Arnaud Simion, au chevet des agriculteurs | Circo
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 6:00LaurentFait
« Mon frère s'est suicidé à mon adolescence. Il qui devait reprendre l'exploitation et moi après du coup j'ai repris le flambeau après mon père. »
- 7:00LaurentFait
« Il avait 21 ans. »
- 9:00LaurentChiffre
« Une fois toutes les charges payées, l'année dernière, la ferme de Laurent ne lui a rapporté que 4 000 euros, environ 300 par mois. »
- 10:00LaurentFait
« Le revenu agricole est très bas et on a la nécessité de déclencher du RSA pour les agriculteurs parce qu'ils ne s'en sortent pas. »
- 12:00LaurentFait
« On produit et puis on ne sait pas comment on va être rémunéré. Et ça, c'est un des gros problèmes agricoles qui est encore actuel. »
- 14:00Michel (Solidarité Paysan)Chiffre
« Il y a un suicide tous les deux jours. »
- 15:00Arnaud SimionChiffre
« En un an, la MSA a déjà reçu 69 appels de détresse. Pour Solidarité Paysan, c'est un appel tous les deux jours depuis quelques mois. 300 agriculteurs se suicident chaque année. »
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Musique Agriculteur, c'est un métier passion. Si on n'a pas la passion, c'est pas la peine de l'envisager. C'est tellement de sacrifices à tout niveau.
Ca peut être familial...
Certains le payent au prix cher. Moi, j'ai la chance d'avoir une femme tolérante. --- Mon frère s'est suicidé à mon adolescence.
Il qui devait reprendre l'exploitation et moi après du coup j'ai repris le flambeau après mon père. --- -Bonjour à toutes et à tous, je suis Arnaud Simion, député de la 6e circonscription de Haute-Garonne. J'ai décidé de m'engager sur une thématique particulière, la santé mentale des agricultrices et des agriculteurs.
C'est une thématique trop peu investiguée, trop peu traitée. Et celles et ceux qui nous nourrissent méritent à la fois reconnaissance, soutien et accompagnement. Salut, vous allez bien ? -Super. -Merci de m'accueillir chez vous.
Musique --- -Laurent cultive 45 hectares de céréales bio à 30 kilomètres de Toulouse. C'est la première fois qu'il accepte de parler du suicide de son frère. -C'a été soudain, ou une longue descente aux enfers ? -Soudain.
On ne s'y attendait pas. On était partis à une forêt avec mon père et ma soeur. On est revenus trois heures plus tard en voiture.
J'ai vu une forme dans un jardin. Et puis on est arrivés à la maison, il y avait une lettre sur la table et j'ai lu les premiers mots. Je suis vite parti en courant voir la forme que j'ai vue.
C'était lui qui était allongé avec mon fusil, en plus. Il s'était suicidé... -Pardon de vous faire ressurgir à la fois les mots qu'il a écrits et également les images que vous avez vues.
Mais c'est aussi important, même si c'était il y a longtemps, c'est forcément important de pouvoir témoigner du drame que vous avez vécu. -Eric, le frère de Laurent, s'est donné la mort en 1991, acculé par la situation financière de l'exploitation, effrayé par l'avenir. A l'époque, l'Europe vote une nouvelle PAC, la Politique Agricole Commune, qui réduit drastiquement les quotas et les prix garantis. -Mon frère était à l'âge de reprendre. -Quel âge il avait, lui ? -Il avait 21 ans. -Et vous, vous étiez plus jeune, donc ? -J'avais 16 ans.
Et il était en... c'est un peu dur d'en parler. -Mais c'est normal, c'est normal. -Mon père, du coup, m'a mis un peu le stress, les informations, les médias.
Mon frère faisait les formations agricoles depuis toujours. Il était branché là-dessus, là-dessus, là-dessus. Et il est arrivé sur une impasse, ça fait une impasse...
Quand on a tout donné depuis sa tendre enfance...
C'est dur de voir qu'on ne peut pas arriver à accomplir ses rêves. C'était surtout la fameuse PAC qui était. Au niveau administratif, on ne savait pas où aller, comment être aidé, parce qu'à chaque fois, l'administration nous demandait des papiers.
Quand on est du métier de l'administration, tout est bien plus facile à remplir, les procédures, les déclarations. -Et alors vous, vous n'avez pas lâché. -Non... -Vous n'avez pas lâché. -Ca me donne une force, je pense tous les jours à lui.
C'est pour qu'il soit fier de moi. -Oui, bien sûr. -Laurent lui aussi fait face aux mêmes difficultés.
Il ne peut pas vivre de son exploitation, il travaille à temps partiel pour une collectivité et a installé 200 ruches sur ses champs pour se dégager un revenu. -C'est combien en complément du revenu annuel ? C'est 10, 20 % ? -30 %. -Ah oui, 30 %.
C'est considérable. -Oui, oui, oui. Sans ça, ce serait vraiment compliqué.
Même j'ai des amis à 160 hectares, ils ne s'en sortent vraiment pas. Ils font zéro salaire, zéro, zéro, rien, rien. Heureusement que leur femme travaille.
Après, on est dans un engrenage d'investissements où vraiment on ne peut pas s'en sortir, on y est, on est au bout et on n'a pas d'échappatoire. -Et après, effectivement, en Garonne, le revenu agricole est très bas et on a la nécessité de déclencher du RSA pour les agriculteurs parce qu'ils ne s'en sortent pas. -Une fois toutes les charges payées, l'année dernière, la ferme de Laurent ne lui a rapporté que 4 000 euros, environ 300 par mois.
Le père de Laurent, aujourd'hui à la retraite, l'aide à étiqueter ses pots de miel pour les marchés. Il dénonce un modèle agricole qui fonctionne à l'envers. -Le souci, c'est qu'on produit et puis on ne sait pas comment on va être rémunéré.
Et ça, c'est un des gros problèmes agricoles qui est encore actuel et qui est complètement incohérent. Normalement, c'est l'agriculteur qui doit faire ses prix, d'après les charges qu'il a, et non pas avoir quelques miettes et puis on vous fixe un prix, on ne sait pas à quoi ça correspond, on ne sait pas comment on va vivre. Et ça, c'est encore d'actualité aujourd'hui.
C'est dommage qu'au niveau de la MSA, il y a des dates qui sont aussi incohérentes que les charges viennent à payer avant que la récolte soit ramassée. C'est un gros point noir. -Ca, c'est quelque chose qu'on peut faire remonter aux responsables de la MSA.
Moi, je vais les voir demain. -Faire payer les charges avant le 14 juillet et qu'on n'a pas livré la récolte, il y a quelque chose qui ne va pas. Et c'est normalement une mutuelle sociale agricole, en principe.
Et puis voilà, des petites activités comme ça. -C'est le revenu agricole qui pose problème. Le papa de Laurent l'a dit, il faut être payé au juste prix.
Et il y a plein d'intermédiaires, plein d'intervenants et de charges qui baissent considérablement le revenu agricole. Encore une fois, on parle de vivre dignement. On est des gens simples ici.
Musique -Difficultés économiques, endettements, modèles agricoles, les raisons pour lesquelles les agriculteurs perdent pied sont nombreuses et peu osent en parler. Depuis 30 ans, une association les aide, Solidarité Paysan. En Haute-Garonne, tous les ans, ils accompagnent une centaine d'agriculteurs. -Comment ça va ?
Bien ? -Bien. -BONJOUR. -Il y a quelques années, Lionel a perdu la quasi-totalité de son troupeau.
L'association lui a permis de surmonter cette crise, de se relever et de transmettre l'exploitation à son fils. -Aujourd'hui, c'est vache laitière, c'est mon fils qui a repris, et avec production de lait à base d'herbe et de foin. -D'accord. -Et il travaille à transformer vers un label. -D'accord, un label. -Sabine, elle aussi a dû se réinventer. -J'élevais du porc, j'ai cultivé les céréales pour nourrir.
Mais les normes européennes ayant changé brutalement, c'est totalement impossible de garder les cochons en extérieur. Donc il a fallu que je réadapte et que... -Vous avez combien de cochons ? -J'en avais une trentaine, mais je vendais tout en vente directe à des restaurateurs à Paris, à Lyon.
C'est parce que c'était du bio et de la haute qualité, je les gardais deux ans, donc ça faisait une viande extraordinaire. Malheureusement, j'ai été obligée d'arrêter. -Dommage. -C'est ça. -Combien ? -42 vaches.
Actuellement. -Magnifique ! C'est beau !
C'est beau. Elle vient nous voir ! Musique -Avec deux salariés et une dizaine de bénévoles, eux-mêmes agriculteurs, Michel sillonne le département pour aider et rompre l'isolement de ceux qui osent appeler à l'aide. -Beaucoup de gens, leur premier truc, c'est un soutien moral.
Après, on regarde d'où viennent les problèmes, quelle stratégie ou quel plan on peut mettre en place pour aider, qui on peut contacter. C'est voir avec la MSA pour un report des échéances, ce qui se passe très souvent. -Comment se confronter à une assurance ?
Comment se confronter à des administratives de coopératives ? Comment se confronter à une banque ? On est complètement perdus.
Et si on n'a pas un secours ou des tiers qui regardent de l'extérieur et avec un certain recul, on ne passera pas. -Ce qui est très important, vous le dites, c'est que, bon, il y a les institutions, il y a les partenaires, mais c'est aussi le mouvement associatif, Solidarité Paysan, l'ADAD-31, qui permet aussi d'accompagner. Et cette association, elle est aussi financée, notamment par les collectivités.
Et le jour où les collectivités ne pourront plus financer une association comme la vôtre, ça posera d'autres problèmes. -Il y aura plus de suicides. Parce que quand j'ai appelé, et comme tant d'autres, quand on appelle au secours, c'est qu'on ne peut plus.
Et si personne ne nous répond, c'est la seule main qu'on ait, si on n'a plus de main, déjà qu'il y a un suicide tous les deux jours, il y aura des suicides tous les jours. -Depuis, Lionel et Sabine sont devenus eux-mêmes bénévoles. A leur tour, ils apportent du soutien, un maillage essentiel. -Il faut que l'ensemble des partenaires, des grandes institutions, du milieu associatif et des agriculteurs eux-mêmes, on se prenne par la main et on soit un peu plus efficaces tous ensemble.
Musique -Ce jour-là, le député a réuni tous les acteurs pour une table ronde autour de la santé mentale des agriculteurs. Michel Cazalot est là, avec le président de la Chambre départementale d'agriculture, la MSA, la Sécurité sociale des agriculteurs est présente. -Ce drame humain, très objectivement, on ne peut pas l'ignorer.
Parce que derrière les chiffres, il y a un homme, une femme, une famille qui sombre dans le désespoir. -Ce à quoi on s'attache côté MSA, c'est à dire qu'on ne peut pas avoir une vision, une approche totalement globalisante de cette question. Non, en fait, il faut à chaque fois qu'on réussisse à construire des réponses individualisées et des dispositifs qui soient spécifiques. -Chacun a son propre dispositif.
La MSA a développé un réseau de sentinelles pour prévenir, détecter et accompagner les agriculteurs en difficulté. La Chambre d'agriculture, elle, a formé des conseillers et mis en place une cellule "Réagir" pour tenter de régler avec les créanciers les problèmes financiers des exploitations. -Je sais que vous faites partie des gens dans le département sensibilisés à ce problème.
Mais voilà, il faut qu'on essaye de libérer des financements pour que toutes les actions, les bénévoles, les structures en place, puissent être le plus efficaces possible. -Président, comptez sur moi pour être un bon avocat. Ne vous inquiétez pas, je le ferai remonter.
D'autres interventions ou pas ? -On a besoin de vous. Pourquoi ?
Parce que les agriculteurs font des produits de qualité, mais de l'autre côté, il y a un gros gros souci, c'est qu'ils se font démonter par les grandes distributions, les intermédiaires, et c'est pour ça qu'il y a ce problème depuis des années. Ca date pas d'aujourd'hui. -Non mais c'est vrai, si on a pu au moins pendant quelques minutes vous sensibiliser au fait qu'il fallait impérativement soutenir nos agriculteurs et que c'est presque un choix de société pour nous, c'est affirmer que la solidarité et la dignité humaine valent plus que la course au profit.
On n'échappera pas, à mon avis, à un grand débat démocratique sur la question agricole, sur notre modèle, sur notre volonté aussi, effectivement, d'être dans une démarche de souveraineté alimentaire. Je crois que ce débat, il faut qu'on l'ait. Mais encore une fois, de manière apaisée. -En un an, la MSA a déjà reçu 69 appels de détresse.
Pour Solidarité Paysan, c'est un appel tous les deux jours depuis quelques mois. 300 agriculteurs se suicident chaque année. Un chiffre largement sous-estimé.
Musique
Arnaud Simion