Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewBFM TV (sur YouTube)· 12 août 2023

Migrants morts dans la Manche: l'interview intégrale de Hervé Berville sur BFMTV

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

Dans le reste de l'actualité, il y a ces migrants, ces six migrants morts au large de Sangat. Cette nuit, ils tentaient de traverser la Manche à bord d'une embarcation de fortune. Les secours ont pu sauver une cinquantaine d'entre eux, mais une ou deux personnes restent portées disparues.

Les recherches se poursuivent. Cet après-midi, le secrétaire d'État à la mer était sur place, Hervé Berville. Bonsoir, vous êtes notre invité.

Vous avez souligné cet après-midi à Calais la responsabilité des passeurs dans ce drame. Oui, parce que le naufrage de cette embarcation avec des migrants, c'est un drame humain. Et derrière ce drame humain, il y a des trafiquants, il y a des criminels qui se livrent à des activités et qui envoient littéralement à la mort, dans ces routes maritimes dangereuses, des jeunes, des femmes et des adultes.

Et donc, moi, ma présence, c'était d'abord au nom du gouvernement, du président de la République et de la première ministre, c'était bien évidemment de dire toutes nos pensées émues aux victimes, aux familles, aux proches, et puis aussi d'accompagner les rescapés. Et ici, il faut saluer le travail vraiment méticuleux, rigoureux et en même temps plein d'humanité, des services de l'État, de la SDSM, des pompiers, des personnels du CROSS. Je suis ici au CROSS, accompagné du secrétaire général de la mer et du préfet maritime et du préfet.

Et donc, c'est toute l'action de l'État en mer, c'est tout l'État qui a été mobilisé pour sauver le maximum de vie. Et nous avons déployé des moyens rapides, efficaces et massifs qui nous ont permis, comme vous l'avez dit, de sauver plus de 60 personnes. Et malheureusement, il y a ces 6 victimes.

Et derrière ces 6 victimes, il doit y avoir une lutte implacable face à ces réseaux de criminels, de passeurs sans scrupules, qui ne veulent se faire que de l'argent sur le dos de gens qui cherchent une vie meilleure ailleurs. M. Berville, vous dites que la responsabilité est la première et celle des passeurs, et on le comprend bien.

Mais nous avions tout à l'heure un membre de l'association Utopia 56 qui nous disait que les autorités françaises chassent les migrants des camps près de Calais et qu'ils vont prendre la mer un peu plus loin, ce qui rallonge la traversée. Est-ce que la France n'est pas aussi en partie responsable ? La France et l'opération de secours et de sauvetage que nous avions en mer, la France sauve des vies.

Rendez-vous compte, c'est plus de 2000 personnes, 2000 migrants qui, depuis le début de l'année, ont été sauvés. C'est grâce au travail aussi à terre, 30% d'embarcations en moins, parce qu'il y a un travail rigoureux des forces de l'ordre. Il y a un travail aussi d'associations que j'ai rencontré tout à l'heure, qui dissuadent, qui font de la prévention, pour dire que prendre ces routes-là, c'est quelque chose de très dangereux.

Et donc c'est tout l'honneur de la France, c'est tout l'honneur de la gendarmerie, de la marine nationale, de la SNSM, des personnels du CROSS, que de participer au quotidien, 24 heures sur 24. J'étais en train de discuter et de faire le point avec les personnels du CROSS. Vous y voyez leurs yeux.

Certains n'ont pas dormi depuis plus de 24 heures, parce qu'ils sont en état d'alerte quotidienne, jour et nuit. Et donc, je peux vous dire, c'est un travail remarquable, c'est un travail intense qui est effectué. Depuis plus d'un an et demi, nous avons renforcé les moyens, puisque nous avons mis deux navires supplémentaires dans cette zone, ce qui nous a permis de déployer, dès les premières minutes de ce naufrage, quatre navires des forces françaises, complétés par deux navires des forces anglaises, et puis aussi un hélicoptère et un Falcon qui a fait ce travail de recherche.

Donc, ce que nous avons fait, ce que nous continuerons de faire, c'est en mer, sauver des vies et à terre, avoir une lutte implacable contre ces passeurs et ces trafiquants. Et comment se passe justement la coopération franco-britannique ? On sait que la relation a longtemps été tondue sur ce sujet entre la France et le Royaume-Uni.

Ça a été une coopération pour cette opération, et depuis déjà des mois, qui est exemplaire et qui fonctionne, qui permet rapidement de pouvoir déployer, grâce aussi au travail des personnels des crosses, bien évidemment la préfecture maritime et du SGMR, de pouvoir déployer les moyens les plus adaptés au plus près des embarcations. Et à partir de 5h45, quand nous avons vu qu'il y avait des gens qui étaient en mer, et donc il y avait ces noyades, ce risque de mort, c'est tout de suite un déploiement franco-britannique qui s'est fait et qui a permis de sauver des vies. C'est ce que nous faisons au quotidien et nous renforçons.

Vous l'avez vu, puisque le ministère de l'Intérieur français et le Homeland Security du ministère anglais a fait ce travail de coopération pour faire en sorte qu'il y ait moins de passeurs, qu'on soit intraitable avec ces trafiquants et que dans les opérations de secours, il y ait la fluidité la plus grande pour sauver le plus rapidement possible et le plus efficacement possible des vies humaines. Alors vous l'avez dit, on est content qu'il y ait eu 50 personnes qui ont été sauvées par les autorités à la fois françaises et anglaises. Néanmoins, il y a quand même 6 morts ce soir.

Il faut régler le problème conjoncturel, c'est-à-dire que oui, il faut aller aider les migrants quand ils traversent la mer et les secourir, mais comment on traite le problème à la racine ? Parce que des migrants, il y en a des centaines qui arrivent tous les jours dans le nord de la France. Comment on peut réguler cette arrivée massive de migrants ?

D'abord, c'est bien évidemment un travail avec les pays d'origine. C'est tout le sujet, à la fois des textes sur l'aide publique au développement, les textes sur la coopération. Et c'est bien évidemment la loi sur l'immigration qui viendra à l'Assemblée nationale et au Sénat.

Et puis, c'est le travail qui a été considérablement renforcé depuis 3 ans au moins, d'avoir cette surveillance sur tout le littoral, pour justement empêcher qu'il y ait ce départ. Et c'est plus de 30% en moins cette année d'embarcations. Et c'est 60% de départs qui ont été empêchés grâce au travail des forces de sécurité.

Et donc, c'est un travail qui est compliqué parce qu'à chaque fois qu'on arrive à être efficace sur une zone, sur un point, ça se déplace. Et donc, nous, ce que nous faisons, c'est que nous mettons des moyens supplémentaires. C'est que nous faisons ce travail avec aussi un certain nombre de pays de départ et que nous faisons ce travail de coopération avec les Anglais pour avoir une stratégie, une politique qui soit la plus cohérente, la plus large et la plus complète possible.

Et donc, c'est à la fois en mer, à terre, au niveau bien évidemment de l'Union européenne parce que c'est une politique aussi qui doit se régler au niveau européen. C'est ce qu'on a fait d'ailleurs à l'Union européenne. Et donc, c'est tout ça qu'on mène de front.

C'est tout ça qui porte des résultats puisque, comme je vous l'ai dit, il y a des milliers de vies qui sont sauvées chaque année. Mais c'est un travail qui doit sans cesse être renouvelé. Et c'est ce que nous faisons ici.

Et le message que j'ai voulu adresser au nom du président de la République et de la Première ministre, c'est de dire qu'on va continuer à soutenir les bénévoles, par exemple, de la SNSM qui s'engagent, les forces de sécurité, la Marine nationale, les personnels des crosses qui font un travail remarquable au quotidien dans des conditions qui sont parfois dantesques. Imaginez-vous qu'il y avait un vent de force 3, force 4 avec des conditions météorologiques qui rendent très difficile ces opérations de secours. Et donc, nous allons renforcer encore ces moyens pour être le plus efficace et faire en sorte d'avoir, bien évidemment, une politique la plus humaine possible.

Parce que derrière tout ça, il y a des vies, il y a des gens qui risquent leur vie pour traverser la Manche. Donc, on doit absolument protéger ces vies humaines. C'est ce que nous faisons, c'est ce que nous continuons de faire.

Alors, 2022, qui a quand même été une année record, 45 000 personnes qui ont réussi la traversée de la Manche. Vous parlez de surveillance, mais qu'en est-il de l'accueil ? Vous dites vous-même, il faut être humain.

Qu'en est-il des structures d'accueil pour les migrants sur la côte d'Opale depuis le démantèlement des camps et notamment le plus grand, la jungle de Calais ? Je crois que les services de l'État, notamment le préfet, ont travaillé vraiment d'arrache-pied pour avoir un accueil qui soit adapté à la situation. Et on travaille avec notamment les collectivités pour continuellement adapter les dispositifs.

Mais il faut le reconnaître, c'est qu'il y a des moments, et on l'a vu l'année dernière, en 2022, où il y a un afflux important. Et face à cet afflux important, nous adaptons les dispositifs, qu'ils soient les dispositifs pour éviter que les personnes prennent la mer, les dispositifs pour accompagner les migrants quand elles sont sur le territoire national, et puis les dispositifs d'opération de secours. C'est la raison pour laquelle nous avons équipé nos forces de sauvetage de drones supplémentaires, de navires supplémentaires.

Et donc, vous voyez, face à cette situation qui recouvre de nombreux défis, nous adaptons continuellement avec le secours général de la mer, qui a la responsabilité de coordonner cette action, l'État en mer sous l'autorité de la Première Ministre, d'adapter le dispositif, et c'est ce que nous faisons. – Vous le disiez, les principaux responsables, ce sont les passeurs. Comment la France fait pour lutter contre ces réseaux ? – Coopération sécuritaire avec notamment la Belgique, avec l'Allemagne, puisque c'est de là où sont généralement achetés des navires, et tout simplement, dès qu'ils sont appréhendés, avoir la plus grande fermeté, c'est ce que nous faisons depuis des mois.

Et puis, c'est un travail aussi de coopération internationale, puisque ce sont souvent, vous savez, des réseaux internationaux. Et ce sont des trafics qui se nourrissent l'un l'autre. C'est parfois des criminels qui sont dans la drogue, qui se livrent aussi à ce trafic d'humains.

Donc, c'est toute la stratégie qui est la nôtre sur à la fois plus de renseignements territoriales, plus de coopération internationale, plus de policiers et de gendarmes sur le terrain. Et c'est ça qui nous permet d'appréhender plus de personnes, c'est ce qui nous permet d'avoir moins de sorties en mer, et donc d'avoir là aussi une diminution du nombre d'embarcations et de personnes pour ce début d'année 2023 par rapport à l'année précédente. Merci beaucoup Hervé Berville, secrétaire d'État chargé de la mer.

Merci beaucoup d'avoir répondu à nos questions sur BFM TV. Sous-titrage ST' 501

Migrants morts dans la Manche: l'interview intégrale de Hervé Berville sur BFMTV — Hervé Berville · Pourquijevote