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Interviewfranceinfo — L'invité éco (sur Site radio)· 4 mars 2025 8 minAutoproduitFond programmatiqueÉducation & recherche

Emploi : "La priorité est d'insérer nos jeunes le plus vite possible sur le marché du travail", insiste l'économiste Antoine Bozio

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 70 %Attaque 10 %Défensif 20 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 4:13PrésentateurPromesse
    « Qu'est-ce qui a changé ? Ce sont les réformes ? »
  • 6:46Invité politiqueFait
    « Le problème n'est sans doute pas lié à la générosité de l'indemnisation du chômage en France. »

Temps de parole

  • Invité politique76 %
  • Présentateur24 %

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0:01
Présentateur

France Info Bonsoir à toutes et à tous, c'est l'un des objectifs d'Emmanuel Macron à atteindre le plein emploi d'ici 2027. On dit souvent que ça veut dire un taux de chômage sous les 5%. Bonsoir Antoine Bozio. Bonsoir. Vous êtes professeur à la Paris School of Economics, membre du conseil d'analyse économique, centre de réflexion rattaché à Matignon. Vous publiez avec d'autres auteurs une étude consacrée à cet objectif et vous écrivez le plein emploi, comment et pourquoi. Alors comment, c'est une question qui semble évidente qu'on se pose, mais pourquoi ça interroge un petit peu plus ? Vous dites, ce serait un petit peu réducteur de parler plein emploi en pensant qu'au taux de chômage.

0:41
Invité politique

Alors en général, quand on pense l'objectif plein emploi, on pense l'objectif de faire baisser le taux de chômage. C'est ce que vous avez mentionné, un objectif de faire baisser le taux de chômage. Mais baisser le taux de chômage, le chômage c'est vraiment mesurer comme les personnes qui sont à la recherche d'un emploi, c'est-à-dire les personnes qui sont déjà dans une position active de recherche d'emploi.

0:59
Présentateur

Qui cherchent activement.

1:00
Invité politique

Et donc, objectif plein emploi, en fait, c'est quelque chose de plus large, c'est-à-dire de favoriser la participation au marché du travail de toutes ceux et toutes celles qui en réalité souhaitent participer au marché du travail, même si elles ne sont pas en recherche d'emploi. C'est pour ça que c'est plus large et plus important de penser en termes de plus large d'augmentation du taux d'emploi dans l'économie.

1:23
Présentateur

Alors pour cette étude, vous avez comparé l'évolution du marché du travail sur 55 ans dans 4 pays, France, Allemagne, Royaume-Uni, Etats-Unis. Voilà ce qu'on trouve. Les Français travaillent 100 heures de moins, en moyenne, que leurs voisins européens, entre 200 et 300 de moins que les Américains. Double question. Pourquoi ? Et est-ce que c'est grave ?

1:41
Invité politique

Alors, en soi, c'est important de mesurer, de savoir quelle est la quantité de travail qui est fournie dans un pays. parce qu'il y a plein de ce qu'on appelle, les économistes appellent les externalités positives, fiscales, le fait que lorsqu'il y a plus de personnes en emploi, c'est plus facile de financer la protection sociale, de financer les autres dépenses publiques. Donc c'est important de savoir dans quelle mesure est-ce qu'on a ou pas des réserves à des endroits où on pourrait avoir une augmentation du nombre d'heures travaillées. On a 100 heures de moins par habitant que les pays, on va dire, voisins européens, le Royaume-Uni et l'Allemagne. Comment elles s'expliquent ?

Elles s'expliquent à 100% par les différentiels de taux d'emploi. Ce n'est donc pas le nombre d'heures par emploi qui est plus faible en France que dans ces pays-là. Et 100% de cette différence de taux d'emploi, elles s'expliquent par les jeunes et les seniors. Donc si on veut résumer, on a ces 100 heures de moins, elles s'expliquent en moitié par 50 heures parce qu'il y a moins de taux d'emploi des plus jeunes et moins de taux d'emploi des plus âgés.

2:38
Présentateur

Bon, commençons par les plus jeunes. La vraie question à ce moment-là, c'est leur insertion sur le marché de l'emploi.

2:44
Invité politique

Absolument. Alors, ce qu'on peut voir dans cette étude, c'est qu'à la fois, il y a plusieurs raisons. On a essayé de décomposer de comment, pourquoi on se retrouve avec des taux d'emploi plus faibles que nos voisins européens. Le fait est qu'à tout niveau de qualification, on prend un temps plus long pour s'insérer sur le marché du travail en France qu'au Royaume-Uni et en Allemagne. C'est-à-dire qu'on a moins de chances d'être en emploi déjà lorsqu'on est en fin d'étude. Et on prend plus de temps pour arriver sur le marché de l'emploi.

Et, troisième élément, on a plus de pourcentage de jeunes qui sortent sans formation, sans emploi, ce qu'on appelle avec l'acronyme anglo-saxon, les NEEDS, c'est-à-dire qu'ils ne sont ni en emploi ni en formation. Et ça, c'est aussi un point très important parce que les moins qualifiés ont encore plus de mal à rentrer sur le marché du travail.

3:28
Présentateur

Oui, il y a eu un sujet sur les travailleurs peu qualifiés aussi dans ce que vous décrivez.

3:32
Invité politique

Oui, parce qu'eux ont non seulement un effet qui est plus lent sur l'insertion lorsqu'ils sont jeunes, mais en fait qui a un effet durable. C'est-à-dire que leur taux d'emploi, même 10-15 ans après leur fin de sortie du système de formation, est plus faible que les autres Français. Et pour les seniors alors ? Alors pour les seniors, les nouvelles sont en fait un petit peu meilleures, au sens où lorsqu'on avait fait une étude similaire il y a une quinzaine d'années, vraiment le taux d'emploi des seniors était vraiment particulièrement bas en France par rapport à nos pays voisins.

On y a eu une remontée très très forte du taux d'emploi, par exemple, entre 55 et 59 ans, qui fait qu'aujourd'hui, le taux d'emploi de cette tranche d'âge est supérieur en France à celle du taux d'emploi, par exemple, au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis.

4:13
Présentateur

Qu'est-ce qui a changé ? Ce sont les réformes ?

4:15
Invité politique

Alors, c'est à la fois les réformes des retraites, c'est surtout pour cette tranche d'âge la fin des pré-retraites. On a mis fin à des dispositifs qui permettaient de partir de façon anticipée. Ça a fait mécaniquement augmenter le taux d'emploi dans cette tranche d'âge. Puis ensuite, ce qu'on voit pour les âges, par exemple, un peu plus vieux, entre 60 et 64 ans, c'est une augmentation aussi très forte qui suit vraiment les réformes des retraites et qui va probablement continuer à augmenter parce que des réformes déjà votées ont des effets qui vont avoir lieu progressivement en termes de hausse du taux d'emploi.

4:44
Présentateur

Il y a un discours qu'on entend parfois, voire souvent en politique, Antoine Bosio, s'il faut travailler plus, avec la question du hausse de nombre d'heures de travail, la réduction des jours de congé. Quelle lecture vous avez de ce discours-là ?

4:55
Invité politique

Parce que quand on pense au nombre d'heures travaillées, justement, on a cette idée « Ah, c'est forcément le nombre d'heures travaillées par emploi ». Mais on a en moyenne des nombres d'heures travaillées qui sont très très proches de ceux de la moyenne au Royaume-Uni ou en Allemagne. C'est donc un petit peu une erreur d'objectif de penser que c'est là qu'on aura le plus d'effet en termes d'augmenter la masse de nombre d'heures dans notre pays. C'est vraiment la façon de penser l'emploi et l'insertion sur le marché du travail des jeunes et la façon de maintenir les seniors en emploi qui devrait être la priorité de politique publique.

5:27
Présentateur

Vous avez posé votre diagnostic. Vous dites ce qui ne vous semble pas être la bonne solution. Mais alors, qu'est-ce qu'il faut faire ? Si c'était vous, que feriez-vous ?

5:34
Invité politique

Alors, ce n'est pas si simple parce que typiquement, ça fait au moins depuis 25 ans qu'on a ce constat de la plus grande difficulté d'insertion des jeunes sur le marché du travail. C'est probablement lié, sans qu'on sache complètement au fait qu'on n'arrive pas bien à avoir la bonne adéquation de notre système de formation avec la facilité que les jeunes ont à la sortie du système de formation à s'insérer sur un emploi. Et donc, la première chose qui me semble évidente à faire, c'est d'arriver déjà à mesurer pour l'ensemble des filières, pour l'ensemble des sorties, quel est vraiment le taux d'insertion.

Donner cette information aux jeunes pour qu'ils, dans leur choix d'orientation, qu'ils puissent s'orienter vers les formations qui favorisent finalement cette insertion la plus rapidement possible.

6:17
Présentateur

La France dépense plus que ses voisins en politique de l'emploi, de formation ?

6:21
Invité politique

La France dépense relativement beaucoup pour les politiques de l'emploi, mais qui sont sûrement vues comme des politiques justement de lutte contre le chômage, d'insertion des chômeurs. Et peut-être qu'il y a d'autres politiques qui sont en fait des politiques d'éducative, des politiques de formation, qui vont en réalité, peuvent avoir un effet beaucoup plus direct sur l'augmentation du taux d'emploi.

6:41
Présentateur

Vous écrivez aussi dans cette étude, le problème n'est sans doute pas lié à la générosité de l'indemnisation du chômage en France.

6:46
Invité politique

Quand on regarde sur la tranche d'âge des 30-54 ans, on a le même taux d'emploi que les Américains, que les Britanniques, que les Allemands. Le même taux d'emploi. Donc c'est difficile. Pourtant on a des taux de chômage différents, qui sont plus élevés en France que dans ces pays-là. Mais donc ça ne veut pas dire que, lorsque l'on joue sur l'indemnisation du chômage ou sur des mécanismes, on joue uniquement sur cette tranche des chercheurs d'emploi, les chômeurs qui sont en recherche d'emploi, et on ne joue pas forcément sur les autres marges qui permettent de faire insérer des gens qui sont sortis de la même recherche d'emploi sur le marché du travail.

7:22
Présentateur

Si on se résume, votre recommandation numéro 1 ?

7:24
Invité politique

Ma recommandation numéro 1, ça serait vraiment de repenser la priorité. La priorité c'est de faire en sorte d'insérer nos jeunes le plus vite possible sur le marché du travail.

7:33
Présentateur

Il nous reste 30 secondes et j'ai conscience que c'est une question qui prendrait 4 heures, mais avec ce nouveau périmètre-là, est-ce que c'est possible d'atteindre l'objectif de plein emploi d'ici 2027 ?

7:42
Invité politique

C'est probablement beaucoup plus facile de le penser de cette façon-là, parce que si on augmente le taux d'emploi, par exemple pour les seniors et pour les plus jeunes, on va faire mécaniquement augmenter finalement la masse susceptible d'être en emploi, et donc mécaniquement on aura un effet de baisse du taux de chômage. Mais c'est une façon de repenser les priorités que les décideurs publics doivent prendre en compte.

8:06
Présentateur

Merci beaucoup Antoine Bozio, professeur à la Paris School of Economics, membre du Conseil d'analyse économique, le CAE, vous copubliez donc cette étude sur le plein emploi.