Reprendre en main notre destin énergétique.
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- 5:00Emmanuel MacronChiffre
« baisser de 55 % nos émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2030 par rapport à 1990 et atteindre la neutralité carbone en 2050 »
- 5:20Emmanuel MacronChiffre
« deux tiers de notre énergie est actuellement d'origine fossile et donc importée »
- 6:00Emmanuel MacronChiffre
« 4 % d'augmentation au lieu de 45 % qui étaient prévus »
- 7:00Emmanuel MacronChiffre
« nous devrons être en mesure de produire jusqu'à 60 % d'électricité en plus qu'aujourd'hui »
- 16:40Emmanuel MacronChiffre
« ce nouveau programme pourrait conduire à la mise en service de 25 gigawatts de nouvelles capacités nucléaires d'ici 2050 »
- 17:20Emmanuel MacronChiffre
« plus de 100 000 emplois en France qui participent de l'effort de la nation pour les énergies renouvelables »
- 18:00Emmanuel MacronChiffre
« France 2030 consacrera un milliard d'euros à l'innovation sur les énergies renouvelables »
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Mesdames et Messieurs les ministres, Messieurs les préfets, Messieurs les parlementaires, Madame la Présidente du Conseil régional, Monsieur le maire de Belfort. Mesdames et messieurs [INAUDIBLE], Madame la présidente, [INAUDIBLE] mesdames et messieurs en vos grades et qualités, mesdames et messieurs. Je suis très heureux d'être aujourd'hui parmi vous, à la fois avec beaucoup de fierté et d'humilité, dans ce lieu, précisément dans cette ville, avec la conscience que 150 ans d'histoire industrielle, de fierté industrielle, de combat nous permettent aujourd'hui de prendre quelques décisions pour l'avenir du territoire et, plus largement, l'avenir de la nation.
Et quand je dis humilité, c'est que je suis conscient que ces choix, nous pouvons les prendre parce que d'autres avant nous ont su faire des choix courageux, les porter, parce qu'ici, des femmes et des hommes ont su faire vivre ces choix avec leur famille. Apprendre, transmettre des compétences et des savoir-faire, et si toute cette chaîne humaine, cette volonté, ces choix qui furent aussi des choix de la nation, n'avaient pas été les nôtres à travers les décennies, sans doute, aujourd'hui, ne pourrais-je pas, avec beaucoup de conviction, exposer ce que sera la stratégie de la nation pour les décennies à venir. Je vais donc parler d'avenir, mais en étant éminemment conscient que nous sommes toutes et tous aussi les dépositaires de ce passé.
Car en effet, il est des choix qui engagent la nation sur le temps long, plusieurs décennies, parfois un siècle, et les choix qui concernent l'énergie, l'investissement dans les infrastructures énergétiques qui permettent à nos compatriotes de vivre, se chauffer, se déplacer, produire, sont de ceux-là. Les temps, d'ailleurs, que nous vivons suffisent à en faire l'expérience, si vous m'autorisez cette parenthèse conjoncturelle avant de revenir à la stratégie et au long terme. Il n'y a pas de production industrielle stable si il n'y a pas une énergie stable aux prix les plus compétitifs.
Il n'y a pas de transition énergétique et climatique s'il n'y a pas une décarbonation de l'énergie produite, en particulier notre électricité. Il n'y a pas de vraie souveraineté s'il n'y a pas des choix que la nation peut porter et tenir en matière d'énergie. Et il est difficile de préserver le pouvoir d'achat des ménages et la compétitivité des entreprises quand on ne maîtrise plus cela.
Regardez la situation de notre Europe aujourd'hui, qui a à subir l'évolution des prix de marché, parfois d'autres puissances, liée aussi aux cours mondiaux. Nous voyons la fragilité de modèles économiques lorsqu'on est dépendant des autres pour produire son énergie et je veux, à cet égard, féliciter le gouvernement d'avoir pris les choix qui étaient nécessaires pour protéger les ménages et les entreprises, en particulier les petites et moyennes entreprises des hausses qui, sinon, il y a quelques jours, auraient été subies par chacune et chacun. 4 % d'augmentation au lieu de 45 % qui étaient prévus.
Alors, c'est un choix de la nation, qui a un coût, qu'il faut accompagner, qui protège néanmoins nos compatriotes et nos entrepreneurs, en particulier, comme je l'ai évoqué à l'instant, ceux qui ont le moins de salariés. Mais si on veut prévenir ces chocs conjoncturels, alors il nous faut bâtir une stratégie au long cours, moins dépendante des cours mondiaux. C'est pourquoi les choix que nous prenons et assumons aujourd'hui engagent la nation avec des conséquences très concrètes sur la vie industrielle, la vie de nos compatriotes et qu'ils ne peuvent pas se prendre dans la précipitation, qu'ils ne doivent pas non plus être le fruit de débats uniquement politiques, parfois politiciens.
Il faut les mûrir, les réfléchir, les éclairer par la science et par la technique. C'est pour cela que dès 2018, j'ai demandé à RTE et à l'Agence internationale de l'énergie d'établir un rapport approfondi sur l'avenir du système électrique français. Depuis plusieurs mois, les résultats de ces travaux, inédits, dont je veux saluer la qualité, la densité et le sérieux, les résultats de ces travaux ont été rendus publics.
Que disent-ils ? Que si nous voulons tout à la fois respecter nos engagements climatiques, c'est-à-dire, je le rappelle, baisser de 55 % nos émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2030 par rapport à 1990 et atteindre la neutralité carbone en 2050, réduire notre dépendance à l'étranger pour nos besoins énergétiques, là où deux tiers de notre énergie est actuellement d'origine fossile et donc importée, avec quelques-unes des conséquences que je rappelais à l'instant. Si nous voulons assurer, comme nous le faisons depuis maintenant quelques années, le développement industriel de notre pays, je rappelle que depuis 2019, nous recommençons à recréer de l'emploi industriel là où, dans notre pays, pendant 12 ans, on en avait détruit.
Et si nous voulons enfin maîtriser la facture d'énergie des Français, nous avons l'obligation d'engager sans attendre des chantiers structurants et historiques pour préparer l'avenir. Ces chantiers, je suis venu vous les présenter, aujourd'hui, à Belfort, sur cette terre que j'évoquais à l'instant, dont les savoir-faire industriels ne sont plus à démontrer, mais qui ont tant apporté à la nation. Ces chantiers cultivent une ambition forte : faire en trente ans de la France le premier grand pays du monde à sortir de la dépendance aux énergies fossiles et renforcer notre indépendance énergétique, industrielle dans l'exemplarité climatique.
En quelque sorte, reprendre en main notre destin énergétique et donc industriel. Le premier grand chantier est de consommer moins d'énergie, en d'autres termes, gagner en sobriété. En effet, le défi est connu, nous devons en trente années être capable de baisser de 40 % nos consommations d'énergie.
C'est un défi qui est de taille, mais il est faisable. Alors comment y arriver ? Pas en pratiquant la privation, ce que j'appellerai l'austérité énergétique.
Je suis, d'ailleurs, toujours étonné que parfois, celles et ceux qui mènent le combat contre l'austérité budgétaire plaident pour l'austérité énergétique, voulant en quelque sorte priver nos jeunes ou nos enfants de ce que toutes les générations avant eux ont eu le droit de consommer. Ce n'est pas par la décroissance, ce n'est pas par la restriction qu'on arrivera à économiser ces 40 % et à réduire ainsi nos consommations d'énergie. C'est par l'innovation, c'est par la transformation de nos processus industriels, de nos pratiques, par des choix d'investissements, là aussi, de la nation.
Il nous faut faire en quelque sorte le choix de changer de modèle tout en continuant à produire et pour une raison simple, la force de notre modèle social, dont nous avons vu la pertinence durant cette crise, ne serait pas soutenable si nous ne continuons pas de produire davantage. Qui propose de produire moins m'expliquera comment, à ce moment-là, on pourra protéger plus. Cette révolution, en vérité, nous avons commencé à l'engager ces dernières années et nous devons aller beaucoup plus vite et plus fort.
Nous avons commencé à le faire dans la rénovation des logements, qui est un des leviers extrêmement importants pour consommer moins d'énergie. La rénovation de ces logements, pour qu'ils consomment moins en chauffage, c'est ce qui a été consolidé, en particulier avec MaPrimeRénov', qui, pour la seule année passée, a permis à 650 000 de nos compatriotes de pouvoir ainsi faire ces économies d'énergie et donner, ce faisant, du travail à toute une filière industrielle et d'entreprises françaises. C'est ce que nous faisons en mutant progressivement le parc automobile pour qu'il soit, là aussi, moins gourmand en énergie fossile.
Demandez aux un million de bénéficiaires de la prime à la conversion et du bonus électrique qui, depuis 2017, ont fait le choix d'une voiture peu consommatrice ou électrique. Mais à chaque fois que nous arrivons à accompagner des ménages français pour quitter un véhicule âgé, qui consomme davantage, qui pollue plus, qui émet plus, pour aller vers soit des véhicules de nouvelle génération, même thermiques, soit de l'hybride, soit, encore mieux, de l'électrique, et que nous permettons d'accompagner cette transition en aidant les ménages, nous réduisons la consommation d'énergies fossiles et nous réduisons les émissions. Ce faisant aussi, par cohérence, nous bâtissons enfin la filière industrielle indispensable, en particulier dans les batteries électriques, qui manquaient à la France, et ces dernières années ont permis de consolider trois grands sites de batteries électriques avec deux autres régions qui sont au cœur de cette stratégie, en particulier, Hauts-de-France et Grand Est.
Nous savons, même de plus en plus, tout à la fois produire et le faire de manière sobre, et, en effet, réduire notre consommation d'énergie, c'est décarboner notre industrie. Ce projet de décarbonation de nos aciéries, engagé dans le cadre de France 2030, en est le meilleur exemple. Les ministres ont pu le présenter aux côtés du Premier ministre il y a quelques semaines à peine.
La décarbonation de nos grandes usines de sidérurgie, de nos grandes cimenteries, ce sont des économies massives de CO2, sans supprimer d'emplois, au contraire, mais qui imposent, en effet, d'investir. La décarbonation du secteur des travaux publics, la construction sont un levier formidable d'innovation, de création d'emplois baissant, là aussi, nos consommations. Et produire en France les technologies qui se substitueront au fossile fait partie aussi de cette stratégie.
C'est pourquoi nous croyons et nous développons, par des projets annoncés dès avant la crise, consolidés par France Relance et au coeur de France 2030, la filière hydrogène et je sais combien elle est ici aussi importante. C'est pourquoi je veux ici vous confirmer que le projet de gigafactories d'électrolyseurs, développé par McPhy, bénéficiera bien d'un soutien de l'État à hauteur de 114 millions d'euros. Il a été notifié à la Commission européenne et il permettra de créer l'activité et les emplois qui sont attendus, de la même manière, Madame la Présidente, qu'à Allenjoie, aux côtés de Faurecia, nous accompagnerons à hauteur de 246 millions d'euros le projet permettant de construire une usine de réservoirs à hydrogène, nécessaire mobilité.
Dans bien d'autres lieux, car la filière hydrogène est nationale, nous allons ainsi accompagner des projets portés par nos industriels et bâtir en France une grande filière hydrogène parce que nous avons aussi cette force, c'est, j'y reviendrai dans un instant, la capacité même de notre nation parce qu'elle produit de l'électricité stable, fortement décarbonée, d'être parmi les grandes nations qui pourront produire aussi de l'hydrogène bas carbone, ce qui ne sera pas donné à toutes les nations européennes. Vous l'avez compris, notre grand enjeu, aujourd'hui, est de poursuivre ce mouvement de réduction, précisément, de nos consommations par l'innovation, par ces grandes filières que je viens d'évoquer et d'intensifier ces efforts qui permettent tout à la fois de construire des filières industrielles et donc de l'emploi, et de consolider pour nos compatriotes des gains de pouvoir d'achat pertinents, pas par des privations, mais en les accompagnant à changer de pratiques et à consommer moins. Nous le ferons donc en continuant à aider les ménages et en continuant à accompagner l'industrie dans sa mutation, comme nous le faisons dans le cadre de France 2030.
C'est pourquoi ce premier axe donnera lieu dans les prochains mois à une planification, laquelle permettra de décliner des objectifs clairs, des stratégies réglementaires avec une stabilité dès que le cap est fixé et des soutiens financiers appropriés pour chaque filière et, en particulier, pour amorcer la viabilité de ces filières, soit du côté de l'offre ou de la demande, pour lancer à chaque fois la possibilité de déployer ces grandes filières françaises que j'évoquais à l'instant. Le deuxième chantier structurant, chantier du siècle, si je puis dire, que nous aurons à conduire dans les décennies qui viennent, est de produire davantage d'électricité décarbonée. Car même si nous baissons de 40 % nos consommations d'énergie, la sortie du pétrole et du gaz à horizon de 30 ans implique que nous remplacions une part de la consommation d'énergie fossile par de l'électricité.
Nos voitures essence et diesel seront progressivement remplacés par des véhicules hybrides et électriques, puis, à terme, complètement électriques, les chaudières au fuel par des pompes à chaleur, l'hydrogène industriel ne sera plus fabriqué à partir de gaz, mais par électrolyse. Les hauts fourneaux à charbon seront remplacés par des fours électriques pour produire de l'acier bas carbone, comme ArcelorMittal, par exemple, va le faire à Dunkerque et à Fos, comme je l'évoquais à l'instant. Oui, le monde de demain sera plus électrique, et nous devons être en mesure, je reprends, là aussi, les chiffres qui ont été produits par nos experts, nous devrons être en mesure de produire jusqu'à 60 % d'électricité en plus qu'aujourd'hui.
Et donc, quand bien même nous allons réduire notre consommation, réussir les innovations et les changements que j'évoquais, parce que nous allons vers une électrification de toutes nos pratiques, nos manières de produire, de nous déplacer et de transporter l'énergie, nous aurons besoin de produire beaucoup plus d'électricité et la clé pour produire cette électricité de manière la plus décarbonée, la plus sûre, la plus souveraine est, justement, d'avoir une stratégie plurielle, celle que nous avons choisie sur la base de ces travaux et de développer tout à la fois les énergies renouvelables et le nucléaire. Car oui, quand on lit rigoureusement ce qu'expliquent les experts, ils montrent très bien l'impasse des stratégies uniques. Certains prétendent qu'il est possible d'y parvenir en développant uniquement le solaire et l'éolien.
D'autres prétendent qu'il faut miser à 100 % sur l'énergie nucléaire et qu'on pourrait arrêter tous les projets de solaire et d'éolien en France. Aucun expert ne dit que ces deux schémas sont réalistes, sérieux, possibles pour la nation. La réalité, et ce que nous montre, au contraire, l'étude de RTE, c'est que nous n'avons d'autre choix que de miser en même temps sur ces deux piliers.
C'est le choix le plus pertinent d'un point de vue écologique et le plus opportun d'un point de vue économique et, enfin, le moins coûteux d'un point de vue financier. C'est donc pour cela que c'est le choix que nous allons poursuivre. D'abord, développer massivement les énergies renouvelables.
Tout simplement parce que c'est le seul moyen de répondre à nos besoins immédiats en électricité, là où il faut 15 ans pour construire un réacteur nucléaire. Et donc, à très court terme, si on veut continuer d'accompagner l'électrification de nos pratiques, ces besoins que j'évoquais, il nous faut accroître notre capacité à produire du renouvelable, en étant conscients que ça reste une source d'énergie intermittente et donc qu'elle n'est pas substituable aux sources d'énergie stables. Pour autant, là aussi, je pars à chaque fois d'un constat lucide, nous partons de loin.
Car si les objectifs sont ambitieux, nous devons avoir l'honnêteté de reconnaître que nous avons pris du retard, pas par manque de volonté politique collective et, d'ailleurs, pas depuis simplement ce mandat, mais parce que nous n'avons pas toujours su convaincre de la nécessité de réussir les projets, et je prends ma part dans cette responsabilité. Nous n'avons aussi pas toujours su employer sans doute la bonne méthode pour répondre aux craintes que ces projets suscitaient ou surmonter les réticences. Et aussi, il faut bien le dire, parce que nous avons multiplié des couches réglementaires qui ont retardé ces projets.
Cinq ans de procédure pour être autorisé à construire un parc solaire, là où il faut seulement quelques mois de travaux, sept ans ou plus encore pour un parc éolien, de tels délais ne sont pas supportables. Ils viennent réduire la rentabilité des projets et ils conduisent à multiplier les contestations partout sur le terrain. La base de la lutte contre le changement climatique est donc la levée de toutes les barrières réglementaires à partir du moment où les projets sont acceptés localement.
C'est donc ce que nous ferons. Le préalable est donc bien, vous le voyez, tout à la fois, là aussi, un travail de planification et de visibilité, de simplification du champ réglementaire et de pragmatisme local dans l'accompagnement des projets. Ces préalables indispensables étant posés, comment atteindre ensuite l'objectif de doublement de la production issue des énergies renouvelables électriques d'ici 2030 et comment l'augmenter encore d'ici 2050 ?
C'est le défi posé par RTE. D'abord, en partant, là aussi, d'un constat, c'est que ces énergies renouvelables sont devenues rentables et compétitives et la situation d'aujourd'hui est très différente d'il y a encore cinq ou six ans. Elles ont cette faiblesse, je l'évoquais, qui est d'être intermittentes.
C'est pour ça que nous allons aussi continuer d'investir dans les projets de recherche fondamentale et technologique, pour développer toutes les techniques de stockage de l'énergie qui permettront peut-être un jour de changer profondément notre organisation collective et d'être aussi des sources complémentaires de production d'une électricité non intermittente. Mais nous devons avoir une stratégie très précise sur chaque énergie renouvelable. En priorité le solaire, parce qu'il est moins cher et qu'il s'intègre plus facilement dans le paysage, fera l'objet d'un effort particulier.
D'ici 2050, nous multiplierons par près de 10 la puissance installée pour dépasser 100 gigawatts, en veillant à un juste équilibre entre les installations en toiture et celles au sol. Là aussi, soyons pragmatiques. Sur le solaire, si nous savons adapter les capacités à développer des projets sur les emprises commerciales ; si nous optimisons nos déploiements sur les emprises d'État, en particulier militaires ; si nous développons les projets dans l'agriphotovoltaïsme dont nous sommes en train de finaliser les règles et qui seront une source de revenus complémentaires pour nos agriculteurs, nous avons la capacité de déployer ces projets de manière harmonieuse.
De la même manière, ce que nous sommes en train de faire est de rebâtir des filières industrielles françaises pour produire l'ensemble des techniques nécessaires au déploiement du solaire car, il faut bien le dire, il y a vingt ans de cela, l'Europe, par naïveté ou par fatalité, a laissé à d'autres continents le soin de produire des technologies et les filières industrielles qui étaient derrière ces déploiements. Nous devons, là aussi, être cohérents et permettre à travers ces investissements la visibilité que nous nous donnons, un cap à 2050, d'investir dans les industries la valeur ajoutée, la production, et que ce déploiement profite aussi à de l'emploi en France, à de l'innovation en France et à des déploiements technologiques. Plusieurs projets sont en train d'arriver à maturité, c'est là aussi au cœur des investissements de France 2030, et des projets que nous menons avec la Commission européenne.
J'aurai l'occasion, les 10 et 11 mars prochains, d'avoir un échange avec plusieurs confrères sur ce sujet lors du sommet exceptionnel qui se tiendra en France. Ensuite, l'éolien en mer sera à développer pour viser de l'ordre de 40 gigawatts en service en 2050, soit une cinquantaine de parcs éoliens en mer. Dès cette année, nous mettrons en activité le premier parc éolien en mer au large de Saint-Nazaire.
Mais, là aussi, ce que nous avons commencé de faire, c'est de recréer et déployer une filière industrielle française. Les usines du Havre, de Saint-Nazaire et de Cherbourg permettront de fournir tous les équipements nécessaires et nous allons continuer de développer, là aussi, l'emploi industriel et les investissements pour que ces choix forts de l'éolien en mer soient accompagnés de créations d'emplois partout sur notre territoire. Pour changer d'échelle, il nous faudra organiser une planification maritime des zones de développement des parcs.
Nous réussirons en associant largement tous les acteurs de la mer, en particulier nos pêcheurs. Quand les projets durent trop longtemps et que les concertations sont trop tardives, c'est là que les projets donnent lieu à controverse. Mais il nous faut prendre en compte toutes les parties prenantes, évidemment les sujets paysagers, l'intérêt des pêcheurs et les questions de biodiversité pour réussir à préserver nos ressources halieutiques, les activités, les écosystèmes marins et le développement des énergies renouvelables contribuant à la transition énergétique.
De tout cela, nous reparlerons au sommet qui se tiendra à Brest demain et cela est possible si les règles sont clarifiées et si une planification est organisée. Nous ne pouvons enfin, dans cette trajectoire, nous passer d'éoliennes terrestres. Je sais, moi qui viens d'une terre qui en a tant déployé, toutes les controverses qu'il y a, parfois les rejets, de nombre de projets d'éoliennes terrestres, les réticences, et je les comprends.
Personne ne souhaite voir nos paysages remarquables et nos sites classés abimés par des grandes pales blanches, et personne ne souhaite voir quelque trésor national que ce soit défiguré. Toutefois, il est possible de concilier développement de l'éolien et protection de nos paysages et de notre patrimoine, naturel comme culturel. D'abord en étant raisonnables dans les objectifs, en étant conscients que nous en avons très peu développé, beaucoup moins que nos voisins allemands et espagnols, beaucoup moins.
Ensuite, en étant raisonnables sur nos objectifs, c'est pourquoi ce qui avait été fixé à horizon 2030, nous allons l'étaler dans le temps. Mais il faut garder un cap, continuer à avoir là aussi une filière qui se développe et la puissance installée, qui est de 18,5 gigawatts à fin 2021, sera doublée d'ici à 2050. Ce n'est donc pas un doublement en dix ans qui est demandé, comme nous l'avions initialement considéré, parce que nous avons déployé l'effort sur les autres énergies renouvelables et que nous avons construit un volontarisme pluriel, mais il nous faut là aussi aller de l'avant.
Nous appuierons pour cela les projets d'éoliennes dernière génération, plus puissantes, moins nombreuses que celles déjà installées, qui permettent d'avoir et de produire plus d'énergie avec moins de présence sur le sol, et nous veillerons à ne pas concentrer les installations dans les mêmes territoires, ce qui est l'une des sources de difficultés de nos débats. Aujourd'hui, les Hauts-de-France et la région Grand Est ont beaucoup contribué à cet effort. Je sais que plusieurs autres départements et régions ont le sentiment aussi d'avoir largement contribué.
Il nous faut, là aussi, construire une planification territoriale du déploiement de l'éolien et, pour ce faire, changer de méthode, en concertant mieux et en faisant confiance à nos élus, notamment les maires. Nous avons commencé de le faire en mettant en place l'avis préalable et les maires doivent être ceux qui définissent des secteurs dans les plans locaux d'urbanisme où l'implantation d'éoliennes sera soumise à condition, là où elle sera possible, là où elle ne sera pas permise, et accompagner aussi tous ces projets d'une fiscalité qui les rend encore plus intéressants pour nos élus locaux, comme nous avons d'ailleurs su le faire avec d'autres énergies à travers le temps. Là aussi je crois que, sur ce sujet, il nous faut redonner de la clarté, un cap, apaiser les débats, savoir regarder où sont les conflits, certains sont légitimes, d'autres non, et concilier notre transition climatique, notre souveraineté énergétique et la préservation de nos paysages, du bien-être de nos compatriotes et de notre patrimoine culturel.
Nous avons mis en place des lois qui permettent d'avancer en ce sens, c'est maintenant la planification et la méthode qui vont être parachevées pour mener à bien ces objectifs. Je n'oublie pas, dans ce nouveau mix d'énergies renouvelables, nos barrages hydroélectriques qui font la richesse de nos vallées et dans lesquels nous allons continuer d'investir et, je veux ici être clair, tout en gardant la pleine maîtrise et en évitant les mises en concurrence. C'est le cœur du projet que nous allons continuer de mener en lien étroit, en discussion avec la Commission européenne et en intimité avec, évidemment, l'entreprise EDF.
Je n'oublie pas non plus les réseaux d'énergie qui devront être adaptés pour raccorder ces nouvelles installations ainsi que les énergies renouvelables thermiques comme les biocarburants, la biomasse, le biogaz, qui seront indispensables pour remplacer le gaz ou le pétrole que l'électricité ne saura prendre en charge. C'est nécessaire à l'heure où les tensions sur le marché du gaz fossile sont au plus haut, et nous devons en particulier réussir à accroître la part du gaz renouvelable pour viser 10 % en 2030. Sur tous ces sujets, je prends ici un engagement : celui de ne pas refaire les erreurs commises depuis 20 ans et de retrouver notre souveraineté industrielle.
Nous avons d'ores et déjà plus de 100 000 emplois en France qui participent de l'effort de la nation pour les énergies renouvelables. Nous pouvons faire beaucoup plus si nous mettons en place et allons au bout de cette planification que je viens d'évoquer, et nous savons accompagner tous les projets dont je viens ici de parler. Pour cesser de subventionner l'importation de solutions renouvelables venues de l'étranger, France 2030 consacrera un milliard d'euros à l'innovation sur les énergies renouvelables.
Les prochaines technologies pour les panneaux solaires et les éoliennes flottantes seront ainsi françaises et européennes. Des appels à projets sortiront dès les prochains jours. Ensuite, pour augmenter la production électrique nationale d'ici 2050, il nous faut, à côté de cet effort historique dont je viens de présenter le cap et les grandes catégories en matière d'énergies renouvelables, reprendre le fil de la grande aventure du nucléaire civil en France.
À ceux qui affirment que nous n'aurions pas besoin de nucléaire, je veux exposer la situation en toute transparence. Imagine-t-on une France où il y aura, d'ici 30 ans, 40 000 éoliennes au lieu de 8 000 aujourd'hui et 90 parcs éoliens offshore quand notre pays a mis dix ans pour en faire un ? Imagine-t-on une France avec des campagnes qu'il serait impossible de préserver compte tenu de l'effort que ça représenterait ?
Imagine-t-on une France totalement dépendante en termes d'énergies non intermittentes et devant réimporter à des coûts prohibitifs une énergie carbonée puisque c'est cela ce que serait une France où on ne réinvestirait pas dans le nucléaire civil. C'est cela que les partisans de la sortie du nucléaire proposent aujourd'hui aux Français, ce qui n'est pas sérieux. Nous avons en France la chance, grâce à la vision du général de Gaulle prolongée par le président Pompidou, grâce à l'excellence de ce bien commun qu'est notre entreprise nationale EDF, à Marcel Boiteux et à tous ceux qui lui ont ensuite succédé, grâce aussi à l'ensemble des agents, de celles et ceux qui ont construit, bâti ce savoir-faire et l'ont développé, grâce aussi à toutes les filières qui, partout sur le territoire, ont pu accompagner cet effort historique dans toutes les entreprises de notre pays, de pouvoir compter sur une industrie nucléaire forte, riche de savoir-faire et de centaines de milliers d'emplois.
Cette chance, nous devons la saisir. Nous garantissons aux Français des conditions de sécurité inégalées parce que EDF exploite son parc avec une transparence absolue et que l'Autorité de sûreté nucléaire est sans aucun doute le régulateur le plus exigeant du monde. Je veux ici rendre hommage au sérieux des agents d'EDF et de l'Autorité de sûreté nucléaire qui savent prendre les décisions qui s'imposent pour assurer leur premier objectif, la sécurité des populations.
Nous l'avons constaté encore il y a quelques jours, avec la découverte de nouveaux phénomènes de corrosion qui conduisent à mettre à l'arrêt plusieurs réacteurs pour effectuer des contrôles et des réparations. Ceci traduit notre niveau inégalé de sûreté, de contrôle, qui garantit une production d'électricité bas carbone en toute sûreté. C'est ce qui justifie notre confiance dans cette énergie.
Je veux ici vous le dire, nous l'évoquions un instant avec quelques uns d'entre vous, la décennie passée a été marquée par un doute international sur le nucléaire, une période de glaciation suite, évidemment, aux terribles événements à Fukushima. Certaines nations ont fait des choix radicaux dans cette période, de tourner le dos au nucléaire. La France n'a pas fait ce choix, elle a résisté, mais elle n'a pas réinvesti parce que ce doute était là.
Les difficultés étaient là. La filière nucléaire française a connu elle-même, j'y reviendrai, sa propre crise liée aux ruptures du temps passé. Ce que nous avons à bâtir aujourd'hui, parce que c'est le bon moment, parce que c'est ce qu'il faut pour notre nation et parce que les conditions sont maintenant réunies, c'est la renaissance du nucléaire français.
Sur la base des travaux de RTE et de l'Agence internationale de l'énergie, j'ai pris deux décisions fortes. La première est de prolonger tous les réacteurs nucléaires qui peuvent l'être, sans rien céder sur la sûreté. Ce sont des choix éclairés par l'expertise et par la science.
S'il est nécessaire d'être prudent sur la capacité à prolonger nos réacteurs, je souhaite qu'aucun réacteur nucléaire en état de produire ne soit fermé à l'avenir compte tenu de la hausse très importante de nos besoins électriques sauf, évidemment, si des raisons de sûreté s'imposaient. Si les premières prolongations au-delà de 40 ans ont pu être effectuées avec succès depuis 2017, je demande à EDF d'étudier les conditions de prolongation au-delà de 50 ans, en lien avec l'Autorité de sûreté nucléaire. La seconde décision, qui s'inscrit dans le prolongement de l'engagement solennel que j'ai pris devant les Français le 9 novembre dernier est que, compte tenu des besoins en électricité et de la nécessité d'anticiper aussi la transition et la fin du parc existant qui ne pourra être prolongée indéfiniment, nous allons lancer dès aujourd'hui un programme de nouveaux réacteurs nucléaires.
Nous avons tiré les leçons de la construction d'EPR en Finlande, où il est aujourd'hui achevé, et en France à Flamanville. EDF a engagé, avec la filière nucléaire, la conception d'un nouveau réacteur pour le marché français, l'EPR 2 qui a déjà mobilisé plus d'un million d'heures d'ingénierie et présente des progrès significatifs par rapport à l'EPR de Flamanville. Plusieurs audits externes ont également été conduits par l'État, pour s'assurer de l'état de préparation de la filière.
Ils seront rendus publics. Je souhaite que six EPR2 soient construits et que nous lancions les études sur la construction de huit EPR2 additionnels. Nous avancerons ainsi par paliers.
Concrètement, nous allons engager dès les semaines à venir les chantiers préparatoires : finalisation des études de conception, saisine de la Commission nationale du débat public, définition des lieux d'implantation des trois pairs, montée en charge de la filière. Une large concertation du public aura lieu au second semestre 2022 sur l'énergie, puis des discussions parlementaires se tiendront en 2023 pour réviser la programmation pluriannuelle de l'énergie. Nous visons le début du chantier à l'horizon 2028, pour une mise en service du premier réacteur à l'horizon 2035.
Ce délai de mise en oeuvre justifie aussi la nécessité de prolonger nos réacteurs actuels et de développer des énergies renouvelables. Ce choix, nous devons le faire aujourd'hui pour donner à EDF et à toute la filière la visibilité qui s'impose et, là aussi, pour tirer toutes les leçons du passé car, quand des ruptures arrivent et que la visibilité n'est plus là, c'est à ce moment qu'il y a des ruptures de charge, c'est à ce moment qu'il y a des pertes de compétences, c'est à ce moment que nous prenons des risques. Par ce choix de la nation, au long cours nous nous donnons aussi les moyens de préserver nos compétences et nos savoir-faire, chez EDF bien sûr mais dans toute la filière, pour garantir l'excellence qui est la nôtre, et que nous avons d'ailleurs dû rebâtir pour partie ces dernières années.
Á côté de ces EPR, un appel à projets sera soutenu à hauteur d'un milliard d'euros par France 2030 et sera lancé pour faire émerger des petits réacteurs modulaires, les fameux SMR que nous évoquions tout à l'heure, mais aussi des réacteurs innovants permettant de fermer le cycle du combustible et de produire moins de déchets. Pour 500 millions d'euros, ce seront des projets portés par EDF, NUWARD, qui était évoqué tout à l'heure par le président d'EDF, et il y aura aussi 500 millions d'euros pour des projets ouverts sur les réacteurs innovants que j'évoquais à l'instant. Ces dernières années, en effet, des secteurs à forte intensité technologique comme le spatial ou l'automobile ont vu aussi de nouveaux acteurs bouleverser profondément des processus anciens, souvent pour le meilleur.
C'est pourquoi je suis convaincu que la France a les moyens de porter une telle révolution dans le nucléaire avec des réacteurs en rupture. Je fixe un objectif ambitieux, mais à la mesure de l'intensité de la compétition dans le secteur : construire en France un premier prototype d'ici 2030. Nous avons déjà des start-ups qui se lancent, et, là encore, des appels à projets seront publiés dans les prochains jours.
Le CEA, qui a joué un rôle décisif dans la naissance de la filière nucléaire française, appuiera et accompagnera la montée en puissance de ces nouveaux acteurs. Ce nouveau programme pourrait conduire à la mise en service de 25 gigawatts de nouvelles capacités nucléaires d'ici 2050. Ces projets, vous l'avez compris, viennent en complémentarité, mais n'enlèvent rien à la visibilité que je donnais pour les EPR2, qui sont de toute façon nécessaires et s'inscriront avec les deux paliers que j'évoquais.
Mais ils nous permettront de continuer à améliorer là aussi notre innovation technologique, à améliorer la sûreté, à réduire les déchets et à aller vers la fermeture du cycle, de même que nous continuerons l'ensemble des projets de recherche, ITER à Cadarache, toutes les autres solutions, les projets conduits par le CEA, dans toutes ses composantes. Mesdames et Messieurs, pour mettre en œuvre ces décisions, les conditions réglementaires, financières et d'organisation de la filière et de l'État doivent être réunies. Au sein de l'État, une direction de programme interministériel dédiée au nouveau nucléaire sera créée pour en assurer le pilotage, coordonner les procédures administratives et s'assurer du respect des coûts et des délais des chantiers.
EDF construira et exploitera les nouveaux EPR. Cette entreprise nationale de souveraineté qui est notre bien commun pourra compter sur le soutien de l'État pour sa solidité dans les mois, les années et les décennies qui viennent pour mener à bien ce projet d'une ampleur inégalée depuis quarante ans, et le faire dans les meilleures conditions financières et opérationnelles. Sur les plans financier et réglementaire, des financements publics massifs de plusieurs dizaines de milliards d'euros seront engagés afin de financer ce nouveau programme, ce qui permettra de préserver la situation financière d'EDF et de développer l'ensemble de la filière.
La décision prise par la Commission européenne sur la taxonomie énergétique, qui, comme le GIEC, classe l'énergie nucléaire comme énergie bas carbone, est à cet égard extrêmement importante car elle facilitera aussi le financement de ces projets. C'est d'autant plus important qu'EDF traverse une période difficile, notamment liée aux difficultés opérationnelles rencontrées sur le parc nucléaire. Et comme nous l'avons fait ces dernières années en mobilisant en six ans plus de 10 milliards d'euros pour le renforcement du bilan de l'entreprise, l'État prendra ses responsabilités pour sécuriser la situation financière d'EDF et sa capacité de financement à court et à moyen terme autant que pour lui permettre de poursuivre sa stratégie de développement rentable dans le cadre de la transition énergétique.
J'ajoute que nous mettrons en œuvre, en accord avec la Commission européenne, une nouvelle régulation de l'électricité nucléaire en remplacement de l'ARENH afin que les consommateurs français, ménages comme entreprises, puissent bénéficier de prix stables, proches des coûts de production de l'électricité en France. C'est indispensable pour que nous puissions tirer tous les bénéfices de l'investissement historique de la nation et de l'investissement que nous sommes en train d'acter. Enfin, reprendre le contrôle de notre destin énergétique, ce n'est pas seulement ne plus dépendre des importations d'énergies fossiles, c'est aussi maîtriser sur notre sol les savoir-faire indispensables et disposer des éléments critiques pour la production d'énergie nucléaire.
C'est asseoir la souveraineté énergétique sur une souveraineté industrielle. Cela nécessite de poursuivre l'intégration de la filière initiée il y a six ans et actée il y a quatre ans. Je m'en souviens, et vous aussi je pense, j'étais alors dans d'autres conditions comme ministre de L'Économie et de l'Industrie, c'est alors que nous avons eu à faire face collectivement à une crise historique où la filière aurait pu s'effondrer, et où déjà, nous avons demandé à EDF de reprendre et restructurer la filière, porter à nouveau la production, bâtir Framatome, avancer avec plusieurs acteurs qui sont là, réussir à bâtir Laval et construire des acteurs en France et à l'international, exemplaires sur tout le cycle, et consolider le nucléaire civil français.
Nous nous en souvenons. Cet effort, avec le rapprochement d'EDF et de Framatome, est aujourd'hui un succès reconnu de tous. Nous franchissons aujourd'hui tous ensemble une nouvelle étape, et je veux ici féliciter l'ensemble des équipes et des services qui ont permis ces dernières semaines, avec vous toutes et tous, et ces dernières heures pour les derniers détails, de finaliser l'accord qui a été trouvé entre EDF et General Electric pour reprendre les activités liées au nucléaire de General Electric, notamment les activités de maintenance ou de fabrication des turbines Arabelle et de l'alternateur GIGATOP, compétence unique dont nous sommes fiers de disposer en France et tout particulièrement ici à Belfort.
Ces turbines équiperont les EPR 2 que nous construirons. Elles garantiront à la France le plein contrôle de cette technologie. Elles garantiront aussi à tous nos grands partenaires industriels, russes et d'autres nationalités, la fiabilité et la force de notre offre industrielle.
Je remercie EDF de son engagement aux côtés de l'État pour permettre cette stratégie. Je remercie les ministres, leurs cabinets et leurs équipes, et l'ensemble de celles et ceux qui ont contribué à ce travail. Et je veux saluer Jean-Pierre Chevènement qui, depuis des décennies, se bat sur ce dossier qui n'a ménagé personne, toujours avec beaucoup de rigueur, d'engagement et de justice, y compris votre serviteur.
Et ce dossier trouve aujourd'hui un aboutissement parce que c'est aussi, je dois le dire, l'engagement de femmes et d'hommes que vous êtes qui ont préservé ces savoir-faire et ces compétences et qui les ont maintenus vaille que vaille et coûte que coûte avec fierté. C'est l'histoire d'un territoire, Monsieur le maire, qui les porte avec fierté et qui est attaché à cette histoire industrielle. Donc, il y a dans la vie industrielle des œuvres qui sont plus difficiles et où il faut tenir.
Il y a des choix qui dépendent du secteur privé, des grands investissements, et nous voulons continuer d'être une grande nation attractive, et nous continuerons de l'être, mais il y a des moments où la cohérence implique des choix nationaux, c'est ce que nous avons fait aujourd'hui, parce que seul l'État peut donner une visibilité à plusieurs décennies et assumer de porter cette visibilité et de rebâtir la cohérence de ce chaînage, en quelque sorte, et retrouver le sens profond qui est le nôtre. Je veux donc ici aussi vous remercier toutes et tous de cet esprit de résistance que vous avez porté et de la volonté qui a été la vôtre. Mais à ce moment même, je veux aussi envoyer un message de confiance et d'engagement pour toute la filière du nucléaire français, pour tous ces savoir-faire et pour notre jeunesse.
Sur beaucoup de ces métiers, quels qu'ils soient, des métiers les plus technologiques jusqu'aux métiers les plus industriels, nous avons des besoins. Nous avons des besoins d'ingénieurs, nous avons des besoins en sidérurgie, en chaudronnerie et dans bien d'autres secteurs. Que notre jeunesse s'y engage, car nous devons les pourvoir, ces besoins industriels, sur nos territoires !
Il y a aujourd'hui des offres d'emplois, et il continuera d'y en avoir. Et par les choix de la nation aujourd'hui exprimés, il y en aura dans la durée. Donc, avec confiance, engageons nos jeunesse dans toutes ces filières industrielles qu'il y a derrière nos grands choix d'innovation, vers la transformation de nos véhicules, vers la modernisation de nos logements, vers le renouvelable et vers le nucléaire.
Ce sont des filières d'avenir dans lesquelles nous allons continuer de former encore davantage et dans lesquelles nous continuerons de créer de l'emploi, car ces filières sont au cœur de la stratégie de la nation. Je ne peux conclure sans dire un mot de Belfort, cette terre industrielle qui a apporté à la France tant de fierté. Belfort, comme je l'évoquais en commençant mon propos, qui porte, après les morsures de l'histoire et les guerres qui ont traversé notre sol, 150 ans d'histoire industrielle et une capacité de résistance, de volonté, de fierté et de bâtir de l'industrie, de créer ces grandes pièces industrielles.
Belfort que l'on disait condamnée aux fermetures, au déclin, au destin de friches géantes. Belfort aussi est en train de renaître, avec le nucléaire, évidemment, et pour longtemps, avec l'hydrogène et les projets que j'évoquais, sur lesquels je vous ai donné là aussi confirmation et engagement, dans le domaine du gaz, car les turbines produites ici ont vocation à être installées dans les nombreux pays qui, aujourd'hui dépendants du charbon, vont miser sur le gaz comme une étape vers la décarbonation. Et Belfort bâtira aussi sa renaissance industrielle par la production des TGV de demain sur le site d'Alstom.
Et là aussi, je veux saluer l'excellence industrielle de vos collègues, et, je l'espère, je le crois, je le veux, nombre de futurs contrats à venir comme ceux dont nous avons pu signer le protocole d'accord il y a quelques jours en Ukraine, qui sera déterminant pour le plan de charge des prochaines années, et que nous souhaitons conclure d'ici la fin du mois de mars. Oui, se noue ici quelque chose de la France que nous voulons pour 2030, une France qui, sur le terreau de son passé, sur ces terres qui ont porté notre histoire industrielle, sur la force et la base de ces savoir-faire que nous avons su construire et transmettre, renoue avec sa grande histoire industrielle, regarde l'avenir et montre le chemin. Oui, le temps de la renaissance nucléaire est là, le temps de la renaissance industrielle aussi, reposant sur la recherche technologique, reposant sur la fabrication, reposant sur à la fois le numérique et les métiers les plus industriels, et la réconciliation de ce qu'on a trop longtemps opposé.
Une France qui, par les savoir-faire de ses ingénieurs, de ses ouvriers, de ses travailleurs, invente pour le monde une industrie de progrès et des solutions aux défis des temps. Voilà, Mesdames et Messieurs, ce qu'aujourd'hui je suis venu vous dire à Belfort. La France, par la stratégie dont elle se dote, fait le choix du progrès, de la confiance en la science, de la confiance dans la technologie et dans la raison.
La France fait le choix du climat en se donnant les moyens d'atteindre ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre et d'être l'une des plus grandes nations à sortir de sa dépendance aux énergies fossiles. La France fait le choix de l'industrie et de l'emploi, car nous parlons là, uniquement au sujet de l'EPR 2, de 220 000 emplois préservés, poursuivis, renouvelés, et de plusieurs dizaines de milliers d'emplois créés. La France fait le choix aussi du pouvoir d'achat, mais avec une vraie stratégie, car à terme, le nucléaire et les énergies renouvelables fourniront une énergie moins chère et à l'abri des turbulences du marché.
La France, Mesdames et Messieurs, fait le choix résolu de son indépendance et de sa liberté. C'est ici, avec vous, grâce à votre engagement, vos savoir-faire et les travaux conduits par plusieurs d'entre vous ici présents et que je remercie, le choix que nous pouvons mener, assumer et que nous assumerons dans la durée. Vive la République et vive la France !
Emmanuel Macron