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Podcast / conversationFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 17 décembre 2021 23 minComplaisantDivertissementCulture, médias & sportÉducation & recherche

Ibrahim Maalouf : "La musique devrait s’apprendre en s’amusant"

Source d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 90 %Attaque 5 %Défensif 5 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:05OuverteRéponse directe

    Quelle était l'atmosphère au concert hier soir malgré le rebond du Covid ?

  • 1:48OuverteRéponse directe

    Est-ce que le Covid a cassé quelque chose pour la musique et les concerts ?

  • 2:15RelanceRéponse directe

    Pourquoi ?

  • 2:48OuverteRéponse directe

    Expliquez-nous cette définition de l'improvisation.

  • 3:25RelanceRéponse directe

    Expliquez-nous ce que vous voulez dire là.

  • 4:22OuverteRéponse directe

    Comment on joue et comment on déjoue en fait ce qu'on est ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:07InvitéFait
    « Le public était super, ils étaient hyper motivés, très heureux d'être là. »
  • 2:01InvitéFait
    « Il est évident que ça nous handicape considérablement, et surtout les gros événements. »
  • 9:00InvitéFait
    « Oui, c'était tous des très grands improvisateurs. »
  • 9:38InvitéFait
    « Mais la musique, ça devrait s'apprendre autrement, ça devrait s'apprendre en s'amusant. »
  • 10:47InvitéFait
    « Très très mal, comme toutes les personnes qui aiment ce pays. »
  • 11:09InvitéFait
    « Le problème du Liban, ce n'est pas parce que le pays est composé de plein de communautés différentes, c'est parce qu'on a laissé ces communautés se battre individuellement. »
  • 11:46InvitéFait
    « Eh bien, je pense qu'il a raison s'il devient président, lui, parce que justement, ce sont des gens comme ce monsieur et comme des personnes qui cherchent à nous diviser, qui sont arrivés au pouvoir au Liban il y a 45 ans, 40-45 ans, et c'est à cause de ces gens-là, finalement, qu'on a divisé le peuple libanais. »
  • 13:57InvitéFait
    « Il faut faire un peu d'histoire en fait, c'est juste ça, il faut faire un peu de culture, un peu d'histoire. »

Temps de parole

  • Invité66 %
  • Présentateur27 %
  • Auditeur5 %
  • Auditeur 22 %

4,4 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Et l'invité du grand entretien de France Inter est ce matin, compositeur, musicien, trompettiste, récompensé plusieurs fois aux victoires du jazz, aux victoires de la musique. Il publie une petite philosophie de l'improvisation aux éditions des Équateurs et un album, First Noël, son 15e, dont on va parler aussi ce matin. Question réaction, amis auditeurs, au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et l'application mobile de France Inter. Ibrahim Malouf, bonjour. Bonjour. Et bienvenue dans ce studio. Ce livre est un petit délice de sincérité. Vous y évoquez longuement l'improvisation qui est à la fois une manière de jouer de la musique mais aussi de vivre sa vie.

Improviser, on va le voir avec vous, c'est une esthétique, c'est une éthique, c'est peut-être aussi une politique, on verra. Vous étiez sur scène en tout cas hier soir au Zénith devant 8000 personnes. Ça va ce matin, bien réveillé ? Pas facile mais ça va, je suis là. Vous étiez heureux, j'imagine, de retrouver la salle, le public. Quelle était l'atmosphère alors que l'épidémie de Covid est tout de même en plein rebond et qu'on peut légitimement, sans être parano ou hypochondriaque, se dire qu'il faut faire attention ?

1:10
Invité

Le public était super, ils étaient hyper motivés, très heureux d'être là. Évidemment, presque un peu sidérés que ce concert puisse avoir eu lieu finalement, avec tous les chiffres qu'on voit actuellement. Mais on a vraiment passé un moment magique, magique, magique, magique. Et voilà, c'est toujours quelque chose qui donne envie de continuer encore à faire d'autres concerts.

1:29
Présentateur

On voit que les cinémas, les théâtres ont du mal à retrouver l'ensemble de leur public depuis l'épidémie. Vous-même avez dû repousser votre prochain concert qui était prévu le 20 décembre à Paris, le repousser au mois d'avril prochain. Voilà, ça sera à Bercy, c'est une grande, grande fête, on est ravis de la faire. Voilà, il faut repousser. Est-ce que le Covid, quand vous regardez maintenant les choses en perspective, puisque l'épidémie dure depuis longtemps, est-ce que le Covid a cassé quelque chose pour la musique et les concerts, pour l'économie du secteur ?

1:58
Invité

Alors, je ne sais pas casser, j'en sais rien, on n'a pas assez de recul, mais il est évident que ça nous handicape considérablement, et surtout les gros événements. Donc je pense que, moi je suis assez pessimiste par rapport aux gros événements à l'avenir. Ça va être de plus en plus difficile d'organiser des événements avec beaucoup de monde.

2:15
Présentateur

Pourquoi ?

2:16
Invité

Parce que, vous avez vu toutes les contraintes qui s'imposent de plus en plus. Moi, vraiment, je suis assez pessimiste là-dessus. J'ai peur que dans quelques années, on se retrouve à devoir faire comme dans les aéroports, quand on va rentrer même dans les supermarchés, aller voir des concerts. Enfin, à chaque fois qu'il y a beaucoup de monde, on va devoir tout le temps être dans des règles de sécurité, que ce soit sanitaires, comme par rapport au terrorisme, etc. Je ne vois pas les choses forcément avec un œil très très très optimiste.

2:44
Présentateur

Alors, venons-en, Ibrahim Malouf, à cette petite philosophie de l'improvisation. Définition, je vais vous citer. « L'improvisation, c'est une lutte intellectuelle et physique entre ma sincérité et ma sensibilité, entre la mise en danger que je considère comme intellectuellement honnête et la reconnaissance de ce que je trouve intéressant, entre la libération volontaire d'idées et l'ordre très précis selon lequel je procède à cette libération. » Je trouve que cette définition est à la fois complexe et magnifique. C'est la version littéraire de ce que pourrait être une grande ligne improvisée musicalement. Expliquez-nous ce que vous voulez dire là.

3:27
Invité

Mais si je devais le dire avec un langage plus simple, plus courant, c'est « mais regardez par quoi on est passé ces derniers temps, à quel point on a besoin d'improviser chaque jour dans nos vies pour trouver des solutions aux problèmes qui s'imposent à nous malgré nous. » Et les solutions, c'est toujours un mélange entre ce qu'on nous a appris à faire et ce qu'on considère comme étant les bonnes choses, les codes qui nous semblent rassurants, et quelque chose qui n'a rien à voir avec les codes, c'est simplement trouver à un moment un peu de créativité pour récupérer notre liberté d'être. C'est-à-dire, qu'est-ce que je suis moi au départ ?

Ce que je suis au départ, c'est forcément un mélange entre ce qu'on m'a appris à être parce que je suis aussi l'héritage de mes parents ou de l'éducation de la société dans laquelle je vis et, je l'espère, quand même beaucoup de créativité. S'il n'y a pas cette créativité, je ne suis pas vraiment moi.

4:22
Présentateur

Comment on joue et comment on déjoue en fait ce qu'on est ?

4:26
Invité

Oui, c'est un équilibre qui va être de plus en plus précieux à l'avenir, il me semble.

4:32
Présentateur

Pourquoi vous dites ça ?

4:35
Invité

Encore une fois, je suis naturellement quelqu'un de très optimiste et de très positif, mais j'ai comme l'impression qu'on se pose de plus en plus de questions sur ce que c'est une recherche. Regardez, vous disiez que c'était un peu de la politique, ce n'est pas complètement faux parce que, regardez ces derniers temps, les gens en ont marre du basculement gauche-droite, gauche-droite, gauche-droite. Mais y a-t-il quelque chose de plus sain qu'un basculement gauche-droite, gauche-droite en politique ? C'est ce qui définit même la politique.

C'est qu'il y a un moment, il y a deux équipes, elles sont en concurrence, il y en a qui essayent d'aller plus dans telle direction et d'autres qui essayent d'aller dans l'autre direction, mais quelque part, c'est normal et c'est sain qu'il y ait cette recherche. C'est normal et c'est sain qu'il y ait ce basculement, c'est la recherche.

5:26
Présentateur

L'alternance.

5:27
Invité

C'est l'alternance et elle est normale cette alternance. Et à un moment, on est à une époque où les gens ont marre de chercher. Il ne faut plus qu'on cherche, il faut qu'on ait une solution. Comme si d'un seul coup, il y avait une réponse comme ça qui tomberait du ciel providentiel à tous les problèmes qu'on a. Comme s'il y avait un homme ou une femme d'ailleurs qui pouvait arriver et régler tous les problèmes de la France ou du monde. C'est absurde, c'est une lubie qui ne peut pas exister, il faut accepter de chercher. Et pardon, je m'étale un peu là-dessus. Mais ça, ça vient de notre éducation.

Quand on est à l'école, on nous pose un problème de maths ou un problème en général, on ne nous dit pas. Ce qu'on nous dit, c'est qu'il faut trouver la solution. Allez, concentre-toi pour trouver la solution. Mais non, je vais me concentrer pour chercher une solution. On n'est pas sûr de la trouver. À partir du moment où on me dit qu'il faut la trouver, je vais forcément essayer presque de tricher pour la trouver puisque c'est sur ça que je vais être noté. Alors que si on valorise la recherche, on a le droit de se tromper.

6:17
Présentateur

Et improviser, c'est donc ce chemin-là ? C'est le chemin. C'est chercher ? C'est le droit à se tromper.

6:25
Invité

C'est le droit à ne pas savoir et à chercher. C'est la valorisation de l'erreur.

6:28
Présentateur

On va revenir tout à l'heure, j'imagine, au Standard aussi sur quelques questions politiques. Mais tout de même, quand vous parlez de lutte intellectuelle et physique pour décrire l'improvisation, quelle forme ça prend quand vous êtes avec votre instrument, si c'est physique ?

6:43
Invité

C'est physique parce que, surtout, imaginez que vous êtes devant du monde. Moi, hier soir, j'étais devant 8 000 personnes. Il y a des moments où j'improvise. Il faut encaisser quand même ce truc-là parce que les gens vous regardent, ils voient vos défauts, ils voient quand vous n'êtes pas sûr de vous, ils voient vos yeux, vos jambes, éventuellement trembler si vous avez peur ou trébucher si vous n'êtes pas en face de vous-même. Et il faut être capable d'assumer physiquement cette recherche-là aussi. On est fragile.

7:13
Présentateur

C'est une épreuve du corps, donc, l'improvisation aussi.

7:15
Invité

Oui, on est des êtres fragiles, que ce soit au niveau psychologique, moral, comme au niveau physique. Et parfois, là aussi, il faut savoir assumer cette fragilité-là, il faut savoir assumer ses erreurs ou ses défauts. Et c'est en acceptant ça qu'on s'assume et qu'on s'épanouit, en fait.

7:30
Présentateur

Les mots peuvent sembler contradictoires, Ibrahim Malouf, mais est-ce qu'on apprend à improviser ? Vous vous enseignez, qu'est-ce que vous enseignez ? Une technique, une disposition d'esprit, un regard sur le monde ?

7:44
Invité

Quand j'enseigne l'improvisation à mes élèves, qui sont issus essentiellement de la musique classique, parce que j'ai décidé à une époque de vraiment me concentrer sur ces élèves-là, parce que pour moi, ce sont vraiment ceux qui ont le plus besoin de savoir improviser. Dans le jazz, ils improvisent, dans toutes les musiques, quasiment, on sait improviser, mais dans la musique classique, beaucoup moins. Pourquoi ?

Parce que, comme dans nos vies, en général, on a reçu une éducation extrêmement forte, parfois un peu rigide, souvent stricte, et en fait, improviser, ça revient à revenir à un état beaucoup plus ancien de ce qu'on est, c'est-à-dire quand on naît, justement, et qu'il n'y avait encore pas beaucoup de codes et qu'on pouvait encore faire ce qu'on voulait. Et cette libération-là, c'est comme désapprendre les codes. Ça ne veut pas dire ne plus les respecter, ça ne veut pas dire ne plus avoir de respect pour les codes, mais simplement savoir vivre sans ces codes-là et finalement avoir beaucoup plus de créativité pour retrouver cette liberté.

8:41
Présentateur

Vous nous aidez à corriger une idée reçue, parce qu'effectivement, intuitivement, on se dit que l'improvisation, elle est du côté du jazz, qui en sont les maîtres, et que la musique classique est gravée, elle, dans le marbre des partitions. Vous dites que c'est beaucoup plus compliqué que ça, que Bach, Beethoven, Mozart, Haydn, Schubert improvisaient ?

9:00
Invité

Oui, c'était tous des très grands improvisateurs. La plupart, je vois même, je devrais dire même pratiquement tous les très grands compositeurs de l'histoire étaient tous des musiciens. Et au-delà d'être des musiciens, c'était des musiciens qui improvisaient sur leurs instruments. Et à partir du moment où on a voulu récupérer tout ce grand répertoire qu'on avait oublié, il y a un siècle et demi, les gens n'étaient pas au courant qu'il y avait tout ce répertoire. C'est récent, en fait. Et on a créé des écoles, on a appelé ça les conservatoires, parce qu'il fallait conserver cette culture et ne pas la perdre. Sauf que maintenant, le conservatoire est devenu l'école où on apprend la musique.

Ce qui est absurde, on devrait appeler conservatoire l'école où on apprend le répertoire qu'il ne faut pas oublier. Mais la musique, ça devrait s'apprendre autrement, ça devrait s'apprendre en s'amusant. On dit bien jouer de la musique, on dit jouer du violoncelle, jouer de la flûte, jouer de la trompette. Et moi, petit, j'avais senti que je m'étais fait un peu avoir. Parce qu'on m'avait dit « Est-ce que tu veux jouer de la trompette ? » Et je disais « Ouais, bien sûr. » Et là, je me retrouvais à être super sérieux, à travailler des trucs, à ne pas avoir le droit de me tromper, etc. Je disais « Mais c'est vous, on m'a menti, en fait. Ce n'est pas ça.

» Et donc, j'ai essayé de retrouver le plaisir de jouer. C'est votre père qui vous a appris ? Oui. Et d'ailleurs, mon père avait une éducation quand même très stricte sur la musique. Ma mère était beaucoup plus libre, me laissait vraiment faire ce que je voulais au piano. Et c'est comme ça que j'ai appris à trouver un équilibre entre le devoir d'apprendre et le plaisir d'apprendre.

10:19
Présentateur

Ibrahim Malouf, vous êtes né au Liban, pays où vous avez dû fuir enfant avec votre famille à cause de la guerre. Toute mon enfance, nous avons vécu dans l'angoisse de ce qui se passait au Liban et dans la culpabilité des émigrés. Aujourd'hui, le pays s'enfonce inexorablement dans la crise et le mot est faible. Le Liban est en dépression au sens médical du terme, comme le montrait hier un remarquable reportage de notre correspondant à Beyrouth, Aurélien Colli. Comment vivez-vous cette situation ?

10:47
Invité

Très très mal, comme toutes les personnes qui aiment ce pays. C'est un pays qui était bien parti pourtant, avec une vraie idée, une vraie idée de la collaboration entre différentes croyances, de la vie en commun, etc. Et contrairement à ce qu'on entend ces derniers temps, le problème du Liban, ce n'est pas parce que le pays est composé de plein de communautés différentes, c'est parce qu'on a laissé ces communautés se battre individuellement. C'est-à-dire qu'on les a encouragées à se faire la guerre plutôt qu'à être justement à se construire ensemble.

Et si c'était à refaire, si j'avais été président, mais heureusement que ce n'est pas le cas, j'aurais encouragé la vie commune plutôt que la sectarisation et la séparation des pouvoirs.

11:38
Présentateur

Quand vous vous entendez Éric Zemmour déclarer que si on continue comme ça, la France en 2050 sera un Liban en grand, vous réagissez comment ?

11:46
Invité

Eh bien, je pense qu'il a raison s'il devient président, lui, parce que justement, ce sont des gens comme ce monsieur et comme des personnes qui cherchent à nous diviser, qui sont arrivés au pouvoir au Liban il y a 45 ans, 40-45 ans, et c'est à cause de ces gens-là, finalement, qu'on a divisé le peuple libanais en leur disant vous les chrétiens, vous êtes meilleurs, vous êtes beaucoup plus éduqués que les musulmans, vous les musulmans, vous avez vos frères qui sont à tel endroit qui sont en train de souffrir, vous les machins, les druzes, vous êtes isolés, vous êtes tout seuls, il faut vous battre sinon on va vous bouffer, etc.

Et c'est en fait en disant ça aux différentes entités qu'on a fini par les mettre les uns contre les autres. C'est exactement ce que fait aujourd'hui Éric Zemmour, c'est exactement ce que font en général les gens qui sont un peu extrêmes ou très extrêmes dans leur position politique.

12:32
Présentateur

Vous faites dans ce livre un plaidoyer pour le partage et pour le métissage. Une culture se construit, se déconstruit, se reconstruit, se renouvelle et s'enrichit de tous les apports extérieurs. Vous ne vous sentez pas un peu seul aujourd'hui avec votre éloge du métissage ? Vous ne croyez pas que ce combat-là a été perdu ou en tout cas que les idées politiques de l'époque vont aujourd'hui dans l'autre sens ?

12:57
Invité

Je pense qu'il y a quelques personnes qui font beaucoup trop de bruit et qu'aujourd'hui on a une époque où plus tu fais du bruit, plus tu as raison. Non, moi je pense que les Français sont tout à fait conscients.

Alors, il y en a peut-être qui en ont marre, qui en ont marre du terrorisme, qui en ont marre de tout ça mais je pense que quand on va parler avec les gens, vous savez, quand j'étais jeune dans le métro et j'entendais à chaque fois, moi j'avais une housse avec une trompette un peu bizarre, j'étais jeune, barbu, avec ma capuche et tout et dès qu'on entendait dans le métro attention, attention, des pickpockets sont susceptibles de machin d'agir ici, les gens me regardaient bizarrement et en fait, moi j'ai découvert que dès qu'on me regardait bizarrement, en fait, j'enlevais ma capuche, j'allais voir les gens, je leur disais excusez-moi, vous auriez l'heure s'il vous plaît et là, d'un seul coup, la personne à mes côtés, une femme de 70 ans par exemple qui me regarde bizarrement, d'un seul coup, elle est détendue, elle se dit ah mais en fait, il est gentil et en fait, quand on parle avec les gens, quand on dialogue avec les gens, ça détend absolument tout et pour revenir juste sur la question du métissage et de la peur actuelle du multiculturalisme, il faut faire un peu d'histoire en fait, c'est juste ça, il faut faire un peu de culture, un peu d'histoire, moi je parle aux gens qui sont conservateurs dans le milieu de la musique classique en leur rappelant que l'orchestre symphonique qu'on bénit dans la musique classique qui est devenu une sorte de, qui est devenu un objet sacré Ah c'est une cathédrale !

C'est une cathédrale du monde de la musique, c'est le Philharmonique de Berlin, c'est Chicago, c'est l'Orchestre National de France, etc. Et bien ces gens-là, dès qu'on leur parle de l'origine de l'orchestre symphonique et que c'est en fait une composition qui a été faite avec le temps, avec tous les instruments du monde, le hautbois, ça vient d'Asie, les timbales, ça vient d'Afrique, la flûte, etc. Tous ces instruments, le violon, ça vient du rabab, etc.

Quand on leur rappelle que l'orchestre symphonique qu'ils chérissent et qu'ils considèrent comme étant l'ADN et le chromosome de la musique classique qui est intouchable et qu'on leur rappelle que ça, ça vient des musiques du monde entier et que c'est ce multiculturalisme qui a créé cette culture-là, d'un seul coup, c'est vrai qu'il n'y a plus d'argument.

14:51
Présentateur

On va passer au standard avant de parler de votre album tout de suite. Catherine, bonjour !

14:55
Auditeur

Bonjour !

14:56
Présentateur

On vous écoute !

14:57
Auditeur

Bonjour M. Malouf !

14:59
Présentateur

Bonjour !

14:59
Auditeur

J'appelle parce qu'en fait j'ai une petite fille qui a 10 ans qui s'appelle Ella et qui fait depuis un peu plus de 4 ans de la trompette qui vit par sa trompette. Elle a essayé plusieurs fois de dormir avec. Elle demande à chaque anniversaire, chaque Noël, une nouvelle embauchure, une nouvelle trompette avec des nouveaux dessins, etc. Vous êtes accrochée sur ces murs avec à côté Pierre Dutton et donc je voulais avoir à connaître la réponse à deux questions. La première, comment est-ce qu'on fait pour avoir une trompette à 4 pistons ? Puisqu'elle a bien bien remarqué que vous aviez une trompette à 4 pistons et qu'à côté de chez nous le vendeur de trompettes n'en a pas ?

Et puis, quel conseil vous pouvez lui donner sachant que voilà, elle est une fille, elle a 10 ans, il n'y en a pas beaucoup de filles dans son conservatoire, même autour quand elle fait des stages et c'est bien dommage et puis voilà. Globalement, quel conseil vous pouvez donner à une apprentie trompettiste ?

16:02
Présentateur

Merci beaucoup Catherine et coucou à la petite Ella, Ibrahim Malouf vous répond.

16:07
Invité

Mais d'abord, elle a raison, parce que la trompette c'est un instrument qui est fabuleux, qui est très... Voilà, je pense être un bon ambassadeur de cet instrument parce que je n'aimais pas du tout la trompette lorsque j'étais jeune et j'ai fini par aimer cet instrument et je sais pourquoi du coup. C'est un instrument qui peut être très doux et en même temps très puissant. Enfin bref, je ne vais pas rentrer dans les détails mais elle a bien raison la petite Ella de faire cet instrument. Écoutez, alors concernant... Les quatre pistons.

Les quatre pistons, non malheureusement ça n'a pas été commercialisé aux grands dames de mon père qui rêvait il y a encore 50 ans en inventant cet instrument que tout le monde en jouerait parce que ça n'enlève rien justement à la possibilité de jouer de la musique classique ou du jazz ou de la salsa. C'est quelque chose qui est en plus et qui permet de jouer les musiques du monde et les musiques avec les quarts de ton. Donc j'espère vraiment... Il y a de plus en plus maintenant de fabricants un peu partout dans le monde qui commencent à en faire aux Pays-Bas, aux Etats-Unis, etc. Donc il faut...

En se renseignant un peu vous allez en trouver mais elles sont malheureusement un tout petit peu chères encore.

17:07
Présentateur

Alors, First Noël, Ibrahim Malouf, c'est le titre de votre 15e album qui s'inscrit dans la tradition, la grande tradition des albums de Noël. Pourquoi avoir voulu la rejoindre,

17:19
Invité

cette tradition ? Je voulais faire cet album-là déjà il y a 12 ans au moment de la naissance de ma fille Lily et puis je n'ai pas pris le temps de le faire. J'étais dans plein d'autres choses, des tournées, d'autres albums, etc. Et là, mon fils est né il y a 5-6 mois et je me suis dit ben voilà, cette fois je ne vais pas me rater. Je veux vraiment lui faire un Noël, son premier Noël et aussi parce qu'on vit encore une fois une époque que je trouve un peu difficile et qu'il faut amener un peu de magie dans tout ça. Noël, c'est la magie.

mon fils s'appelle Naël et j'avais envie qu'il y ait dans sa vie beaucoup de magie aussi et donc voilà, je me suis dit c'est le moment à porter un peu de douceur dans ce monde assez brutal et d'accueillir cet enfant avec cette douceur-là et cette magie. Allez,

18:01
Présentateur

on en écoute un extrait.

18:02
Invité

Let it snow,

18:35
Présentateur

let it snow, let it snow. Pourquoi avoir choisi ce standard ?

18:40
Invité

Dans cet album, on fête Noël mais un peu à ma façon. il y a des standards de jazz, de Noël, il y a des standards de la musique classique qu'on écoute à Noël des Ave Maria, etc. Il y a un peu de musique syriac, il y a un peu de mes compositions. J'ai composé trois morceaux de Noël en espérant que les gens soient touchés aussi par ça. En fait, c'est une sorte de grand mélange assez œcuménique et qui symbolise un peu ma manière de voir le monde et de voir Noël et de voir en tout cas de voir l'avenir de nos enfants.

19:13
Présentateur

Ça suscite quel souvenir chez vous Noël ? Belle enfance. Oui, c'est ça mais vous racontez que votre père considérait que vous deviez fêter Noël de manière modeste en France par respect pour les enfants du Liban qui eux n'avaient pas la chance de pouvoir fêter Noël en grand. C'est revenu à votre mémoire en composant cet album pour votre fils qui évidemment vit dans un autre contexte.

19:36
Invité

Oui, alors je rappelle quand même c'est un album de Noël qui est destiné à tout le monde pas qu'aux enfants mais Noël c'est quand même aussi la magie des enfants.

Hier par exemple en plein concert de Zénith on a joué Petit Papa Noël d'un seul coup j'ai vu tous ces gens en train de chanter avec les yeux qui brillent donc ça parle vraiment à tout le monde mais c'est vrai que l'enfance Noël et l'enfance c'est quand même quelque chose de fort et nous quand on était jeunes c'est vrai que mon père avait tendance un peu à nous dire qu'on n'avait pas tout à fait qu'on ne pouvait pas vraiment fêter Noël normalement parce qu'il fallait quand même penser à nos frères à nos cousins à nos soeurs à nos cousines etc là-bas qui vivaient sous les bombes et on a eu tout le temps ce sentiment de culpabilité quand on fêtait Noël et aujourd'hui vous voyez à 41 ans je commence à fêter Noël comme il se doit.

20:24
Présentateur

Giorgio Standard bonjour bienvenue Bonjour Nicolas

20:27
Auditeur

bonjour Léa et bonjour Yves

20:30
Invité

bonjour

20:30
Auditeur

je suis ravi de vous parler on était dans la salle hier soir on était dans la fosse aux élites avec Hélène juste devant vous légèrement à droite je sais que vous voyez très bien qui nous sommes ma question est la suivante vous avez parlé de votre grand-mère hier soir vous avez parlé de votre bébé et du fait qu'elle a fêté 100 Noël et lui ce sera un Noël sans elle qu'est-ce que vous auriez aimé que votre fils puisse lui raconter s'il s'était croisé de la France de 2050

20:56
Présentateur

merci Giorgio pour cette question Ibrahim Malou vous répond

21:01
Invité

enchanté Giorgio merci d'avoir été avec nous hier soir il y en a beaucoup

21:06
Présentateur

au standard des auditeurs qui étaient au concert hier soir

21:10
Invité

j'espère en tout cas je sais pas j'espère que d'abord j'aurais aimé qu'elle lui raconte beaucoup de choses de la vie parce qu'elle avait tellement de choses à raconter ma grand-mère avec qui j'ai passé trois années extraordinaires elle a habité à la maison chez moi pendant trois ans à la fin de sa vie et on a passé des moments vraiment extraordinaires surtout pendant le confinement on s'est retrouvés tous les deux à la maison à papoter et je sais pas j'espère simplement que de là où elle sera elle sera quand même fière de nous et du monde qu'on va léguer à nos enfants et voilà et qu'on va réussir à relever les défis qui s'imposent à nous et d'ailleurs je pense vraiment que l'improvisation et c'est pour ça que j'ai écrit ce livre l'improvisation peut vraiment nous aider à trouver des solutions en dehors de codes qui parfois sont complètement dépassés quand on plonge dans le passé pour trouver des solutions c'est toujours mauvais signe il faut toujours avoir cette créativité pour nous libérer un peu des codes et pour essayer de trouver des solutions adaptées au monde dans lequel nous sommes plutôt que d'aller chercher des solutions qui auraient existé il y a 300 ans ou 600 ans

22:10
Présentateur

voilà cette esthétique avait donc évidemment un versant politique merci Ibrahim Malouf petite philosophie de l'improvisation aux éditions des Équateurs First Noël le titre de ce 15ème album et le mot de la fin à Sandy qui vous dit merci pour le Zénith hier soir Magie What a Wonderful World hâte de découvrir la suite merci à elle et merci à tous merci à vous d'avoir été là ce matin