la justice algérienne. »

Temps de parole

  • Présentateur37 %
  • Invité24 %
  • Invité 223 %
  • Invité 316 %

1,7 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Nos invités ce matin sont donc des parents dont la vie a basculé il y a 14 mois. Leur fils, journaliste sportif pour le magazine SoFoot, est arrêté en Algérie. Soumis à un contrôle judiciaire strict, avec évidemment interdiction de quitter le pays, jusqu'à sa condamnation, notamment pour apologie du terrorisme, condamnation extraordinairement lourde. Sept ans de prison ce matin, cela fait exactement un mois que Christophe Gleize, 36 ans, dort derrière des barreaux à la prison de Tiziouzou. Sylvie et Francis Godard, bonjour.

0:32
Invité

Bonjour.

0:32
Présentateur

Vous êtes la mère et le beau-père de Christophe Gleize. Le directeur général de Reporters sans frontières est avec nous également. Thibaut Brutin, bonjour à vous. Bonjour. Je rappelle que le standard inter, 0145 24 7000 et l'application de Radio France, comme d'habitude, sont ouverts pour nous appeler et nous écrire. D'abord, j'ai envie de vous demander tout simplement comment va votre fils et beau-fils, est-ce que vous avez des nouvelles de son moral et de ses conditions de détention ?

0:59
Invité

Oui, nous avons des nouvelles grâce à son avocat algérien qui est venu lui rendre visite le 2 juillet, puis dernièrement le 20 juillet. Il nous appelle tout le temps quand il est devant la maison d'arrêt de Tiziouzou. L'avocat. L'avocat, oui. Et ensuite, il nous fait un compte rendu. Donc, les dernières nouvelles sont satisfaisantes. Il a le moral, il se lève tôt, il lit Stendhal et Victor Hugo, parce qu'il a le droit d'emprunter trois livres par semaine à la bibliothèque de la maison d'arrêt. Et je sais qu'il résiste.

1:37
Présentateur

Et il est dans une cellule de 10 mètres carrés, c'est ça ? C'est ça. Avec un co-détenu ? Oui, tout à fait. Deux fois, deux heures de promenade par jour ? Exactement. C'est ce que j'ai lu, c'est ça ?

1:46
Invité

Tout à fait. Il y a une douche et des toilettes dans la cellule. Et donc, il peut se promener deux fois par jour.

1:55
Présentateur

Vous dites qu'il garde le moral. C'est ce que disent tous ses proches, tous ses amis, que Christophe Glaze, c'est un moral et un optimisme à toute épreuve.

2:04
Invité

Tout à fait. C'est vraiment ça. Il est toujours bienveillant. Il résiste toujours. Donc, nous, en tant que parents, on le suit dans ce combat. Et nous aussi, on essaye d'être à la hauteur de Christophe.

2:20
Présentateur

De ce caractère qui essaye de tirer le positif de chaque situation. Je dis avec le sourire, vous disiez qu'il se lève tôt et qu'il lit. Francis, je crois que vous êtes un peu surpris de ça. C'est plutôt pas un lève tôt, d'habitude, Christophe Glaze.

2:34
Invité

Oui, voilà. Savoir qu'on le réveille tous les matins, à 6h du matin, c'est un peu insolide quand on connaît Christophe. Parce que c'est un travailleur de la nuit. Donc, il écrit la nuit, il dort le matin. Donc, ma foi, c'est un autre mode de vie. Et donc, je trouve que tout ça serait plein d'ironie si c'était aussi dramatique.

2:55
Présentateur

Vous en ririez, si ce n'était pas aussi terrible. Tout à fait. Vous n'avez des nouvelles de lui que par l'intermédiaire de son avocat. Vous n'avez pas pu lui parler, il n'a pas reçu vos lettres pour l'instant.

3:04
Invité

Exactement, oui.

3:05
Présentateur

Vous, comment allez-vous ? Sa mère, son beau-père, son frère, ses amis ?

3:11
Invité

Nous, nous résistons depuis quelques mois, je dirais un an et un mois, grâce au soutien que nous avons eu dès les premiers jours, de Reporters sans frontières et puis également de son employeur, Sopresse, de ses amis journalistes. Et c'est grâce à eux, parce qu'autrement, on serait une famille un peu isolée et avec toute cette dynamique de ces journalistes autour, de ses amis, de son frère, de sa belle-sœur, de sa compagne, on arrive à tenir.

3:47
Présentateur

Parlez-nous de ce soutien, justement, Thibaut Brutin, directeur général de Reporters sans frontières. 18 000 signatures, je crois, sur la pétition en ligne sur votre site de RSF et beaucoup de personnalité dans le comité de soutien.

4:02
Invité

Oui, je crois que la mobilisation, elle est à l'aune de la sympathie qu'inspire Christophe Gleize. Sa famille, ses collègues, ses amis et des citoyens nous contactent et c'est formidable de voir tout ce qu'on a pu accomplir en un mois depuis qu'on a malheureusement eu ce verdict très violent. Donc une pétition, bien sûr, mais aussi une mobilisation dans des festivals de l'été, une bâche dévoilée sur le Tour de France. Christophe Gleize a même été nommé au jury d'un prix de la ville de Biote.

Donc on est vraiment dans une dynamique qui est, je crois, salutaire parce que ça montre à quel point il y a un soutien transpartisan d'un point de vue politique mais aussi un soutien citoyen très fort et ça c'est essentiel pour à la fois garder le moral mais aussi garder la pression sur les autorités françaises et algériennes puisqu'elles ont leur rôle à jouer dans la libération de Christophe Gleize.

4:54
Présentateur

Gilles Lelouch, Catherine Deneuve, François Civil, Vincent Dedienne, Michel Azanavicius, Benjamin Biolet, Jean-Pierre Foucault, Marie Porto Danone, Yann Barthès, ça c'est quelques-uns des noms qui ont accepté de rejoindre ce comité de soutien. Ça doit vous paraître totalement irréel. Tout à fait.

5:14
Invité

Et d'ailleurs, je ne l'ai pas encore fait publiquement mais je les remercie vraiment de s'être engagés et de signer la pétition pour la libération de Christophe. Francis ? Oui, en matière de soutien, bien des personnes que l'on rencontre nous demandent comment faire pour nous aider et aider Christophe. Je leur répondrais qu'il faut qu'ils soutiennent ceux qui soutiennent Christophe. Ils peuvent le faire de différentes manières. Déjà, en aidant Reporters Sans Frontières, en allant sur son site, en faisant un don à Reporters Sans Frontières. Et puis sinon, on nous pose des questions aussi sur qui est Christophe, la manière dont il pratique le journalisme.

c'est facile de le savoir, il suffit d'aller lire SoFoot et le numéro hors série de SoFoot de juillet-août où des articles sont consacrés à Christophe et pour ceux qui veulent mieux le connaître, qu'ils aillent lire SoFoot et donc qu'ils le connaîtront mieux.

6:10
Présentateur

Ou son livre, par exemple, Magic System, sur le trafic de joueurs de foot africains avec Barthélémy Gaillard. Tout à fait. Barth, c'est son copain et collègue. Il y a le soutien évidemment qui vous aide à tenir. Vous espérez pouvoir lui rendre visite ? Parce que ça aussi, c'est essentiel. Est-ce que c'est même possible de lui rendre visite en Algérie ?

6:30
Invité

Alors d'abord, nous allons déposer demain nos demandes de visa. Le frère de Christophe et sa femme l'ont fait hier, s'accompagnent également. Donc nous pensons lui rendre visite. Et le Quai d'Orsay va agir avec le consulat d'Alger à Paris pour nous faciliter l'obtention de ses visas. Et nous espérons lui rendre visite très vite, courant août.

6:56
Présentateur

On va parler de ce que vous espérez, ce que vous attendez aussi des autorités françaises. Mais revenons sur cette condamnation. Il y a un mois tout juste, donc Thibaut Brutin, 7 ans de prison. Vous n'aviez pas vu ça depuis quand à Reporters sans frontières ? 7 ans de prison pour un journaliste qui faisait son métier.

7:11
Invité

Oui, alors il ne s'agit en rien de diminuer le choc de la famille. Mais moi je dois dire que ça avait 10 ans que je travaillais pour RSF. Je n'avais pas vu une condamnation aussi lourde. On l'a regardé dans les archives. On ne sait pas à quand remonte une condamnation effective aussi lourde. Puisqu'à la dernière fois qu'un journaliste avait été condamné à 10 ans de prison, c'était par compte humasse. Donc là, non seulement Christophe Glez a pris une des peines les plus lourdes jamais prise par un journaliste français, mais il est aujourd'hui aussi le seul journaliste français détenu à l'étranger. Tout ça au terme d'une procédure qui a bien des égards étubuesques.

Et je rappelle qu'on n'a toujours pas vu le jugement définitif et on n'a toujours pas de date pour un jugement en appel. Donc on est quand même dans une forme d'incertitude juridique toujours.

7:52
Présentateur

Rappelons ce que la justice algérienne lui reproche. Apologie du terrorisme, possession de publications dans un but de propagande nuisante à l'intérêt national. Qu'est-ce que ça veut dire exactement Thibaut Brutin ?

8:04
Invité

Ça veut dire qu'on a cherché pour criminaliser le journalisme des accusations qui n'ont aucun lien avec le travail de Christophe Glez. Christophe Glez, je le rappelle, c'est un journaliste sportif. Alors bien sûr, pour ceux qui connaissent le journalisme sportif, il y a bien des façons de l'exercer et il s'intéresse...

8:20
Présentateur

Et dans son cas, c'est un angle très sociétal et politique. C'est le credo de Sofout.

8:27
Invité

Voilà, c'est le journalisme comme fait social. Néanmoins, il est clair que s'il a pu avoir des contacts avec des responsables sportifs qui avaient des affiliations politiques, eh bien évidemment, il les a contactés au titre de leur travail sportif.

8:40
Présentateur

On va le dire précisément, un dirigeant du club de foot de la jeunesse sportive de Kabylie, également dirigeant d'un mouvement indépendantiste Kabyl, organisation classée terroriste par Alger, après les premiers contacts pris par Christophe Glez avec ce dirigeant, il y a de ça plusieurs années.

9:00
Invité

Oui, et en plus, rajoutons que c'est une méconnaissance du métier de journaliste que de considérer qu'aller à la rencontre d'une personne revient à se faire le porte-voix de ses idées. Je crois que là-dessus, il y a une incompréhension complète que la cour d'appel, j'espère, permettra de balayer.

9:18
Présentateur

Vous parliez de l'absurdité que représente l'idée d'imaginer votre fils en prison pour terrorisme, Sylvie et Francis Godard, et c'est vrai que vous tenez absolument à rappeler ça. Votre fils est journaliste sportif, passionné de football, qui écrit sur le football.

9:35
Invité

Francis ? Oui, et vous avez utilisé un terme tout à l'heure qu'il a une approche sociétale du sport, et c'est ça qui est important. Christophe, ce n'est pas un journaliste qui commente la manière de tirer les pénaltys, c'est un journaliste qui essaye de comprendre comment la pratique sportive, comment tous ces supporters, ces joueurs qui entourent un club, sont porteurs de tout un imaginaire social. Et donc, bien entendu, quand Christophe fait une enquête, un reportage sur un club de foot, il ne va pas chercher à savoir qui est l'avant-centre, même s'il peut le dire. Il va chercher à comprendre comment l'enthousiasme qui entoure ce club s'inscrit dans une dynamique sociale.

10:20
Présentateur

Sylvie Godard, vous le disiez, on le disait, il a été condamné il y a un mois, et c'est à ce moment-là que cette affaire a été rendue publique, mais pour vous, elle dure depuis 14 mois maintenant, la date de son arrestation, j'imagine, est gravée, est marquée au fer rouge dans votre mémoire ?

10:34
Invité

Tout à fait. Il a été arrêté le 30 mai 2024, et sa condamnation à 7 ans est intervenue le 29 juin. Donc, je n'oublie pas toutes ces dates qui nous ont sidérés. Au début, quand il était en liberté sous contrôle judiciaire, on a pensé qu'il y avait des mesures d'apaisement, et que tout allait bien se passer pour son procès, et cette condamnation terrible, très grave, nous a complètement estomaqués.

11:08
Présentateur

Je vous demandais de rappeler la date, parce que c'est important de rappeler le contexte aussi. Les autorités algériennes lui reprochent d'avoir travaillé avec un visa touristique. Il faut dire que l'Algérie délivre très peu ou quasiment pas de visas de journalistes. A l'époque, Thibaut Brutin, Boalem Sansal, n'avait pas encore été arrêté, pas encore été condamné. Le contexte était différent.

11:32
Invité

Oui, le contexte était différent. Et la pratique du régime algérien ces dernières années, ça a été plutôt de procéder à des expulsions rapides de journalistes qui avaient pu rentrer sur le territoire national avec un visa touristique. Donc, c'est pour ça qu'on a été surpris de la criminalisation du cas de Christophe, et de la longueur aussi de la procédure. Tout ça pour aboutir à une décision qui a bien des égards ethniques, et montre que la justice algérienne s'est laissée, sur ce coup-là, en tout cas contaminée par la politique. Donc, c'est pour ça qu'on en appelle à un procès en appel, justement, qui soit rapide, et qui permette de clarifier ce qu'il en est du dossier de Christophe.

Il n'y a rien dans ce dossier, et ce journaliste n'a rien à faire en prison.

12:12
Présentateur

Sur cette affaire de visa touristique, juste pour que nos auditeurs comprennent, parce qu'il y a beaucoup de gens sur les réseaux, par exemple, qui disent, finalement, il a été imprudent, il a péché par naïveté, il n'avait pas allé dans un pays sans visa de journaliste, etc. Est-ce qu'il faut expliquer aux auditeurs que c'est une pratique courante, et qui se fait avec l'aval, bien souvent, des rédactions dans beaucoup de pays ?

12:37
Invité

Oui, c'est quelque chose qui est malheureusement une sorte de piège que tendent les pays qui veulent limiter l'accès des journalistes à leur territoire. Ça met une sorte d'épée de Damoclès sur les journalistes qui se rendent dans leur pays. Et il faut comprendre que le rôle des journalistes, c'est aussi d'aller là où l'information est rare, là où il faut aller recueillir du témoignage. Les journalistes sont des individus qui ont une mission sociale, et cette mission sociale leur requiert d'aller parfois voir l'incendie alors que tout le monde fuit. Et c'est pour ça que je crois qu'il faut célébrer aussi l'engagement des journalistes et le travail de Christophe.

Il n'avait aucune raison de croire qu'il allait le mener à la prison de Tiziouzo aujourd'hui, mais c'est un travail de journalisme, de journalisme sportif. Francis Godard ? Oui, le point important, c'est que Christophe, c'est un journaliste de terrain, d'investigation. Donc, s'il veut comprendre quelque chose à ce qu'il fait, il faut qu'il aille sur le terrain. Or, le fait de ne pas délivrer de visa professionnelle de journalistes conduit à fragiliser les journalistes. Parce que s'ils veulent travailler sur la réalité d'un pays, ils vont automatiquement se trouver dans une situation difficile. qu'en l'occurrence, Christophe souhaitait travailler sur la vie de ses clubs de football cabile.

Bon, ben, effectivement, il a fait, comme vous le rappeliez, ce que font la plupart des journalistes. Il est parti avec un visa touristique et il s'est trouvé fragilisé. Mais ça fait quand même, c'est aussi un peu, je dirais, l'objectif, c'est de fragiliser le travail des journalistes.

14:14
Présentateur

Fragiliser aussi par ces tensions extrêmes diplomatiques entre Paris et Alger. Quel lien vous faites avec l'autre affaire et cet autre français, franco-algérien en l'occurrence, et lui, écrivain, Boalem Sansal, qui est lui aussi emprisonné, condamné, lui en appel à 5 ans de prison il y a quelques semaines. Quel lien vous faites entre le sort de votre fils et celui de Boalem Sansal, Sylvie Godard ?

14:42
Invité

Je pense qu'il y a eu un amalgame qui a été fait entre les deux affaires, puisque le calendrier était très concomitant. Et donc, effectivement, je pense que s'il n'y avait pas eu l'affaire Boalem Sansal, j'espère et je crois que peut-être il aurait été moins condamné avec ce verdict très très dur.

15:08
Présentateur

Et le point commun, Thibaut Brutin, c'est que tous deux sont finalement otages, je dirais, de ces tensions et de cette bataille diplomatique entre Paris et Alger ?

15:22
Invité

Oui, ils pâtissent de la dégradation entre les deux chancelleries. Il faut quand même dire que les deux combats, le combat de Christophe Gleiss, c'est un combat pour la liberté de la presse, celui de Boalem Sansal, c'est un combat pour la liberté d'expression. C'est des combats qui sont frères, mais il faut souligner la différence de situation. Christophe Gleiss n'est pas citoyen algérien alors que Boalem Sansal est binational. Et lui se retrouve dans une situation où c'est véritablement le désir du régime algérien de lui chercher des poux pour un travail journalistique qui n'a même pas été publié. Donc on est dans quelque chose qui relève d'une injustice criante.

Et je crois que l'ampleur du soutien dont bénéficie Christophe Gleiss est à l'aune de la violence de cette injustice.

16:09
Présentateur

Oui, deux situations différentes. Mais vous le dites très bien, effectivement, liberté de la presse et liberté d'expression sont les deux faces d'une même pièce. Encore une fois, ça doit vous paraître surréaliste, Francis Godard, de voir votre beau-fils, votre fils à vous, Sylvie, d'hommage collatéral de tensions géopolitiques qui vous dépassent totalement et qui le dépassent, lui.

16:32
Invité

Très clairement, Christophe se trouve pris dans une sorte d'imbroglio politico-judiciaire qui dépasse complètement le travail qu'il est en train de faire actuellement. Et donc, il est l'objet, ou en tout cas la victime, je dirais, d'instrumentalisation politique à ses dépens.

16:55
Présentateur

Justement, on vous a dit pendant plus d'un an, pas de vagues, silence radio, c'est notre meilleure chance, en faisant profil bas, d'avoir une condamnation, s'il devait y avoir condamnation, qui serait clément, de voir que Christophe puisse rentrer en France. Résultat, sept ans de prison, vous nous avez dit, à quel point ça a été un choc pour vous. Est-ce que vous regrettez cette stratégie diplomatique du Quai d'Orsay ?

17:17
Invité

Non, nous ne le regrettons pas parce qu'on était en phase depuis le début, avec ce que nous conseillait le Quai d'Orsay. Son avocat, à l'époque, nous disait que le dossier était vide, donc on le croyait, on avait eu l'ordonnance de renvoi de la chambre d'accusation, où on voyait qu'il n'y avait rien qui était vraiment mis à l'index. Et donc, quand on a eu la condamnation, on a décidé de changer de stratégie, de médiatiser et surtout changer de défense. Donc, nous avons maintenant un tandem d'avocats. Un avocat en Algérie, qui s'appelle Maître Amirouche Bakouri, et puis un avocat en France. Ce sont tous les deux qui vont travailler ensemble. Il s'appelle M. Emmanuel Daoud.

Ils travaillent ensemble pour la défense de Christophe en Algérie.

18:11
Présentateur

Ça a dû être terrible pour vous de garder, et pour tous ses amis, vous disiez, sa compagne, sa famille, de garder le silence pendant tout ce temps.

18:17
Invité

Très, très, très, très dur. Surtout que j'ai une maman qui a 101 ans et demi, et je ne devais pas lui dire tout ce qui se passait. Donc, c'était quand même très, très difficile pour nous.

18:30
Présentateur

Elle a fini par l'apprendre à la télévision.

18:31
Invité

À la télévision. Il y a quelques semaines. Oui, le dimanche, le soir, de sa condamnation. On voulait lui donner quelques informations d'apaisement, et puis elle l'a appris comme ça. Donc, ça a été très difficile. Et mon autre fils, Maxime, est allé lui rendre visite le lendemain tout de suite pour l'apaiser.

18:51
Présentateur

Quel message ? Et là, je reviens aux critères diplomatiques dont on parle. Quel message, Francis Godard, vous avez envie de faire passer aux autorités françaises aujourd'hui, avec qui vous êtes en lien, évidemment. Mais, voilà, qu'est-ce qu'elles peuvent faire et qu'est-ce que vous attendez de la diplomatie française ?

19:10
Invité

D'abord, peut-être qu'elles ne mettent pas de ville sur le feu, parce que je pense que c'est quand même dans l'apaisement, dans nos relations diplomatiques avec l'Algérie, qu'on pourra trouver une issue, et certainement pas dans un affrontement. Donc, gardons toujours espoir dans l'idée, quand même, que nos gouvernements respectifs arriveront à trouver les voies du dialogue.

19:33
Présentateur

Thibaut Brutin de Reporters sans frontières, qu'est-ce que vous attendez-vous ? Que le Quai d'Orsay parle aussi, peut-être plus clairement, exige fermement la libération de Christophe Gleize ?

19:42
Invité

Je crois que l'expérience de Reporters sans frontières depuis 40 ans, c'est qu'il faut bien articuler la diplomatie à porte fermée et les déclarations publiques. Donc, nous avons, avec Francis et Sylvie, l'assurance que le Quai d'Orsay et spécifiquement le ministre des Affaires étrangères, M. Barraud, traite la question à très haut niveau. C'est une assurance qui nous fait chaud au cœur. Nous, ce qu'on appelle, c'est à la fois une désescalade dans les relations diplomatiques, mais aussi à faire en sorte qu'on puisse avoir une issue judiciaire très, très efficace et très rapide pour le cas de Christophe.

Parce qu'on pourrait harguer que depuis qu'il est retenu en Algérie, depuis mai 2024, il a déjà, en quelque sorte, accompli une peine qu'il n'aurait certes pas dû accomplir, mais qui devrait déjà satisfaire la justice algérienne. Donc, nous, on a vraiment la conviction qu'il faut trouver une issue dans cette dégradation des relations et que Christophe peut être une de ses solutions. Il faut que Christophe retrouve les siens.

20:43
Présentateur

Tout cela n'a que trop duré. Procès en appel donc prévu peut-être dans les prochains mois, peut-être octobre, novembre, c'est ce que vous espérez ? Vous n'avez pas de date pour l'instant ? Exactement, oui. Si la condamnation était confirmée ou une condamnation ferme était confirmée, l'espoir, ce serait la grâce présidentielle ?

21:02
Invité

Tout à fait.

21:03
Présentateur

Vous avez dû recevoir la nouvelle du refus du président Théboune de gracier Boilem-Sansal avec beaucoup d'inquiétudes. Vous vous êtes dit si Boilem-Sansal n'est pas gracier, Christophe ne sera pas gracier non plus ?

21:19
Invité

Oui, nous avons fait aussi, j'ai rédigé une lettre de grâce pour le président Théboune. Donc, j'espère, je fais appel à sa mensuétude pour pouvoir libérer Christophe au plus vite.

21:35
Présentateur

C'est une question terrible à poser à des parents, Francis, mais comment s'imaginer, est-ce que vous imaginez vivre pendant tout ce temps, pendant plusieurs années, peut-être sept ans, en sachant votre fils, beau-fils, derrière des barreaux de l'autre côté de la Méditerranée ?

21:52
Invité

Non, on ne peut pas non plus imaginer que les relations franco-algériennes vont en rester là où elles en sont. On sait très très bien quand même que l'avenir de Christophe et le sort de Christophe actuellement dépend pour beaucoup. de l'évolution de ces relations. Donc, on espère effectivement qu'on pourra aller dans le sens de l'apaisement et pour la libération de Christophe, on ne peut pas penser, on ne peut pas penser, c'est impensable, que cette situation perdure pendant des mois et des années.

22:21
Présentateur

Un dernier rappel, peut-être, avant de terminer cet échange, vous en aviez appelé au monde du football, alors il y a quelques noms, Vahid Ali Dodik, Rai, l'ancienne, la légende du Paris Saint-Germain, des clubs comme l'OGC Nice, le Paris FC qui se sont engagés à son soutien. Vous en aviez appelé à Zinedine Zidane, vous espérez encore qu'il fasse un geste, qu'il dise un mot ?

22:42
Invité

J'espère, j'espère, parce que Zinedine Zidane pour Christophe, c'est un monument, une légende et peut-être qu'un petit mot de soutien, ce serait important pour lui.

22:56
Présentateur

Pour terminer, je l'ai lu dans un très beau portrait de SoFood, justement, on parlait de cet optimisme à tout craint de votre fils qui disait toujours « Allez, t'inquiète pas, je rentre toujours vivant de mes reportages, vous espérez évidemment le voir rentrer au plus vite. » Il a 36 ans, je le rappelle.

23:14
Invité

36 ans. Et je voudrais juste lui envoyer un message, comme on aime beaucoup les chansons de Michel Berger, je voudrais lui dire « Je t'envoie mes plus belles victoires sur l'ironie du sort. »

23:26
Présentateur

C'est une très belle conclusion. Merci beaucoup Sylvie Godard, Francis Godard, maire, beau-père de Christophe Glez, donc emprisonné en Algérie, Thibaut Brutin, je rappelle que vous êtes directeur général de Reporters sans frontières. Un grand merci à tous les trois, vraiment.