Mercosur, suite du mouvement agricole...Le 8h30 franceinfo d'Arnaud Rousseau
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Bonjour Arnaud Rousseau.
Bonjour, salut.
Le gouvernement propose un débat à l'Assemblée nationale suivi d'un vote sur le traité de libre-échange avec les pays du Mercosur. Est-ce que c'est une bonne nouvelle pour vous ?
Oui, c'est une bonne nouvelle que le Premier ministre ait annoncé qu'il souhaitait mettre cette discussion à l'Assemblée la semaine prochaine. Mais ça ne sera pas suffisant parce que ce sujet, c'est un sujet européen. Et si la France semble alignée au moment où on se parle, et encore une fois, on s'en réjouit, on a besoin de continuer à convaincre nos partenaires européens. C'est ce que nous faisons nous avec nos partenaires des syndicats agricoles européens qui se sont tous unanimement prononcés en défaveur de cet accord sur le plan agricole.
Et faisons en sorte qu'ils soient capables de convaincre leur gouvernement pour que demain on puisse dire non à cet accord, en tous les cas sur son volet agricole.
Vous espérez qu'avec le vote des parlementaires, la France se montre unie, plus solide pour contrer ce traité de libre-échange ?
Oui, je crois que c'est un signal important qui serait envoyé. On va attendre que cette discussion ait lieu. Mais vous savez, l'agriculture française est la première agriculture européenne. Et la politique agricole commune est la première politique européenne. Elle structure la construction européenne depuis 1962. Et donc ce signe envoyé serait un signe positif, évidemment.
Vous dites pas d'accord en l'état. En l'état, ça veut dire que pour vous, il y a des choses qui sont négociables. Vous ne rejetez pas le principe même d'un accord avec les pays du Mercosur ?
Si, on a été très clair. On a dit sur le volet agricole, pour nous c'est non. Et c'est pas non peut-être ou oui mais, c'est non. Donc ça veut dire pas d'accord avec les Mercosur ? Ça veut dire pas d'accord tel qu'il est écrit aujourd'hui. Moi j'entends aussi qu'un certain nombre d'autres secteurs d'activité économique puissent avoir des intérêts offensifs. Mais en tous les cas aujourd'hui, l'agriculture est celle qui est la contrepartie. C'est celle qui perd en France et en Europe. Et donc évidemment pour nous c'est non.
Vous êtes sûr d'avoir vraiment à y perdre ? Est-ce qu'on n'est pas en train d'assister à un changement historique de la politique agricole française, la FNSEA, qui deviendrait anti-libre-échange ?
Non, non, pas du tout. Nous on a redit qu'évidemment il fallait continuer à échanger. On le fait et on a besoin de continuer à échanger. D'abord parce que dans un certain nombre de productions on n'a pas ce qu'il faut. Et notamment par exemple le soja. Et c'est pour ça qu'on travaille un plan protéines pour essayer de réduire la dépendance européenne. Que ceux qui nous écoutent et qui boivent leur café ne l'auront pas directement en production européenne de main. Et puis que par ailleurs on a des produits exportés. Nos fromages, nos céréales, nos vins spirituels.
Mais justement, pour le fromage, pour les viticulteurs, cet accord du Mercosur il est bien en fait. Oui mais ils ont compris. C'est une partie de l'agriculture.
Ils ont compris les viticulteurs que quand on le fait avec des normes qui ne respectent pas le cadre européen. Quand on le fait avec aucune traçabilité. Quand on ne respecte pas les accords de Paris. Bien évidemment on le fait dans des conditions qui sont déloyales. Et ça c'est non.
Mais vous entendez quand même la commission qui se veut rassurante par rapport à ce traité. Bruxelles assure par exemple que les produits importés doivent respecter les exigences européennes en matière de sécurité alimentaire. Pas de viande aux hormones, pas d'OGM. La commission promet même aussi des contrôles dans les pays d'Amérique du Sud avec des envois de vétérinaires et aux frontières européennes. Malgré les contrôles, vous, vous n'êtes pas rassuré.
Non mais comment voulez-vous qu'on mette en place demain ce qu'on ne fait pas aujourd'hui ? On fait du commerce déjà avec ces pays depuis longtemps.
La commission par exemple fait valoir qu'il y a un audit qui a été réalisé en juin dernier sur le Brésil. qui ne pouvait pas prouver que sa viande ne contenait pas d'hormones et que les importations en provenance du Brésil à ce moment-là ont été arrêtées. Si les choses se passent comme ça à l'avenir, où est le problème ?
Ça fait 25 ans, Jérôme Chapuis, qu'on utilise ce qu'on a retrouvé il y a quelques semaines, de l'ostradiol, qui est une hormone qu'on trouve chez les bovins femelles. On sait que sur la volaille, il y a aussi des accélérateurs de croissance. Donc tout ça est connu, peu ou pas contrôlé. Ça ne concerne d'ailleurs pas que le Mercosur. D'une manière générale, c'est 3% seulement des produits qui viennent de pays tiers qui font l'objet de contrôle. Et donc nous laisser croire que dans les semaines qui viennent, on fera ce qu'on n'a pas fait depuis 25 ans. Ça me paraît un peu juste dans le moment où...
Mais là encore une fois, la Commission dit que ça a été fait en juin dernier.
Dans ce cas précis, en l'occurrence.
C'est des choses qui arrivent en tout cas. Vous ne le niez pas ça.
Visiblement, d'ailleurs, si on le dit et qu'en plus la Commission le constate, elle ne fait qu'abonder dans notre sens. C'est une bonne chose. Je crois que tout le monde reconnaît aujourd'hui, mais même à la Commission dans les couloirs, qu'effectivement, sur le plan agricole, il y a une difficulté. Et c'est la raison ailleurs pour laquelle ils étaient prêts à des compensations. Donc quand vous êtes prêts à des compensations, c'est que vous êtes conscients qu'il y a un problème.
Il faut quand même rappeler les ordres de grandeur, peut-être.
Parce que quand vous parlez de déferlante...
Parce qu'il y a la question de la qualité, effectivement. Il y a la question de la qualité de la viande qui peut être importée, s'il y a la quantité. Vous, ce n'est pas votre sujet, la quantité. Vous dites qu'en fait, ce n'est pas le problème du Mercosur, c'est plus la qualité. Parce que si on prend les chiffres des importations qui sont envisagées, c'est 99 000 tonnes de bœuf par an qui pourraient être envoyées, soit un steak par européen par an, soit c'est acceptable.
Je dis qu'au-delà des quantités, parce que pour la viande bovine, c'est 99 000 tonnes, plus ce qu'on appelle le Cotailton de 60 000 tonnes, vous voyez. Mais je veux dire, déjà aujourd'hui, on commerce. Et aujourd'hui, le sujet de fond, c'est d'arrêter cette Europe passoire qui impose à ses producteurs nationaux ou européens des contraintes qu'elle n'exige pas de ses contreparties. Là, c'est le Mercosur en ce moment. Mais on pourrait parler de l'Ukraine, qui depuis des mois, alors que ce pays est en guerre, se bat pour ses frontières et pour la démocratie, nous envoie des produits agricoles qui ne respectent pas nos standards. Vous voyez bien la limite de l'exercice.
Aujourd'hui, on a les standards les plus élevés de production en Europe. Ça protège le consommateur, ça protège les Français. La question de fond derrière, c'est qu'est-ce qu'on met dans l'assiette des Français et le combat que nous menons, c'est le combat pour l'assiette des Français dans les 30 prochaines années.
Mais pardon de revenir aux ordres de grandeur, parce que c'est important. Est-ce que quand on parle de 1,6% de la production totale de l'Union Européenne, c'est de nature à déséquilibrer totalement la filière en termes de quantité et en termes de qualité ?
Jérôme Chapuis, c'est 1,6% sur cet accord, plus ce qui est déjà emporté et qui est en dehors de l'accord. Nous sommes arrivés en cumulatif, avec l'ensemble des accords de libre-échange, à des sujets qui ne sont plus supportables. Mais je vais vous donner les chiffres pour que les auditeurs comprennent bien. Aujourd'hui, en France, on importe 55% des poulets qu'on consomme dans ce pays. On importe 60% de nos légumes, on importe 60% de nos moutons, on importe 40% de nos légumes, on importe 25% de notre viande bovine. Vous voyez bien que le sujet, ce n'est pas de se focaliser sur 99 000 tonnes de viande bovine.
Le sujet, c'est notre souveraineté alimentaire et la manière dont on défendra demain l'assiette des Français.
Et c'est là qu'une question se pose, vous, concernant Arnaud Rousseau, parce que le président de la FNSA que vous êtes s'oppose clairement au traité de libre-échange entre l'UE et le Mercosur, mais Arnaud Rousseau, l'entrepreneur, lui, a investi au Brésil. Vous présidez le conseil d'administration du groupe Avril, c'est le sueur, Puget, etc., et qui a acquis Azevedo, une entreprise brésilienne qui est spécialisée dans l'huile de ricin et ses dérivés. Ainsi, vous avez un accès, vous-même, via votre entreprise, un accès privilégié au marché sud-américain.
Ce n'est pas un peu contradictoire à ce que vous faites ? Pas du tout, je m'en suis déjà expliqué, je veux le refaire ici. Ce qu'on prépare avec le groupe Avril, qui appartient au monde agricole, c'est d'abord la protection des prix, parce qu'on va parler du Mercosur, j'espère qu'on va parler du revenu. On veut défendre le revenu de l'agriculture. Et pour ça, on a besoin de préparer l'avenir. Et ce que fait cette filiale du groupe Avril, qui n'est pas ma propriété personnelle, mais dont j'ai l'honneur de présider le conseil d'administration, c'est d'investir notamment sur la décarbonation. Et pour ça, on a le numéro 1 européen de l'oléochimie.
C'est une fierté pour l'agriculture française, parce que l'oléochimie, c'est ce qui va préparer l'après-pétrole. Et pour ça, on a besoin d'un certain nombre de produits qu'on ne trouve pas en Europe. Parce que le riz sain...
Donc vous êtes obligé de commercer avec le Brésil.
Mais on le fait depuis longtemps.
Votre entreprise au Brésil, elle va commercer avec l'Union Européenne.
Pas du tout, parce que 87% de ce qui sera fait au Brésil restera au Brésil. Mais qu'en revanche, on va chercher la technologie. Parce que quand vous n'avez pas le produit ou la technologie, vous n'êtes pas capable d'avoir l'ensemble du SPREC pour préparer l'avenir. Je redis que c'est très cohérent d'aller regarder sur l'ensemble de la planète ce qu'on peut ramener demain en France pour être les champions de la décarbonation. et comment on va ramener le pétrole. Parce que moi, je veux aussi parler de l'avenir de l'agriculture dans un moment où c'est extrêmement difficile.
C'est le rôle d'Avril de préparer l'avenir de l'agriculture française et de lui proposer des solutions, des solutions nationales. Mais il y a aussi des choses bien qui se passent ailleurs. Et c'est notre rôle d'y être pour, encore une fois, préparer l'avenir.
Je reviens au mouvement Arnaud Rousseau et à ses modalités. La FNSEA ne cible pas les préfectures, ne veut pas de blocage pour le moment. Un autre syndicat, la Coordination Rurale, affirme vouloir provoquer un chaos pour se faire entendre. Pourquoi cette différence entre vous ?
Parce que nous, on est le syndicat responsable depuis 80 ans. Et que, évidemment, vous voyez bien qu'aujourd'hui, dans la situation dans laquelle est la France sur le plan politique, ce qui se passe au plan international, j'entendais encore l'Iran menacer de l'arme nucléaire. Je veux dire, quand on est irresponsable, menacer sur le plan agricole du chaos, ça n'est pas ni notre ADN, ni la volonté qu'on a d'aller chercher des solutions.
La Coordination Rurale est irresponsable ?
Oui, bah écoutez, dans le moment dans lequel on est, pour lequel c'est très difficile pour l'agriculture, vous savez, il y a à peu près la moitié des exploitations qui sont en situation d'urgence, qui ne savent pas comment elles vont passer l'hiver. Les gens sont extrêmement abattus. D'abord parce que les conditions météo ont été très difficiles cette année, parce qu'ils ont l'impression que depuis le printemps, les choses n'affoncent pas au bon rythme, parce qu'ils ne voient pas arriver leur solution dans leurs cours de ferme. Et donc, tout le monde est à bout. Et quand vous êtes à bout, appelé au chaos, je considère que c'est totalement irresponsable.
Si on vous pose la question, c'est qu'il y a une toile de fond à Arnaud Rousseau. Les élections aux chambres d'agriculture ont lieu en janvier prochain, c'est tous les 6 ans. Est-ce que ça pousse certains au jusqu'au boutisme, à la surenchère ?
Écoutez, vous poserez la question à la coordination rurale. Non, mais ça vaut qu'on vous pose la question. Est-ce que c'est la surenchère ? Je voulais vous répondre. Vous pourrez toujours faire plus que plus. Moi, je considère que demain, aller affamer les Français ou promettre le chaos, alors qu'on a observé hier qu'il y avait 6 départements en action à la coordination rurale et que nous, on était dans 85, montre bien l'échelle du sujet. Mais moi, je ne suis pas là pour commenter ce que fait la coordination rurale. Moi, je vais vous parler de ce que porte la FNSOA et ce qu'on fait avec les jeunes agriculteurs.
Dans le moment dans lequel on est, nous sommes partis sur le terrain il y a près d'un an pour aller chercher des solutions pour nos exploitations. On a considéré que ce qu'on avait obtenu au printemps, on n'allait pas assez loin et on l'a mesuré en disant qu'on avait été chercher à peu près un tiers des promesses qui nous avaient été faites. Il nous reste deux tiers à aller chercher et sur lequel on n'a pas l'intention de baisser la garde. C'est pas ce que dit le gouvernement.
Le gouvernement, justement, tient sur le site du ministère de l'Agriculture les comptes des avancées, des différentes promesses, des 70 promesses qui ont été évoquées.
Oui, vous avez raison.
Ils sont à 67% eux.
Oui, je vais vous expliquer pourquoi. Parce que quand, par exemple, ils ont annoncé des prêts de trésorerie, ils ont considéré que le travail était fait. La réalité, c'est qu'aujourd'hui, il n'y a pas un agriculteur qui a eu un prêt de trésorerie.
Entre l'annonce et l'effectivité de l'annonce.
Oui, mais vous voyez bien, la réalité, c'est que nous, on est des gens de terrain. Et ce qui nous intéresse, c'est les solutions dans nos cours de ferme. C'est pas les effets d'annonce. Donc, je le dis, on a obtenu un tiers. Il y a deux tiers à aller chercher. Et les élections au mois de janvier, puisque c'était votre question et que je ne veux pas m'y dérober, elles arriveront au mois de janvier. Et je crois qu'à ce moment-là, les agriculteurs jugeront sur la capacité qu'ont leurs différents représentants professionnels à aller chercher des solutions. Si certains pensent que le chaos est un avenir pour l'agriculture, ils prendront leurs responsabilités.
Nous, on dit, c'est difficile, c'est pas tenable dans un certain nombre de régions. Il faut des solutions de court terme, dont des solutions de fonds d'allègement des charges, dont personne ne parle à ce stade, qu'on doit aller chercher. Il y a tout ce qui n'a pas été obtenu, notamment sur le plan législatif, suite à la dissolution, qu'on veut aller chercher.
On va en parler. Vous êtes sûr de garder le contrôle de ce mouvement ?
Non, mais vous savez, on me pose la question depuis un an. Les allégements sont des gens indépendants. Nombre d'entre eux ne sont pas syndiqués. Donc, nous, notre responsabilité, c'est de donner une ligne, de donner un cadre et de donner des objectifs à atteindre. Et ensuite, les agriculteurs, ils prennent leur responsabilité sur le terrain. Donc, nous, on a encadré, depuis 48 heures, dans 85 départements, des actions, en indiquant très clairement qu'on ne voulait pas d'atteinte au bien aux personnes. Parce que vous savez, c'est très facile d'appuyer sur le bouton. C'est très facile, demain, pour le responsable national que je suis, de dire, on va utiliser la violence.
Simplement, quel avenir ça nous prépare ? Quel est le niveau de responsabilité qu'on a ? Est-ce que l'agriculteur, dans sa ferme, quand il réfléchit deux minutes, il pense que le fait d'avoir tout cassé, ça va lui préparer un avenir ? Ce qu'il attend de nous, c'est qu'on aille et qu'on soit intraitable sur les résultats qu'on va chercher. Et c'est le message qu'on passe au gouvernement. Il n'y a pas de complaisance, mais il y a aussi la nécessité d'obtenir des résultats rapidement.
Arnaud Rousseau était avec nous jusqu'à 9h sur France Info. On continue de parler de l'avenir de l'agriculture. Juste après le fil Info, 8h45, Maureen Suignard.
Pour Emmanuel Macron, son homologue russe, Vladimir Poutine est dans une démarche d'escalade militaire. Il l'appelle à la raison, alors que le président russe a élargi les possibilités de recours à l'arme nucléaire. Ce matin, l'ambassade américaine à Kiev met en garde contre une possible attaque aérienne russe d'ampleur aujourd'hui. Le vote du Parlement contre le projet d'accord de libre-échange entre le Mercosur et l'Union européenne serait un signal important. Selon Arnaud Rousseau, le président de la FNSEA, le principal syndicat agricole invité du 830 France Info, un accord sur le volet agricole, c'est non, dit-il. La coordination rurale appelle à des blocages.
La ministre de l'Agriculture affirme que cela n'est pas acceptable. 130 emplois menacés chez ArcelorMittal, le sidérurgiste envisage de fermer les sites de Reims et de Denain. L'entreprise évoque un contexte difficile dans l'industrie et l'automobile. Les larmes au bord des yeux, il dit au revoir au tennis en tant que joueur. A 38 ans, l'Espagnol Rafael Nadal prend sa retraite. Il a perdu son dernier match en Coupe Davis hier. Lui qui a remporté 22 titres de Grand Chelem en 23 ans sur le circuit. France Info
Le 830 France Info, Jérôme Chapuis, Salia Brachia.
On est toujours avec Arnaud Rousseau, le président de la FNSEA. Au moment de la conférence de presse de présentation du mouvement national, vous avez promis trois phases. La première contre le Mercosur, et ça a bougé, on l'a vu, du côté des politiques du gouvernement qui se mobilisent pour vous soutenir. La seconde phase, pour vous, c'est vous opposer aux contraintes qui pèsent sur les agriculteurs. Est-ce qu'elle va avoir lieu, cette phase ? Et si oui, à partir de quand ?
Oui, effectivement, si on a parlé du Mercosur depuis 48 heures, parce qu'il y avait le G20 au Brésil, on a des sujets nationaux et on ne les oublie pas. Et notamment des sujets autour des contraintes que subit l'agriculture et de toutes ces entraves. Et je peux vous annoncer ce matin, puisque nous l'avons décidé hier soir, que dès la semaine prochaine, mardi, mercredi et jeudi, à l'initiative des départements, nous serons à nouveau sur le terrain avec les jeunes agriculteurs pour dénoncer les entraves à l'agriculture et tout ce qui aujourd'hui contraint notre activité.
Vous savez, cette papasserie dont on parle depuis des mois, ces mesures de simplification qui sont attendues, dont on nous parle, qu'on a besoin maintenant de rendre palpables, et ces fameux deux tiers de mesures qu'on attend et qu'on va aller chercher.
Mardi, mercredi, jeudi, qu'est-ce qui va se passer concrètement ?
Eh bien écoutez, dans chaque département, les responsables des fédérations départementales des JIA et de la FNSEA cibleront des contraintes ou des entraves qu'ils jugent importantes. Ça peut être des représentants de l'État, des agents, ça peut être des liens avec les administrations, c'est eux qui décideront. L'objectif est encore une fois de mettre la pression pour dénoncer aujourd'hui ce qui n'est pas acceptable. Et je le redis, toujours dans le respect des biens et des personnes.
Vous dites contraintes, entraves, souvent ce sont des normes environnementales. Ça veut dire que vous allez cibler particulièrement les administrations qui défendent l'environnement ?
Non mais encore une fois, vous savez, l'idée qu'on opposerait l'agriculture à l'environnement ne correspond pas à la réalité de ce qui se passe dans nos exploitations. Ceux qui aujourd'hui sont au contact de l'environnement au quotidien, ce sont les agriculteurs. Et je peux vous dire, je ne connais pas d'agriculteurs qui se disent je vais détruire mon environnement parce que c'est d'abord son outil de travail. Pardonnez-moi de le rappeler.
Non mais on vous pose la question parce que vous savez ce qui se prépare au Sénat. Une proposition de loi est déposée par le sénateur LR Laurent Duplomb et le centriste Franck Ménonville. Eux, dans leur proposition de loi, elles visent à libérer la production agricole des entraves normatives. C'est totalement ce que vous voulez. Absolument. Et là-dessus, ils visent notamment la réduction des contraintes sur les pesticides. Vous imaginez bien la réaction des écologistes là.
Oui, mais attendez, là aussi, pas de message intempestif. Nous, ce qu'on dit, c'est que quand une matière active, donc un pesticide, est homologué au niveau européen, il doit l'être également en France.
C'est l'exemple des néonicotinoïdes, par exemple. Absolument.
Et vous voyez bien qu'on fait la différence avec ce qu'on dit sur le Mercosur. Donc une matière active qui est interdite en Europe, parce qu'elle est considérée comme dangereuse, elle est interdite partout. Ou si une matière active est utilisée en Allemagne et en Espagne, il n'y a pas de raison qu'elle ne soit pas utilisée en France. Et effectivement, vous parliez des néonicotinoïdes, il y en a un qui s'appelle l'acétamipride, qui est utilisé partout en Europe, sauf en France. Et bien ça, c'est une distorsion de concurrence. Et je le dis parce que je voudrais être concret pour ceux qui nous écoutent, et qu'on n'ait pas l'impression simplement d'être dans l'incantation.
Il y a une production en France qui est en grave crise, qu'on appelle la noisette, qui va disparaître si on ne trouve pas de solution technique. Est-ce qu'on sera mieux demain si on importe des noisettes d'ailleurs ? On pourrait parler aussi de la betterave sucrière, d'autres productions. Et donc nous, ce qu'on dit, c'est qu'on ne peut pas nous mettre avec des interdictions sans solution.
La noisette, la betterave vont peut-être disparaître, mais si les pesticides ou autres produits ne disparaissent pas, ce sont les oiseaux des champs et les abeilles qui disparaissent.
Non mais Jérôme Chapuis, pardonnez-moi, ces produits sont homologués au niveau européen. Homologués, vous m'entendez ? Donc il y a un moment, soit on considère que les institutions européennes et françaises homologuent des produits qui sont dangereux, dans ce cas-là, il n'y a plus rien qui tient, ne prenez pas un médicament le matin. Voilà, les produits sont homologués.
Non mais vous entendez aussi ce que disent les écologistes, c'est que si la France peut être en pointe par rapport à l'utilisation des pesticides, essayons quoi. Non mais si la France peut être en pointe,
mais qu'à la fin, elle a tué sa production et qu'on importe ce qui vient d'ailleurs, prenons l'exemple de la cerise, on a tué la production de cerises en France, aujourd'hui elle vient de Turquie, les français en consomment avec des matières actives qui sont interdites en Europe. Est-ce qu'on a avancé ? Donc le combat avec les écologistes, très bien. Moi je redis que l'écologie est une préoccupation pour les agriculteurs. Mais qu'en revanche, nous mettre dans des impasses, arrêter la production en France et importer d'ailleurs, ça ne fait pas avancer la France.
Arnaud Rousseau, vous l'avez dit, la dissolution de l'Assemblée nationale, elle a bloqué la procédure d'examen du projet de loi d'orientation agricole, que vous aviez directement dealé, négocié avec le gouvernement précédent. Le texte arrive en décembre au Sénat en commission. Qu'est-ce que vous dites au sénateur ? Allez-y foncer, il ne change rien ?
Non mais d'abord, les sénateurs, ils n'attendent pas du président de la FNSOA, qu'ils leur disent comment faire leur travail. Nous, on leur dit que ce texte, on en a besoin, qu'il est loin d'être parfait. Et on l'a dit depuis le début, que même à certains égards, il manquait d'ambition. Mais dans le moment dans lequel on est, et je vous l'ai expliqué, on a aussi besoin d'obtenir quelques victoires. Et donc ce texte, il doit être amendé par les sénateurs, et il doit être voté. On a dit aussi qu'on attendait le contenu du projet de loi de finances, vous savez, qui est en ce moment en discussion au Parlement, parce qu'on a aussi, sur les sujets de compétitivité, besoin d'avancer.
Et puis, vous l'avez indiqué, il y aura un texte, une proposition de loi qui arrivera sur les entraves, sur les contraintes de l'agriculture. J'ai observé que plus de 180 sénateurs avaient co-signé ce texte. C'est une bonne nouvelle. Mais tout ça doit se concrétiser dans nos cours de ferme. Je le redis, à un moment, l'agriculteur, dans l'état d'esprit qui est le sien en ce moment, a besoin d'observer concrètement, dans sa cour de ferme, les résultats obtenus.
Il faut qu'on parle aussi de la rémunération des agriculteurs. C'était l'un des grands sujets du mouvement de l'hiver dernier. Comment est-ce que vous abordez la perspective des négociations avec la grande distribution, l'agroalimentaire ?
Le revenu, c'est le cœur du réacteur. Vous savez, il n'y a pas d'activité agricole si, à la fin de l'année, l'agriculteur ou l'agricultrice française n'a pas de revenu. Donc, ce sujet, il est central. Et c'est pour ça qu'on a bien indiqué qu'il y avait un troisième temps qu'on a positionné au début des négociations commerciales. C'est-à-dire au début de l'année prochaine ? Non, non, non. Là, début décembre. C'est la période traditionnelle où l'industrie agroalimentaire envoie les conditions générales de vente aux représentants de la grande distribution. Et donc, nous, on sera intraitables sur le respect du coût de la matière première agricole. Je le dis.
Et donc, on a demandé que les négociations entre les organisations de producteurs qui nous représentent et les industriels puissent avoir lieu avant que les industriels envoient leurs conditions. Et je le dis parce que je sais que les Français qui nous écoutent ont aussi des sujets de pouvoir d'achat. On peut consommer de la production française de qualité à des prix abordables. Et pour nous, il y a une ligne rouge, c'est le fait que l'agriculteur ne soit pas la valeur de l'ajustement. Donc, tout le monde doit être en responsabilité. Tout le monde doit faire un effort pour faire en sorte qu'encore une fois, ça ne soit pas l'agriculture qui soit la marge de négociation.
Les prix minimums, vous êtes toujours sur la même position ?
Nous, on a dit qu'on voulait construire les prix en marche avant, c'est-à-dire parler des coûts de production dans nos fermes, faire en sorte que ces coûts de production soient couverts avec une marge et puis ensuite qu'il en soit de même tout au long de la chaîne. Laissez penser qu'il y aurait des prix minimums et qu'on pourrait les négocier avec des conventions trimestrielles ne nous paraît pas sérieux à ce stade.
Un chiffre quand même qu'on attend aussi, c'est celui des exploitations qui sont en difficulté. Michel Barnier a annoncé début octobre des prêts garantis par l'État pour les exploitations touchées. Ces prêts, c'est déjà ça ? C'est déjà bon à prendre ?
D'abord, ces prêts, au moment où je vous parle, les agriculteurs ne les ont pas. Et je rappelle que M. Attal, le Premier ministre, avait dit la même chose. Donc, encore une fois, ça va dans le bon sens. Ce qui compte pour nous, c'est la concrétisation. Alors, on est un peu plus confiants cette fois-ci parce que les banquiers se sont engagés. Ce qu'on nous dit au moment où je vous parle, c'est que les premiers fonds pourraient être libérés aux alentours du 15 décembre. Mais encore une fois, on en parle depuis près de 6 mois.
Il y a combien d'exploitations qui ont besoin de ces prêts garantis par l'État ?
Écoutez, nous verrons. Il faut avoir... Il y a des critères techniques, 20% de perte de chiffre d'affaires. Mais on pense que c'est au moins la moitié des exploitations agricoles françaises qui auront besoin de ces relais. Et puis, je le dis, pour un certain nombre d'entre eux, c'est déjà trop tard. Il faut aller plus loin et notamment sur des mesures d'allègement des charges.
Vous connaissez en même temps le contexte économique.
Oui, je connais le contexte économique. Mais je redis que quand il y a eu la Covid, tout le monde a été aidé. On arrive à un moment où le contexte économique est plus compliqué. Et encore une fois, c'est la question de l'avenir et de la production et de notre souveraineté alimentaire qui est en jeu concernant la question agricole.
Débat qui concerne l'agriculture chez nos voisins espagnols. Hier, le Premier ministre Pedro Sanchez a annoncé l'augmentation des régularisations, 300 000 contre 200 000 actuellement, en parlant notamment de l'agriculture, en disant que c'est important pour la main-d'oeuvre agricole qui peut représenter jusqu'à 25 à 50% de la main-d'oeuvre dans certains secteurs. Est-ce qu'il faut faire la même chose en France ?
En tous les cas, nous, on a besoin de main-d'oeuvre dans nos exploitations agricoles et je le dis parce que l'attractivité du métier agricole dans le moment difficile qu'on traverse est aussi à porter. Parce que moi, je veux croire aussi que derrière ces difficultés extrêmement difficiles qu'on traverse, il y a aussi un avenir. On aura besoin de renouveler les générations, mais on a besoin de collaborateurs dans nos fermes.
Et aujourd'hui, indépendamment de la question politique de la régularisation ou pas qui ne nous appartient pas, nous, on travaille, notamment avec l'État marocain, pour faire en sorte qu'avec l'Office français de l'immigration, on puisse avoir de manière régulière des travailleurs qualifiés, de qualité, qui viennent de manière ponctuelle dans nos exploitations, notamment au moment de la récolte des fruits, des légumes ou des vendanges.
Mais alors, vous préférez les partenariats plutôt que la régularisation ?
Encore une fois, nous, on a besoin de collaborateurs. Sur le sujet politique, on laisse ça aux gens dont c'est la responsabilité. Nous, ce qui est sûr, c'est qu'aujourd'hui, on ne trouve pas la main-d'oeuvre en France dans un certain nombre de métiers agricoles et qu'on a besoin, pour continuer à assurer la production en France, de bras, de bras formés. Et plutôt que de commenter, on a été chercher des solutions et on a aujourd'hui essayé de mettre en oeuvre un certain nombre de solutions.
Une dernière question sur la ministre, Annie Gennevard, la nouvelle ministre de l'Agriculture. Quels sont vos rapports avec cette nouvelle ministre de l'Agriculture, sachant que beaucoup, en cette crise, parlent d'une ministre transparente.
Et vous ? Écoutez, moi, j'ai aussi passé un été dans lesquels, pendant deux mois et demi, je n'avais pas d'interlocuteur, si ce n'est un ministre qui expédiait les affaires courantes. Donc, d'avoir un gouvernement, pour nous, c'est essentiel. Ensuite, on a une ministre aujourd'hui qui est là depuis six semaines, donc on va lui laisser le temps de s'installer. Ce qu'on observe, c'est deux choses. Un, c'est que sur les arbitrages en période budgétaire difficile, elle a plutôt obtenu des résultats. Maintenant, là où elle est très fortement attendue, c'est sur la simplification, sur les moyens de production, la question de l'eau, par exemple.
Pensez à la Clouère, qui est une vallée de la Vienne, dans laquelle on attend la concrétisation de projets. Je pense à des sujets autour de la simplification, autour des phytosanitaires. Donc, c'est là-dessus qu'elle sera jugée. Écoutez, six semaines, c'est un peu court. Je ne sais pas combien de temps disposera ce gouvernement. En tous les cas, nous, on a besoin d'interlocuteurs et on a besoin d'interlocuteurs efficaces.
En 1992, il y avait 900 000 exploitations agricoles en France, 380 000 aujourd'hui, ce sera le mot de la fin. Le sociologue Jérôme Fourquet parle du plus grand plan social, silencieux, de l'histoire française contemporaine. Le plus grand plan social, silencieux. Est-ce que vous reprenez ces mots ?
Oui, c'est exact. Alors moi, j'utilise le terme de secteur d'ajustement comme l'a été la sidérurgie, comme l'a été le textile en France. C'est plus qu'un ajustement à ce niveau-là. Écoutez, voilà, en tous les cas, à chaque fois qu'une ferme disparaît, ça ne fait pas une ligne dans les journaux. Ça n'est ni Michelin, ni Auchan. Voilà, moi, je crie depuis des années qu'on a besoin de réaffirmer notre souveraineté et que la capacité qu'on a à continuer à produire est essentielle. La moitié des agriculteurs partent en retraite dans les 5 à 7 ans. On a besoin de jeunes pour attirer ce métier. S'il n'y a pas de revenus, on ne réussira pas.
Mais attendez juste, quand même, le modèle a changé. On a moins d'exploitations, mais elles sont quand même plus grandes.
Non, mais ça ne suffit pas. Vous savez, quand vous avez des animaux, il y a un moment où il y a une limite. Voilà, et encore une fois, notre avenir, la question qui se pose aujourd'hui, c'est ce qu'on mettra dans notre ancienne dans les 20 prochaines années.
Voilà, l'agriculture, on en parle. On en parle sur France Info, notamment avec vous ce matin, Arnaud Rousseau, président de la FNSEA. On va continuer d'en parler avec les informés dans un instant, Renaud Delis, Alia Braclia, Mercosur, à quoi va servir le débat annoncé au Parlement ? C'est l'un des thèmes de ce débat. Et le deuxième débat, la SNCF, la saison de la grève est ouverte. C'est dans quelques minutes, après la météo et le journal.