LOI CIOTTI, UNE CARTE BLANCHE À L'IMPUNITÉ POLICIÈRE
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Chapitres
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« L’objectif n’est pas d’entraver quelque enquête que ce soit ou d’interdire de filmer. »
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« Cette proposition de loi m’a valu un déchaînement de haine et de violence. »
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« Les journalistes peuvent continuer leur travail de façon tout à fait normale. »
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« Il faudrait donc flouter nos images avant diffusion. »
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« Le visage est un élément d’information. »
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« La République en marche qui s’allie à la droite pour le second tour des municipales. »
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« Il en va de nos libertés et de la bonne santé de la démocratie. »
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« On se croirait dans un épisode du Baron noir. »
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« Lyon est devenue une europole avec une stratégie de croissance. »
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« Le Rhône va rentrer dans son lit comme on dit chez nous. »
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« L’objectif c’est qu’on ne mette pas la poussière sous le tapis. »
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« Pas de tête au bout d’une pique, pas de tribunal populaire. »
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« Pourquoi avoir empêché par cette lamentable carabistouille qu’une des deux rênes d’une telle commission d’enquête puisse être confiée à notre groupe ? »
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Nous ne pouvons pas prendre le risque de créer une commission qui n’inspirerait pas la confiance. Donc oui très clairement on ne fera pas d’audition, ni de madame Buzyn ni du Premier ministre. L’objectif n’est pas d’entraver quelque enquête que ce soit ou d’interdire de filmer. “Le Rhône va rentrer dans son lit” comme on dit chez nous.
Il n’y a pas de problème. La République en marche qui s’allie à la droite pour le second tour des municipales, l’opposition de gauche écartée de la Commission d’enquête parlementaire sur la crise sanitaire et la liberté de la presse menacée par une proposition de loi d’Éric Ciotti. C’est le sommaire du P’tit coup de Bourbon numéro 80.
Le 26 mai, Eric Ciotti et 28 députés du groupe Les Républicains ont déposé une proposition de loi “visant à rendre non identifiables les forces de l’ordre lors de la diffusion d’images dans l’espace médiatique”. Rien à voir avec l'actualité d’ailleurs tragique. L’objectif n’est pas d’entraver quelque enquête que ce soit ou d’interdire de filmer.
L’objectif est d’éviter, et je suis en cela une demande forte des policiers, et du syndicat Alliance notamment, qui souhaitent que la vie privée des policiers soit protégée. Cette proposition de loi m’a valu un déchaînement de haine et de violence. On a compris, Éric Ciotti se fait le relais du syndicat policier Alliance qui est très à droite.
Et même un petit peu à l’extrême-droite. Pour comprendre ce dont on parle, voici des images que j’ai tournées mardi soir lors du rassemblement antiraciste à Paris, porte de Clichy. Ces CRS sont à visage découvert et ne semblent pas gênés par ma caméra.
Pourrais-je continuer à tourner ces mêmes images si le texte était adopté ? Les journalistes peuvent continuer leur travail de façon tout à fait normale. Aujourd’hui il y a encore une fois des dispositifs qui empêchent de rendre reconnaissables des policiers du Raid en intervention.
Il y a des techniques qui peuvent s’adapter. Je crois que les chaînes d’information sont suffisamment aguerries pour pouvoir capter des images qui ne rendent pas identifiables une personne. Il faudrait donc flouter nos images avant diffusion.
Voici ce que ça donnerait.. Premier problème : le visage est un élément d’information.
Les CRS qui barrent la rue sourient, plaisantent. Rien qu’en les regardant, je sais, moi spectateur, qu’à ce moment précis, il n’y a pas de tensions. Seconde séquence, le CRS qui s’avance vers moi a respiré des gaz lacrymogènes.
Ses yeux pleurent, il renifle… Autant d’indices qui permettent au spectateur de prendre la mesure des affrontements en cours. Second problème. Souvent, la présence d’une caméra à proximité des policiers tempère les ardeurs de ces derniers.
Et les empêche de s’abandonner à des violences illégitimes. Si, demain, ces policiers sont assurés de ne pas être reconnaissables à l’écran, qu’en sera-t-il de leur comportement ? Eric Ciotti a réponse à tout.
Un policier est identifiable. Il a son matricule, donc la justice sait très bien de qui… Surtout les policiers. En tenue, il y a le matricule, donc voilà.
Eh bien, c’est faux. De très nombreux policiers n’arborent pas leur numéro RIO, le référentiel des identités et de l'organisation, sur leur tenue. Ils ne sont jamais sanctionnés.
Une pétition contre cette proposition de loi a été lancée sur Change.org. N’hésitez pas à aller la signer.
Il en va de nos libertés et de la bonne santé de la démocratie. Le deuxième tour des élections municipales se déroulera le 28 juin. Dans trois semaines.
Il reste environ 5000 conseils municipaux à élire et autant de maires. En déroute à l’issue du premier tour, La République en marche, noue d’improbables alliances pour sauver ce qui peut l’être. A Lyon, Gérard Collomb, compagnon de la première heure d’Emmanuel Macron dans sa marche vers l'Elysée, a ainsi imaginé un drôle de renvoi d’ascenseur.
Candidat à la présidence de la métropole de Lyon, l’ancien ministre de l’Intérieur s’est retiré en faveur du sénateur LR du Rhône, François-Noël Buffet. En échange, la droite retire son candidat à la mairie de Lyon pour laisser le champ libre à Yann Cucherat, le candidat de LaRem et poulain du même Gérard Collomb. A toi la métropole, à nous la mairie.
On se croirait dans un épisode du Baron noir, la série sur les coulisses de la politique diffusée sur Canal+. Bruno Bonnell, député LREM du Rhône défend cet accord entre Gérard Collomb et la droite. Mécaniquement, ça augmente considérablement les chances de gagner de ce groupe qui est un groupe progressiste et qui veut justement aller dans une continuité de l’élan lyonnais qu’on a connu avec Gérard Collomb.
Face à quand même la réalité d’un accord entre la gauche et des verts relativement extrêmes qui jouent la décroissance, planter des arbres au lieu de faire de l’emploi et je pense qu’il faut aussi à un moment réveiller le fait que Lyon est devenue une europole avec une stratégie de croissance, elle ne peut pas se rabougrir avec une stratégie de décroissance à une bourgade de province. Il y a eu une rencontre entre Laurent Wauquiez et Gérard Collomb qui a certainement irrité un certain nombre de personnes et qui a caricaturé la volonté d’un accord. Laurent Wauquiez à ma connaissance n’est pas candidat ni à la métropole ni à la mairie de Lyon.
C’est pour ça à mon avis que tout le monde s’est un petit peu affolé. Mais “le Rhône va rentrer dans son lit” comme on dit chez nous. Il n’y a pas de problème.
Mais le patron des marcheurs, Stanislas Guerini a condamné cette alliance. Dans la foulée, La République en marche a retiré son investiture à l’ancien ministre de l’Intérieur et à son protégé, Yann Cucherat. La morale est sauve, me direz-vous.
Mais, mardi soir, on apprenait qu’à Bordeaux le candidat de la République en marche, Thomas Cazenave ralliait la liste de Nicolas Florian, l’actuel maire Les Républicains de Bordeaux. Du coup, on s’attendait à une nouvelle réaction musclée de Stanislas Guerini. Eh bien, rien.
Zéro. Pourquoi ? Tout simplement parce que le candidat des Républicains, Nicolas Florian, est un très proche du Premier ministre Edouard Philippe.
Et que les scrupules moraux de Stanislas Guerini s’arrêtent à la porte de Matignon… L’Assemblée nationale a installé, mercredi, une commission d’enquête sur la gestion de la crise sanitaire. Elle est présidée par la députée de la République en marche Brigitte Bourguignon. Le rapporteur, l’homme fort de la commission, n’est autre qu’Éric Ciotti député Les Républicains des Alpes-Maritimes.
Enfin, Damien Abad, le patron du groupe LR à l’Assemblée a été désigné vice-président de la commission. L’objectif c’est qu’on ne mette pas la poussière sous le tapis. L’objectif c’est à la fois s’il y a des responsabilités politiques qu’on puisse comprendre pourquoi.
Quelles ont été les décisions qui ont été prises, politiques mais aussi administratives ? Et puis surtout l’objectif c’est plus jamais ça. C’est éviter que dans une situation de crise sanitaire comme la France s’est trouvée dernièrement, on ne se retrouve pas dans un système où notre pays est à terre parce qu’il manque de masques, parce qu’il manque de tests, parce qu’il manque de respirateurs.
Ca doit être ça l’enjeu. Ce que veulent les Français, c’est pas un tribunal populaire. C’est pas qu’on mette telle ou telle tête au bout d’une pique.
Non, ce que veulent les Français c’est tout simplement qu’on ne recommence pas ces erreurs-là, qu’on améliore les choses et qu’on tire les leçons de cette crise sanitaire. Pas de tête au bout d’une pique, pas de tribunal populaire. Soit.
Mais la commission va-t-elle au moins entendre Agnès Buzyn et Edouard Philippe ? Eh bien, pas tout de suite… Et si nous commençons par auditionner des ministres qui sont candidats, je pense que ça serait malvenu. Donc oui très clairement on ne fera pas d’audition ni de madame Buzyn ni du Premier ministre pendant le temps de cette campagne municipale.
Peut-on faire confiance à cette commission ? Le député communiste André Chassaigne s’interroge. La défiance à l’égard des gouvernants successifs mais aussi à notre égard est telle que nous ne pouvons pas prendre le risque de créer une commission qui n’inspirerait pas la confiance.
Celle créée aujourd’hui offre-t-elle toutes les garanties attendues ? Pourquoi le député communiste pose-t-il cette question ? Tout simplement parce que le 10 avril le groupe communiste avait demandé une commission d’enquête.
Commission dans laquelle un de ses membres aurait obtenu le poste de rapporteur ou de président. Mais cette demande a connu un sort très singulier. Bizarrement, il faut attendre deux semaines le retour de la garde des Sceaux n’indiquant pas d’opposition à cette commission d’enquête soumise ensuite à la commission des affaires sociales.
Bizarrement encore, le temps suspend de nouveau son vol. C’est seulement le 27 mai, plus d’un mois après, que notre proposition est inscrite à l’ordre du jour de la commission. Mais la veille, la veille, par une curieuse alchimie de l’arrière boutique à un sou de l’histoire parlementaire, les tenanciers républicains et marcheurs décident précipitamment de doter la mission d’information des pouvoirs d’une commission d‘enquête.
Pourquoi avoir empêché par cette lamentable carabistouille qu’une des deux rênes d’une telle commission d’enquête puisse être confiée à notre groupe ? Quel “deal” suinte de cette coalition de circonstance, de la majorité actuelle avec un groupe qui porte une lourde responsabilité par sa politique de santé entre 2002 et 2012 ? Procès d’intention ?
On verra bien dans 6 mois lorsque la commission rendra ses conclusions.
Éric Ciotti