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InterviewHugoDécrypte - Grands formats· 21 avril 2024 44 minComplaisantActualité / polémiqueDéfenseEurope & internationalInstitutions & élections

Mon interview de Volodymyr Zelensky, en Ukraine

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:00OuverteRéponse partielle

    Est-ce que vous pensez que des soldats français pourraient finir par combattre sur le front ?

  • 2:01OuverteRéponse directe

    Quels liens voyez-vous entre la situation au Proche-Orient et la guerre en Ukraine ?

  • 5:01OuverteRéponse directe

    Pensez-vous que l'aide de 60 milliards de dollars sera votée par les États-Unis ?

  • 6:00OuverteRéponse directe

    Quels défis l'armée ukrainienne doit-elle affronter ?

  • 9:01OuverteRéponse directe

    À partir de quel moment pensez-vous que la France serait considérée en guerre contre la Russie ?

  • 13:01OuverteRéponse directe

    Êtes-vous favorable à une trêve pendant les Jeux olympiques ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:01ZelenskyFait
    « Ce qu’on sait aujourd’hui, c’est que la situation joue en faveur de la Russie. »
  • 4:00ZelenskyFait
    « La Russie a ensuite fait tout ce qu’elle a pu pour provoquer d’autres conflits au Proche-Orient, en Afrique. »
  • 5:01ZelenskyChiffre
    « On ne va pas recevoir cet argent, que ce soit 60 milliards ou moins. Cet argent restera largement aux États-Unis ; on recevra du matériel et de l’aide, financés par ce budget de 60 milliards. »
  • 6:00ZelenskyChiffre
    « Le rapport de force en matière d’artillerie est d'un pour dix. Quand on utilise un obus d’artillerie, les Russes ont les moyens d’en utiliser dix. »
  • 9:01ZelenskyFait
    « Si les pays n'aident pas l'Ukraine, dans les airs ou ailleurs, parce qu'ils ont peur d'une guerre avec la Russie, ça sous-entend qu'ils ont vraiment peur de la Russie. »
  • 13:01ZelenskyFait
    « Pour Poutine, le concept de trêve n’existe pas, donc pas de trêve olympique. »
  • 15:00ZelenskyFait
    « Nous ne voulons pas que la Russie détruise la seule initiative diplomatique capable de mettre fin à la guerre, comme ça a toujours été. »
  • 17:01ZelenskyFait
    « Il existe des critères spécifiques concernant l’âge et la condition physique des combattants pour qu’ils puissent être entraînés et envoyés ensuite au front. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Monsieur Zelensky, merci de nous accorder du temps aujourd’hui. - Avant tout, merci d’être venu. - Est-ce que vous pensez que des soldats français pourraient finir par combattre sur le front ? - Ça dépend de ce qu’on entend par le “front”. - Vous pensez que ces deux dernières années vous ont changé ? - Oui, beaucoup.

Beaucoup. Monsieur Zelensky, merci de nous accorder du temps aujourd’hui. Nous allons discuter de plusieurs sujets qui me semblent intéressants et importants pour les personnes qui nous suivent en France.

Pour commencer, on échange dans un contexte international tendu. Il y a la situation critique à Gaza, il y a aussi les tensions entre l’Iran et Israël ces dernières semaines. Quels liens voyez-vous entre la situation au Proche-Orient et la guerre, en Ukraine ? - Avant tout, merci d’être venu.

C’est important pour nous de parler de l’Ukraine, c’est important quand des journalistes et médias étrangers viennent en Ukraine, comme ça, les personnes en France, et d’autres pays, peuvent voir la réalité de la situation ici. Donc merci pour ça. Ce qu’on sait aujourd’hui, c’est que la situation joue en faveur de la Russie.

Vous devez comprendre qu’on est fiers de nos soldats et de ce qu’ils ont accompli, mais il faut aussi être conscient des forces de notre ennemi. Quand on observe les différents conflits autour du monde, le narratif russe a fonctionné. La question qu’il faut se poser c’est : comment arrêter ça ?

Pas que la guerre en Ukraine, mais tous les autres conflits aussi. Comment est-ce que la Russie s’en est si bien sortie ? L’Ukraine a concentré beaucoup d’attention au début de l’invasion à grande échelle de la Russie.

La pression sur la Russie était énorme. Ça a commencé par des déclarations politiques, la couverture médiatique, et c’est allé jusqu’à des sanctions économiques conséquentes. La Russie a ensuite fait tout ce qu’elle a pu pour provoquer d’autres conflits au Proche-Orient, en Afrique.

De cette manière, l’attention et l’aide, qu’elles soient militaires ou médiatiques, se retrouvent divisées. C’est la tactique de la Fédération de Russie. J’en constate le succès.

On voit aussi que le Congrès américain a détourné son attention au début de la crise au Proche-Orient. Et soyons honnêtes, les médias américains se sont concentrés sur Israël, sur Gaza et sur tout le Moyen-Orient, et maintenant sur Israël et l’Iran, comme vous avez pu le remarquer, ce qui, par conséquent, dévie l'attention de l’Ukraine. Moins les médias parlent de nous, moins nous avons l'attention du public.

Et si la société réagit moins à notre sort, les dirigeants politiques s'en préoccupent moins, ce qui peut provoquer la baisse des aides qui nous sont fournies. Bref, c’est comme ça que le Proche-Orient influence la guerre en Ukraine. Entre nous, pour être franc, je suis choqué par ce qui s’est passé après les frappes de l’Iran sur Israël.

Je suis choqué par la façon dont les alliés ont travaillé ensemble. Évidemment, leur réaction a été très positive, et c’est indéniable puisque des gens vivent là-bas, et donc ils sont encore en vie heureusement. Il y a des victimes suite aux frappes iraniennes mais leur nombre reste faible.

Dans tous les cas, je leur présente mes sincères condoléances. Mais soyons honnêtes, les alliés ont fourni de l'aide. Même si Israël n’est pas un pays de l’OTAN, même s’il n’y a aucun accord formel entre la France et Israël, - contrairement aux États-Unis qui en ont un avec Israël - ni aucun document déterminant la position des alliés vis-à-vis d’Israël.

On a donc vu les alliés mobiliser leurs armées, leurs pilotes, leurs armes et détruire 99% des missiles et drones qui menaçaient les Israéliens. C’est ce qu’on a observé. Et pourquoi est-ce que ça m'a choqué ?

En comparaison, qu’est-ce qu’on a fait de mal ? Quel est le problème avec le fait d'aider les Ukrainiens ? - Vous demandez donc aux États-Unis de soutenir votre défense aérienne comme ils ont aidé Israël ?

Pourquoi pensez-vous qu'ils ne le font pas pour vous ? - Vous êtes français, donc la question n’est pas simplement pour les États-Unis. La question doit être posée aux États-Unis, mais aussi à la France, et au Royaume-Uni, au moins aujourd’hui.

Au moins ces trois pays. Donc s’ils peuvent défendre Israël, s’ils peuvent protéger son espace aérien, mon message c’est, depuis le début de l’invasion de l’Ukraine il y a plus de deux ans...

Je me suis tourné vers les alliés, je leur ai demandé de fermer l’espace aérien, de défendre notre espace aérien, je les ai suppliés. On nous a répondu de le protéger nous-mêmes, qu’ils ne pouvaient pas le faire parce que l’Ukraine n’est pas un pays de l’OTAN, et que nous défendre dans les airs engagerait les pays de l’OTAN dans le conflit. - Mais Israël ne fait pas partie de l’OTAN. - Oui.

Israël ne fait pas partie de l’OTAN. C’est pour ça que j’ai dit que j’étais déçu. Je pense que les gens en Ukraine sont choqués de ça.

Ça montre que l’attitude des alliés, des pays de l’OTAN envers d’autres pays, par exemple Israël, avec tout le respect que je leur dois, est différente de celle qu'ils ont envers l'Ukraine. - Et dans la situation actuelle, comme on l’a dit, il y a d’importantes tensions et des conflits en cours. Beaucoup de personnes craignent une escalade des tensions, et l’avènement d’une nouvelle guerre mondiale.

Et on voit que beaucoup de personnes s'interrogent sur ce sujet. Que pensez-vous de ça ? Est-ce que vous avez peur de ça ?

Est-ce que vous pensez que c’est possible que ça se produise ? - Je pense que oui. Si les pays n’aident pas l’Ukraine, dans les airs ou ailleurs, parce qu’ils ont peur d’une guerre avec la Russie, ça sous-entend qu’ils ont vraiment peur de la Russie.

Et si ces pays viennent en aide à Israël de la sorte, ça veut dire qu’ils sont sûrs qu’aucune guerre avec l’Iran n’est possible. Et c’est ça le cynisme de la situation. S’ils sont sûrs qu’il n’y aura pas de guerre avec l’Iran, alors je pense que l’on constate un fait déplaisant, c'est-à-dire qu’il y a un jeu qui se tient en coulisses, et que peut-être que pour certains, toutes ces victimes ne sont qu’une question de politique, c’est ça que je veux dire.

En ce qui concerne la Russie, je pense que Poutine a lui-même peur. Et si les alliés montraient leur capacité à intercepter des cibles au-dessus de l’Ukraine, ils pourraient dire : “Écoutez, on n’engage pas de combat sur le territoire de la Fédération de Russie, donc pas besoin d’utiliser l’OTAN comme excuse, non. Les pays de l’OTAN protégeront l’espace aérien ukrainien.

Mais on vous prévient, si vous continuez à avancer et à viser et tuer des civils, alors on donnera à l’Ukraine le soutien nécessaire pour vous repousser vers votre territoire. Ce qu’il se passerait après ça, on ne veut même pas en parler. On ne veut pas vous faire peur.” C’est pour ça que la question d’une nouvelle guerre mondiale dépend malheureusement de Poutine.

C’est aussi la faiblesse des pays occidentaux. Ils jouent politique, surtout depuis la crise au Proche-Orient, et c’est pour ça que c’est aussi compliqué à mon avis, et c’est une situation déplaisante qui donne un laissez-passer à Poutine. Vous voyez ? - Parlons aussi des États-Unis car c’est dans l’actualité.

Pour rappeler le contexte, l’Ukraine attend depuis plusieurs mois une aide de 60 milliards de dollars. Auparavant, cette aide était prévue dans la même loi qu’une aide américaine pour Israël, Maintenant... - Maintenant ils veulent les diviser, les séparer. - Oui, ce sont désormais deux lois différentes.

J’ai deux questions à ce sujet : Pensez-vous que cette aide va être votée par les États-Unis dans les prochains jours ? Et est-ce que l’Ukraine peut survivre sans cette aide ? - Tout d’abord, on n'a pas d’autres solutions.

On doit survivre, n’est-ce pas ? L’Ukraine survivra dans tous les cas. On résistera car on n'a pas d’autres choix, que ce soit pour nous ou nos enfants car c’est un grand pays.

Et on ne veut pas devenir un pays d’exilés sans état. C’est pour ça qu’on se bat, c’est l’une des raisons. Il est question de notre vie aujourd’hui, mais aussi de celle du futur de nos enfants.

Avec ou sans aide, on devra s'en sortir. Mais on ne considère pas l'option où il n’y aurait aucune aide des États-Unis sinon ce serait un cynisme généralisé. Non seulement on ne reçoit pas le même soutien qu'Israël mais ce serait cynique de nous empêcher d’avoir les moyens de nous défendre.

Troisième point : je voudrais revenir sur ces 60 milliards de dollars. On ne va pas recevoir cet argent, que ce soit 60 milliards ou moins. Cet argent restera largement aux États-Unis ; on recevra du matériel et de l’aide, financés par ce budget de 60 milliards.

La question clé est celle de l’armement. Est-ce que l’on peut survivre sans ces armes ? Pas tout le monde.

Il y aura des pertes, il y aura beaucoup de victimes. - Et concernant la situation sur le front, comment décririez-vous la situation aujourd’hui et ces dernières semaines ? Quels défis l'armée ukrainienne doit-elle affronter ?

Et de quoi pensez-vous avoir besoin ? - La situation à l'est de l'Ukraine est la plus difficile pour nous aujourd'hui. Mais je pense qu'on reste forts.

On a stabilisé certaines positions très importantes à l'Est. Bien sûr, le rapport de force en matière d’artillerie est d'un pour dix. Quand on utilise un obus d’artillerie, les Russes ont les moyens d’en utiliser dix.

Et la Russie dispose d'un nombre important de systèmes d'artillerie et de munitions. Donc, ce dont on a besoin ce sont des obus de 155 mm, des canons de 155 mm. Suffisamment, en comparaison à ce qu’ont les Russes.

Donc ça, c’est ce dont on a besoin en priorité. En tout cas, pour l'Est. Concernant les autres positions pour l’instant, on n'a pas de difficulté majeure.

La situation est stable. Donc, c'est à l'Est que c'est le plus difficile. Maintenant concernant les bombardements russes, on a de grosses difficultés dans les régions de Kharkiv, de Zaporijia, et Tchernihiv encore aujourd'hui, comme vous savez, avec nos pertes.

On n'a pas encore fini le décompte, mais pour l'instant il y a environ onze morts, plus de vingt blessés et trois d'entre eux sont des enfants, et ils ont détruit un hôtel. - Oui dans le nord de Kyiv, à près de 2h d’ici. - Oui et ça c’est tous les jours.

Ensuite la deuxième chose dont on a besoin, c’est d’aider les civils. Et puis de protéger les infrastructures ukrainiennes. Les infrastructures et le réseau énergétique.

On a besoin de défense aérienne. Il nous faut plus de capacités de défense aérienne. Beaucoup plus que ce qu'on a actuellement.

Et tout à l’heure, on parlait des avions de combat, on ne veut pas qu'on nous raconte des histoires, où tout le monde annonce qu’ils vont nous livrer des F-16, ou bien qu'on “attend des F-16”. Mais donnez-nous des avions de chasse modernes. C’est important.

Depuis le début, on a juste besoin de cette aide, c’est ce qu'on demande depuis le tout début de la guerre. - Et en termes d’aide, évidemment vous savez que le président français Emmanuel Macron a dit qu’il n’excluait pas l’envoi de troupes en Ukraine. Cette déclaration a suscité beaucoup de questionnements, à travers le monde, mais évidemment aussi en France, notamment de la part des jeunes, qui se demandent ce que ça voudrait dire.

Est-ce que vous pensez que des soldats français pourraient se retrouver à combattre sur le front en Ukraine ? - Ça dépend de ce qu’on entend par le “front”. Donc premier point, lorsqu’Emmanuel fait référence à une mission de formation avec des instructeurs qui iraient en Ukraine, cela veut dire que des formateurs français pourraient venir ici, et que nous n’enverrions pas nos soldats en France, pour éviter de perdre du temps jusqu'au retour des brigades, ce qui prendrait environ deux mois.

C’est une bonne idée. Second point que j’ai discuté avec Emmanuel, construisons rapidement les hubs de reconstruction de notre armement, ou du moins de l'aide militaire que vous avez envoyée : les Caesars, les AMX, les chars légers...

Et ne perdons pas des mois à les envoyer en France ou dans d'autres pays d'Europe de l'Est, qui sont plus proches. C’est pour ça que nous devons construire ces centres ici. Et le troisième point, que Macron a exprimé dans les médias, c’est de savoir comment, peut-être, envoyer quelques troupes françaises, un contingent, aux frontières de l'Ukraine.

Je suis favorable à ces 3 points. Mais je n'ai pas le droit de dire que demain toute l'armée française doit venir en Ukraine et combattre contre la Russie. Je n'ai tout simplement pas le droit de le dire.

Donc, je n'ai jamais amené ce sujet. Mais vu que nous discutons, de la possibilité d'avoir des troupes françaises. Alors j’ai une question.

Si les avions français, si les pilotes français peuvent protéger l’espace aérien d'Israël, alors pourquoi les avions français ne pourraient-ils pas protéger l’espace aérien de l'Ukraine ? Dans ce cas, je le soutiendrais pleinement. Mais dans tous les cas, de telles initiatives doivent venir de quelqu'un qui approuve de telles décisions.

Et Emmanuel a discuté de beaucoup de sujets avec moi, mais nous n'avons pas finalisé ces points. Il a promis de venir à Kyiv et je pense que nous aurons l'occasion d’avoir cette discussion. - Et nous voyons également ce débat en France bien sûr, comme dans de nombreux pays en Europe et aux États-Unis.

Certains politiciens en France, et certaines personnes, s'opposent à donner plus d'armes à l'Ukraine, ou plus d'aide à l'Ukraine, car ils craignent que ça entraîne la France dans une guerre directe contre la Russie. À partir de quel moment pensez-vous que la France serait considérée en guerre contre la Russie ? - Je ne pense pas que ce soit une question d'armes.

Ce n'est pas non plus une question de lancement de missions de formation ou non. Je pense que ça dépendra de quand Poutine le dira. Et si les autres pays ont peur de la réaction de Poutine, ce dont nous avons parlé au début, malheureusement, c'est ce que nous voyons, l'Occident a peur de Poutine.

Pourtant, même si l'Occident a peur de Poutine, l'économie de la France, de l'Italie et de l'Allemagne, même séparément, chacune de ces économies individuellement est plus forte que l'économie de la Russie. Et tout, et surtout toute armée, dépend de l'économie. Les militaires, leur moral, leurs revenus, leur protection, leurs missions de formation, Tout ça coûte cher.

Il s'agit également de la capacité à obtenir la technologie la plus récente. Chacun des pays de l'OTAN que j'ai mentionnés, les principaux pays de l'OTAN, les principaux pays européens avec des économies importantes, les économies du G7, ils ont tous ces avantages. Donc chacun de ces pays a le luxe de ne pas avoir peur de la Russie.

Regardez comment l'Ukraine se bat. Nous avons une économie plus petite que la vôtre. Et ça veut dire que nous comprenons ce dont les Russes sont capables, et à quoi ressemble leur armée.

C'est un défi pour nous, leur armée est plus grande. Et j'ai pris l'exemple de chacun des pays européens seuls. Et que se passerait-il s'ils étaient ensemble ?

D’autant plus qu’ils font partie de l'OTAN. De qui ont-ils peur ? De Poutine ?

C’est drôle. - Et nous entendons, de nombreuses personnes en France, peut-être de plus en plus depuis environ 1 an, poser ces questions : “Pourquoi la France devrait s'impliquer dans la guerre en Ukraine ?” “Ce n'est pas le rôle de la France de s'impliquer en Ukraine.” Ces questions deviennent de plus en plus présentes, même parmi les jeunes, qui se demandent pourquoi ils devraient s'impliquer dans ce qui se passe en Ukraine.

Qu’est-ce que vous leur répondez ? - Aujourd'hui la France se bat avec des armes et non avec des personnes. pour sa protection, pas seulement pour ses valeurs, pour la démocratie, pour la liberté, pour sa protection physique.

Et Poutine ne s'arrêtera pas avec l'Ukraine et ira plus loin. Ce sera une guerre avec des troupes au sol, ou une guerre de drones, où il violerait l'espace aérien ou imposerait la terreur économique. Nous ne savons pas, c'est l'ère de la guerre hybride.

Mais le fait qu'il ciblera les pays membres de l'OTAN est indéniable. Il est donc moins coûteux d'arrêter Poutine aujourd'hui. Mais lorsqu'il s'engagera dans une guerre avec les pays de l'OTAN, les États baltes, ou la Pologne, ou n’importe quel autre pays, alors la jeunesse française devra sans aucun doute prendre les armes et se battre, pour se protéger, protéger l'OTAN, protéger l'accord qui existe entre les alliés de l’OTAN. - Et qu’est-ce qui vous fait penser que Vladimir Poutine prévoit de cibler d’autres pays que l’Ukraine ? - Parce qu'il prévoit de restaurer l'Union soviétique.

C'est son ambition minimum. Il parle ouvertement et honnêtement de cette intention. Ce n’est pas un secret.

Sans aucun doute, il s'agira des États baltes, la Lettonie, la Lituanie et l’Estonie, et ce sont des États membres de l'OTAN, une partie de la Pologne, voire toute la Pologne. Mais l’URSS avait autrefois de l'influence sur certaines parties de la Pologne, l'Europe de l'Est. Il pensera aussi au Kazakhstan, à déstabiliser la situation en Moldavie.

Il agit en conséquence, il le fait tout le temps. Et si ça tombe sur la Moldavie et qu’il y a une opération militaire sur le territoire moldave, ça englobera aussi le territoire de la Roumanie, qui est un État membre de l'OTAN. - Le président français Emmanuel Macron a appelé à un arrêt des combats pendant les Jeux olympiques, qui auront lieu à Paris dans quelques mois.

Êtes-vous favorable à une trêve pendant les Jeux olympiques ? - Je n’y crois pas quand il s’agit de la Russie. Ce n'est pas que je ne crois pas en cette trêve, mais je ne crois en aucune forme de trêve avec la Fédération de Russie.

C'est un mensonge, Emmanuel le sait. Il en est témoin. Nous avons participé au Format Normandie.

Nous avons travaillé sur les accords de Minsk ensemble, la France, l'Allemagne, l'Ukraine. Ensemble, nous avons tous constaté qu’un arrêt du conflit avec la Russie ne peut pas exister. Ça permettrait à la Russie de se regrouper et de gagner en force pour nous détruire plus tard.

Nous en avons fait l'expérience. Lorsque nous avons signé l'accord du Format Normandie, et que nous avons accepté un cessez-le-feu, dès que la porte du palais de l'Élysée s’est fermée, on tirait sur nos soldats sur la ligne de front. Ils ont formé leurs tireurs d'élite qui passaient et tuaient notre peuple chaque jour.

Il y a des preuves de tout ça, Emmanuel en est conscient. Ils étaient en "chasse" en fait, nous avons su tout ça grâce au service de renseignement militaire. Ils venaient en groupes de 20 à 30 professionnels et tuaient notre peuple avec des balles de sniper, alors que le cessez-le-feu était en place.

Donc, pour Poutine, le concept de trêve n’existe pas, donc pas de trêve olympique. - Vous ne pensez donc pas que ça pourrait arriver. Et en parlant de rechercher la paix, un sommet pour la paix sera organisé en juin en Suisse où 80 pays sont attendus, mais pas la Russie pour le moment.

Pensez-vous réellement que cette réunion peut avoir un résultat positif ? Et une question liée à ça : pensez-vous qu’il est possible de ramener la paix sans que la Russie participe aux discussions et qu’elle soit autour de la table ? - Nous ne voulons pas que la Russie détruise la seule initiative diplomatique capable de mettre fin à la guerre, comme ça a toujours été.

Comme lors du format Normandie. La Russie fera tout son possible pour saper toute initiative de paix. Nous avons déjà tenté l’expérience lors de centaines de réunions.

Et je vous dis la vérité, puisqu’il y a eu plus de 100 réunions dans le cadre des accords de Minsk pendant le format Normandie. Et c’est pourquoi je pense avant tout que plus de 80 pays participeront au sommet. Je pense que nous présenterons un document, avec au moins 3 points à considérer sur lesquels nous nous serons mis d’accord.

Si le monde entier s’accorde sur le fait que ce sont des points justes, nous trouverons un moyen pour que la Russie l'accepte ensuite. Je suis sûr qu’il y aura des pays puissants capables d’exercer une pression politique sur la Fédération de Russie. Ça a été le cas avec l’initiative céréalière.

Nous ne les avons pas laissé bloquer l’initiative céréalière que nous avons développée avec la Turquie et le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, et qui a ensuite été proposée à la Russie par l’intermédiaire de la Turquie et de António Guterres. Et ça a marché. Alors oui, ça n’a pas fonctionné de manière permanente, mais ça a fonctionné pendant un moment.

En effet plus tard, la Russie a bloqué l’initiative. Pourquoi ? Parce que seuls la Turquie et le Secrétaire général de l’ONU étaient impliqués.

Si nous parvenons à avoir 100 pays derrière nous, et que nous présentons des points justes et équitables, alors le monde entier pourra exercer une pression sur la Russie. Et si après le premier sommet, nous parvenons à un accord unanime sur certains points, nous pourrons travailler sur des points supplémentaires, si les pays autour de la table démontrent leur engagement pour la paix et réclament la paix à la Russie. Ensuite, nous préparerons le document pour répondre à toutes les questions, avec notre vision, et nous trouverons le bon moment pour le transférer et le discuter avec l’ennemi. - Et en parlant de négociations et de paix, il y a environ un mois, le Pape François a fait une déclaration, une déclaration qui a suscité beaucoup de discussions et de débats.

Il a dit aux Ukrainiens, je cite ici, “Ayez le courage de négocier. N’ayez pas honte de négocier avant que les choses n’empirent.” Que pensez-vous de ses paroles ? - Il aura l’occasion de soutenir la paix en Ukraine, en venant en juin au sommet pour la paix en Suisse.

Et nous pourrons discuter de tous les points, car c’est un sommet très ouvert. Nous pourrons discuter de propositions, de solutions pour la paix, etc. J’ai entendu de la part du Pape beaucoup de messages différents au cours de cette guerre.

J’ai eu 2 réunions avec lui, et j’ai entendu certains de ses messages, je veux dire, nous avons eu une bonne discussion, mais j’ai aussi entendu des messages étranges...

Oui, donc… Quand on veut aider, il faut agir pour apporter de l’aide. Et aujourd’hui, il est important d’impliquer autant que possible les dirigeants et les représentants respectables, ainsi que les leaders religieux. C’est pourquoi nous avons besoin d’eux au sommet pour la paix qui se tiendra mi-juin. - Peut-être une dernière chose à propos de la question des menaces russes.

Nous avons entendu plusieurs fois, que ce soit de la part de Vladimir Poutine ou de politiques proches de lui, des menaces d’utilisation d’armes nucléaires. Et je le vois dans les commentaires et les messages qu’on reçoit, nous recevons beaucoup de questions de la part des Français sur ce sujet. Qu’est-ce que vous pensez de ces menaces ?

Pensez-vous qu’elles sont crédibles ? Pensez-vous qu’il s’agit simplement de rhétorique ? - C’est une façon pour la Fédération de Russie de faire peur au reste du monde.

Ils menacent d’utiliser des armes nucléaires. Nous avons l’habitude de ces discours. Nous avons partagé des renseignements avec nos partenaires.

Nous étions au courant que la Russie ferait ça. Mais nous pensons qu’aujourd’hui, la Russie ne le ferait pas parce que ça ouvrirait la porte à une nouvelle ère de guerre mondiale, la guerre nucléaire. Et cela marquerait la fin du monde tel que nous le connaissons. - Et en parlant des jeunes, vous avez récemment signé une loi qui baisse l’âge de la mobilisation militaire de 27 à 25 ans en Ukraine.

Ça va évidemment impacter de nombreux jeunes ici en Ukraine. Qu’est-ce qui vous a poussé à signer cette loi ? Pourquoi avez-vous décidé de signer cette loi ?

Et comment voyez-vous l’avenir des jeunes ici en Ukraine ? - Merci pour la question. Il existe des critères spécifiques concernant l’âge et la condition physique des combattants pour qu’ils puissent être entraînés et envoyés ensuite au front.

C’est une demande de la part du commandement militaire. Face aux besoins spécifiques des Forces armées de l’Ukraine, il y a une nécessité de former de nouvelles brigades qui remplaceront celles qui se battent depuis 2 ans. Pour que le remplacement fonctionne, il faut être correctement formé et avoir une bonne condition physique.

Avec tout le respect que j’ai pour nos combattants, il y a une différence entre un combattant de 25 ans et un combattant de 50 ans. C’est un fait. Les défis sont différents selon les zones du front.

C’est un type de guerre différent, et des technologies différentes sont utilisées. Des combattants plus jeunes sont nécessaires dans cette guerre qui est plus moderne. Ce n’est pas qu’une question de condition physique, il s’agit aussi de leur maîtrise de la technologie.

C’est très important, surtout pour les opérateurs de drones, la cyber-sécurité, etc. en plus de la condition physique, comme je le disais. Il y a des drones, des drones maritimes, etc.

Et nous devons être conscients que la nouvelle génération maîtrise les nouvelles technologies beaucoup plus rapidement. Ils en sont conscients, et ils ont créé tout ça [les drones, etc] de leurs propres mains - avec leur cerveau, les cerveaux des jeunes. C’est donc l’une des raisons pour lesquelles j’ai signé cette loi que le Parlement ukrainien a votée, et nous l’avons fait à la demande de l’armée.

Il y a une explication à cette loi. Donc les jeunes défendent leur pays comme n’importe quelle autre personne. Tous les citoyens ukrainiens ont les mêmes droits.

Effectivement, la majorité des adultes engagés se battent pour le futur, l’avenir de leurs enfants. Mais les jeunes jusqu’à 30 ans, qui peuvent faire avancer le progrès technologique dans cette guerre, peuvent aussi aider. Ils se battent aussi pour leur pays, pour leur vie, et pour leur avenir. - Une question qui concerne la situation en Ukraine.

Vous mentionnez beaucoup la défense de la démocratie. Vous justifiez ainsi la nécessité de continuer à combattre la Russie dans cette guerre. Et bien sûr, en Ukraine, la loi martiale a été mise en œuvre pour répondre à l’urgence de la situation, à l’urgence de la guerre.

Mais ces derniers mois, on a pu voir que l’opposition en Ukraine demandait plus de démocratie même si la situation est telle qu’elle l’est. Comment compensez-vous le déficit de démocratie en cette période de guerre ? - C’est difficile car la guerre en elle-même est la conséquence d’une restriction des libertés.

Elle a été commencée par la Russie, pas par l’Ukraine. La Russie nous a amené la guerre et a restreint nos libertés, nos droits à la liberté, au calme, notre droit de travailler et de se reposer. Elle a restreint notre droit sur notre territoire.

Pour faire face à cette force, on a besoin de discipline et c’est indiqué dans la loi. Quand on demande comment trouver le bon équilibre, l’équilibre est là. Ce n’est pas le bon équilibre en temps de paix.

Mais il y a la loi martiale qui dicte les actions à faire. Donc lorsqu’on veut trouver le bon équilibre, le mieux est de consulter la loi. Elle donne la réponse à ces questions.

Deuxièmement, on se rappelle de l’histoire des guerres, et de celle de l’Ukraine pour son indépendance. C’était à différentes périodes. Et à chaque fois qu’il y a eu des tensions internes dans l‘histoire de l’Ukraine, tous les citoyens le savent très bien, tout le monde l’a appris à travers l’histoire et les livres.

À chaque fois qu’un conflit interne émergeait, l’Ukraine perdait contre un ennemi externe. C’est donc ma réponse à votre question. Si on veut perdre, alimentons les luttes internes.

Mais si on veut la victoire, nous devons être prêts à nous unir en tant que patrie. - J’ai une dernière question assez générale. On est suivi par beaucoup de personnes en France, par des jeunes et des moins jeunes.

Si vous aviez une chose à dire aux personnes qui regardent cette interview, Qu’est-ce que vous leur diriez ? Qu’est-ce que vous voulez leur dire ? - Je n’ai pas de leçons à donner aux jeunes.

Tout ce qu’on fait ici c’est bien sûr pour l’Ukraine, mais aussi pour la démocratie, pour le monde, pour l’Europe. Je ne vais pas demander aux jeunes d’en faire beaucoup pour nous, mais faites-le pour votre liberté, pour vous-mêmes. Aujourd’hui, ça veut dire soutenir l’Ukraine.

C’est soutenir l’Ukraine pour la rendre plus forte. C’est le premier point. Le deuxième point... est très simple.

Vous connaissez la chanson “All You Need Is Love” ? Je pense que “All You Need Is Peace”. C’est le message de l’Ukraine et je ne souhaite que la paix pour le peuple français.

Et c’est tout. - Merci beaucoup Monsieur le Président. - Merci beaucoup. - Vous voulez qu’on descende ? - OK, on peut y aller. - Comment travaillez-vous avec la peur ?

Vous pensez que la peur c’est quelque chose de bien et dont vous avez besoin ? - Bien sûr, comme tout le monde, on était en état de choc. - Mais malgré le stress, il ne faut pas perdre de vue la gestion du pays. - Oui, c'est vrai.

Et il faut juste… - ...l’affronter et le gérer. - Oui oui et vivre avec. - Et le gérer et je pense que la chose plus importante à comprendre C’est de… ça peut paraître fou mais c’est de ne pas avoir de pauses. - Oui, d’accord, vous devez continuer à gérer. - Oui, il faut persévérer et c’est tout.

Sinon, vous pensez à beaucoup de choses et vous perdez de vue l'objectif. - Surtout parce que je peux imaginer qu'il n'y a aucune manière de s'y préparer. - Aucune manière. - On ne peut jamais s’y préparer... - C'est lorsque vous vous préparez à la guerre… Les gens...

Même si vous en parliez à l'école. Je me souviens quand j'étais élève...

Nous parlions des différentes guerres, notamment les guerres en Ukraine Y compris la Seconde Guerre mondiale...

J’étais à l’école pendant la fin de la période de l'Union soviétique. Et je me souviens que nous parlions de la situation en Afghanistan, lorsque l'armée soviétique y était. Et comment c’était...

Même les membres de nos familles ont été en Afghanistan, nos parents y ont été. Quoi qu'il en soit, vous ne pouvez pas comprendre si la guerre est ailleurs. C'est pourquoi, quand vous m’avez dit "Que voulez-vous dire aux jeunes ?".

C’est pour ça que j’ai parlé de la paix. Parce que c'est très difficile à expliquer ce que la guerre signifie si vous n'êtes pas dans le pays, si vous n'êtes pas en guerre. - Vous avez un fils et une fille aussi.

Qu’est-ce que vous leur dites ? Comment pensez-vous qu'ils gèrent la situation? Qu’est-ce que vous leur dites ? - Vous n'avez pas...

Croyez-moi, vous n'avez rien besoin d'expliquer. Ils comprennent par eux-mêmes. Ils savent mieux que nous.

Ils comprennent, ils comprennent. Ils sont du bon côté. C'est ce que je pense.

Mais ce n’est pas parce que je leur parle...

Je n’ai pas le temps. Pas assez. Je n’ai pas du tout le temps pour parler avec eux.

Ils comprennent par eux-mêmes. Ils voient. Ils ressentent.

Et puis les premiers jours, ils étaient en état de choc, comme tout le monde. Donc... - Leur vie a changé. - Je pense...

Oui. Je pense que c’est bien qu'ils parlent. Je sais que mon fils... ils parlent de tout ça.

Il a 11 ans, mais il est assez mature. Et donc ils en parlent entre eux de la guerre. - J'imagine que ce n'est pas facile pour eux non plus. - Oui par exemple un ami de l’école de mon fils...

Son père, il était en prison. Il a été prisonnier de guerre, du coup ils comprennent tous les détails. - Et pour vous personnellement, est-ce que vous pensez que ces deux dernières années vous ont changé ? - Oui, beaucoup.

Beaucoup. Deux vies différentes. Des objectifs différents.

Et des manières différentes de comprendre la vie. Et je pense qu'il n'y a pas que le sens, le prix de la vie. - Vous pensez parfois à la vie une fois qu'elle sera terminée, une fois que la guerre sera finie ?

Vous y pensez parfois? Ou vous essayez de ne pas y penser et de vous concentrer sur ce sujet ? - Je ne pense qu’au présent.

Vraiment. Personne ne me donne... même nos partenaires ils ne me donnent pas la possibilité de penser à l’avenir.

Je dois penser...

Au jour le jour. - Oui, au jour le jour. Tout cet espace était plongé dans le noir.

On ne pouvait pas allumer la lumière pendant longtemps. - Pour des raisons de sécurité ? - Oui, pour des raisons de sécurité, on vivait dans le noir. - Oui, j’imagine que cet endroit a totalement changé avec la guerre. - Merci beaucoup. - Merci Monsieur le Président. - Merci d’être venu. - Merci d’être venu. - Merci beaucoup. - Au revoir, merci, je vous souhaite le meilleur. - Merci.

Mon interview de Volodymyr Zelensky, en Ukraine · Pourquijevote