"Je n'ai aucun salaire, ni des entreprises ni des autorités chinoises", assure Jean-Pierre Raffarin
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 40 %Défensif 30 %
Questions et réponses
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- 0:13OuverteRéponse directe
Le président de la République a-t-il raison de se rendre en Nouvelle-Calédonie après six morts ?
- 1:04OuverteRéponse directe
La maire de Nouméa demande à ce que le président ne convoque pas le Congrès. Qu'en pensez-vous ?
- 2:09OuverteRéponse directe
Emmanuel Macron et Marion Maréchal-Le Pen estiment que la Nouvelle-Calédonie doit rester française. Êtes-vous d'accord ?
- 3:11OuverteRéponse directe
La France interdit TikTok sur une partie de son territoire. Qu'en pensez-vous ?
- 4:25RelanceRéponse partielle
Vous avez déclaré que la Chine est un pays de paix. Est-ce exact ?
- 6:35OuverteRéponse directe
Raphaël Glucksmann vous accuse de servir les intérêts de la Chine. Répondez-vous à ces accusations ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:09Invité politiqueFait
« Emmanuel Macron a décidé de s'y rendre en personne. »
- 2:09Invité politiqueFait
« Si la France lâche la Nouvelle-Calédonie, la Chine va mettre la main dessus. »
- 3:20Invité politiqueFait
« TikTok est un réseau chinois. »
- 4:29Invité politiqueFait
« Vous ne cessez de répéter que la Chine est un pays de paix. »
- 4:35Invité politiqueFait
« Vous l'avez dit récemment sur la chaîne chinoise CGTN. »
- 5:16PrésentateurChiffre
« J'ai accompagné plus de 1000 entreprises pendant toutes ces périodes. »
- 5:21PrésentateurFait
« Je n'ai aucun salaire, ni des entreprises chinoises, ni des autorités chinoises. »
- 5:55PrésentateurFait
« J'ai permis à plusieurs de nos compatriotes de sortir de prison. »
- 7:09Invité politiqueFait
« On a été trop naïfs avec la Chine pendant trop longtemps. »
- 7:12Invité politiqueFait
« Sur les Ouïghours, quand on parle d'internement, quand on parle de stérilisation forcée, quand on parle d'effacement de la langue et de culture, on peut penser qu'il s'agit d'un génocide. »
- 7:43PrésentateurFait
« Je condamne ce qui se passe sur les Ouïghours. »
- 7:55PrésentateurChiffre
« 1,4 milliard. »
Temps de parole
- Présentateur78 %
- Jean-Pierre Raffarin22 %
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Bonjour Jean-Pierre Raffarin.
Bonjour et bonjour à tous.
Traditionnellement, la Nouvelle-Calédonie est l'affaire du Premier ministre français. Elle était depuis une poignée d'années celle du ministre de l'Intérieur. Après six morts, malheureusement, Emmanuel Macron a décidé de s'y rendre en personne. Le président de la République a-t-il raison de faire ce choix ?
Je pense que comme c'est lui qui peut décider éventuellement d'un report du Congrès, c'est lui qui a la clé du sujet, qui est le sujet un peu névralgique de cette affaire, je pense que c'est normal qu'il soit impliqué. Mais naturellement, c'est toujours risqué quand le président monte en première ligne. Figurez-vous qu'on a inventé le Premier ministre dans cette république où les gaullistes avaient pensé à tout. C'est-à-dire que ce pays, il est souverainiste, il veut un grand chef. Mais il est aussi régicide et veut couper la tête. Mais alors on coupe la tête du Premier ministre dans notre Ve République. Et là, naturellement, on expose le président.
Donc à chaque fois que le président s'expose, je suis toujours préoccupé. Il n'empêche que là, c'est lui qui a la clé en main, parce qu'il s'agit de savoir comment on va négocier et de savoir notamment si on va tenir ce congrès qui doit réformer les conditions de l'élection.
Même la maire de Nouméa, Sonia Lagarde, pourtant loyaliste et soutien d'Emmanuel Macron, demande à ce que, surtout, le président ne convoque pas le Congrès à Versailles. Pas maintenant, pas sur des braises aussi chaudes.
Écoutez, si le président va sur place, c'est aussi pour discuter, pour négocier, pour essayer d'apaiser la situation. Il est très important que la situation en Nouvelle-Calédonie soit apaisée. D'abord pour nos compatriotes, la violence n'est jamais une solution. Il y a beaucoup de gens qui souffrent. Mais c'est un enjeu politique. Tout se passe aujourd'hui dans l'Indo-Pacifique. Et la place de la France en Nouvelle-Calédonie fait beaucoup d'envieux. Et beaucoup de gens, on a parlé tout à l'heure de la Chine, mais aussi la Nouvelle-Zélande, l'Azerbaïdjan. Ce pays qui s'en veut tant à l'Arménie, notre pays ami, notre démocratie. L'Azerbaïdjan, qu'est-ce qu'il va faire là-bas ?
Et donc on voit bien qu'il y a des enjeux terribles sur cette situation. Et donc plus il y a de pagaille, plus ça sert les intérêts des autres, et moins ça sert la France.
Alors hier, Marion Maréchal-Le Pen a déclaré, je la cite, que la Nouvelle-Calédonie devait rester française. Faute de quoi, elle sombrerait dans l'orbite chinoise. Emmanuel Macron pense peu ou prou la même chose. Si la France lâche la Nouvelle-Calédonie, la Chine va mettre la main dessus. Et vous, vous pensez la même chose ?
Je pense la Chine ou d'autres, puisque les convoitises sont très nombreuses. Le ministre a accusé l'Azerbaïdjan, on se voit bien que les Australiens sont très attentifs. On n'a pas oublié quand même l'affaire des sous-marins. Donc on n'a pas que des amis là-bas, même si de temps en temps il y a de bonnes relations. Donc je crains surtout, si la France devait se retirer, que ce soit une grande pagaille, parce que tout le monde voudrait le nickel, mais tout le monde voudrait aussi la position stratégique. On comprend bien aujourd'hui que la Chine envisage la puissance dans le monde, à partir de cette base du Pacifique et la résistance d'où vient-elle.
Elle vient notamment de l'Inde, et c'est l'indo-pacifisme qui est aujourd'hui une stratégie pour les États-Unis. Et c'est aussi une stratégie pour la France, même si on n'a pas la même position que les Américains tout à fait sur ce sujet. Mais par exemple, les Indiens ont accès à toutes nos bases militaires, ce qui est quelque chose de très important. Donc dans cette situation extrêmement complexe, la Nouvelle-Calédonie est très stratégique. Donc si la France partait, je pense que les convoitises s'affronteraient.
La France interdit, Yael vient de nous en parler, c'est la première fois, le réseau social TikTok sur une partie de son territoire, accusant le réseau de favoriser la propagation de la violence en Nouvelle-Calédonie. TikTok est un réseau chinois. Qu'en pensez-vous Jean-Pierre Raffarin ?
Je pense qu'il faut être très vigilant, mais j'ai cru comprendre que ce n'était pas la Chine qui était l'argument dans cette affaire. Donc il est clair que TikTok, vous voyez que les États-Unis ont pris des mesures contre TikTok. Nous sommes dans une tension extraordinaire entre la Chine et les États-Unis. La gouvernance mondiale, aujourd'hui, est gouvernée par cette tension entre la Chine et les États-Unis. Avec des propagandes très très fortes des deux côtés. Et nous sommes au milieu en permanence, puisque nous sommes alliés des Américains, mais nous ne voulons pas être alignés. Et nos entreprises dépendent en grande partie de la croissance chinoise et de ce marché chinois.
Donc on est dans une situation qui est assez difficile dans cette compétition des choix. Donc TikTok, c'est clairement une arme au service de la Chine. C'est aussi naturellement un réseau d'informations. Une arme ? Vous parlez d'arme, Jean-Pierre Raffarin ? Oui, puisqu'on est dans des batailles culturelles, des batailles de soft power, vous savez. Des batailles informationnelles ? Informationnelles. Donc tout ceci, aujourd'hui, fait partie de ces nouvelles guerres qui ne sont pas des guerres froides, qui sont peut-être des guerres tièdes. Mais on voit bien qu'aujourd'hui, le monde est extraordinairement dangereux.
Mais c'est la tension entre la Chine et les Etats-Unis qui est l'axe central des déséquilibres du monde.
Sauf que vous, Jean-Pierre Raffarin, vous ne cessez de répéter que la Chine est un pays de paix. Que la particularité de la Chine, c'est de ne pas mener de guerres en dehors de ses frontières.
Je ne répète pas ça comme ça.
Vous l'avez dit récemment sur la chaîne chinoise CGTN. J'ai regardé la séquence.
Oui, oui, non mais je ne dis pas avec ce ton, madame. Je parle avec beaucoup plus de prudents. Je représente le président de la République.
C'est vrai.
Vous avez sur votre antenne reçu M. Glucksmann qui m'a attaqué. C'est amusant d'ailleurs parce que le jour où il m'a attaqué chez vous pour me dire que je servais les intérêts de la Chine, j'étais avec les producteurs de cognac chez le ministre justement chinois à Pékin pour défendre le cognac. Et puis il a récidivé sur une autre antenne. Et ce jour-là, j'étais aussi avec 90 professionnels de l'automobile au salon de Pékin. Pourquoi je fais ça ? Parce que d'abord, le président de la République me l'a demandé. Comme les quatre présidents de la République me l'ont justement demandé. Je suis allé avec Chirac, avec Sarkozy, avec Hollande et avec Macron.
J'ai une mission, j'ai accompagné plus de 1000 entreprises pendant toutes ces périodes. Et je dois vous le dire clairement, ici à France Inter, je n'ai aucun salaire, ni des entreprises chinoises, ni des autorités chinoises. Figurez-vous que je suis bénévole. Vous savez, vous avez quelqu'un qui a fait 50 ans de politique sans jamais avoir un juge d'instruction pour s'occuper de ses affaires. Ce n'est pas maintenant, après 50 ans, que je vais franchir les lignes rouges. Je m'occupe des intérêts de mon pays et je suis très heureux de pouvoir le faire. Et je vais vous dire une confidence. Je vais vous dire une confidence. Il y a des choses dont on parle. Je vous parle des entreprises.
Mais il y a des choses dont on ne peut pas parler. Et je vais vous dire quand même. Savez-vous que j'ai permis à plusieurs de nos compatriotes de sortir de prison ? Je suis obligé de le dire quand je reçois de telles attaques. Mais en général, dans ce travail diplomatique, on n'en parle pas. Mais plusieurs Français ont été condamnés en Chine pour des sujets qui ne nous paraissaient pas aussi importants que les sanctions qu'ils avaient. Et je suis allé au plus haut niveau de la République négocier leur retour en France. Et donc j'ai des actions comme ça. Et je suis prêt à faire en tête à tête avec quiconque le bilan de tout ce que j'ai fait.
Et je vais vous dire, je suis fier de pouvoir servir mon pays de manière bénévole. Bénévole, bénévole. Voilà. Je souhaite que beaucoup de gens suivent mon exemple.
Alors, je ne pense pas que Raphaël Glucksmann, qui est candidat aux européennes PS Place Public...
C'est pour ça, sans doute, qu'il fait quelques dérapages.
...ne vous ait, pour des questions politiques, en tout cas, à cette antenne et à ce micro, il ne vous a pas accusé ni de corruption...
Non, mais il dit qu'on est acheté. Il dit que le président de la République a tort de m'emmener dans ses voyages. Les quatre présidents l'ont fait. Vous savez ce qui s'est passé.
Le jour, vous rappelez que j'en étais à ce micro, Jean-Pierre Raffarin, Valérie Ayet était un autre micro, le même jour, en même temps. Et on l'a entendu dire, on a été trop naïfs avec la Chine pendant trop longtemps. Sur les Ouïghours, quand on parle d'internement, quand on parle de stérilisation forcée, quand on parle d'effacement de la langue et de culture, on peut penser qu'il s'agit d'un génocide. C'est la candidate que vous soutenez, Jean-Pierre Raffarin, pour les Européennes. Vous acquiescez quand elle dit ça au micro ?
Non, ce n'est pas la diplomatie française. Moi, je suis un responsable politique. Je défends la diplomatie française. Je fais toujours attention à l'étranger à être en cohérence avec la diplomatie française. Je n'ai jamais fait, en 50 ans, quelque chose qui m'aurait été reproché par l'État. Je défends la diplomatie française. Madame Ayet, sur ce sujet, beaucoup de gens disent que ça. Moi, je condamne ce qui se passe sur les Ouïghours. Je n'approuve pas du tout la situation politique de la Chine. Vous croyez que j'ai la tête d'un communiste ? Est-ce que j'ai été communiste ? Est-ce que je serai communiste ? Mais jamais ! Mais jamais ! Mais je vois ce marché. 1,4 milliard.
Giscard, Chirac, tous ont pensé qu'il fallait parler avec la Chine. Donc, naturellement, je ne défends pas les Ouïghours. Je ne défends pas tout ce qui se passe que je condamne. Ce que je dis simplement, c'est que, par exemple, le mot génocide, il n'est pas employé par la diplomatie française. Moi, je suis un responsable politique. J'ai fait de la politique à un relativement haut niveau. Et donc, je ne dérape jamais par rapport aux lignes de notre diplomatie. Donc, ce mot-là, je ne l'emploie pas parce qu'il n'est pas employé par la diplomatie française. Si la diplomatie française l'employait, je n'aurais aucun problème.
Mais je ne suis pas un franc-tireur qui va dans tous les coins sans savoir où aller. Jean-Pierre Rappara. Je respecte mon État.
C'est la fin de cette interview. J'avais mille questions à vous poser sur les Européennes. Vous reviendrez.
Mais vous savez, je suis venu dans le passé très souvent ici. Je suis à votre disposition. Merci. Merci à vous.
Jean-Pierre Raffarin