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interviewLCP (sur YouTube)· 20 novembre 2024 13 min

Franck Allisio, député "Rassemblement National" des Bouches du Rhône | La politique et moi

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Il a fait ses gammes à l'UMP et dans des cabinets ministériels avant de rejoindre le Rassemblement national. Mon invité était l'un des porte-parole de Marine Le Pen pendant la dernière présidentielle. Il est aujourd'hui député des Bouches-du-Rhône.

Générique Bonjour, Franck Allisio. -Bonjour. -Alors vous avez pris votre carte à l'UMP très tôt, à l'âge de 23 ou 24 ans, je crois.

J'ai lu que c'était pour pouvoir voter pour Nicolas Sarkozy pour la présidence de l'UMP en 2004. C'est lui, Nicolas Sarkozy, qui a porté vos premiers rêves politiques ? -Oui.

Alors, la politique, c'est un virus qu'on attrape tôt. J'avais 14 ans. Au début, c'était les idées, c'était lire...

Voilà, quand on est passionné d'histoire, on finit par l'être aussi de politique. Le grand enjeu pour ma génération à l'époque, c'était Nicolas Sarkozy, parce que... la droite molle, technocentriste de Juppé, ça ne passionnait personne, ça ne donnait envie à personne d'y aller.

Et là, Sarko, c'était l'occasion pour toute une génération, on était les bébés Sarko, la génération Sarko. Voilà, ça a été quelque chose de...

Toute la campagne présidentielle et tout, ça a été une véritable épopée pour nous. -Vous commencez comme une des petites mains de la campagne présidentielle de 2007. Après la victoire de Nicolas Sarkozy, vous travaillez dans plusieurs cabinets ministériels au service de Roger Karoutchi, d'abord, puis de Pierre Lellouche.

Quel a été votre rôle à leur côté ? -Presse et communication. J'étais le conseiller presse et communication des deux ministres, donc Roger Karoutchi, en relation avec le Parlement.

Et ensuite, Pierre Lellouche, c'était les affaires européennes, puis le commerce extérieur. Les deux écoles, j'ai envie de dire, sont très importantes. L'école du parti, en l'occurrence, à l'époque, c'était les jeunes pop', les jeunes de l'UMP.

Et de l'autre côté, le cabinet ministériel, où là, c'est un job, c'est professionnel. Ils sont parfaitement complémentaires, on apprend plein de choses. -Vous parlez de l'école du parti puisque vous devenez président des jeunes actifs de l'UMP.

Jean-François Copé vous nomme secrétaire national à la réforme des institutions et vous essayez de créer plus tard ce courant, Demain la Droite, au sein de l'UMP. C'était quoi l'objectif de ce courant à l'époque ? -C'était de dépoussiérer, de rassembler toute une génération, les trentenaires, ceux qui arrivaient dans la vie politique et qui n'avaient pas forcément leur place et qui voulaient dépoussiérer la droite.

On était après la défaite de 2012. Il fallait tourner beaucoup de pages et en même temps faire vivre ces idées de droite populaire qui ont toujours été les miennes et qui le sont toujours. Le patriotisme, l'autorité, la méritocratie. -Ca répondait aussi à une volonté de déverrouiller ce parti que vous trouviez trop fermé à votre génération ? -Le parti avait beaucoup d'interdits, il y avait beaucoup de non-dits à l'époque dans le parti.

Il y a eu la période Jean-François Copé avec la droite décomplexée, qui pour le coup ouvrait les portes et les fenêtres et s'assumait de droite, mais ça n'a pas duré longtemps. -Et vous n'y trouvez pas votre compte puisqu'à l'été 2015 vous rejoignez le Front national. Pourquoi ce choix à ce moment-là ? -Parce que chez nos électeurs, il y avait une envie d'être plus clairement à droite, de réagir par rapport à des sujets qui touchaient au quotidien, la sécurité, l'immigration, l'explosion de la fiscalité.

Et face à ça, à chaque fois, nos dirigeants étaient timorés. A l'UMP, il y avait déjà le fameux "en même temps", il fallait toujours faire la part, faire un compromis permanent entre l'aile centriste et l'aile bien à droite. Eh bien, à un moment donné, on en a été plusieurs, beaucoup, d'ailleurs, surtout chez nos électeurs, à se dire que ce compromis, il n'est pas possible, il n'est pas utile, il est même toxique.

Donc, j'ai fait un choix en septembre 2015, comme vous le savez. -J'entends le constat de fond. Est-ce qu'il y avait aussi une dimension d'ambition personnelle, politique, ce qui n'est pas honteux ?

Je le demande parce qu'en 2015 vous aviez déclaré : "Je ne pouvais pas attendre éternellement à L'UMP. Pendant 12 ans, j'ai attendu sagement comme un petit soldat. Et des jeunes responsables dans un parti, ça se traite." Vous aviez l'impression d'être bloqué et vous vouliez aller plus loin ?

C'est aussi ce qui explique votre changement de parti ? -La politique c'est de l'humain, donc en effet, il faut traiter les gens, enfin c'est ce que je fais en tant que responsable, dans ma fédération, partout, il faut traiter les ambitions, ce n'est pas un défaut, c'est une qualité. Il en reste que lorsque je quitte en septembre 2015, mon parti politique, je fais tout sauf un choix d'opportunité et d'ambition parce que, si vous vous souvenez bien, en septembre 2015, la grande question dans les sondages, chez les commentateurs politiques, dans tout le monde politique en France c'est de savoir si le prochain président public s'appellerait Alain Juppé ou Nicolas Sarkozy.

François Fillon n'était pas encore dans la course, Emmanuel Macron n'existait pas encore, et François Hollande était carbonisé. Donc je quitte une famille politique qui a toutes les chances de revenir aux affaires deux ans après, donc normalement j'aurais dû y rester si j'avais fait un choix d'opportunité. Donc non, pour le coup c'est un choix de conviction et de cohérence par rapport à tout ce que je voyais, tout ce que je constatais, tout ce que je ressentais depuis des années. -Vous avez rejoint le Rassemblement national en même temps qu'un responsable UMP des Alpes-Maritimes, Olivier Bettati.

Marion Maréchal vous a immédiatement accueillis sur sa liste aux régionales. On va revoir comment elle évoquait votre ralliement à l'époque. -Ca participe quand même d'une façon de décomplexer l'électorat, de gens qui sont un peu sur la tangente, qui qui se reconnaissent dans ces parcours, qui finalement se disent : "Bon, voilà, cette fois c'est bon, j'en ai marre, je fais comme eux, je franchis le pas." -Elle le dit assez clairement, vous avez en quelque sorte servi de produit d'appel politique, elle vous a utilisés dans une sorte d'opération de marketing politique. -Oh non, sinon je ne serais pas encore là et je n'aurais plus le parcours que j'ai, je pense.

Non, pour moi, c'était continuer. C'était rester fidèle à mes convictions en changeant de parti. Mais c'est mon parti qui avait trahi ces convictions. -Vous n'avez pas suivi Marion Maréchal-Le Pen quand elle a rejoint Eric Zemmour pour continuer ce combat de l'union des droites.

Pourtant, cette idée c'est aussi votre combat à vous. Pourquoi ne pas l'avoir suivi à ce moment-là ? -Parce que je suis à l'aise au Rassemblement national, je l'étais à l'époque, parce que j'ai une fidélité personnelle aussi à Marine Le Pen, ça s'est construit dans le temps, j'ai été son conseiller, j'ai été son porte-parole, vous l'avez dit, je crois en Marine Le Pen, je crois en la personne, et au moment où ça se fait, alors Marion, vous faites un raccourci, parce qu'elle a d'abord quitté la politique, le Rassemblement national, puis après s'est réengagée chez Eric Zemmour.

Moi, je ne comprenais pas la logique. Il y avait une candidate qui pouvait devenir président de la République, porter nos idées jusqu'à l'Elysée, qui était largement en tête, qui avait une assise populaire. C'était non seulement logique, mais c'était aussi mon devoir de la porter jusqu'à la victoire.

Et d'ailleurs... s'il n'y a pas eu victoire à la présidentielle, elle n'est que différée car il y a eu une large victoire aux législatives en passant de 6 députés à 89. -Début 2024, vous avez ressuscité le RPR, le parti de la droite gaulliste, pour en devenir le président.

Comment est-ce que vous avez réalisé ce tour de passe-passe, ressusciter le RPR ? -Ce n'est pas un tour de passe-passe, c'est quelque chose, encore une fois, de très simple et très sain. C'est de ne pas laisser la vieille maison familiale, la maison natale, tomber en ruine.

On est beaucoup, beaucoup au Rassemblement national aujourd'hui, y compris dans les députés, probablement plus d'une vingtaine, à avoir commencé notre parcours au RPR, à être fidèles depuis le début et tout au long de notre parcours à ces valeurs dont je vous parlais tout à l'heure, l'autorité, le patriotisme, la méritocratie, les valeurs de droite populaire. Mais vous savez, de Gaulle, comme tous les dirigeants de la droite entre guillemets, ne se sont jamais revendiqués de droite. En cela, Marine Le Pen d'ailleurs est une Gaullo-bonapartiste, elle est fidèle à cette tradition, la France c'est plus que la droite et la gauche.

Et ces idées aujourd'hui du RPR, elles sont défendues par le Rassemblement national. Donc on a ressuscité le RPR pour en faire un allié, c'est souple... -Jacques Chirac ne serait pas d'accord. -Jacques Chirac était d'accord.

En 1996, vous savez, quand ma région, Provence-Alpes-Côte d'Azur, a été codirigée par le RPR, l'UDF et le Front national sous Jean-Claude Gaudin. Donc lorsqu'il a fallu faire barrage à la gauche, le Front national, le RPR de Jacques Chirac et l'UDF ont été d'accord pour sauver la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Donc tout cela est très...

Voilà, de toute façon, tout est beaucoup plus compliqué. Moi, je préfère être fidèle à des convictions et des hommes et des femmes en lesquels je crois. -Je voudrais qu'on revienne sur votre rôle au Rassemblement national.

Renaud Labaye, qui est un proche conseiller de Marine Le Pen, dit de vous : "Il a le genre de profil qui manquait au FN, qui ont déjà travaillé avec des gens à responsabilité. On n'est pas obligé de lui refaire dix fois les notes de synthèse." C'est votre expérience des cabinets ministériels qui vous a aidé ?

Vous avez contribué à professionnaliser le Rassemblement national ? -Probablement, mais je n'ai pas été le seul. Moi, depuis le début, oui, j'ai un savoir-faire, j'ai acquis un savoir-faire du fait de mon parcours professionnel.

Ce savoir-faire, je l'ai toujours mis au service de mes idées, toujours mis au service des gens aux côtés desquels je l'étais. Toute cette passion pour les idées, cette passion de transmettre, cette passion de convaincre...

Oui, je prends plaisir et j'ai pris plaisir à travailler avec Marine en faisant des notes, en préparant les émissions, en contribuant au projet présidentiel. Voilà. -Vous avez fait partie de l'équipe de campagne de Marine Le Pen lors de la dernière présidentielle.

Quel a été exactement votre rôle ? -Alors, j'étais le responsable du pôle argumentaire. En gros, je rédigeais, je contribuais au programme, je rédigeais toutes les notes nécessaires en fonction de l'actualité, en fonction de notre projet, de l'actualité, pour faire à la fois un compromis entre la communication, parce qu'il faut transmettre ces idées, c'est la base de la politique.

Et en même temps, il faut être technique. J'ai essayé de faire un équilibre entre la technicité et la vulgarisation, c'est-à-dire faire passer nos idées à tout le monde, y compris à ceux qui ne mangent pas de la politique matin, midi et soir. -Je vous propose de passer à notre quiz.

Pour finir cette émission, je vous demande de compléter les phrases qui suivent. "Un bon spin doctor doit d'abord..." -Faire de quelque chose de complexe, quelque chose de simple.

Pour moi, l'intelligence, c'est passer du complexe au simple. -Devenir maire de Marseille, Franck Allisio, c'est quelque chose qui vous trotte dans la tête ? -C'est quelque chose qui me trotte dans la tête parce que je suis Marseillais, parce que j'aime ma ville, parce que je vois l'état dans lequel elle est et parce qu'à chaque fois que je suis au contact des Marseillais, c'est-à-dire au quotidien, je vois qu'on a envie collectivement de faire quelque chose pour... définitivement tourner la page, les Marseillais l'ont fait, avec le macronisme, puisqu'il n'y a plus un seul député macroniste dans les Bouches-du-Rhône, et tourner la page aujourd'hui de cette gauche qui fait beaucoup de mal à Marseille.

Donc c'est votre relation avec votre ville natale, dans laquelle vous avez grandi et dans laquelle vous vivez, c'est tripale. Donc oui, évidemment, maintenant, on en saura plus dans quelques semaines. -Pour finir : "Parmi les députés, j'imagine bien rejoindre le RPR..." Qui pourrait rejoindre le RPR parmi les députés, parmi vos collègues ? -Vous savez, le RPR, c'est une maison commune.

Le RPR, on a voté en bureau politique au Rassemblement national il y a 15 jours, 3 semaines, la double appartenance. Donc vous pouvez appartenir, venir au RPR tout en restant LR, tout en restant Reconquête, tout en restant UDR, tout en restant RN. C'est la maison de l'union.

C'est la maison où il y a de l'affect, il y a des idées et il y a une volonté, puisqu'on partage beaucoup de choses ensemble, autant faire un bout de chemin ensemble, y compris y compris des indépendants. Le co-président du RPR, c'est le maire de Marignane, il n'a aucune étiquette politique, et gagner ensemble, et faire gagner le pays ensemble. Donc, encore beaucoup de députés, certains députés y sont déjà avec moi, et beaucoup de députés peuvent le rejoindre, encore une fois, il n'y a pas d'exclusives au RPR, tout le monde est le bienvenu, à condition de partager cet amour de la France, cet amour de nos valeurs. -Merci, Franck Allisio. -Merci à vous.