Budget : François Bayrou échappe à la censure | Parlement Hebdo - 07/02/25
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Questions et réponses
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- 1:00OuverteRéponse directe
Cette semaine encore, nous vous proposons un débat entre une députée et un sénateur.
- 2:00OuverteRéponse directe
Aurélie Trouvé, les socialistes n'ont pas voté vos motions de censure. Cette non-censure acte-t-elle la fin du Nouveau Front populaire?
- 4:00OuverteÉludée
Que pensez-vous de ce visuel LFI associant PS et RN?
- 5:00FerméeÉludée
Les socialistes demandent des excuses. Est-ce qu'il faut leur faire des excuses?
- 7:00OuverteRéponse directe
Olivier Cadic, est-ce que les socialistes doivent rejoindre le bloc central pour éviter la censure?
- 9:00OuverteRéponse directe
Bernard Arnault estime que la fiscalité des grandes entreprises va pousser à la délocalisation. Manque de patriotisme?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 6:00Aurélie TrouvéChiffre
« Une hausse des taxes sur l'électricité qui va amener à une forte hausse des prix de l'électricité pour 11 millions de ménages et des centaines de milliers d'entreprises. »
- 8:00Aurélie TrouvéFait
« On a voté en décembre une loi spéciale qui permettait tout à fait de continuer les dépenses engagées. »
- 10:00Olivier CadicChiffre
« LVMH, ça va lui coûter à peu près 900 millions d'euros. »
- 11:00Olivier CadicChiffre
« Le luxe, c'est 50 milliards d'euros en exportation pour la France. Toute l'agriculture réunie, c'est 18 milliards. »
- 15:00Aurélie TrouvéChiffre
« On a augmenté de 7,8 milliards d'euros pour ces grandes entreprises. »
- 19:00Aurélie TrouvéChiffre
« Les revenus agricoles ont encore diminué de 7% l'année dernière. »
- 22:00Olivier CadicChiffre
« On était à 1,6 million d'agriculteurs en 82. On est à moins de 500.000 aujourd'hui. »
- 24:00Aurélie TrouvéPromesse
« Pour les protéger, il faut des prix rémunérateurs garantis. »
- 26:00Aurélie TrouvéChiffre
« Pour le budget 2025, on a diminué les aides agricoles de 600 millions d'euros. »
- 28:00Olivier CadicChiffre
« L'agriculture, c'est 3% de nos exportations, en France. »
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Générique ... - Alexandre Poussart: Bonjour à tous.
Très heureux de vous retrouver pour ce nouveau numéro. - Kathia Gilder: Cette semaine encore, nous vous proposons un débat entre une députée et un sénateur. Nous accueillons Aurélie Trouvé, députée La France Insoumise de Seine-Saint-Denis et présidente de la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale.
Face à vous, Olivier Cadic, sénateur centriste des Français établis hors de France, vice-président de la commission des affaires étrangères et de la défense. - Alexandre Poussart: Vous reviendrez sur la semaine mouvementée de François Bayrou, qui a fait adopter le budget 2025 au Parlement sans vote, en passant par le 49.3.
Il a échappé une nouvelle fois à la censure de son gouvernement. Les députés socialistes et du Rassemblement National n'ont pas voté les motions de censure déposées par La France Insoumise. On parlera d'agriculture.
Le Sénat examine le projet de loi d'orientation agricole. Ce texte est censé répondre au malaise des agriculteurs et protéger la souveraineté alimentaire française. - Kathia Gilder: D'abord, le fait de la semaine: la censure évitée pour François Bayrou. - Le jour de sa nomination à Matignon, François Bayrou parlait d'un Himalaya de difficulté.
Le Premier ministre a franchi cette semaine un premier sommet avec l'adoption du budget. Lundi, il déclenche un 49.3. - Nous voici à l'heure de vérité.
Nous voici même à la semaine de vérité et de responsabilité. Aucun pays ne peut vivre sans budget. Et la France moins que toute autre. - Mercredi, il fait face à une motion de censure portée par les insoumis.
Pas de suspense, les socialistes ont décidé de ne pas la voter. Indignation de La France Insoumise, fracture au sein du Nouveau Front populaire. - J'entends une petite voix sur ma gauche qui me rappelle aux puretés de la vertu, comme disait Saint-Just, le bruit et la fureur fragilisent les combats, nos combats, ceux de la gauche. - Jeudi, ultime vote au Sénat. - Pour: 219.
Contre: 107. Le projet de loi est définitivement adopté. - Ca sort notre pays de cette trop longue période d'incertitude qui a été mortifère pour l'économie, pour les Français, pour les agriculteurs, pour les chefs d'entreprise.
Sortir de l'incertitude est une bonne nouvelle. - Après le budget de l'Etat, celui de la Sécurité sociale devrait être adopté, sauf coup de théâtre, d'ici une dizaine de jours. - Kathia Gilder: Aurélie Trouvé, les socialistes n'ont pas voté vos motions de censure.
Ils n'ont pas voulu faire tomber le gouvernement. Cette non-censure acte-t-elle la fin du Nouveau Front populaire? - Aurélie Trouvé: Il y a clairement une rupture de la part de presque tous les députés socialistes.
Six l'ont votée. L'essence même du Nouveau Front populaire, c'est de rompre avec le macronisme, de proposer autre chose que la politique d'Emmanuel Macron. Je voudrais surtout dire que tous ceux qui n'ont pas voté la motion de censure sont donc responsables d'un budget qui, à mon avis, est un budget de souffrance, et un budget qui risque justement de précipiter davantage la crise économique.
Je m'explique. C'est d'abord la plus forte austérité budgétaire connue depuis 25 ans en France, la plus forte baisse de dépenses publiques. Très concrètement, ça va reposer essentiellement sur ceux qui ont déjà du mal à boucler leurs fins de mois.
Par exemple, une hausse des taxes sur l'électricité qui va amener à une forte hausse des prix de l'électricité pour 11 millions de ménages et des centaines de milliers d'entreprises. - Alexandre Poussart: Avant d'aller sur le fond de ce budget, une réaction sur cette affiche qui a créé la polémique. La France Insoumise a posté un visuel qui associe le Parti Socialiste et le Rassemblement National, avec ce titre: "Les nouvelles alliances".
Que pensez-vous de ce visuel? - Aurélie Trouvé: Ce visuel n'est pas celui de La France Insoumise. - Alexandre Poussart: Il a été posté par La France Insoumise. - Aurélie Trouvé: Il a été retiré dans la seconde.
C'est une erreur, en réalité. Il a été retiré dans la seconde. Je le répète.
On l'a dit tout de suite, donc arrivons aux faits et au fond. Nous avons aujourd'hui un budget qui est catastrophique, notamment pour l'économie. C'est ce que j'ai souligné... - Alexandre Poussart: Les socialistes demandent des excuses.
Est-ce qu'il faut leur faire des excuses? - Aurélie Trouvé: Est-ce que je peux arriver au fond, s'il vous plaît? Il y a des millions de gens qui vont souffrir de ce budget.
Ce n'est pas notre visuel et nous l'avons dit depuis le début. Il a peut-être été quelques secondes sur le site. Nous en arrivons au principal qui est que ce budget, avec une coupe d'un milliard et demi dans l'enseignement supérieur et la recherche.
Moi qui étais universitaire jusqu'à il y a trois ans, je peux vous dire que c'est catastrophique. Ca veut dire un réel décrochage scientifique et technologique de la France, à l'heure où il faudrait porter au plus haut cette recherche. - Kathia Gilder: On va faire réagir Olivier Cadic.
Pour éviter la censure, François Bayrou a réussi là où Michel Barnier avait échoué. Est-ce que vous souhaitez que les socialistes, qui n'ont pas voté la censure, rejoignent le bloc central? - Olivier Cadic: Ce qu'ils veulent faire, c'est leur problème.
On peut soutenir sans participer à un gouvernement parce qu'on n'est pas à l'aise par rapport à certaines décisions ou orientations. Ca existe dans d'autres pays. Il n'y a pas de problème.
Aujourd'hui, on avait besoin d'un budget. On n'avait pas de quoi finir l'année pour les ministères. Il y avait une évolution des coûts et il y avait déjà certains services qui avaient besoin d'un budget. - Kathia Gilder: Il y a une loi spéciale. - Olivier Cadic: C'est pas avec ça qu'ils font l'année, tous nous l'ont dit.
Il leur fallait un budget. Ce budget ne satisfait personne, aujourd'hui. Pour que ce budget passe, il a fallu en passer par des oukases des socialistes.
C'est comme ça que je le comprends. Après tout, d'autres jouent aussi parfois ce jeu. Ce n'est pas un reproche, c'est une constatation.
C'est ce qui fait que ça ne satisfait vraiment personne. - Kathia Gilder: Il faut faire des concessions. - Olivier Cadic: C'est ce que nous faisons. - Alexandre Poussart: Le président du groupe centriste, de votre groupe, dit qu'il faut faire un contrat avec les socialistes pour éviter la censure plus durablement pour le gouvernement de François Bayrou.
Quand vous parlez d'oukases, on a l'impression que ça peut être compliqué. - Olivier Cadic: Ils ont des points forts de position qui leur appartiennent. Il faut l'accepter.
La démocratie, c'est ça. On ne pense pas tous pareil. Aujourd'hui, c'est pas un budget qui me satisfait.
Maintenant, on est avec un environnement où il faut être responsable. Il faut accepter que ça ne soit pas exactement comme on le pense et on le souhaite. Ceci étant, il y a des surtaxes imposées sur les entreprises qui vont avoir des effets au niveau économique.
Quand j'entends que ça va faire souffrir, ça va faire souffrir potentiellement tout le monde, toute l'économie, parce qu'on va perdre en compétitivité. - Kathia Gilder: La France avait besoin d'un budget pour redresser ses comptes et aussi parce que des collectivités, les associations, les entreprises réclament des crédits qu'ils ne peuvent pas avoir pour l'instant. Vous entendez cet argument? - Aurélie Trouvé: On a voté en décembre une loi spéciale qui permettait tout à fait de continuer les dépenses engagées.
En réalité, il y a eu un sabotage par le gouvernement de la loi spéciale. Par exemple, ils ont bloqué sciemment les pass Culture ou les services civiques pour les jeunes, alors qu'il était tout à fait possible de faire ces dépenses par des circulaires. Les circulaires du mois de décembre ont tout de suite dit qu'on ne pourrait pas dépenser plus de 25% des dépenses.
C'est le gouvernement qui a pris cette décision pour tendre la situation, pour faire un chantage et imposer ce budget, en faisant croire que sinon, ça allait être le chaos. Nous aurions pu reprendre le débat dans l'Assemblée nationale. Je remarque qu'il y a trois mois, nous avons eu des débats et nous avions voté à la majorité de l'Assemblée nationale tout un tas de mesures qui permettaient de récupérer jusqu'à 75 milliards de recettes, notamment sur les superprofits des multinationales ou sur les très gros patrimoines des ultrariches.
Il était possible de faire un tout autre budget, beaucoup plus juste, qui mette à contribution ceux qui ont le plus profité des huit ans de la présidence Macron. - Alexandre Poussart: Sur la fiscalité des plus aisés, ce budget demande un effort exceptionnel aux plus riches et aux grandes entreprises, qui ont fait des profits. Il y a une sorte de fronde de certains grands patrons.
Le premier d'entre eux, c'est Bernard Arnault. Le milliardaire et patron de LVMH estime que cet effort demandé aux grandes entreprises va pousser à la délocalisation. Est-ce que c'est un manque de patriotisme économique? - Olivier Cadic: C'est toujours ce qu'on reproche aux gens qui sont confrontés à la compétition internationale.
Ces entreprises ont des actionnaires. Ces actionnaires, pour pouvoir investir, demandent une rétribution. C'est la même chose pour la France.
La France n'est pas capable de faire son budget elle seule. Elle doit aller chercher l'argent à l'étranger. Donc elle emprunte de plus en plus cher.
Si on ne rassure pas les investisseurs pour qu'ils rachètent la dette française, ça va nous coûter beaucoup plus cher. Le ministre du Budget a les mêmes problématiques à l'international et il doit défendre le budget. On a un vrai sujet, c'est qu'on a augmenté de 7,8 milliards d'euros pour ces grandes entreprises... - Alexandre Poussart: C'est exceptionnel? - Olivier Cadic: Oui.
LVMH, ça va lui coûter à peu près 900 millions d'euros. Il peut toujours payer, l'autre. Lui défend ses intérêts et les intérêts de son entreprise.
Il en parle. Il faut pas oublier que le luxe, c'est 50 milliards d'euros en exportation pour la France. Toute l'agriculture réunie, c'est 18 milliards. - Kathia Gilder: Est-ce que c'est le moment de taxer les grandes entreprises, alors que les plans sociaux se multiplient, que l'activité se ralentit? - Aurélie Trouvé: Vous voyez bien que Bernard Arnault ne représente absolument pas les patrons français. 95% des patrons français sont en fait des patrons de très petites et petites entreprises.
Bernard Arnault, c'est la cinquième fortune du monde, 233 milliards d'euros. En France, les très petites entreprises sont plus fortement taxées que les très grandes entreprises. Or ce budget ne va pas davantage mettre à contribution ces multinationales, notamment les dividendes des actionnaires, alors même que les très petites entreprises vont être davantage taxées et chargées, ne serait-ce que par l'augmentation des prix de l'électricité.
Pour résumer, les petits, aujourd'hui, payent plus d'impôts que les gros, mais vont être davantage mis à contribution, alors que les très gros payent moins d'impôts et ne vont pas être mis davantage à contribution. C'est donc très injuste. Surtout, c'est très mauvais pour notre économie réelle.
L'économie réelle du pays, ce sont ces très petites entreprises, pas ces multinationales qui versent leurs bénéfices de plus en plus vers les dividendes. - Alexandre Poussart: Le gouvernement a passé l'étape de ce budget 2025. Qu'est-ce qui va se passer après?
Est-ce que la prochaine priorité du gouvernement va être l'immigration? Le Premier ministre a estimé qu'il voulait un débat large sur l'immigration, plus large que la simple question du droit du sol. Il voulait un débat sur la question: qu'est-ce qu'être français? - Olivier Cadic: C'est le Premier ministre qui donne l'orientation.
S'il a envie d'aller vers ça, pourquoi pas. Je veux bien débattre de tous les sujets. La question pour moi, c'est plutôt: comment on exécute le budget?
Ce qui est important, c'est de l'exécuter. On a appris qu'on retirait 50 millions d'euros sur l'action extérieure de l'Etat. J'aimerais savoir comment on va faire et comment on va accomplir nos missions. - Kathia Gilder: Votre réaction à cette proposition de François Bayrou qui souhaite donc un débat plus large que le droit du sol à Mayotte, sur le fait de savoir ce qu'est qu'être Français, vous en pensez quoi? - Aurélie Trouvé: Qu'effectivement, le fait d'avoir laissé ce gouvernement agir en refusant la motion de censure, ça va offrir un boulevard à ce gouvernement pour aller petit à petit vers les idées de l'extrême droite, du Rassemblement National.
Monsieur Retailleau est clairement l'homme fort de ce gouvernement. Le Premier ministre a parlé de "submersion migratoire", ce qui est clairement une reprise des termes employés historiquement par le Rassemblement National. C'est une réponse totalement fausse à la réalité.
Je m'explique. Aujourd'hui, les migrants sont une richesse pour la France. - Kathia Gilder: Le Parti Socialiste va déposer une motion pour défendre les valeurs républicaines, en réaction à ces propos.
Vous la votez sans état d'âme, cette motion sur les valeurs républicaines? - Aurélie Trouvé: On la votera certainement. Le problème, c'est qu'elle ne sert à rien. - Kathia Gilder: Pourquoi? - Aurélie Trouvé: Parce qu'on sait très bien qu'elle ne sera pas majoritaire, qu'elle ne pourra pas renverser ce gouvernement.
Celle qui permet de renverser le gouvernement, c'est celle qui aura encore lieu lundi, la quatrième, celle qui pourra être décisive. Charge à l'ensemble des socialistes de la voter. Je finis en disant... - Kathia Gilder: Sur le budget de la Sécurité sociale. - Aurélie Trouvé: On en est à 27 49.3 sous la présidence Macron.
C'est un naufrage de la démocratie parlementaire. - Alexandre Poussart: Ce choix de François Bayrou d'aller sur un débat sur l'identité nationale, est-ce que ça correspond à un mouvement international, un durcissement du discours sur l'immigration qui favorise les partis d'extrême droite? - Olivier Cadic: Souvent, le politique, quand il n'a pas de solution, il cherche un bouc émissaire.
Pour l'un, ça va être les riches. Il suffit de leur prendre ce qu'ils ont et on va régler nos problèmes. Pour l'autre, l'immigration a causé tous nos problèmes.
Au Royaume-Uni, on a vécu le Brexit. Depuis, soi-disant pour bloquer l'immigration, ça a multiplié par 2 le solde migratoire. On voit bien que c'est pas comme ça qu'on va traiter le problème.
On peut se poser la question de se dire: c'est quoi, être français? Je milite pour que tous les Français parlent français. Il y a beaucoup de Français qui naissent à l'étranger et qui ne parlent pas français, mais on ne fait rien pour qu'ils apprennent à parler français. - Alexandre Poussart: Le budget des cours de français baisse. - Aurélie Trouvé: Je rejoins mon collègue.
Je pense que ces attaques contre les migrants...
On dirait presque une chasse aux migrants. Ces attaques ont créé de l'insécurité et du chaos. Il faut accueillir dignement les migrants, leur permettre de travailler.
Ils travaillent déjà. Ce qui me choque, c'est que des gens qui travaillent depuis 20 ou 30 ans dans ma circonscription qui me disent qu'ils sont ouvriers, qu'ils payent des impôts, qu'ils consomment et qu'ils n'arrivent pas à être régularisés, c'est inadmissible, et en plus, c'est inefficace sur le plan économique. Nous avons besoin aussi de sécurité de ces personnes qui sont régularisées pour travailler. - Alexandre Poussart: On va parler d'agriculture.
Le Sénat examine le projet de loi d'orientation agricole, un texte qui est censé répondre au malaise des agriculteurs et qui a pour objectif de protéger la souveraineté alimentaire française. - Nous reprenons la séance. - Comment répondre aux attentes d'un monde agricole en crise?
C'est l'objectif du projet de loi examiné au Sénat depuis le 4 février. Promis par Emmanuel Macron, le texte vise la formation des agriculteurs, l'installation et la transmission des exploitations. Profondément remaniée, la version du Sénat inscrit la souveraineté alimentaire au rang d'intérêt fondamental de la nation, tout en supprimant l'objectif de 21% de surface agricole utile cultivée en bio. - On peut pas dire aux agriculteurs en bio: "Peu importe que votre activité soit équilibrée sur le plan économique, vous aurez été vertueux." Il faut évidemment l'adéquation, la recherche d'adéquation entre l'offre et la demande. - Mais la version du Sénat entend aussi simplifier plusieurs réglementations pour les agriculteurs, comme le fait de ne pas interdire les pesticides s'il n'existe pas de solution alternative, au détriment de l'environnement, estiment les écologistes. - On a une vision complètement décliniste de l'agriculture.
Ce qui est pointé, ce sont les normes environnementales. - Les esprits s'échauffent dans l'hémicycle. Deux visions de l'agriculture s'affrontent. - Tout ce que l'on fait va vers une industrialisation, et donc la fin de l'agriculture familiale d'ici quelques décennies. - Je ne peux pas laisser passer ça, madame la présidente.
Dire que l'agriculture d'aujourd'hui est une agriculture industrielle...
Vous pensez que vous faites plaisir aux paysans qui ont été obligés de voir augmenter leur rendement pour arriver à avoir le même revenu? Vous ne pensez pas que ce principe de toujours être dans des dogmes ne finira pas par emporter l'agriculture française? - Le projet de loi prévoit la création d'un bachelor agro et d'un volontariat agricole dans le cadre du service civique et la création d'un guichet départemental censé favoriser les installations et les transmissions d'exploitation.
Le Sénat prévoit d'examiner le texte jusqu'au 18 février, ce qui laisse peu de chances d'aboutir à un compromis avant l'ouverture du salon de l'agriculture. - Alexandre Poussart: Est-ce que l'objectif de la majorité de droite sénatoriale est de faire primer la compétitivité de l'agriculture française sur l'écologie? - Olivier Cadic: Je pense pas qu'on puisse le présenter de façon aussi caricaturale.
Je crois que chacun cherche à trouver une solution pour un métier qui est en difficulté. L'Union Européenne a perdu un quart de ses exploitations agricoles lors de ces 30 dernières années. Il y a une contraction.
On était à 1,6 million d'agriculteurs en 82. On est à moins de 500.000 aujourd'hui.
On a perdu les deux tiers et on sait qu'on va perdre encore un tiers des exploitations d'ici 10 ou 15 ans. On peut imaginer, pour ceux qui sont dans l'agriculture, qu'ils sont en mode survie. Je parle pour les petits agriculteurs.
Ils sont aussi confrontés à un client qui pousse son chariot au supermarché et qui veut un produit le plus accessible possible. - Alexandre Poussart: C'est la faute des normes environnementales? - Olivier Cadic: Certaines normes créent du surcoût et des rigidités.
Ce qu'on voit dans l'hémicycle, c'est qu'il y a une vraie volonté de nos sénateurs, qui défendent le monde agricole, de trouver des solutions pour les aider à surmonter ces difficultés. - Kathia Gilder: Aurélie Trouvé, vous connaissez ces questions. Est-ce qu'on peut vous mettre d'accord avec le constat du sénateur sur ce problème? - Aurélie Trouvé: Sur le constat, tout à fait.
On perd 10.000 fermes chaque année encore. On est à moins de 400.000 aujourd'hui.
L'agriculture familiale est en danger. Elle joue sa survie. Ensuite, qu'est-ce qu'il faut faire?
La loi d'orientation agricole qui est sur la table ne répond absolument pas au problème principal, qui est celui des revenus des agriculteurs. Pourquoi les fermes disparaissent? Parce que les agriculteurs ne gagnent pas assez pour la plupart.
Les revenus agricoles ont encore diminué de 7% l'année dernière. Ils ont des prix qui sont pressurés au maximum. - Kathia Gilder: Vous voulez des prix planchers? - Aurélie Trouvé: Ils sont pressurés au maximum parce qu'il y a 80.000 producteurs de lait qui font face à une seule multinationale, Lactalis, qui fait une grosse partie de la collecte, parce qu'il y a des grands distributeurs qui poussent les prix vers le bas.
Pour les protéger, il faut des prix rémunérateurs garantis, ce que nous avons voté à la majorité de l'Assemblée nationale il y a un an. Pour l'instant, silence radio du gouvernement. - Alexandre Poussart: Est-ce qu'il faut aller vers une agriculture encore plus encadrée par la puissance publique? - Olivier Cadic: Je pense qu'on a vu le résultat en essayant de trop le faire.
On fait un peu les apprentis sorciers, et on n'a pas forcément le résultat que l'on souhaitait. Aujourd'hui, il faut peut-être se reposer vraiment la question: quelle agriculture voulons-nous? On voit les problématiques que cela pose avec l'élevage.
Un kilo de boeuf, c'est un coût en eau qui n'a pas d'équivalent avec un kilo de légumineuses. Il y a des vraies questions qui se posent pour le long terme. Effectivement, il y a un métier qui souffre parce qu'il n'a pas la possibilité de forcément travailler comme il le souhaite, parce qu'il y a un environnement concurrentiel.
Il faut en tenir compte. Le client, c'est celui qui pousse son chariot. Il veut les prix les plus bas possibles parce que lui aussi a des arbitrages à faire sur son budget. - Kathia Gilder: Une autre question, Aurélie Trouvé.
La droite sénatoriale a ajouté à cette loi agricole un principe: pas d'interdiction de pesticides sans solution alternative viable. Qu'est-ce que vous en pensez? Est-ce que c'est une mesure de bon sens? - Aurélie Trouvé: Je voudrais d'abord dire qu'on joue aux apprentis sorciers quand on libéralise tout et qu'on confronte les agriculteurs à la concurrence internationale déloyale.
Jusque dans les années 90, on a régulé les prix en France et en Europe. Toutes les grandes puissances économiques du monde re-régulent à nouveau leur marché. Nous, on reste enfermés dans une logique néolibérale, et c'est terrible.
Sur la question de la transition agroécologique, c'est pas une option, c'est une nécessité. Il faut en donner les moyens aux agriculteurs. Les agriculteurs veulent faire la transition agroécologique.
Ils disent simplement que pour ça, il faut les protéger contre la concurrence déloyale, donc pas d'importation de produits qui ne respectent pas les normes. Ca veut dire qu'on arrête de signer des accords de libre-échange à tour de bras. On devrait avoir la signature de l'accord avec le Mercosur qui va être une catastrophe. - Kathia Gilder: Ca continue, pourtant. - Aurélie Trouvé: Jamais le président Macron n'a quitté les négociations en huit ans, et c'est une catastrophe, on va en avoir les résultats.
Il faut donner les moyens avec un budget. Pour le budget 2025, on a diminué les aides agricoles de 600 millions d'euros, cela permettait précisément la transition. - Alexandre Poussart: Est-ce que c'est le libre-échange avec certains accords qui mettent en colère les agriculteurs... - Olivier Cadic: Pas tous les agriculteurs. - Alexandre Poussart: Est-ce que c'est l'ouverture au marché international qui fragilise l'agriculture française? - Olivier Cadic: On mélange tout.
L'agriculture, c'est 3% de nos exportations, en France. Un accord de libre-échange, c'est pour tout, pour l'ensemble. On est en train de parler de 3%, on bloque sur 3%.
Et dans ces 3%, tout le monde n'est pas perdant. Il y a les viticulteurs. Le jour où on a signé l'accord de libre-échange avec le Japon, le trimestre qui a suivi, les vins français sont passés en tête des ventes devant les vins chiliens. - Kathia Gilder: Il y a des produits qui ne respectent pas les normes sont imposées aux agriculteurs. - Olivier Cadic: C'est de ça dont on doit parler.
Il faut que la compétition soit loyale. - Kathia Gilder: Elle ne l'est pas, pour l'instant. - Olivier Cadic: Il faut voir les choses de l'autre côté.
Les autres pays voient ça comme des mesures protectionnistes. J'étais en Inde avec Sophie Primas au mois de novembre. Le ministre du Commerce indien lui a dit que nos normes européennes, c'était pour les empêcher de vendre leurs produits.
Il faut écouter ce qui se dit de l'autre côté. Le libre-échange, c'est permettre à tout le monde de pouvoir se développer. - Alexandre Poussart: Ce sera le mot de la fin.
Merci d'avoir participé à ce débat. - Kathia Gilder: A la semaine prochaine.
François Bayrou