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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 7 avril 2021 8 minComplaisantActualité / polémiqueAgriculture & alimentationEnvironnement & énergieÉconomie & entreprises

Jean-Marie Séronie : "Les agriculteurs ont le sentiment d'être les incompris de la République"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 80 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:28ComplaisanteRéponse directe

    Bonjour Jean-Marie Serroni. Vous êtes ingénieur agronome et agroéconomiste indépendant, membre de l'Académie d'agriculture de France.

  • 0:43OuverteRéponse directe

    Le ministre de l'Agriculture, Julien Denormandie, dit qu'il veut une PAC plus verte et plus juste. Derrière la formule, il y a de vrais changements attendus, un vrai tournant pour cette PAC ?

  • 1:30OuverteRéponse directe

    Pour la France, d'abord, est-ce qu'on sait si l'enveloppe sera la même ?

  • 1:51OuverteRéponse directe

    Et donc c'est la répartition des aides qui va changer et c'est ça qui fâche à ce point tous ces agriculteurs qui manifestent et notamment à l'appel du principal syndicat, la FNSEA ?

  • 2:54OuverteRéponse directe

    Non reconnaissance d'autant plus avec l'année qu'on vient de connaître avec cette crise, avec l'épidémie de Covid qui a mis quand même en avant les agriculteurs, le manger local, le manger sain, ils trouvent, les agriculteurs trouvent qu'ils n'ont pas été récompensés ou remerciés à leur juste valeur ?

  • 4:19RelanceRéponse directe

    Pour en revenir à la PAC, vous nous dites qu'effectivement il y a des manifestations un peu partout en France. Ça veut dire qu'il y aura des perdants partout ? Que tout le monde va être perdant ? Non ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:49Invité politiqueFait
    « Il y a des changements relativement conséquents, vraisemblablement de répartition d'un volume d'aides équivalent au précédent mais réparti autrement. »
  • 0:59Invité politiqueFait
    « Je ne pense pas qu'il y ait une véritable révolution dans cette réforme de la politique agricole commune, dont les bases ont été posées il y a 3 ou 4 ans, bien avant que l'Europe mette en place son pacte vert. »
  • 1:34Invité politiqueChiffre
    « Alors l'enveloppe, en gros elle est la même. On ne va pas faire dans le détail, en gros elle est la même. On a eu très peur qu'elle diminue, mais en gros elle est la même. »
  • 2:28Invité politiqueFait
    « Quelque part un peu peut-être les incompris de la République, les agriculteurs aujourd'hui. »
  • 4:38Invité politiqueChiffre
    « Je rappelle que les aides c'est à peu près entre 10 et 15% du chiffre d'affaires de l'agriculture française. »
  • 5:55Invité politiqueChiffre
    « En gros dit que 20 à 30% des aides directes à l'hectare que touchent les agriculteurs doivent être demain consacrées à des contrats environnementaux. »
  • 7:30Invité politiqueFait
    « On est déficitaire dans la viande que l'on consomme, alors qu'on est excédentaire sur l'ensemble des bovins. »

Temps de parole

  • Invité politique75 %
  • Présentateur25 %

2,4 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:01
Présentateur

Il est 6h20, depuis plusieurs jours, des agriculteurs manifestent leur colère contre la future politique agricole commune. Hier encore, on a vu des centaines de tracteurs dans les rues de Dijon et de Bourges. La semaine dernière, c'était en région parisienne et à Clermont-Ferrand. Ils s'inquiètent de la nouvelle répartition des aides européennes qui sera davantage conditionnée à des critères environnementaux. Bonjour Jean-Marie Serroni. Vous êtes ingénieur agronome et agroéconomiste indépendant, membre de l'Académie d'agriculture de France. Le ministre de l'Agriculture, Julien Denormandie, dit qu'il veut une PAC plus verte et plus juste.

Derrière la formule, il y a de vrais changements attendus, un vrai tournant pour cette PAC ?

0:49
Invité politique

Il y a des changements relativement conséquents, vraisemblablement de répartition d'un volume d'aides équivalent au précédent mais réparti autrement. Ceci dit, je ne pense pas qu'il y ait une véritable révolution dans cette réforme de la politique agricole commune, dont les bases ont été posées il y a 3 ou 4 ans, bien avant que l'Europe mette en place son pacte vert. Donc on est sur une réforme de transition vers une autre réforme qui aura lieu dans 4 ou 5 ans et qui sera sans doute plus profonde.

1:19
Présentateur

Et donc là, il y a des négociations qui sont en cours à Bruxelles pour définir cette PAC pour les 5 prochaines années. Chaque pays également travaille sur sa propre déclinaison. Pour la France, d'abord, est-ce qu'on sait si l'enveloppe sera la même ?

1:34
Invité politique

Alors l'enveloppe, en gros elle est la même. On ne va pas faire dans le détail, en gros elle est la même. On a eu très peur qu'elle diminue, mais en gros elle est la même.

1:42
Présentateur

Et donc c'est la répartition des aides qui va changer et c'est ça qui fâche à ce point tous ces agriculteurs qui manifestent et notamment à l'appel du principal syndicat, la FNSEA ?

1:51
Invité politique

Alors je crois que quand on manifeste, enfin quand les agriculteurs manifestent, c'est un acte très symbolique et très significatif. Moi l'interprétation que j'en fais aujourd'hui, elle est double. Il y a d'une part une inquiétude sur la répartition des aides qui va changer, mais vous remarquez que ces manifestations ont lieu à peu près partout en France. Or comme le volume d'aides total est le même, c'est bien qu'il y a sans doute autre chose. Sinon il y aurait des catégories qui gagneraient, d'autres qui perdraient et on n'aurait pas des manifestations partout. Je pense que le deuxième élément est quelque part un sentiment de manque de reconnaissance.

Quelque part un peu peut-être les incompris de la République, les agriculteurs aujourd'hui. Alors qu'on leur demande énormément et ils trouvent qu'ils n'ont pas la reconnaissance nécessaire. Je crois qu'il y a deux phénomènes. Il y a le phénomène d'inquiétude sur l'avenir des aides et le phénomène d'un sentiment de non reconnaissance de tous les...

2:54
Présentateur

Non reconnaissance d'autant plus avec l'année qu'on vient de connaître avec cette crise, avec l'épidémie de Covid qui a mis quand même en avant les agriculteurs, le manger local, le manger sain, ils trouvent, les agriculteurs trouvent qu'ils n'ont pas été récompensés ou remerciés à leur juste valeur ?

3:14
Invité politique

Oui, vraisemblablement et notamment au niveau du prix dans certaines productions. Si vous allez dans les céréales, les prix sont élevés aujourd'hui mais ce sont les cours mondiaux. Vous prenez la production de viande bovine alors qu'on a mangé davantage de viande de boucherie puisque moins de grandes surfaces. La viande de Beauvins et notamment des Beauvins mâles reste très basse. Mais vous remarquerez que ce sentiment que nous avions, cette reconnaissance réelle à l'égard des agriculteurs qui nous ont nourris, ça s'est surtout passé pendant le premier confinement où les gens ont eu très peur la première semaine. Ils ont fait des stocks, etc.

et puis après ils se sont rendus compte que tout allait à peu près bien au niveau d'alimentation. On n'entend plus du tout parler de ça dans le deuxième et dans le troisième confinement. Donc il ne faut pas non plus surévaluer ce sentiment positif. Et dans le premier confinement, des agriculteurs ont eu des difficultés, notamment tous ceux qui vendaient des produits de qualité reconnus, certifiés, et en vente directe aux consommateurs puisque pendant le premier confinement, les marchés de plein air étaient fermés.

4:19
Présentateur

Pour en revenir à la PAC, vous nous dites qu'effectivement il y a des manifestations un peu partout en France. Ça veut dire qu'il y aura des perdants partout ? Que tout le monde va être perdant ? Non ?

4:28
Invité politique

Si vous voulez, il y a deux... La difficulté auxquelles est confrontée le ministre, c'est qu'on travaille avec un volume d'aides équivalent. Et je rappelle que les aides c'est à peu près entre 10 et 15% du chiffre d'affaires de l'agriculture française. Donc on y accorde beaucoup d'importance, mais en gros, ce n'est pas plus important que les variations... C'est même moins important en volume que les variations de prix de l'année sur l'autre. Donc le revenu des agriculteurs, ce n'est pas les aides. Même si quand on calcule au bout du bout, c'est à peu près du même montant, mais c'est quand même le travail.

Et je salue tout de suite les producteurs de lait qui sont à la traite ce matin, c'est le travail de tous les jours des agriculteurs. Les aides, ce n'est pas ça qui fait leur revenu. On se trompe quand on compare ces deux chiffres. Évidemment, si j'ai moins d'aide, mon revenu va baisser, mais je vais m'adapter. Alors, le ministre, il doit aussi prendre en compte les priorités du moment, avec un même volume d'aide. Et les priorités du moment, c'est d'une part d'aller vers des pratiques plus « vertes » et un stockage plus important du carbone dans le sol. Et le deuxième, c'est de faire évoluer la production par rapport à nos besoins de consommation. C'est-à-dire ?

Alors, par rapport à la question de la politique environnementale, la politique européenne, qui n'est pas complètement négociée en étant en phase finale, en gros dit que 20 à 30% des aides directes à l'hectare que touchent les agriculteurs doivent être demain consacrées à des contrats environnementaux. Donc, ça veut dire que mon aide à l'hectare, par exemple, que je touchais, qui était de 100, demain, je ne toucherai que 80, 20% de moins, et par ailleurs, je pourrai souscrire aux circonstances environnementaux.

Donc, c'est pour ça que les céréaliers, notamment du bassin parisien, sont inquiets, parce qu'ils auront une baisse de l'aide de base, mais ils pourront, comment dire, toucher, s'ils modifient leurs pratiques, ou si leurs pratiques sont déjà dans le sens souhaité en matière environnementale, ils vont toucher des adéquivalents.

6:38
Présentateur

Critère environnementaux, ça ne veut pas dire forcément bio ?

6:41
Invité politique

Pas forcément, enfin, pas du tout. Le bio, ce n'est pas environnemental. Mais non, non, c'est beaucoup plus large que ça. D'accord. Et il y a d'autres certifications que le bio, et il y a des pratiques qui sont reconnues, notamment des prairies, des choses comme ça. Et le deuxième élément, il y a des aides qui sont attribuées en fonction des productions, et c'est principalement vrai sur les vaches à viande. Et là, le ministre veut faire un changement important. En gros, il dit, plutôt que de donner, c'est un tout petit peu technique, mais il faut comprendre, que de donner des aides à la vache, on va donner des aides à l'ensemble des bovins d'un certain âge. Pourquoi ?

Parce qu'aujourd'hui, en primant la vache, on a 30 à 40 % des animaux produits par ces vaches qui partent à l'exportation. Et ce qui fait qu'on est déficitaire dans la viande que l'on consomme, alors qu'on est excédentaire sur l'ensemble des bovins. Donc on voudrait recentrer la production sur la France. Donc il modifie un peu le système d'aide. Et le deuxième élément, c'est que les Français veulent consommer des protéines d'origine végétale davantage. Donc il faut en produire davantage.

7:51
Présentateur

Donc c'est quoi ? Des légumineuses, des lentilles, du quinoa, des choses comme ça ?

7:53
Invité politique

Des légumineuses, des lentilles, des pois chiches, pour notre alimentation. Et on voudrait importer moins de soja OGM, qui sert à nourrir les bovins. Donc ils voudraient transférer une partie de cette aide qui va aux vaches, sur une aide sur les productions de légumineuses, enfin de plantes qui produisent des protéines.

8:11
Présentateur

Et on comprend donc que là, en ce moment, c'est une transition qui est en train de se réaliser. D'où l'inquiétude de certains agriculteurs qui manifestent ces jours-ci. Merci Jean-Marie Serroni, agroéconomiste et membre de l'Académie d'agriculture de France. France Inter